lundi 30 avril 2012

"LA PRESENCE ET L'EVEIL"


Dans notre vigilance quotidienne, nous ne nous posons pas la question de savoir en quoi que ce soit, ce que veut dire être présent et éveillé. On vit, on souffre, on espère, on crie, on se plaint de conditions de vie insupportables, mais, bof ! On est là, dans ce monde, et on essaie de faire attention, de mener sa vie le mieux possible. Être éveillé ? C’est se jeter dans le rythme des préoccupations quotidiennes. Être présent ? C’est ne pas perdre de vue sa tâche, faire attention. Être sur la brèche. Sur le qui-vive. Dans l’urgence de ce qui est à faire et dans la prévision de ce qui doit être fait à tout prix.

Malgré tout, en même temps, nous n’avons pas franchement toujours l’impression d’être tout à fait là. Présents. Nous flottons souvent dans un intermonde entre rêve et réalité et nous attendons le sommeil nocturne pour avoir du repos, en dehors de ce monde de veille, où nous ne sommes le plus souvent que de manière assez distraite. Quand nous trouvons dans un magazine un article dans lequel il est fait mention d’Eveil, de Présence complète, cela nous interpelle tout de même, parce que nous sentons bien qu’il y a dans notre vie comme une somnolence dont nous aimerions de temps en temps pouvoir sortir. Il faut dire que notre époque connaît une efflorescence sans précédent de littérature spirituelle où il est question de l’éveil. Ce ne peut être seulement un effet de mode. De l’idéologie new-age seulement ? Est-ce que tout cela est sérieux ? Il y a sûrement quelque valeur dans tout cela que je manque peut-être, dans ce que je nomme ma vigilance quotidienne. Ou bien est-ce que tous ces gens que l’on présente comme des « éveillés », ne sont que des charlatans qui invitent une population crédule à rêver la vie autrement ? 
Qu’est-ce que la présence ? Est-ce la même chose que la vigilance ? Une super-vigilance ? Une vigilance héroïque ? Et l’éveil, qu’est-ce que c’est si ce n’est pas la vigilance quotidienne ? Est-ce que cela a rapport avec une sorte de sensation vive ? Avec un travail intellectuel particulier ? Avec une sorte d’auto-analyse ?

A. Présence et absence dans l’attitude naturelle

N’allons pas trop vite et arrêtons-nous sur ce qui est communément compris par « présence ». Quand on fait l’appel dans une salle de classe, ceux qui sont là répondent « présent !», quant à ceux qui ne sont pas « là », nous disons qu’il faut noter leur « absence ».  Dans l’attitude naturelle, être présent, c’est être « là », ne pas être présent, c’est ne pas être « là ». La présence se réfère à une chose extérieure ou à une personne. Que ce soit présence ou absence, dans les deux cas, nous pensons en terme de « constat » sur les choses. Je constate la présence de la majorité des membres du conseil, je constate que A et B sont présents, mais que C et D sont manquants. Je peux ouvrir la séance. C’est dans le même sens que je dirai que mon portable était dans ma poche tout à l’heure, bel et bien présent, et que maintenant, il n’y est plus, et son absence  m’inquiète. L’absence de cet objet familier à sa place et en son lieu habituel me gêne, plus exactement, me dé-range. J’aime que tout soit rangé à sa place, les choses comme les personnes. Que tout soit présent à sa place, « comme il faut ». Cela me gêne que tout ne soit pas présent à sa place habituelle.

Il y a dans cette appréhension de la présence et de l’absence une foule de pré­sup­posés. a) Tout d’abord, le sens du mot « présent » est très nettement objectivé, chosique. Il est dans la nature de la vigilance quotidienne de saisir la présence comme chosique.Le privilège accordé à la constatation en est la preuve évidente. Pourtant la constatation, en pareil cas, ne donne que le fait massif d’une existence, posée là et que je peux surtout identifier. Le pot de confiture sur la table, le vase près de la fenêtre. Ce n’est pas l’observation. b) De plus, rigoureusement, je ne peux pas dire que je « constate » une « absence », c’est un abus de langage, ce n’est pas du tout un constat. C’est une déduction. Je m’attends que les choses soient disposées d’une certaine manière (l’ego aime régenter son monde). Et voilà qu’une chose n’est pas là où je l’attendais. Je dis que je « constate » son absence, mais en fait,ce qui fait problème, c’est surtout que l’ordre que je voudrais mettre dans les choses est remis en cause. Une chose n’est pas là où je voudrais qu’elle soit. Comment se fait-il que ma sacoche ne soit plus là ? Je l’ai posée là tout à l’heure, elle n’y est plus. Pourtant, je me souviens bien qu’il y a deux minutes, elle était présente sur la table. Si je ne faisais qu’observer attentivement, je ne ferais pas ce genre de déduction. Je ne serais pas dans la pensée d’un ordre imposé à mon monde propre, je ne percevrais que la présence. Présence de la lumière qui entre dans la pièce, présence de Paul à mes côtés, présence de la toile d’araignée qui est sur le mur à gauche. Pas d’absence. c) Il est assez clair que ce que j’appelle mon « monde présent» de la vigilance, il est avant tout perçu avec ma mémoire, mes attentes, mes désirs, il est tracé par mon action. C’est ma représentation qui impose la cohérence, le concept d’un ordre de présence. Ce n’est pas ce que donne l’ouverture vers le réel d’une observation libre et lucide. d) Nous remarquons aussi que la vigilance quotidienne pense la présence/absence dans une ferme dualité placée d’emblée dans l’objet présent ou absent. Ce qui est aussi frappant, c’est  l’aplatissement  du sens de la présence dans le sens de l‘ob­jectivité. Tout de même, il ne faut que très peu d’attention pour remarquer que la présence du pot de fleur est très différente de la présence d’autrui. Même considérée dans le champ de l’extériorité, et de la multiplicité,  la présence me soumet à des variations très importantes qui n’ont rien « d’objectives ». Le regard qui est posé sur moi, la présence en chair et en os de Madeleine devant moi, ce n’est certainement pas comme le pot de fleur sur le bord de la fenêtre. Si elle est présente, ce n’est pas du tout comme une chose. Ce qui me trouble par excellence, c’est la présence consciente. La présence spirituelle. 

