dimanche 9 novembre 2014

"LA SOLITUDE"


L'on ne peut pas combattre directement les ténèbres de l'isolement. Chacun doit comprendre quelque chose d'essentiel, c'est qu'il y a certaines choses fondamentales qui ne peuvent pas être changées. Un des principes de base est que vous ne pouvez pas vous battre directement contre l'obscurité, directement contre le fait d'être esseulé, directement contre la peur d'être seul.

La raison en est que ces choses n'existent pas; elles sont simplement l'absence de quelque chose, de même que l'obscurité est l'absence de lumière.
En fait, que faites-vous lorsque vous voulez que la pièce ne soit plus dans l'obscurité ? Vous ne faites rien directement avec l'obscurité - n'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas la mettre dehors, il n'est en aucune façon possible de faire quoi que ce soit avec l'obscurité pour qu'elle disparaisse; vous devez faire quelque chose avec la lumière.

Voilà qui change toute la situation et c'est ce que j'appelle l'un des principes essentiels, fondamentaux. Vous ne touchez même pas à l'obscurité, vous n'y pensez pas; cela ne sert à rien, elle n'existe pas, c'est simplement une absence.
Ainsi, amenez simplement la lumière et vous ne trouverez pas d'obscurité du tout, parce qu'elle était l'absence de lumière, seulement l'absence de lumière et non pas quelque chose de matériel, qui a une réalité en soi, non quelque chose qui existe. Mais parce que la lumière n'était pas présente, vous aviez une sensation erronée de l'existence de l'obscurité.

Vous pouvez continuer à vous battre contre cette obscurité votre vie durant et vous ne réussirez pas, alors que seule une petite bougie suffit pour la dissiper. Vous devez travailler sur la lumière parce qu'elle est positive, existentielle; elle existe par elle-même et une fois que la lumière est là, tout ce qui était son absence disparaît automatiquement.

Le sentiment d'être seul est semblable à l'obscurité.

Vous ne connaissez pas votre réalité d'être seul. Vous n'avez pas éprouvé votre solitude et sa beauté, son pouvoir immense, sa force.

Le sentiment d'être esseulé et la solitude sont synonymes dans les dictionnaires, mais l'existence ne suit pas vos dictionnaires. Et personne n'a encore essayé de faire un dictionnaire existentiel qui ne serait pas en contradiction avec l'existence.

Le sentiment d'être esseulé, isolé, est une absence.

Parce que vous ne connaissez pas votre solitude, il y a la peur. Vous vous sentez isolé, aussi, vous voulez vous accrocher à quelque chose, à quelqu'un, à un peu de relations, simplement pour maintenir l'illusion que vous n'êtes pas esseulé; or vous savez que vous l'êtes - d'où la douleur. D'une part vous vous accrochez à quelque chose qui n'a pas de réalité, qui est juste un arrangement provisoire; une relation, une amitié.

Et pendant que vous êtes dans la relation vous pouvez créer une petite illusion pour oublier votre isolement. Là est le problème; bien que vous puissiez oublier pour un instant votre sentiment d'être esseulé, l'instant d'après vous prenez soudain conscience que la relation ou l'amitié n'ont rien de permanent. Hier encore, vous ne connaissiez pas cet homme ou cette femme, vous étiez des étrangers; aujourd'hui vous êtes amis, mais demain, qui sait… vous serez peut-être de nouveau des étrangers, d'où la douleur.

L'illusion donne une certaine consolation, mais elle ne peut pas créer une réalité afin que toute peur disparaisse. Elle réprime la peur, alors en surface vous vous sentez bien, en tout cas, vous essayez de vous sentir bien. Vous vous persuadez que vous vous sentez bien; combien merveilleuse est la relation, combien merveilleux est cet homme ou cette femme. Mais derrière l'illusion et l'illusion est si mince que vous pouvez voir derrière, il y a une douleur dans le coeur, parce que le coeur sait parfaitement bien que demain les choses peuvent ne pas être pareilles... et elles ne seront pas pareilles.

Toute l'expérience de votre vie vous démontre que les choses changent continuellement. Rien ne reste stable; vous ne pouvez vous accrocher à rien dans un monde changeant.

Vous vouliez faire de votre amitié quelque chose de permanent, mais votre désir même est contre le principe du changement et cette loi ne fera pas d'exceptions. Elle continuera simplement à fonctionner à sa manière; elle changera… tout.

Peut-être qu'à long terme, vous comprendrez un jour qu'il était bon que cette loi ne vous ait pas écouté, que l'existence ne se soit pas soucié de vous et a simplement continué à faire tout ce qu'elle voulait faire... pas selon votre désir.

