vendredi 4 mai 2012

"L'ÉVEIL DE LA CONSCIENCE"


La chose la plus importante à réaliser est la suivante: votre vie a une raison d'être intérieure et une raison d'être extérieure. La raison d'être intérieure est primordiale et concerne l'Être. La raison d'être extérieure est secondaire et concerne le faire… Celles-ci sont si entremêlées qu'il est presque impossible de parler de l'une sans parler de l'autre.

Votre raison d'être profonde, c'est de vous éveiller. Aussi simple que ça ! C'est la raison d'être que tous les humains de cette planète ont en commun puisque c'est la raison d'être de l'humanité. Cette raison d'être fait essentiellement partie de la raison d'être du Grand Tout, de l'univers et de son intelligence. Quant à votre raison d'être extérieure, elle peut changer avec le temps et varier beaucoup d'une personne à l'autre. Trouver sa raison d'être profonde et se syntoniser sur elle est ce qui nous permet de manifester notre raison d'être concrète. Sans cette syntonisation, vous pouvez certes accomplir un certain nombre de choses par l'effort, la détermination, la combativité, le travail acharné ou la ruse. Mais, aucune joie n'émane de ces accomplissements, qui finissent invariablement par la souffrance sous une forme ou une autre.

L’éveil

L’éveil est un basculement de la conscience, au cours duquel la pensée et la conscience se dissocient. Chez la plupart des gens, ce basculement ne se manifeste pas sous la forme d'un événement mais d'un processus. Même les rares êtres qui connaissent un éveil soudain et puissant, apparemment irréversible, passent eux aussi par un processus au cours duquel le nouvel état de conscience se met en place graduellement et transforme tout ce qu'ils font, pour ainsi finir par faire intégralement partie de leur vie.

Dans cet état, au lieu d'être perdu dans vos pensées, vous vous reconnaissez comme étant la présence qui se trouve justement derrière les pensées. Ces dernières cessent d'être une activité autonome prenant possession de vous et régentant votre vie. Dans cet état, c'est au contraire la présence qui prend possession de la pensée. Alors, au lieu de contrôler votre vie, la pensée devient la servante de la présence. Cette présence est en fait le lien conscient que vous entretenez avec l'intelligence universelle. Cette Présence est conscience sans pensée.

Le déclenchement du processus d'éveil est un état de grâce que l'on ne peut provoquer ni mériter, et auquel on ne peut se préparer. Aucune démarche logique n'y mène, même si le mental aimerait bien qu'il en soit ainsi. Point besoin d'en devenir digne auparavant, car il se peut que cet état arrive au pécheur avant d'arriver au saint, mais pas nécessairement… Il n'y a rien que vous puissiez faire pour provoquer l'éveil. En fait, tout ce que vous ferez émanera de l'ego qui veut rajouter l'éveil à sa panoplie et en faire sa possession la plus prisée. De ce fait, il se gonflera encore plus et se donnera davantage d'importance. Au lieu de vous éveiller, vous ne faites qu'ajouter le concept d'éveil au mental ou à l'image mentale que vous avez d'une personne éveillée ou illuminée. Vivre ainsi en fonction de l'image que vous avez de vous ou que les autres ont de vous, c'est vivre faussement. C'est un autre rôle que l'ego adopte.

Alors, s'il n'y a rien que vous puissiez faire pour l'illumination, que cela ce soit déjà produit ou bien pas encore, comment peut-elle être votre raison d'être première dans la vie ? Le terme raison d’être ne sous-entend-il pas que vous avez droit au chapitre ?

Le premier moment d'illumination, le premier aperçu de conscience sans pensée se produit par la grâce, sans que vous fassiez quoi que ce soit… Pour certaines personnes, c'est la lecture de ce livre qui déclenchera le processus d'éveil. Pour d'autres, la lecture de ce livre viendra révéler que ce processus a déjà commencé en eux et l'accélérera. Une autre fonction de ce livre est d'aider les gens à reconnaître l'ego en eux chaque fois qu'ils essaient de reprendre le contrôle et de repousser la conscience. Chez certaines autres personnes, l'éveil se produit quand elles prennent soudainement conscience du genre de pensées qui leur viennent habituellement, en particulier des pensées négatives récurrentes auxquelles elles se sont identifiées toute leur vie. Soudain, une présence est consciente de la pensée, mais n'en fait plus partie.