Peut être ai-je oublié que cette présence spirituelle était déjà engagée dans ma relation aux choses. Peut être ai-je oublié ma propre présence au monde. C’est tout de même assez étonnant, je n’ai pas pensé à ma propre présence, mais j’ai tout de suite pensé à la présence des choses et des personnes. Le manque d’attention à l’égard de ma propre présence est la condition commune de la vigilance quotidienne : une ignorance qui accompagne la conscience habituelle, toute tournée vers le monde des objets. Parce que la vigilance est d’abord chosique, il est donc naturel que, lorsque nous sommes interrogés sur notre présence, nous ayons tendance à nous considérer nous-mêmes, comme une chose jetée parmi les choses. « Je suis présent », veut communément dire, « je suis avec les autres ».  Le compotier à côté de la soupière, le livre à côté des autres livres sur l’étagère, le type qui est là au troisième rang sur la photo, à côté de la fille rigolote et de la mamie qui rigole pas du tout ! 

J’ai si peu le sentiment de ma présence, que je la dévale sur le plan de l’existence d’une chose posée là, parmi les choses. Bien sûr, il doit bien y avoir quelque « chose » (encore !)  comme une « âme » en moi, mais ce doit être juste une sorte de vent qui hante cette chose bien plus réelle qu’est mon corps. Ma présence spirituelle, je n’ose qu’à peine y croire, elle est fantomatique, irréelle. Par contre, mon corps est là. Présent. Et tout le monde peut le voir. Au fond, ma présence, je l’identifie à mon corps jeté dans ce monde étrange qui échappe très souvent à mon contrôle dans la vigilance. Je me sens en lui un peu perdu, égaré. J’ai si peu le sentiment de ma propre présence que j’en attends la confirmation par autrui. Je crois que mon existence aura un peu de présence de densité et d’épaisseur, si je compte pour quelqu’un. Je compte sur les autres pour me donner un peu de densité, pour qu’ils me reconnaissent. Je crois que si je suis reconnu, je serai d’avantage présent aux autres et que cela me permettra d’être plus présent à moi-même. Je crois qu’il est indispensable d’être d’abord  présent devant les autres, sous une forme identifiable, pour mériter d’être présent à moi-même. Ma présence devra être une fierté que je puisse exhiber, montrer, elle devra être exemplaire en quelque mesure pour qu’à travers elle je sois reconnu. Pour que j’existe sous le regard des autres ;  pour que je me sente présent dans ce monde qui me semble hostile et difficile à maîtriser. 

Parce que je me suis placé en situation de dépendance à l’égard d’autrui, je suis particulièrement soumis à la présence et à l’absence d’autrui. J’ai tissé autour de moi un réseau d’appartenances qui me rassurent. J’ai ma maison, mes livres, ma voiture, mon compte en banque, ma situation. Mais j’ai surtout un empire que je tiens à conserver sur ceux qui me sont proches et que j’entends maintenir dans mon territoire d’influence. L’ego a ceci de spécifique qu’il tisse autour de lui le réseau des liens par lesquels il s’assure la possession de ce à quoi il tient. Du coup, parlant de présence et d’absence, j’entends surtout ce qui compte pour moi, ce à quoi je suis attaché, ce à quoi je tiens. Mon territoire personnel. Le champ de mes appartenances. Et c’est là que se comprend la blessure que signe l’absence.

