mardi 3 février 2015

"LA DEPRESSION, LUMIERE INTERIEURE"




ETRE SOI - Intériorité

Voir la dépression comme un besoin de se centrer sur soi est très porteur.

La dépression est multiple et multifactorielle, aussi les considérations de cet article n'ont aucune vocation à remplacer les traitements existants et à rendre caduques les diverses autres explications. Le but est simplement d'apporter un éclairage complémentaire, fondé sur l'intériorité, et d'ainsi donner une piste pour aller davantage vers soi-même.
       
       
La dépression n'est plus la chose honteuse qu'elle fut il y a encore moins de dix ans, elle est vue comme une maladie, et prise en charge comme telle. Le patient est cru, point qui évite d'ajouter à ses souffrances l'incompréhension des autres. Malgré tout, la dépression reste taboue, la chose qu'on évoque à voix basse, comme embêté. Car elle inquiète.

Le traitement est au point mais d'une efficacité relative et, surtout, lente. Et c'est tant mieux. Le risque de la médicalisation est de passer à côté de la réalité de la dépression. Il serait dommage d'en rater les causes profondes (« débarrassez-moi de ce mal, Docteur, que je n'ai plus à y penser ») et il serait dommage que l'entourage passe à côté d'un questionnement.

La dépression est liée à une perte, au sens large. Il peut s'agir de la perte d'un proche, d'une référence, d'un emploi, d'un lieu, d'un statut, de la jeunesse ou de la possibilité d'enfanter, de l'amour, ou de toute autre chose.

On parle souvent de deuil, dont la dépression est vue comme l'une des étapes. Même si c'est exact, la notion de deuil est connotée aussi vaut-il mieux parler de perte, en y incluant des choses qui peuvent paraître anodines pour l'entourage, voire pour la personne elle-même.

La dépression est causée par la perte de quelque chose auquel on tenait. Si on prend un peu de recul, la perte de quelque chose on tenait est la perte d'illusions. Illusion de la présence éternelle d'un proche, de l'amour éternel, de l'éternel d'une situation ou d'un état, mais aussi perte de ses illusions sur toutes sortes de choses, à commencer par soi-même.

La dépression provient du constat sauvage que la vie n'est pas comme on aurait aimé qu'elle soit. Il y a une rupture irréversible dans la psyché. L'organisme ne peut pas suivre, le cerveau active un processus de survie qui arrête tout, le temps d'encaisser, et cet état est la dépression.

La dépression est donc à respecter, avant même d'envisager de la soigner. il est important de la voir comme un mécanisme de sauvegarde. La dépression est un état ordinaire et nécessaire de l'homme, qui se manifeste par des passages brefs auxquels on ne veut pas prêter attention, déprime passagère ou saisonnière, abattement momentané ou coup de mou, baisse de forme, besoin de repos ou de se ressourcer.

Si on admet que la dépression est un état normal et fréquent, on en conclut que la « vraie » dépression, celle qui s'installe et qui dure, est un signal d'alerte majeure, le signe que tous les systèmes de sauvegarde sont dépassés, et qu'il est temps de considérer la situation avec attention. L'enjeu est important car la dépression vaut mieux que d'autres systèmes de sauvegarde, elle évite souvent une maladie pouvant être grave ou un accident, qui tous deux auraient le même résultat que la dépression mais d'une manière plus brutale : tout arrêter.

La dépression, petite ou grande, est donc un arrêt imposé destiné à obliger la personne à regarder ce qu'elle a perdu, illusion petite ou grande, dépendant de soi ou non. Une perte qui ne dépend pas de soi est par exemple celle d'un être cher, mais ce qui dépend de soi est la réaction qu'on choisit d'adopter. Car, on s'en rend compte quelque temps plus tard, les réactions émotionnelles sont des choix, même s'ils sont automatisés par notre structure et nos habitudes de fonctionnement (untel réagit par les pleurs et un autre en se fermant, etc.).

La dépression, vue comme un mécanisme obligeant à constater une perte d'illusion, conduit à en voir la source : un désaccord entre soi et Soi. L'ego veut quelque chose, qui est une illusion (par définition, ce que veut l'ego est une illusion) et l'être profond a besoin d'autre chose : l'opposition est celle du vouloir contre celle de l'être, de la volonté illusoire contre le besoin véritable.

La dépression est une incapacité d'agir liée à l'impossibilité de décider entre deux forces opposées, celle de l'ego et celle du moi profond. Il va sans dire qu'au stade de la dépression il n'est plus temps d'écouter l'ego, il est devenu impératif, à peine de mort, d'écouter le moi profond.

Comme on s'en doute, écouter le moi profond n'est pas simple et, surtout, insuffisant. Il faut en effet soigner l'ego, soigner la perte d'illusion, en faire le deuil. Il faut renoncer, c'est à dire accepter qu'on veut une chose qu'on n'aura pas, ou plus.

Comme il est dur d'accepter, on tente de se guérir de ses illusions mais c'est vain car elles sont inscrites dans notre nature, elles sont devenues structurelles, et elles sont notre motivation quotidienne à faire telle ou telle chose.

Si on ne souhaite pas être le sage dans sa grotte, il n'est que le choix d'accepter son ego, et donc ses illusions, mais le moment de la dépression indique qu'il faut cependant renoncer à ses prérogatives. En d'autres termes, le système continuera à fonctionner pour produire d'autres illusions semblables, un peu différentes, mais il ne sera plus possible de vivre avec celles du passé encore actuelles.

La clé consiste à mieux s'écouter, et à prendre des décisions non plus sans réfléchir à soi, donc à l'aveuglette du moi profond, mais au contraire en écoutant le moi profond. J'appelle cela prendre des décisions à base spirituelle mais chacun peut l'appeler comme il veut. La caractéristique de telles décisions est de ne pas apporter de solution immédiate, et d'ailleurs toute décision apportant une solution est à rejeter.

La dépression est un processus qui empêche la prise de décision, et c'est heureux ; par exemple, une dépression liée au couple se termine souvent par un divorce, qui est la plus mauvaise des réponses, celle de l'ego. Le moi profond aurait peut-être préféré plus osé : l'amour véritable. Si divorce il doit y avoir après dépression, la décision valide ne peut être prise moins de deux ans après la fin de la dépression. On peut raisonner de même avec toute décision importante.

On le voit, la dépression témoigne d'un désaccord qui ne peut plus durer entre le soi et le Soi, et si on admet que le moi profond est notre lumière, alors la dépression est une bonne voie vers sa propre lumière.

Didier Vereeck.



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