Quel est le lien entre présence et pensée? La présence est l'espace dans lequel les pensées existent lorsque l'espace est devenu conscient de lui-même.

Lorsque vous avez votre premier aperçu de conscience ou de Présence, vous le savez immédiatement. Ce n'est plus un concept mental. Vous pouvez alors faire le choix conscient d'être présent plutôt que de donner libre cours à des pensées inutiles. Vous pouvez inviter la Présence dans votre vie, lui faire de la place, car la grâce de l'éveil fait appel à la prise de responsabilité. Certes, vous pouvez faire comme si rien ne s'était passé. Ou bien, vous pouvez en réaliser la signification et la considérer comme la chose la plus importante pouvant vous arriver. Alors, accueillir cette conscience émergente et la faire briller en ce monde devient la raison d'être principale de votre vie.

" Je veux connaître l'esprit de Dieu, disait Einstein. Le reste n'est que détail. " Qu'est l'esprit de Dieu ? La conscience. Que veut dire " connaître l'esprit de Dieu "? Être conscient. Conscient de quoi? Des détails externes, de tout ce qui se produit concrètement, de votre raison d'être extérieure. Alors, pendant que vous attendez que quelque chose de significatif se produise dans votre vie, vous ne réalisez peut-être pas que la chose la plus significative pouvant arriver à un être humain s'est déjà produite en vous, que le processus de dissociation de la pensée et de la conscience est déjà entamé.

Nombreux sont ceux se trouvant aux premières étapes de ce processus à ne plus être certains de leur raison d'être sur le plan concret. Ce qui mène le monde n'a plus d'emprise sur eux. En voyant si clairement la folie de la civilisation, ils se sentent en marge de la culture dans laquelle ils vivent. Certains ont l'impression de vivre dans un no man's land situé entre deux mondes. Ils ne sont plus menés par l'ego, mais la conscience en herbe n'est pas totalement intégrée dans leur vie. Les raisons d'être intérieure et extérieure ne se sont pas encore harmonisées.

Dialogue sur la raison d'être intérieure

… Une chose est vraie pour vous quand elle entre en résonance avec votre être le plus profond et l'exprime, quand elle s'aligne sur votre raison d'être intérieure. C'est la raison pour laquelle je dirige toujours l'attention des gens sur leur raison d'être première, celle qui est intérieure.

Q. Je ne sais pas comment, mais je veux changer ma vie… Je veux faire quelque chose qui fasse une différence dans le monde. Mais si vous me demandez ce que je veux exactement, je dois vous avouer que je ne le sais pas. Pouvez-vous m'aider à trouver ma raison d'être dans la vie?

R. Votre raison d'être, c'est d'être assis ici et de me parler, puisque c'est là où vous êtes et c'est ce que vous faites. Jusqu'au moment où vous ferez autre chose. Alors, cette autre chose deviendra votre raison d'être... Vous n'êtes pas dans votre bureau en ce moment. Alors, ce n'est pas votre raison d'être. Quand vous êtes assis dans votre bureau et vaquez à vos occupations, alors c'est votre raison d'être. Pas pour les trente années à venir, mais dans le moment…

Aussi longtemps que vous serez inconscient de l'être, vous chercherez une signification seulement dans la dimension du faire et du futur, autrement dit dans la dimension du temps. Et toute signification ou satisfaction se transformera en déception à un moment donné et sera invariablement détruite par le temps. La signification que nous trouvons sur ce plan n'est que relativement et temporairement vraie.

Par exemple, si l'éducation de vos enfants donne un sens à votre vie, que se produira-t-il lorsque ceux-ci n'auront plus besoin de vous ou ne vous écouteront plus ? Si le fait d'aider les autres donne un sens à votre vie, vous dépendez des autres plus que de vous pour continuer à donner un sens à votre vie et à vous sentir bien. Si c'est le désir d'exceller, de faire et de réussir qui donne un sens à votre vie, que se passera-t-il si vous ne réussissez jamais ou si votre bonne étoile vous abandonne un jour, comme cela se produira probablement? Il vous faudra alors recourir à vos souvenirs et à votre imagination, compensation bien maigre pour donner un sens à votre vie. "Réussir" dans un domaine quelconque n'a de sens que si des milliers ou des millions de gens ne réussissent pas. Il faut donc que d'autres êtres humains échouent pour que votre vie ait un sens.