L’absence ne devrait être qu’une disparition du champ de conscience, après une apparition. Mais ce n’est pas du tout ce que nous vivons dans l’absence. Le mot absence convoque immédiatement ce qui m’a quitté, ce qui s’en est allé. Ce qui n’est plus là et m’a été comme arraché et dont je n’ai jamais pu accepter le départ. C’est évidemment la figure par excellence de la séparation passionnelle. Elle n’est plus là. Elle est pour moi une absence inguérissable, une blessure qui me saigne chaque jour.  Il n’est plus là. Il m’a quitté. Absence inguérissable, car je n’accepte pas ce déchirement des liens de mon univers personnel. Je lutte contre cela et j’en souffre. Je souffre de l’absence parce que je lutte pour sauver une présence, telle qu’elle a été, dans mes souvenirs. 

Ainsi en est-il du deuil, l’autre qui s’en va, c’est l’absence définitive. Je n’ai plus que mes souvenirs et que mes yeux pour pleurer. Quant il était présent, c’était différent. J’aurais tellement voulu que cela dure toujours. Comme avant. La présence de l’autre, c’était cet ordre dans ma vie ou l’autre avait sa place. Et voilà que tout est bousculé. Une présence m’est arrachée et c’est tout mon équilibre qui s’en va, mon monde personnel se déchire. Je perds toute assurance. Ma présence brutalement se délite et devient flottante et vague. Comme dans la chanson de Brel, Jojo, où, pleurant la mort d’un ami, Brel dit qu’il le « quitte le matin partant pour de vagues besognes ». Dans l’absence, le sens s’évide. L’autre est mort, vidé de son sang. L’autre est mort, je me vide de mon sens. Je sens monter en moi la froideur glacée de la solitude et de l’absence. 

Telle est l’appréhension commune de la présence et de l’absence de l'homme qui vit immergé dans l’attitude naturelle. Ce qui devrait nous frapper ici c’est d’abord l’effroyable pathétique de cette condition. Ce qui exclut les critiques et la moquerie facile. Ce qui surprend, c’est la faiblesse du rapport de soi à soi qui y est partout implicite. Et pourtant, la présence est lien intime de soi à soi et lien de soi au présent. Peut-être que la plupart d’entre nous manquons de présence et que notre vie est traversée d’absence. Mais peut-il en être autrement ? Peut-il y avoir une présence à soi plus vive et plus complète que celle de la conscience plongée dans l’attitude naturelle ? Peut-on rencontrer en soi une présence d’un ordre différent ? 

B. La présence et l’Être

Ce qui est certain, c’est de toute manière que pour rencontrer la présence, nous n’avons pas à faire de détour, mais à nous immerger dans ce qui est, l’Être. Être présent, c’est être. Il y a une redondance inutile dans la formule « être présent ». En parler, ce serait piétiner sur place. Est-il possible d’expliciter la présence, pour autant qu’elle est inséparable de soi ? 
La philosophie contemporaine fait hélas peu de cas de certains écrits de l’entre-deux guerre. La vague de l’existentialisme a fait oublier des auteurs qui méritent d’être lus, tel Louis Lavelle. Dans un petit livre, La Présence totale, Lavelle tente de donner forme à une expérience qui a été à l’origine de sa démarche philosophique, la découverte de la présence, tout en apportant des réponses aux questions fondamentales de l’ontologie.  Il évoque bien un expérience de la présence, mais tout à fait originale, car différente de l’expérience d’un objet, ou de l’expérience au sens psychologique ordinaire. L’expérience de l’Être est la toile de fond de toute expérience. Nulle expérience n’est plus universelle, plus proche, ni plus intime que celle de « l’expérience de la présence de l’être[1] ». Je suis est en effet aisément accessible, indubitable, toujours présent, et il y a une subtile relation entre le sens immanent du je suis  et l’Être. Mais qu’est-ce que l’Être dans la présence de l’Être?

 Ce mot « être », est interprété diversement, entre deux extrêmes : a) ou bien on y voit une sorte de catégorie logique de la pensée, celle d’un genre qui contiendrait tous les autres, une classe enveloppant toutes les classes, une classe qui envelopperait toutes choses. b) Ou bien, à l’inverse, on interprète l’Être comme synonyme de l’existence, en le ramenant par là au plan relatif des existants, de l’étant. 
L’Être, montre Lavelle, n’est pas une pensée totalisante et il ne se réduit pas à l’étant, car la pensée et l’existant apparaissent en lui. La représentation logique totalisante de la pensée, éclipse la dimension de la Conscience, elle ne livre que la représentation d’une sorte d’étendue neutre, vide et morte, un super concept de l’intellect. Dans le glissement de l’Être vers l’étant, ce qui est éclipsé au profit des choses existantes, c’est le sens intime de l’Infinie présence de la Vie à elle-même. Pour rendre justice à la présence, il faut rendre justice à l’Être et se placer, non dans la subjectivité de l’ego, propre à la relation aux objets, mais dans la subjectivité pure qui vient comme se fondre en l’Être comme présence. Il est nécessaire de retrouver en nous la pure subjectivité en laquelle l’Être nous est présent. C’est au fond de Soi que la présence est éprouvée. 