Cela peut vous prendre un peu de temps pour le comprendre. Vous voulez que tel ami soit votre ami pour toujours, mais demain il se transforme en ennemi. Ou simplement; "Qu'il s'en aille" et il n'est plus avec vous. Quelqu'un d'autre vient alors remplir le vide, quelqu'un qui est un être humain bien supérieur. Tout à coup vous vous rendez alors compte qu'il était bien que l'autre soit partit autrement vous seriez restés collés ensemble. Pourtant, la leçon n'entre jamais suffisamment profondément au point de vous faire cesser de demander la permanence.

Vous recommencerez à demander la permanence avec cet autre homme, avec cette autre femme; cette fois, cela devrait ne pas changer. Vous n'avez pas vraiment appris la leçon; le changement est simplement le tissu même de la vie. Vous devez comprendre cela et avancer avec cela. Ne vous créez pas d'illusions, elles ne vont pas vous aider; mais tout le monde se crée des illusions de toutes sortes.

Ce qu'il faut n'est pas quelque chose qui vous fasse oublier votre isolement; Ce qui est nécessaire, c'est que vous preniez conscience de votre solitude, qui est une réalité. Et il est si beau d'éprouver cette réalité, de la ressentir, parce qu'elle est votre affranchissement de la foule, de l'autre. Cette réalité vous libère de la peur d'être esseulé.

Rien que le mot "esseulé" vous rappelle immédiatement le sentiment d'une blessure; quelque chose est nécessaire pour la guérir. Il y a un vide et cela fait mal; quelque chose doit être comblé. Le mot même de solitude n'a pas le même sens, celui d'une blessure, d'un vide qui doit être comblé. Solitude signifie simplement une complétude. Vous êtes complet; il n'y a donc besoin de personne d'autre pour vous compléter.

Par conséquent, essayez de trouver votre centre le plus intérieur, là où vous êtes toujours seul, où vous avez toujours été seul. Dans la vie, dans la mort, partout où vous êtes, vous serez seul, mais ce centre est si plein, il n'est pas vide, il est si plein, si complet et si débordant de toutes les sèves de la vie, de toutes les beautés et les bénédictions de l'existence, qu'une fois que vous avez goûté à la solitude, la douleur dans le coeur disparaîtra. A sa place, un nouveau rythme sera là, plein de douceur immense, de paix, de joie, de bonheur.

Cela ne veut pas dire qu'un homme qui est centré dans sa solitude, complet en lui-même, ne peut pas se faire des amis; en fait lui seul peut se créer des amitiés, parce que maintenant ce n'est plus un besoin, il ne fait que partager. Il a tant en lui; il peut partager.

L'amitié peut être de deux sortes. L'une est celle dans laquelle vous êtes un mendiant - vous avez besoin de quelque chose de l'autre pour aider votre isolement et l'autre est aussi un mendiant; il veut la même chose de vous et naturellement, deux mendiants ne peuvent pas s'entr'aider. Bientôt ils verront que mendier d'un autre mendiant double ou multiplie leur besoin. Au lieu d'un mendiant, maintenant il y en a deux et si, malheureusement, ils ont des enfants, alors il y a toute une société de mendiants qui mendient et personne n'a rien à donner.

Chacun se sent alors frustré, irrité et chacun se sent mystifié et trompé. Mais en fait, personne ne trompe et personne ne triche, car que possédez-vous ?
L'autre sorte d'amitié, l'autre sorte d'amour, à une qualité totalement différente; elle ne vient pas d'un besoin, elle vient du fait que vous avez tellement en vous que vous voulez partager. Une nouvelle sorte de joie est entrée dans votre être; celle de partager, joie dont vous n'étiez jamais conscient auparavant. Vous aviez toujours mendié.

Lorsque vous partagez, la question de s'accrocher à l'autre ne se pose pas. Vous êtes porté par le flux de l'existence, par celui du changement de la vie, car peu importe avec qui vous partagez. Ce sera peut-être la même personne demain, la même personne pour toute votre vie ou ce pourra être des personnes différentes. Ce n'est pas un contrat, ce n'est pas un mariage; c'est simplement à partir de votre plénitude que vous voulez donner. Ainsi quiconque se trouve être près de vous, vous la lui donnez et donner est une telle joie.

Mendier, quémander est une telle misère; même si vous obtenez quelque chose en mendiant, vous resterez malheureux. Cela fait mal, cela blesse votre fierté, cela blesse votre intégrité. Mais partager vous rend plus centré, plus intégré, plus fier et non pas plus égoïste; plus fiers que l'existence ait été compatissante envers vous. Ce n'est pas l'ego; c'est un phénomène totalement différent... une reconnaissance que l'existence vous ait permis quelque chose que des millions de gens essaient de trouver, mais à la fausse porte. Il se trouve que vous êtes à la bonne porte.