Je ne dis pas qu'aider les autres, prendre soin de vos enfants ou viser l'excellence soient des choses sans valeur. Pour bien des gens, ces activités constituent une importante partie de leur raison d'être dans le monde concret. Mais cette raison d'être extérieure est toujours relative, instable et impermanente. Cela ne veut pas dire qu'il faut vous abstenir de vous engager dans ces activités. Cela veut dire que vous devez les harmoniser avec votre raison d'être première et intérieure pour donner un sens plus profond à ce que vous faites.

Si vous ne vous alignez pas sur votre raison d'être première, tout objectif que vous vous donnerez, même si c'est de créer le paradis sur Terre, sera un produit de l'ego et sera détruit par le temps. Tôt ou tard, il mènera à la souffrance. Si vous ne tenez pas compte de votre raison d'être profonde, peu importe ce que vous ferez, même si cela a l'air de nature très spirituelle, l'ego s'immiscera dans le comment et le moyen viendra corrompre la fin... Autrement dit, ce ne sont ni vos activités ni vos objectifs qui sont primordiaux. C'est l'état de conscience dont ils émanent qui l'est. L’accomplissement de votre raison d'être première jette les bases d'une nouvelle réalité, d'une nouvelle Terre. Une fois que les bases sont là, votre raison d'être extérieure prend une forte coloration spirituelle étant donné que vos objectifs et intentions ne font qu'un avec la pulsion évolutive de l'univers.

La dissociation de la pensée et de la conscience, élément central de notre raison d'être, s'effectue quand on élimine le temps. Bien entendu, je ne parle pas ici du temps qui sert à prendre des rendez-vous ou à planifier un voyage. Je ne parle pas du temps-horloge, mais du temps psychologique, cette habitude profondément ancrée du mental à chercher la plénitude de la vie dans le futur, où elle ne peut être trouvée, et d’ignorer le seul point d’accès à cette plénitude : le moment présent…

Q. … Ma peur est de rester pris à faire de petites choses pour le restant de mes jours... De ne pas actualiser mon potentiel.

R. C'est à partir des petites choses que l'on honore et dont on prend soin que les grandes choses naissent. La vie de chacun n'est vraiment faite que de petites choses. La grandeur est une abstraction mentale, le fantasme favori de l'ego. Il y a un paradoxe qui veut qu'honorer les petites choses du moment présent, au lieu de poursuivre l'idée de grandeur, serve de fondation à la grandeur. Le moment présent est toujours petit dans le sens où il est toujours simple. Mais au fond de lui se cache le plus grand des pouvoirs. Le moment présent ressemble à l'atome. Il est une des plus petites choses existant, mais qui détient un pouvoir énorme. C'est seulement lorsque vous vous syntonisez sur le moment présent que vous avez accès à ce pouvoir. Ou, plus justement dit, c'est lui qui a accès à vous, et par vous, au monde…

L’anxiété, le stress et la négativité peuvent vous couper de ce pouvoir. Et l'illusion que vous êtes dissocié de ce pouvoir régissant l'univers tout entier refait surface. De nouveau, vous vous sentez seul, à vous battre contre quelque chose ou à essayer d'accomplir ceci ou cela. Mais pourquoi l'anxiété, le stress et la négativité sont-ils apparus? Parce que vous vous êtes détourné du moment présent. Et pourquoi avez-vous fait cela? Parce que vous avez pensé que quelque chose d'autre était plus important. Vous avez oublié votre raison d'être première. Une petite erreur, une mauvaise interprétation créent un monde de souffrance…

Alors, soyez loyal envers la vie en étant loyal envers votre raison d'être intérieure. Dès que vous devenez présent et, par conséquent, total dans ce que vous faites, vos gestes se dotent d'une force spirituelle. Au début, il n'y aura pas de changement notable dans ce que vous faites. Il y en aura seulement dans le comment. Votre raison d'être première est maintenant de permettre à la conscience de transpirer dans ce que vous faites. Alors que la notion de raison d'être était auparavant toujours associée au futur, une raison d'être plus profonde apparaît qui peut seulement être trouvée dans le présent, par la négation du temps.