L’Être est indivisiblement un Soi et non une abstraction glacée et une étendue neutre et vide. « L’Être total ne peut lui-même être défini que comme un sujet pur, un Soi universel, un acte qui ne trouve en lui, ni hors de lui, la limitation d’un état, ni celle d’un objet. Loin d’être la mort de la conscience, il en est la vie indivisiblement transcendante et immanente[2] ».

Nous savons que la conscience intentionnelle de la vigilance est régie par la dualité sujet/objet. Ce que Lavelle entrevoit dans La Présence totale, c’est qu’il est nécessaire de revenir en-deçà de l’intentionnalité pour retrouver le sens intime de la présence.  L’Être se donne immédiatement à soi, se tient près de soi dans cette Conscience qui précède toute  forme intentionnelle de conscience d’un objet. L’Être a sa résidence dans le jaillissement de la Conscience qui est infiniment conscience de la conscience, avant d’être conscience d’un objet. Lavelle nous demande une qualité d’attention particulière pour retrouver cette évidence en nous-même : « La conscience est toujours conscience de la conscience : elle saisit l’acte dans son exercice même[3] ». Originellement, la conscience est conscience-de-soi, si ce n’était pas le cas, « sans la conscience, nous ne serions rien de plus qu’un objet, c’est-à-dire que nous existerions seulement pour un autre, et comme une apparence dans sa propre conscience[4] ». La Conscience originaire est Acte pur. Cependant, l’Acte pur nous échappe le plus souvent, parce que nous le quittons, pour être projeté, dans l’action, dans le temps psychologique, dans les dimensions temporelles du futur et du passé.

Nous désertons le présent, là où la Présence est immédiatement offerte, nous évidons le présent, pour n’en faire qu’un trait d’union dans le temps, un lieu de passage, perdant par là le sens de l’intemporel où l’acte pur seul réside. Or de la manière dont nous habitons l’instant, dépend le sens même de la présence. « L’instant est précisément la croisée du temps et de l’éternité ; c’est en lui que nous agissons, c’est en lui que le réel prend pour nous sa forme sensible, c’est en lui aussi que la matière ne cesse de nous apparaître et de nous fuir[5] ». La traction du temps psychologique semble souveraine, le temps nous arrache à nous-même et à la présence.  « On passe vite : et nous nous laissons attirer ensuite par les fins limitées que nous proposent la curiosité et le désir. Ainsi notre conscience se disperse ; elle perd peu à peu sa force et sa lumière ; elle est assaillie de trop de reflets ; elle ne parvient pas à les rassembler parce qu’elle s’est éloignée du foyer qui les produit[6] ».

Revenir au foyer de la Conscience pour retrouver la présence. Comment ? Si la traction de la conscience vigilante est propulsée par l’intention et l’intérêt, si elle par avance pré-occupation, pour que s’effectue un retour vers la présence, « il faut une certaine innocence, un esprit libéré de tout intérêt et même de toute préoccupation particulière[7] ». Tout intérêt est limité, toute préoccupation est enchaînée à l’ordre de l’objet, de là suit ce que nous appelons « conscience » dans la vie quotidienne, est en réalité une sorte d’hypnose de l’attention dans l’ordre des objets, une identification à l’action et conséquemment une perte de la source à partir de laquelle le monde est lui-même posé.

 « La plupart des hommes sont entraînés et absorbés par les événements. Ils n’ont pas assez de loisir pour approfondir cette liaison immédiate de l’être et du moi qui fonde chacun de nos actes et lui donne sa valeur [8]». Lavelle doit donc trouver un mot pour désigner le rappel à soi qui me ramène à l’union intime et originaire de la conscience et de l’Être. Il emploie le mot recueillement. Le recueillement n’est pas une invocation ou une prière, mais une ouverture à ce qui est toujours déjà là et quand cette ouverture a été faite, le souvenir inaltérable demeure. « Celui qui par contre a saisi une fois, dans un pur recueillement et comme l’acte même de la vie, la solidarité de l’être et du moi, ne peut plus détacher d’elle sa pensée ; le souvenir de ce contact en renouvelle la présence[9] ». Dans le recueillement l’existence réintègre l’Être, s’aligne sur l’Être, renouant avec le Réel, y retrouvant la profondeur et le sérieux. En regagnant la donation de soi à soi qu’est précisément la Vie. « Dès qu’elle est donnée, notre vie retrouve son sérieux essentiel en renouant ses attaches avec le cœur du réel[10] ». 