Vous êtes fier de votre félicité et de tout ce que l'existence vous a donné. La peur disparaît, l'obscurité disparaît, la douleur disparaît, le désir pour l'autre disparaît.

Vous pouvez aimer une personne et si cette personne aime quelqu'un d'autre il n'y aura aucune jalousie, parce que vous aimiez à partir de tant de joie; ce n'était pas un attachement, vous ne reteniez pas l'autre dans une prison. Vous n'aviez pas peur que l'autre personne puisse s'échapper d'entre vos mains, que quelqu'un d'autre entame une liaison amoureuse...

Lorsque vous partagez votre joie, vous ne créez de prison pour personne, vous donnez simplement.

Vous n'attendez même pas à de la gratitude ou à de la reconnaissance en retour, parce que vous ne donnez pas pour obtenir quoi que ce soit, pas même de la gratitude. Vous donnez parce que vous êtes si plein que vous devez donner.

Ainsi, si quelqu'un est reconnaissant, c'est vous, envers la personne qui a accepté votre amour, qui a accepté votre cadeau. Elle vous a soulagé, elle vous a permis de lui donner votre énergie et plus vous partagez, plus vous donnez, plus vous avez. Cela ne fait donc pas de vous un avare, cela ne crée pas une nouvelle crainte que: "je puisse perdre cela". En fait, plus vous le perdez, plus l'eau fraîche jaillit de sources dont vous n'étiez pas conscient auparavant.
Ainsi, je ne vous dirai donc pas de faire quoi que ce soit concernant votre sentiment d'être esseulé.

Cherchez plutôt votre solitude.

Oubliez l'isolement, oubliez l'obscurité, oubliez la douleur, elles ne sont que l'absence de la solitude. L'expérience de la solitude les dissipera immédiatement et la méthode est la même; observez simplement votre mental, soyez conscient. Devenez de plus en plus conscient, pour finalement être uniquement conscient de vous-même. C'est à ce moment là où vous prenez conscience de la solitude.

Vous serez étonnés d'apprendre que différentes religions ont donné différents noms pour l'état ultime de la réalisation. Les trois religions nées à l'extérieur de l'Inde n'ont pas de nom pour cela, parce qu'elles ne sont jamais allées loin dans la recherché du soi. Elles sont restées puériles, immatures, s'accrochant à un Dieu, s'accrochant à la prière, s'accrochant à un sauveur. Vous pouvez comprendre ce que je veux dire; elles sont toujours dépendantes de quelqu'un d'autre qui doit les sauver. Elles ne sont pas matures. Le judaïsme, le christianisme, l'islam, ne sont pas matures du tout et c'est peut-être pourquoi elles ont influencé la grande majorité des gens dans le monde, parce que la plupart des gens de part le monde sont immatures; il y a une certaine affinité.
Mais les trois religions de l'Inde ont trois noms pour cet état ultime et je m'en suis souvenu du fait du mot solitude.

Le jainisme a choisi kaivalya, "solitude", comme l'état ultime de l'être. Tout comme le bouddhisme a choisi nirvana, "le fait d'être sans soi" et l'hindouisme a choisi moksha, "libération"; le jainisme a choisi "solitude absolue". Chacune de ces trois expressions est belle, elles sont trois aspects différents d'une même réalité. Vous pouvez l'appeler: libération, liberté; vous pouvez l'appeler solitude; vous pouvez l'appeler "le fait d'être sans soi", le vide, simplement des poteaux indicateurs vers cette expérience ultime pour laquelle aucun nom n'est suffisant.

Mais à chaque fois, regardez bien pour savoir si ce à quoi vous faites face en tant que problème, est une chose négative ou une chose positive. Si c'est une chose négative, alors ne vous battez pas contre; ne faites pas cet effort là du tout. Cherchez-en juste son aspect positif et vous serez devant la bonne porte.

La plupart des gens dans le monde manquent leur cible parce qu'ils se mettent à lutter directement contre la porte négative.

Il n'y a aucune porte; il y a seulement l'obscurité, il y a seulement l'absence et plus ils se battent, plus ils rencontrent l'échec, plus ils deviennent déprimés, pessimistes et en fin de compte ils commencent à constater que la vie n'a aucune signification, que c'est simplement une torture. Mais leur erreur est d'être entré par la fausse porte.

Ainsi avant que de faire face à un problème, regardez simplement le problème; est-ce une absence de quelque chose ? Tous vos problèmes sont une absence de quelque chose et une fois que vous avez trouvé de quoi ils sont l'absence, tournez-vous alors vers le positif.

Dès l'instant où vous trouvez le positif, la lumière, l'obscurité n'est plus.


[Osho, Extrait de: The Path of the Mystic, Chapitre 19]


Pour compléter cet article:  https://www.blogger.com/blogger.g?blogID=189534834895236634#template/postNum=227



Enregistrer un commentaire