Quand vous rencontrez des gens, au travail ou ailleurs, accordez-leur votre attention totale. Vous n'êtes plus principalement là en tant que personne, mais en tant que champ de conscience, de Présence vigilante. La raison qui vous a originellement fait entrer en contact avec l'autre personne (acheter ou vendre quelque chose, demander ou donner des renseignements, etc.) devient secondaire. Le champ de conscience créé entre vous deux devient la principale raison d'être de l'interaction. Cet espace de conscience devient plus important que ce dont vous parlez, plus important que les objets ou les pensées. L’être humain devient plus important que les objets de ce monde. Cela ne veut pas dire que vous négligez ce qui doit être fait sur le plan pratique. En réalité, le faire se déroule non seulement plus facilement, mais plus puissamment lorsque la dimension de l'être est reconnue. Le faire devient ainsi secondaire. L’avènement de ce champ unifié de conscience entre les êtres humains est le facteur le plus essentiel dans les relations sur la nouvelle Terre.

Q. La notion de succès n'est-elle qu'une illusion de l'ego? À quoi pouvons-nous mesurer le véritable succès?

R. Dans le monde, on vous dira que le succès, c'est réaliser un objectif que l'on s'est donné. On vous dira que le succès, c'est gagner, et qu'obtenir la reconnaissance des autres ou d'être prospère sont les ingrédients essentiels de la réussite. Les éléments que je viens de mentionner sont habituellement des dérivés de la réussite, pas la réussite en tant que telle. La notion conventionnelle de succès vise le résultat. Certains disent que le succès est le résultat d'une combinaison de travail acharné et de chance, ou de détermination et de talent, ou d'à-propos et de coïncidence. Bien que ces facteurs puissent être déterminants pour le succès, ils n'en sont pas l'essence. Ce que l'on ne dit pas, parce qu'on ne le sait pas, c'est que vous ne pouvez pas devenir quelqu'un qui réussit, vous pouvez seulement être quelqu'un qui réussit. Ne laissez pas un monde de folie vous dire que la réussite est autre chose qu'un moment présent réussi. Et qu'est-ce que cela? C'est un moment où vous sentez de la qualité dans ce que vous faites, même dans le geste le plus banal. La qualité exige soin et attention, éléments qui viennent avec la conscience. La qualité exige votre Présence.

Disons que vous êtes une personne d'affaires et qu'après deux années de grand stress et d'efforts, vous finissez par lancer un produit ou un service qui se vend bien et qui rapporte. Réussite ? Peut-être dans le sens conventionnel du terme. En réalité, vous passez deux ans à polluer votre corps et la Terre avec une énergie négative, à vous rendre vous et vos proches malheureux, et à avoir un impact sur de nombreux autres inconnus. La supposition inconsciente derrière tout cela est que la réussite est un événement futur et que la fin justifie les moyens. Mais la fin et les moyens ne font qu'un. Et si les moyens ne contribuent pas au bonheur humain, la fin n'y contribuera pas non plus. Le résultat, qui est indissociable des actes qui l'ont engendré, est déjà contaminé par ces actes et créera encore plus de misère. C'est le cycle de la roue karmique, la perpétuation du malheur.

Comme vous le savez déjà, votre raison d'être secondaire ou extérieure se trouve dans la dimension temporelle, alors que votre raison d'être principale est inséparable du moment présent et, par conséquent, exige la négation du temps. Comment les réconcilier ? En réalisant que votre périple de vie se résume finalement au pas que vous faites en ce moment. Il n'y a toujours que ce pas. Vous devez donc lui accorder votre attention totale. Cela ne veut pas dire que vous ne savez pas où vous allez, seulement que ce pas est primordial et la destination secondaire. Et ce qui vous attend à la destination dépend de la qualité de ce pas. Autrement dit, ce qui vous attend à l'avenir dépend de votre état de conscience dans le moment présent.

La réussite, c'est quand le faire est imbibé de la qualité intemporelle de l'être. Si l'être n'infuse pas le faire, si vous n'êtes pas présent, vous vous perdez dans ce que vous faites. Vous vous perdez aussi dans les pensées et dans les réactions aux événements.