La profondeur abyssale où la Vie se donne à elle-même n’a rien à voir avec les allées et venues de l’ego, qui n’offrira jamais qu’une présence seconde et fragmentaire. En effet, « le moi nous échappe dès que nous essayons de le fixer : il est mobile et évanouissant et se constitue seulement peu à peu[11] ». A l’inverse, l’Être cohère avec Soi et ne se quitte pas un seul instant lui-même et c’est parce que cette cohésion de Soi à Soi est perpétuellement présente qu’il existe une permanence en laquelle toutes choses demeurent. Aussi, « l’Être est toujours présent tout entier, et il n’y a pas un seul caractère ni un seul élément du réel qui puisse lui échapper, qui n’en constitue un aspect et qui ne tombe sous sa juridiction[12] ». Parce qu’il n’est rien en dehors de l’Être, alors le moi lui-même en provient. Si, enflé de sa propre puissance, l’ego croit pouvoir le régenter, le produire, c’est qu’effectivement il en émane, car en son Fond essentiel, le moi est établi dans l’Être. Si le moi « a l’illusion d’engendrer l’être, c’est seulement parce qu’il s’est établi en lui tout d’abord[13] ». Parce que le moi participe de l’ek-stase du temps, parce que le moi est en souci constant de devenir, il lui est très difficile d’en remonter le cours. Cependant, Lavelle estime que le recueillement peut laisser entrer en lui la lumière de l’origine et c’est précisément dans la lumière de la présence que le moi regagne sa juste place dans l’Être. 

« Si le moi est dès l’origine intérieur à l’être, en devenant de plus en plus intérieur à lui-même, il pourra espérer découvrir le mystère de son propre avènement, la loi selon laquelle il doit collaborer à l’ordre universel et devenir l’ouvrier de sa destinée individuelle[14] ».
Mais il ne faut pas nous leurrer, dans la présence, la pensée ne peut pas avoir la même signification, la même prééminence que dans la conscience de la vigilance quotidienne. Si le recueillement me ramène à l’Être, il me fait participer de l’Être, il reste que « L’être surpasse infiniment notre pensée[15] ». « L’Être ne peut à aucun degré être considéré comme un mode de la pensée, puisque la pensée elle-même doit être définie d’abord comme un mode de l’être[16] ». N’est-il pas alors nécessaire, pour approcher l’Être d’évoquer la trans­cendance où nous convie le Silence ? De l’Absolu, la pensée ne peut rien dire, car « l’absolu est antérieur à la pensée individuelle, mais il la fonde et c’est pour cette raison que celle-ci est relative[17] ». Ce que Lavelle comprend avec une profondeur inouïe, c’est qu’il y a dans la Présence de l’Être une immensité que la pensée ne pourra jamais circonscrire, mais où elle doit comme s’effacer. Et cet effacement n’est pas exactement une négation. Ainsi de l’approche de l’Un selon Plotin, l’âme doit laisser la pensée sur les marche du Temple, comme un pèlerin qui déposerait ses chaussures, pour se présenter dans la nudité. Et pourtant, même si la pensée n’entre pas, il y a bien une entrée. La pensée ne peut pas connaître l’Être pur, mais il est possible d’en faire l’expérience et il est possible de régénérer la Parole à cette source,de sorte que la pensée en devienne plus éveillée à la présence, plus intuitive. Tandis que le subjectivisme ordinaire, inscrit dans la vigilance, nous confine dans la sphère limitée du corps, la Présence de l’Être nous fait sentir l’immensité de ce qui est. Dans la présence « il est légitime d’affirmer que nous pouvons pénétrer partout, précisément parce que, étant intérieur à l’être, nous avons en quelque sorte accès dans toutes les parties de son immensité[18] ».

Le renversement de la perspective est complet. Bien sûr, agrippé aux postulats de l’attitude naturelle, nous aurions tendance à vouloir défendre la petitesse de notre vision, la faiblesse de notre présence, l’insuffisance de notre perception. Il serait assez commode de se maintenir dans la dualité : opposer d’un côté « ma » présence relative, petite et humaine, humaine parce que petite et de l’autre, la Présence absolue, réelle en un sens mais inaccessible : reconnaître que « l’être doit être défini comme la présence absolue[19] », mais lui tourner le dos en disant que « moi » je n’ai de conscience que celle qui est circonscrite par « moi ». Lavelle ne laisse par filer pareille dérobade. Le sens de l’Identité n’a jamais appartenu à l’ego et la moindre de nos petites expériences est portée en réalité par la présence de l’Être, que nous le voulions ou non. « La présence totale de l’être est déjà impliquée dans la simple expérience que le moi fait de sa propre existence. Car malgré l’échelonnement de ses états dans le temps, le moi est toujours présent à lui-même, ou, en d’autres termes, il n’acquiert l’existence qu’en s’inscrivant pour ainsi dire à chaque instant dans une présence identique[20] ». 

Ce n’est que par aveuglement que nous ne la reconnaissons pas. Parce que nous sommes fascinés par l’objet et que nous perdons le vif du sujet, la présence. Les hommes malheureusement, « sont préoccupés surtout de remplir la présence, comme si elle était un cadre sans contenu. Ainsi, ils s’attachent à l’objet présent, plutôt qu’à la présence de cet objet[21] ». 

Il est indispensable de faire le saut de la non-dualité, le saut par delà la distinction sujet/objet que l’intentionnalité réifie dans la vigilance.  « La présence du tout est antérieure à la distinction du sujet et de l’objet, … elle les comprend en elle, ou plutôt qu’elle leur per­met de naître en les opposant et en les accordant[22] ». Et la présence n’est pas un « état » que je pourrais atteindre, gagner ou perdre, mais ce en quoi tout état se dispose, la présence est, antérieurement à tout état, à toute visée et à toute intention. 

