mercredi 2 mai 2018

"LE FUTUR INFLUENCE-T-IL LE PRESENT ?"


par Philippe Guillemant

Interview parue dans le magazine Reflets n° 26
janvier-février-mars 2018

Philippe Guillemant est ingénieur de recherche au C.N.R.S. Sa principale activité a été la création de logiciels de vision artificielle ayant débouché sur des start-up.
Il mène aujourd’hui une recherche beaucoup plus fondamentale en physique de l’information visant à réviser notre conception classique de l’espace-temps.
Il donne une explication rationnelle de la synchronicité qui débouche sur un véritable « pont » entre la science et la spiritualité.

Comment a germé en vous l’idée d’un pont entre la science et la spiritualité?

Cela remonte à l’âge de treize ans, quand j’ai trouvé dans une ruine des livres de philosophie qui m’ont apporté beaucoup.
Il y avait là du Descartes, du Platon, du Pascal et des livres de maths. L’enseignement au collège m’ennuyait, et je trouvais dans ces livres ce qui m’intéressait. J’ai été sensibilisé aux problèmes fondamentaux, notamment à la fragilité du déterminisme scientifique. C’est pourquoi durant mes études je me suis intéressé à la mécanique quantique et à la possibilité du lien entre l’esprit et la matière.

Est-ce votre vie privée qui vous a amené de la philosophie à la spiritualité?

La vie m’a apporté, en une seule année, une cascade d’épreuves. J’ai touché le fond et cela m’a fait comprendre que je ne pouvais pas vivre seulement pour « femme, enfants et maison » mais pour qui j’étais vraiment: « Vis pour toi; sois libre; qu’as-tu fait pour toi dans ta vie? » Je me suis posé cette question-là. Je voulais prendre des distances avec une vie trop riche sur le seul plan professionnel, afin de réaliser l’un de mes rêves qui était d’écrire un livre sur la synchronicité.

J’avais lu des livres sur le temps qui m’ont permis de répondre à la question: « Si ce n’est pas la mécanique qui détermine le cours des évènements, qu’est-ce que c’est? » Et j’ai commencé à imaginer l’intemporel, tout ce que je raconte dans mes livres. Je me suis retrouvé sur les rails de quelque chose qui correspondait à ma problématique d’enfant qui se posait des questions existentielles liées à la philosophie, à l’indéterminisme, à la relation entre l’esprit et la matière. J’ai compris qu’en remontant aux sources du hasard, j’allais trouver. Mais pour cela, il fallait que le domaine du traitement de l’information n’ait plus aucun secret pour moi, et j’en suis devenu un expert. Aujourd’hui, j’en arrive à faire des publications sur les dimensions supplémentaires de l’espace-temps, en liaison justement avec ce hasard qui n’en est pas un et qui est, on va dire, la fissure par laquelle passe la lumière, c'est-à-dire l’information portée par ce hasard.

Philippe Guillemant

D’un point de vue spirituel, qu’est-ce qui vous a influencé?

C’est la physique essentiellement. Avant 2005-2006, je n’étais pas spirituel, sans être pour autant un bourrin de pur matérialiste. Je me posais des questions. En revanche, je me suis dit que je ne pouvais pas écrire un livre sur la synchronicité sans l’avoir expérimentée. Dans La Route du temps, je propose une théorie qui fait intervenir l’influence du futur sur le présent, stipulant que le futur est déjà réalisé mais qu’il peut changer par le biais de nos intentions, parce que ce sont elles qui apportent les informations complémentaires dont le futur a besoin pour se configurer. Mais il me fallait d’abord expérimenter cette théorie, et je trouvais génial qu’elle offre la possibilité de se la démontrer à soi-même, par le biais des synchronicités qui incarnent l’effet de nos pensées sur la réalité. Mais comment les provoquer? J’ai donc recherché des gens prétendant parler à leur ange, à l’univers, car l’idée d’une connexion possible entre l’esprit et la matière impliquait une entrée en matière. Il me fallait trouver un artifice, et l’ange, pour moi, en était un. C’est après avoir lu le livre de Pierre Jovanovic, Enquête sur l’existence des anges gardiens, que je l’ai senti. Mais je n’avais pas le « mode d’emploi ». Et un jour, par hasard, je tombe sur le livre Dialogues avec l’ange. Et là, c’est la révélation parce que j’ai compris qu’il fallait demander. L’ange ne peut pas répondre s’il n’y a pas de demande authentique. J’ai commencé à le questionner sur la vérité d’un lien possible entre la physique et la spiritualité, et donc sur le bien-fondé de chercher à écrire un livre là-dessus. J’étais alors en vacances dans un endroit inconnu, complètement disponible aux réponses car il pouvait s’y passer n’importe quoi. En visitant une église, je tombe sur la photo de sainte Thérèse de Lisieux avec la légende « je n’ai jamais cherché que la vérité ». Comme elle était connue pour avoir écrit le poème À mon ange gardien, j’ai eu l’impression de tomber sur une réponse: impossible de trouver mieux comme messager d’un ange que cette sainte-là qui me répondait que, même dans le domaine spirituel, il y a quête de vérité. Puis j’ai demandé quel était le rapport entre l’âme et la science. C’est alors en cherchant dans une librairie un livre qui pourrait m’expliquer ce rapport que la libraire range au même moment un exemplaire des Dialogues avec l’ange dans le rayon que je consultais, ce livre qui justement m’avait amené à faire tout ça! Et effectivement, j’y ai trouvé le rapport entre l’âme et la science, dans la relation entre présent et futur mise en œuvre par l’attention et l’intention.