Q. Que voulez-vous dire exactement par " vous vous perdez" ?

R. La conscience est l'essence de ce que vous êtes. Quand la conscience (vous) devient complètement identifiée à la pensée et qu'elle oublie par conséquent l'essence de sa nature, elle se perd dans les pensées. Quand elle devient identifiée aux constructions mentales et émotionnelles, entre autres le désir et la peur, principales forces de motivation de l'ego, elle s'y perd. La conscience se perd également quand elle s'identifie aux actions et aux réactions. Chaque pensée, chaque désir, chaque peur ou chaque action contient un faux sentiment de soi qui n'a pas la capacité de ressentir la joie simple de l'être et qui cherche donc le plaisir et parfois même la douleur. Quand on vit ainsi, on vit en oubliant l'être, en oubliant qui on est. Le succès n'est rien d'autre qu'une illusion éphémère. Quoi que vous accomplissiez, vous serez de nouveau malheureux. Ou bien un nouveau problème ou dilemme viendra absorber toute votre attention.

Q. Après avoir réalisé quelle est ma raison d’être profonde, comment dois-je m'y prendre pour découvrir ce que je suis sensé faire sur le plan concret?

R. La raison d'être extérieure varie d'une personne à l'autre et ne dure jamais éternellement. Elle est assujettie au temps et toujours remplacée par une autre raison d'être extérieure. La mesure selon laquelle votre dévouement à votre raison d'être profonde (l'éveil) modifie les circonstances extérieures varie grandement. Pour certaines personnes, il s'agit d'une coupure soudaine ou graduelle avec leur passé : leur travail, leur condition de vie, leurs relations subissent tous une transformation profonde. Certains de ces changements seront effectués par les gens eux-mêmes, non pas suite à un lourd processus de prise de décision, mais plutôt suite à une réalisation soudaine que c'est ce qu'ils doivent faire. La décision se prend pour ainsi dire toute seule. Elle est le produit de la conscience, pas de la réflexion mentale. Vous vous réveillez un matin et vous savez ce que vous devez faire. Alors, avant de découvrir ce qui est juste pour vous sur le plan extérieur, avant de découvrir ce qui fonctionne, ce qui est compatible avec la conscience en éveil, il vous faudra d'abord peut-être découvrir ce qui n'est pas juste, ce qui ne fonctionne plus, ce qui est incompatible avec votre raison d'être profonde.

Des changements se produisent soudainement à l'extérieur de vous. Une rencontre fortuite vous ouvre de nouvelles portes et suscite de l'expansion dans votre vie. Un vieil obstacle disparaît ou un conflit se règle. Soit vos amis vous accompagnent dans cette transformation, soit ils disparaissent de votre vie. Certaines relations se rompent, d'autres s'approfondissent. Soit on vous remercie de vos services, soit vous devenez un agent de changement positif au travail. Soit votre conjoint vous quitte, soit vous atteignez ensemble un nouveau niveau d'intimité. Il est possible que certains changements semblent négatifs en apparence. Mais vous réaliserez bien vite que de l'espace est ménagé dans votre vie pour accueillir la nouveauté.

Il y aura peut-être une période d'insécurité et d'incertitude. Qu'est-ce que je devrais faire? Comme l'ego ne mène plus votre vie, le besoin psychologique de sécurité extérieure, qui est de toute façon illusoire, diminue. Vous pouvez vivre avec l'incertitude, l'apprécier même. Une fois que vous êtes à l'aise avec l'insécurité, d'infinies possibilités s'ouvrent à vous. La peur n'est plus le facteur dominant dans ce que vous faites et elle ne vous empêche plus de passer à l'action pour amorcer le changement. Le philosophe romain Tacite fit observer que " le besoin de sécurité bloque la voie à toute grande et noble entreprise ". Si l'incertitude vous est inacceptable, elle se transformera en peur. Si elle vous est acceptable, elle se transformera en une plus grande vitalité intérieure, en vigilance et en créativité.

Il y a de cela de nombreuses années, à la suite d'une forte intuition, je délaissai complètement ma carrière de professeur, une carrière que bien des gens auraient qualifiée de prometteuse. Je la délaissai pour entrer dans l'incertitude la plus totale. Puis, plusieurs années plus tard, je me retrouvai dans la peau d'un enseignant spirituel. Bien plus tard, quelque chose de similaire se produisit de nouveau. J'eus l'intuition que je devais laisser ma maison en Angleterre et que je devais m'installer sur la côte ouest de l'Amérique du Nord. Je suivis cette intuition même si je n'en connaissais pas la raison. De cette démarche dans l'incertitude naquit Le pouvoir du moment présent, ouvrage dont la plus grande partie fut écrite en Californie et en Colombie-Britannique alors que j'étais sans domicile fixe. Je n'avais quasiment aucun revenu et vivais de mes économies qui fondaient comme neige au soleil. Mais, tout se mit en place en beauté. Mes économies s'épuisèrent au moment où j'étais sur le point de finir la rédaction de mon livre. Par ailleurs, j'achetai un billet de loterie et gagnai 1000 $, ce qui me permit de vivre pendant un autre mois.