Si tous les hommes, laborieusement, péniblement, croient pouvoir trouver de la joie dans les objets des sens, en pensant qu’ils sont capables de satisfaire à cette soif de bonheur qui est en eux, la découverte de la présence vient entièrement retourner cette croyance. Il n’y a pas de joie dans les objets, l’objet ne peut faire qu’éveiller la joie immanente contenue dans la Présence, parce que « la joie ne diffère pas de la présence[23] ». Celui qui a trouvé la présence, a trouvé la source de la Joie. Et c’est là le bien le plus élevé, car « la joie est le bien suprême. Elle se suffit à elle-même. Elle contient et dépasse la connaissance et la puissance. Elle repousse et oublie les connaissances particulières. Elle produit une lumière propre qui la justifie[24] ». Contrairement à ce que les hommes croient dans l’attitude naturelle, « la joie n’est point un effet de la puissance, ni un témoignage qu’on lui rend ; elle n’en n’est ni le signe, ni la suite : elle est au-delà[25] ». Reconnaître ainsi l’identité pure de la Joie avec la Présence,  c’est reconnaître ce qui est résumé dans le titre même du livre de Jean Klein, La joie sans objet[26].

C. Présence et non-dualité

Parvenu à ce point, il est très important de ne pas quitter un seul instant la dimension du vécu. Il ne s’agit pas de faire des comparaisons entre des auteurs, ou pire une comparaison du style orient/occident sur un thème, « la présence ». Nous ne sommes pas sur un terrain où la dualité est de mise. Il y a la Présence et son approche qui se contente de faire signe vers elle, qui ne fait qu’expliciter, décrire, sans même prétendre analyser.

Nous pensons d’ordinaire que la joie est dans les objets. Cependant, nous voyons aussi que les objets ne nous comblent qu’un moment, ils « nous renvoient à nous-même, puis nous lassent ; ils ont perdu leur magie évocatrice[27] ». Pourtant, « dans ces périodes de joie, celle-ci existe en elle-même, rien d’autre n’est là. Par la suite, en se référant à cette félicité, nous lui surimposons un objet qui nous en fut l’occasion. Nous objectivons donc la joie ».  Et c’est bien là notre erreur. Car si nous étions plus tranquilles, d’avantage présents, nous verrions que « l’ultime contentement, joie ineffable, inaltérable, sans motif, est toujours présent en nous, il nous est seulement voilé[28] ». Voilé par quoi ? Par l’identification à l’objet. Et un voile jeté sur quoi ? Sur le sujet pur de la présence. Tout état, pour autant qu’il enveloppe une forme d’identification à un objet, voile la présence. Ce qui veut bien dire que la présence n’est pas une « expérience » au sens que nous donnons au mot expérience dans l’attitude naturelle. 

Si la présence n’est pas un « état » comme un autre, elle n’est pas en réalité une « expérience » au sens habituel de l’expérience d’un objet, c’est-à-dire exactement dans ce que par quoi nous pensons « être conscient » dans l’attitude naturelle.  Chaque « état » est une forme de la conscience intentionnelle, une conscience de quelque chose. De là suit que la présence doit d’abord être entrevue dans les intervalles entre les états, quand l’esprit est encore suspendu et qu’il n’a pas commencé à objectiver l’expérience, dans la Vacuité où toute expérience commence et s’achève.

 S’il nous est possible de laisser venir cette invitation de la présence, entre deux mouvements de l’intention, comme dit Jean Klein, peu à peu, nous comprendrons que la présence est toujours là, en filigrane de tout état. « Généralement, ce que appelons ‘être conscient’ dans notre vie quotidienne est un pâle reflet de notre vraie nature. Ce que nous sommes profondément, la Présence, déploie sa lumière dans le vide qui existe entre deux pensées, deux sentiments et deux états. Habituellement, nous percevons ce vide comme une absence d’objets, une ‘perte de conscience’. Mais peu à peu nous deviendrons conscients de ce vie, même en présence d’objets[29] ».

 D’où l’importance de l’émerveillement et de l’étonnement, qui ouvrent comme une brèche dans le mouvement continuel de la pensée dans le temps. L’étonnement est ouverture, une ouverture sans objet où la conscience est laissée à elle-même, sans que surgisse le tiraillement du temps psychologique et de l’intentionnalité. Une invitation de l’intemporel, où effectivement, « ce que nous sommes, notre vraie nature, la Toute Présence, n’existe ni dans le temps, ni dans l’espace[30] ». Le déploiement du temps et de l’espace prend son empire dans la pro-jection de la pensée et par suite, c’est tout l’univers objectif qui occupe alors le champ de la conscience, reléguant aux oubliettes le sujet à partir duquel le monde lui-même a été posé. Si la pensée pouvait arrêter son vacarme, si la pensée pouvait se poser et l’attention se déplacer du concept vers la sensation vivante, la présence deviendrait aussitôt vivante. La fin de la pensée est le silence, et « c’est du silence vivant qu’émane le parfum de l’existence[31] ». 