Par acquit de conscience, j’ai alors posé cette troisième question: cela voulait-il dire vraiment qu’il fallait que j’écrive un livre? Et les réponses sont venues: dans un parking plein à craquer, une place se libère pile-poil en face d’une librairie. Le lendemain, alors que je doutais toujours, la note du restaurant mentionnait un nouveau roman. Je passe sur un tas d’autres coïncidences numériques. Avec tout cela, j’eus réellement l’impression que l’environnement, l’univers apportaient réellement des réponses à mes questionnements. Dit d’une façon un peu rapide, j’étais en train de découvrir que nos pensées programmaient notre réalité, à condition de sortir du conditionnement. Ensuite, évidemment j’ai écrit mon livre. Je suis ainsi arrivé à la spiritualité en me posant des questions scientifiques, mais c’est quand même le lot d’épreuves que la vie m’a apporté qui m’a conduit à un éveil.

Quelle est votre pratique spirituelle?

Je sais depuis très longtemps que pour arriver à trouver la solution aux problèmes, après s’y être suffisamment confronté mentalement, il faut empêcher son cerveau de fonctionner. Il faut lâcher prise, aller se coucher, aller randonner, revenir à la motivation de la recherche avec le cœur, les tripes, la foi, la joie, l’émotion, la volonté, l’envie et l’amour. On ne trouve pas les bonnes idées avec son cerveau mais avec son envie, sa passion. J’ai toujours fonctionné comme ça, après avoir compris que la réflexion avait besoin d’être transcendée par la foi pour aboutir à l’intuition. Cela a été ma pratique spirituelle de départ. Ensuite j’ai fini par comprendre l’essence de l’être au-delà, cette conscience à laquelle nous sommes connectés et qui n’est pas limitée à notre vie sur terre. Nous sommes des êtres spirituels embarqués pour une expérience matérielle – et non pas l’inverse – dans un vaisseau temporel. Donc après, on n’a plus peur de la mort, on finit même par comprendre que tout ce qui nous dérange chez les autres reflète un travail sur soi qu’on a besoin de faire en lien avec ça. Car dehors est le reflet de dedans.

Philippe Guillemant

Qu’est-ce que la conscience pour vous?

Deux choses: de l’information parce qu’en fait, si on doit objectiver la conscience,
on ne peut la décrire qu’en termes d’informations. Et une autre chose que le mental ne peut pas appréhender, qui a à voir avec le fait que nous sommes tous la même conscience. Elle jaillit de l’être et l’être jaillit de l’impossibilité du non-être. L’être et l’information font la conscience. Après, il faut différencier la conscience et l’âme, l’esprit. Et là, tout le monde n’est pas d’accord sur l’emploi des termes. L’esprit, c’est de l’ordre de l’être. L’âme est le véhicule immatériel de la conscience et le corps, son véhicule matériel. Car l’espace- temps est fait d’une partie matérielle et d’une partie immatérielle.

Quelle est votre motivation profonde?

En fait, ce que j’ai compris depuis l’enfance, c’est que pour faire fonctionner le cerveau, pour qu’il se mette aux ordres et trouve, il faut de la volonté de se surpasser,
de l’amour de la découverte. Que la chose soit possible ou non n’a aucune importance. La question de la possibilité ou de l’impossibilité n’est pas gérée par le cerveau. C’est au cœur de dire si une chose est possible ou pas. Le cerveau dit : « C’est impossible », soit, mais si le cœur dit: « C’est possible », il faut écouter le cœur, et là tu trouves. C’est l’essence même de ce qui me rend joyeux dans la vie, c’est la source des intuitions. C’est savoir qu’en fait on peut tout réaliser, il suffit que ça vienne du cœur.

http://guillemant.net/pdf/ITV_PG_Reflets_26.pdf


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