mardi 10 octobre 2017

"L'EMPATHIE"


L’empathie désigne la capacité de se mettre à la place d’autrui, de se représenter ce qu’il ressent et/ou pense. Ressentir – Penser : ce sont là les deux facettes essentielles de l’empathie, l’une émotionnelle, l’autre cognitive. Certains auteurs en rajoutent une autre, la dimension comportementale.

- L’EMPATHIE EMOTIONNELLE

C’est une réaction généralement automatique et non intentionnelle. Lorsque nous voyons quelqu’un souffrir, nous sommes nous-mêmes affectés, nous éprouvons généralement un ressenti désagréable. Ce peut être le cas par exemple, lorsque l’on observe à la télévision un sportif qui exprime sa douleur après s’être tordu la cheville. L’empathie émotionnelle se manifeste très précocement puisque, dès les premières heures suivant leur naissance, les bébés réagissent à la détresse de congénères, en pleurant. Les psychopathes (aujourd’hui appelés « personnalités antisociales ») présentent un important manque d’empathie émotionnelle ; il leur est très difficile de ressentir l’état émotionnel d’autrui, tout particulièrement la tristesse et la peur.

- L’EMPATHIE COGNITIVE

Il s’agit de la capacité de se représenter les états mentaux d’autrui. les psychanalystes parlent de « mentalisation » et les cognitivistes de « théorie de l’esprit ». Cette aptitude se révèle très tôt chez les enfants. Les bébés parviennent rapidement non seulement à imiter mais aussi à percevoir les intentions d’autrui.

- L’EMPATHIE COMPORTEMENTALE (« EFFET CAMELEON »)

Tous les spécialistes n’intègrent pas cette troisième facette dans le concept d’empathie. Lorsqu’ils le font, le terme renvoie à un processus de « mimétisme comportemental ». Il arrive fréquemment qu’au cours d’une conversation entre deux personnes, l’une d’elles imite les gestes et postures de l’autre, sans s’en rendre compte. Ceci est particulièrement fréquent chez les personnes qui entretiennent de bonnes relations entre elles.

- L’EMPATHIE DANS LA VIE QUOTIDIENNE

L’empathie constitue un socle essentiel sur lequel reposent nos relations sociales quotidiennes. Dans une série d’études menées auprès d’adolescent(e)s, Daniel Favre, professeur de sciences de l’éducation à l’IUFM de Montpellier, a constaté que l’empathie était corrélée très significativement avec la coopération et les compétences sociales, et inversement corrélée avec la dépression, les troubles de l’attention et la délinquance (1). Selon cet auteur, l’empathie « implique de "s’ouvrir" à l’autre, de lui permettre d’exister dans notre espace de représentation privé comme un vrai Autre. Le lien empathique produit une confirmation de l’existence de l’autre. » .

- L’EMPATHIE EN PSYCHOTHERAPIE

Parmi les divers courants psychologiques, c’est la psychologie humaniste qui a été la plus attentive au concept d’empathie. Selon Carl Rogers, l’empathie constitue l’une des trois attitudes fondamentales que doit adopter le thérapeute - à côté de la considération inconditionnelle et de l’authenticité - pour faciliter le développement des patients (2). Pour lui, il y a empathie lorsque le thérapeute devine les réactions et sentiments personnels éprouvés par le client et qu’il réussit à lui communiquer cette compréhension. Selon Rogers, il faut faire tout notre possible pour penser et ressentir ce que vit autrui, tout en étant lucide sur le fait que ceci n’est jamais vraiment possible.

- L’EMPATHIE ECLAIREE PAR LA NEUROPHYSIOLOGIE

Les recherches sur l’empathie ont connu un regain d’intérêt inattendu depuis une dizaine d’années, à la suite de la découverte des neurones-miroir, par une équipe italienne (3). Lorsqu’une personne observe l’état émotionnel d’une autre (qu’il s’agisse de dégoût, de toucher, de douleur, etc.), cela active des parties du réseau neuronal qui traitent ce même état en elle-même. En d’autres termes, nous éprouvons peu ou prou des émotions en miroir de celles ressenties par autrui. L’une des fonctions majeures des neurones miroir est précisément de faciliter l’empathie, comme l’a souligné Vittorio Gallese, l’un des découvreurs de ces cellules. Dans un article intitulé « L’hypothèse de la "diversité partagée" : des neurones miroir à l’empathie », il affirme que le mécanisme neuronal d’appariement constitué par les neurones miroir est essentiel pour établir un lien empathique entre individus. Ces travaux sont particulièrement troublants et prometteurs. Ils montrent que notre cerveau est prédisposé pour l’interdépendance avec autrui, pour que nous puissions entrer en « résonance » avec nos congénères et leur manifester de l’empathie. Les neurophysiologistes sont en train de redécouvrir ce que les poètes et écrivains nous avaient appris depuis fort longtemps : « Nul n’est une île ».

Par Jacques Lecomte

-  (1) Favre D. (2007). Transformer la violence des élèves, - Paris, Dunod.
-  (2) Rogers C. (1968). Le développement de la personne, - Paris, Dunod, p. 48-49, 204-205.
-  (3) Rizzolatti G. et Sinigaglia C. (2008). Les Neurones - miroir, Paris, Odile Jacob.




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