Un esprit continuellement agité de pensées parasites, un esprit torturé et inquiet ne peut connaître la présence. Il est continuellement ailleurs, distrait, absent, et non recueilli et intensément présent. Il est dans un ailleurs et souvent dans un autre temps, il n’est pas ici et maintenant. Il a lâché la bride à un monstre qui est son propre enfant, le temps psychologique et pour ne pas être dévoré, il n’a plus d’autre ressource que de chercher à tuer le temps ! Alors que chaque seconde est une grâce ! Il vit en touriste et ne fait que passer dans l’existence. Et ce touriste, c’est moi, c’est le moi. A peine présent. Fantomatique. Alors, quand le malaise devient patent, quand l’existence devient comme déconnectée de l’Être et que la présence ne veut plus rien dire, l’âme envoie une témoignage de sa souffrance. Et il y a urgence, urgence d’un travail sur soi qui est aussi un travail sur l’instant. Il nous faut, c’est assez bizarre, apprendre à être présent. C’est ce que dit merveilleusement Soline :
« Il faut apprendre à être présent, pleinement présent et conscient. Il faut apprendre à vraiment vivre l’instant, le présent, à être[32] ». Parce que seule la séparation nous en éloigne, parce que seul le régime de la dualité éloigne de la présence, il est nécessaire de comprendre que l’instant et la distance sont opposés. « Comprends ce mot instant. L’instant est contraire à la distance. Entends bien ces deux mots contraires : instant, distance. 

Si tu vis dans l’instant, tu ne vis pas la distance, ils sont contraires. Comprend aussi la différence entre l’instant, la distance et la constance. Instant  et constance sont de même nature, distance est leur opposé. Si tu vis constamment l’instant, c’est l’unité. On ne peut pas vivre dans l’instant, on vit l’instant. Dans l’instant n’a aucun sens. Vivre l’instant, rien d’autre n’est possible[33] ». La distance n’existe que par la puissance de projection du mental et cette projection cristallise un ailleurs et un autrement  irréel. Aussi, « la projection est ce que nous cherchons à éliminer. Elle est irréelle et nous cherchons à vivre réellement. Plus de projection signifie donc : travailler à vivre l’instant, à être présent. Il n’existe qu’une façon de parler de la vie, en disant simplement soi. Soi, tout est contenu dans ce mot[34] ». 

Il doit bien y avoir dans notre expérience souvenir de cet éclat de l’instant. Se souvenir des instants de présence serait déjà entrouvrir la porte de la présence. « Commence par une simple observation des moments au cours desquels tu te sens être, vivre, moments durant lesquels tu sais que tu vis… Il doit y avoir – associée à ces moments là – une forme de plaisir presque physique, une sorte de délice[35] bref de se sentir vivre[36] ». Les esprits grincheux voudraient bien se débarrasser de la présence de l’Être en la reléguant dans une sorte d’au-delà mystique. Les esprits spéculatifs, aimeraient vider l’Être de tout sentiment, en n’y voyant qu’une sorte de neutralité plate et terne. Un concept. Mais « la Présence de l’Être est une présence vivante. A quoi pourrions-nous nous attendre d’autre qu’à un être réellement vivant ? Il s’agit d’une Présence vivante.  Pour recevoir l’être qui vit en toi, parce que c’est un être vivant,  tu dois donc être vivant. Être vivant signifie être l’instant, sans projection qui éloigne de l’être. La projection rejette à l’extérieur de l’être. Pour recevoir l’être qui vit – parce qu’il est une Présence vivante – il faut être vivant[37] ». 

La projection rejette dans le passé, elle le met en balance avec le présent et le déprécie, fait du présent une création avortée, une existence ratée et tard venue. La projection rejette dans le futur, elle se donne les extases dans l’imaginaire, dans des fins éloignées qui ne verront jamais le jour. Travailler sur la présence implique : laisser le passé là où il est, laisser le futur là où il est. La présence sait immédiatement tirer de l’un et de l’autre ce qui est indispensable, sans s’y perdre. Il est essentiel de répandre le baume de l’oubli sur le passé douloureux. Il est aussi essentiel « d’éliminer toute possibilité d’avenir[38] », au sens où il faudrait se ménager de la durée, au sens où il faudrait dans le futur qu’il reste encore quelque chose à vivre dans des existences à venir. Le terreau de l’expérience passé est bien suffisant pour qu’y poussent les fleurs de l’éveil.  