Ce n'est cependant pas tout le monde qui passe par des changements extérieurs radicaux. Au contraire, certaines personnes restent exactement là où elles sont et continuent de faire ce qu'elles faisaient auparavant. Pour elles, c'est seulement le comment qui change, pas le quoi. Ce n'est ni la peur ni l'inertie qui les mène. En fait, ce qu'elles font est déjà un outil parfait pour permettre à la conscience d'advenir en ce monde. Elles n'en ont pas besoin d'autre. Elles aussi participent à l'avènement de la nouvelle Terre.

Q. Ne devrait-il pas en être ainsi pour tout le monde? Si l'accomplissement de la raison d’être profonde est de ne faire qu'un avec le moment présent, pourquoi devrait-on sentir le besoin de quitter un travail ou un lieu de vie ?

R. Ne faire qu'un avec ce qui est ne veut pas dire ne plus devoir prendre d'initiative pour changer les choses ni être incapable de passer à l'action. La seule différence, c'est que vous passez à l'action à partir d'un plan plus profond, pas à partir de la peur ou du désir de l'ego. Quand vous alignez ce plan profond sur le moment présent, votre conscience s'ouvre et s'aligne sur le Grand Tout, dont le moment présent fait intégralement partie. Alors, le Tout, la vie dans sa totalité agit par vous.

Qu'entendez-vous par le Grand Tout?

R. D'un côté, le Grand Tout comprend tout ce qui existe. C'est le monde, le cosmos. Toutes les choses faisant partie de l'existence, des microbes aux galaxies en passant par les êtres humains, ne sont pas des entités dissociées. Elles font partie d'un réseau de processus multidimensionnels interconnectés.

Il y a deux raisons pour lesquelles nous ne voyons pas cette unité et que nous voyons tout comme distinct. Une de ces raisons est la perception, qui réduit la réalité à ce qui nous est accessible par le biais limité de nos sens, donc par ce que nous voyons, entendons, sentons, goûtons et touchons. Mais quand nous percevons sans interpréter ni étiqueter, c'est-à-dire sans ajouter de pensée à nos perceptions, nous pouvons en fait sentir le lien profond qui unit tout ce que nous percevons comme étant dissocié.

L’autre raison, plus sérieuse, qui crée l'illusion de division, c'est la pensée compulsive. C'est quand nous sommes pris dans l'incessant flot des pensées compulsives que l'univers se désintègre pour nous et que nous perdons la capacité de sentir ce lien entre tout ce qui existe. La pensée découpe la réalité en fragments inertes. Et c'est à partir d'une réalité fragmentée que les humains posent des gestes extrêmement inintelligents et destructifs.

Cependant, il existe un niveau encore plus profond que ce lien entre toutes choses, un niveau où toutes les choses ne font qu'un. C'est le niveau de la Source, de la vie non manifestée dans son unicité. C'est le niveau de l'intelligence intemporelle qui se manifeste en tant qu'univers se déployant dans le temps.

Le Tout est fait d'existence et d'être, de manifesté et de non manifesté, de monde et de Dieu. Alors, quand vous vous syntonisez sur le Tout, vous devenez une partie consciente de ce lien dans le Tout ainsi que sa raison d'être, qui est l'avènement de la conscience dans ce monde. Quand vous vous syntonisez sur le Tout, il se produit de plus en plus d'événements divers dans votre vie: circonstances spontanées propices, rencontres fortuites, coïncidences, événements synchrones. Carl Jung a qualifié la synchronicité de " principe liant acausal ". Ceci veut dire qu'il n'y a aucun lien causal au niveau de la réalité concrète entre des événements synchrones. Il s'agit plutôt de la manifestation de l'intelligence sous-jacente au monde des apparences et de celle d'un lien profond sous-jacent que le mental ne peut comprendre. Nous pouvons participer consciemment au déploiement de cette intelligence, à l'avènement de la conscience…

Amener une nouvelle dimension dans ce monde en vivant dans une unité consciente avec le Tout et en nous alignant consciemment sur l’intelligence universelle, telles sont notre raison d’être et notre destinée.

