jeudi 13 février 2014

"ANTOINE DE SAINT-EXUPERY: L'HOMME VU DU CIEL"


Il paraissait plutôt enclin au rêve que porté sur l’action. Et pourtant.

Avant d’être un écrivain, Antoine de Saint-Exupéry est surtout un pilote. Poète de l’action, il a trouvé ses mots dans sa vie. Une question le taraudait : « Que faut-il dire aux hommes ? » Aventurier, voyageur infatigable, il n’a eu de cesse de leur prodiguer des leçons d’énergie. Homme de cœur, il a martelé obstinément son espoir en l’homme. Générosité et solidarité étaient, pour lui, les valeurs fondatrices de l’humanité. Son “Petit Prince”, histoire de planète, d’enfant blond, de baobabs et de renard a fait le tour du monde. Mais c’est dans “Citadelle”, son œuvre majeure, que sa pensée est la plus aboutie. Il y développe un humanisme fondé sur une morale exigeante, où le refus du confort implique le sens du devoir et du sacrifice. 


Ses idées ont dérangé.

Des intellectuels se sont gaussés de cette "belle âme" ou ont raillé sa "sainteté". Pourtant, c’est par "goût du bonheur" et respect de la vie qu’il a osé prendre tous les risques. Il est mort entre ciel et mer, à 44 ans, quelque part entre la Corse et le continent.


Pensées

Gagner de la hauteur

Tout homme est le messager de quelque chose qui le dépasse, car notre temps passé sur terre est très court. Pour Antoine de Saint-Exupéry, la quête de l’absolu doit être le sens de notre combat quotidien. « On n’ensemence que par le haut », disait-il. La vie s’ouvre aux individus exigeants, mais personne n’est en droit d’exiger des autres quelque chose qu’il n’ait déjà obtenu lui-même. Pour accéder à la dignité, nous devons fuir la facilité et l’inconstance, et ne négliger aucune petite vertu.

Faire l’expérience du désert

Alors que nous vivons dans un monde d’opulence et de confort, Saint-Exupéry nous invite à faire l’expérience du désert, de sa dureté. Dans ce monde aride, la privation redonne le goût des choses simples, une gorgée d’eau ou une escale entre deux trajets. Mais surtout, il nous incite à prendre conscience que nous avons tous, au fond de nous, un vide, quelque chose qui nous manque, alors que nous possédons tout. Le désert nous apprend à regarder plus loin que ce que nous avons, à voir de plus près ce que nous sommes. « J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et, cependant, quelque chose rayonne en silence. »

Agir

L’homme « n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes ». Saint-Exupéry est un pionnier, qui nous propose de devenir le héros de notre propre vie : nous devons nous réveiller, préférer l’effort au repos, le danger à la sécurité. « Vous n’avez le droit d’éviter un effort qu’au nom d’un autre effort car vous devez grandir. » Cet héroïsme-là est une vertu dont nous n’avons aucune fierté à tirer, car la vie, c’est l’audace. Parce qu’elle donne un sens à la vie, l’action épanouit l’homme. Et c’est en accomplissant les actes dictés par notre conscience que nous devenons des êtres humains.

Donner

La valeur d’une vie ne réside pas dans les biens matériels éphémères, mais dans le dévouement, le sacrifice, le don de soi et l’échange. « Je n’aime pas les sédentaires de cœur. Ceux-là qui n’échangent rien ne deviennent rien. » Avant de mourir, nous n’avons qu’un impératif : poser un geste gratuit. Telle une graine, ce sera notre trace, notre participation à la moisson. Pour naître à soi-même, il ne faut pas hésiter à sacrifier pour les autres nos derniers vivres. L’homme n’accède à l’humanité qu’en servant ses semblables. Sa puissance réside dans sa capacité à les grandir.

Créer des liens

L’existence n’a de sens que si nous nous sentons liés à autrui, « puisqu’on est frère en quelque chose et non frère tout court ». La source de la vie ne vient pas des choses ou des êtres, mais de ce qui fait lien entre eux. Rapprocher les hommes : tel est le sens de la mission humaine. Nos actes doivent tendre vers l’humanité, rejoindre l’universel, sinon ils sont vains : « Car il n’est rien à espérer de soi mais de la seule merveilleuse collaboration de l’un à travers l’autre… » Veillons sur les autres comme des sentinelles responsables, créons des liens partout où ils sont rompus.


Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore votre rêve.


A lire:

Vol de nuit, d'Antoine de Saint-Exupéry.

Une exploration des ténèbres, selon Saint-Exupéry. Ce roman le fit connaître et reçut le prix Femina en 1931 (Gallimard, 1996).

Le Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry. Un ouvrage sublime sur une improbable amitié, traduit en près de deux cents langues, ce livre est l’une des meilleures ventes mondiales (Gallimard, 2000).

Citadelle, d'Antoine de Saint-Exupéry. Oeuvre posthume publiée en 1948. Ce livre inachevé est considéré comme son testament (Gallimard, 2000).

Saint-Exupéry, d’Alain Vircondelet. Une biographie inédite, illustrée d’archives provenant de la femme de l’auteur, Consuelo de Saint-Exupéry
(Editions du Chêne, 2000).


Date

    19 juin 1900 : Antoine, fils du vicomte de Saint-Exupéry, naît à Lyon. Il perd très jeune son père et un frère.
    1912 : il reçoit son baptême de l’air.

    1927 : il entre à l’Aéropostale, assure les courriers Toulouse- Casablanca et Dakar-Casablanca, puis est nommé à Cap Juby, au Maroc. C’est là, aux portes du Sahara, que l’écrivain naît.

    1931 : il épouse Consuelo Suncin, la « rose » du “Petit Prince”.
    Fin 1940 : il s’installe à New York, où il écrit Le Petit Prince, qui paraîtra en France en 1943.

    1942 : il rejoint son escadrille en Algérie.
    1943 : ayant atteint la limite d’âge pour piloter, il devient réserviste.

    1944 : après s’être débattu pour obtenir une dernière mission, il décolle le 31 juillet au matin. A 14 h 30, on sait qu’il ne vole plus. Son avion aurait été abattu par des Allemands, au large de la Corse
.


http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Maitres-de-vie/Antoine-de-Saint-Exupery

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