Cependant, nous ne devons jamais oublier qu’il n’y a pas de distance à parcourir pour aller vers soi et c’est bien ce que le mot présence indique et ce en quoi il est très précieux. La distance est une illusion. C’est la pensée qui invente la distance et la nécessité de la parcourir. C’est l’ego qui veut jouer à une poursuite imaginaire, alors que la poursuite éloigne invariablement de soi. Le chemin de la présence est paradoxal, c’est un chemin sans chemin. Il n’a le nom de chemin que parce que je crois être perdu. Il consistera toujours à dynamiter la croyance d’être perdu qui est une illusion. Que cette illusion soit largement entretenue, exploitée, qu’elle fasse même l’objet d’un commerce spirituel ne lui donne pas plus de réalité. Je n’ai pas à monnayer ce que je suis pour obtenir ce que je suis. C’est absurde. Les pratiques spirituelles ne font que chasser les nuages qui encombrent l’esprit. Elles permettent une désobstruction. Mais chasser les nuages n’a jamais fait briller le soleil. Le soleil brille de lui-même, il a toujours brillé, même quand le ciel était couvert et sombre. C’est d’ailleurs ce que dit très clairement le texte des Yoga-sutras de Patanjali.

Dans le premier sutra, il définit le yoga par l’arrêt des fluctuations du mental, pour aussitôt dire dans le second sutra qu’alors la conscience réintègre sa nature essentielle. 
Si un travail doit s’opérer cependant, pour que l’éveil à la présence ne soit pas une sorte d’élucubration mentale, une fantaisie à la mode, une simple idée, mais  un vécu, c’est un travail sur l’ego pour autant qu’il fait obstacle. Il se pourrait bien en effet que l’ego soit une porte, qui puisse rester fermée ou s’ouvrir. Et cela a un rapport avec l’amour de soi. Non pas avec l’amour-propre, car celui-là, nous le connaissons que trop bien et il n’a jamais éveillé personne. L’amour et la présence sont en unité. Le cœur et la Présence sont une seule et même chose, ils sont en unité, c’est pourquoi il n’y a pas d’unité tant que la Présence ne s’est pas reconnue dans le cœur et le cœur dans la Présence. La reconnaissance de l'unité à l'unisson du coeur et de la présence est l’Eveil.

La présence est plus que la vigilance. Elle n’est pas une vigilance redoublée par la réflexion que lui apporterait la pensée. Elle précède la pensée, elle est la Vie même, se tenant en elle-même, dans la coïncidence sans faille avec Soi, la vie qui cohère avec soi absolument et s’éprouve au sein de l’être. Elle n’est pas le résultat d’un exercice qui serait appelé « lucidité ». Elle n’est pas un résultat du tout. Elle ne se distingue pas d’un pouce de celui qui l’éprouve. En sorte que toute évocation de la présence comme d’un objet, nous la fait invariablement manquer. Il n’y a pas « la » présence  à « soi ». Il y a la présence du soi. Il n’y a pas plus « la » présence et « l’être », car la Présence est Présence de l’Être. Tous ces mots désignent la même unité dans le mariage du cœur et de la présence. 
La présence n’a pas de commencement et elle n’a pas de fin. Ce n’est que nous qui la quittons, par le seul mouvement de la pensée vers un objet et encore, il ne s’agit jamais que d’un déplacement de l’attention, car nous ne pouvons pas sortir en réalité de nous-même. Le soi ne se quitte pas lui-même, lors même qu’il est recouvert par le masque des objets et lors même qu’il se croit perdu dans les objets. Il n’y a strictement rien à faire pour être présent, car être présent c’est être. C’est l’idée même de devoir faire quelque chose qui éloigne de l’Etre.

[1] L. Lavelle La présence totale, Aubier, 1934, p. 25. 
[2] Id, p. 11. 
[3] Id. p. 11. 
[4] Id. p. 18. 
[5] Id. p. 17. 
[6] Id ; p. 26. 
[7] Id. p. 26.
[8] Id. p. 26, 27. 
[9] Id. p. 27. 
[10] Id. p. 27. 
[11] Id. p. 36.
[12] Id p.36. 
[13] id p. 37. 
[14] Id. 37. 
[15] Id. p. 39. 
[16] Id. p. 40. 
[17] Id, p. 79. 
[18] Id. p. 50. 
[19] Id. p. 51. 
[20] Id. p. 52. 
[21] Id, p. 58. 
[22] Id, p. 103. 
[23] id, p. 249. 
[24] Id, p. 247.
[25] Id. p. 247. 
[26] Jean Klein La joie sans objet, Mercure de France, 1977.
[27] Id. p. 15. 
[28] Id. p. 15. 
[29] Jean Klein la conscience et le monde, p. 105. 
[30] Id. p. 106. 
[31] Id. p. 107. 
[32] Groupe présence L’amour qui nous guide, p. 117.[33] Id. p. 117, 118. 
[34] Id. p. 118. 
[35] En lisant ce texte, je ne peux pas ne pas faire le rapprochement avec le même mot délice, delight, employé souvent dans la poésie de Shri Aurobindo, avec la même saveur. 
[36] Id. p. 118. 
[37] Id. p. 118, 119. 
[38] Id. 140




Serge Carfantan

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