Eckhart Tolle

[Extraits de son livre "NOUVELLE TERRE"
ed. Ariane]

mardi 17 avril 2012

"LA COMPLEXITE DE L'INCONSCIENT"


Le terme inconscient a été dans la culture contemporaine, et surtout en France plus qu’ailleurs, associé avec la psychanalyse freudienne. Il en résulte une habitude mentale de fait qui consiste à se représenter l’inconscient en y voyant seulement ce que Freud y a lui-même cherché, c’est-à-dire un lieu de conflit psychique où s’affrontent les puissance du refoulement. L’inconscient est assimilé dans la culture contemporaine à une animalité primitive présente en l’homme, une sorte de noeud de vipères où se convulsent des instincts censuré. Les caricatures littéraires et cinématographiques renforcent cette image, en montant l’homme comme divisé entre une personnalité consciente et une personnalité inconsciente et elles contribuent encore à en renforcer la peur diffuse de ce monstre que serait l’inconscient.

Mais l’inconscient se réduit-il à l’interprétation qu’en donne Freud ? Peut être n'a-t-il découvert que les bas-fond du subconscient. Sous le terme d’inconscient on peut ranger des  phénomènes très différents les uns des autres. Il est assez significatif de remarquer que les disciples de Freud ont été au-delà du pansexualisme du maître. Tout donne à penser que Freud est seulement un pionnier et qu’il n’a fait qu’ébaucher une lecture de la psyché humaine. Il faut donc examiner en quel sens l’inconscient peut comporter plusieurs aspects. N’est-il pas plus complexe que le donne à penser l’interprétation en cours ? L’apport des successeurs de Freud ne dément-il pas justement les réductions qui en ont été faite par Freud lui-même? N’y a-t-il pas, non pas un, mais plusieurs inconscients, ou plusieurs aspects de l’inconscient ?

A. Inconscient et  pathologie

1) Freud a pris pour point de départ de sa théorie de l’inconscient l’analyse de la pathologie, dans l’étude de l’hystérie. Il ne faut jamais perdre de vue que la psychanalyse freudienne est davantage une psychopathologie qu’une psychologie générale. Ce serait notamment une manière de distinguer Freud de son dauphin présumé, Carl Gustav Jung. L’interprétation que la psychanalyse freudienne propose de l’inconscient est orientée par l’analyse de la pathologie et elle accrédite l’idée que l’inconscient est pathologique.

 La formation de psychiatre de Freud l’a fait rencontrer les travaux de Charcot et Janet sur l’hystérie. L’hystérie est une maladie mentale complexe, qui se manifeste par divers symptômes tels l’amnésie, l’aboulie, les contractures, les convulsions, les crises de nerfs. Un des premiers à étudier ces phénomènes à la Salpetrière fut Charcot qui parvint à la conclusion que les symptômes avaient une origine psychique. L’hystérique semble en proie à des idées fixes subconscientes. L’utilisation naissante de l’hypnose permit de montrer qu’il était possible de remonter dans la mémoire du malade, vers la cause de ses troubles. Dans un état apparenté au sommeil, le malade peut en effet en dire plus qu’il n’en dit dans la veille, l’hypnose levant ainsi le voile de la censure. Plus important, on peut dans l’état hypnotique, créer des suggestions inconscientes pour contrecarrer les tendances inconscientes. Il est possible de suggérer au malade qui soufre de claustrophobie qu’à son réveil, il se sentira beaucoup mieux, qu’il ne sentira plus sa peur habituelle d’être enfermé. Et cela marche, l’esprit obéit un temps à la suggestion. Il y a des résultats, mais qui ne sont pas hélas pas durables. Freud s’en est rendu compte et il a abandonné la pratique de l’hypnose pour opérer à un niveau plus conscient et c’est ce qui l’a conduit à élaborer la méthode des associations libres.

 Freud reconnaît envers Charcot une dette immense, dans ses lettres il dit que c’est l’homme qui a le plus influencé sa conception de l’inconscient. En effet, devant les faits mis en avant par Charcot, on ne peut qu’être conduit à penser que c’est le malade qui se suggestionne lui-même inconsciemment. L’idée fixe (phobie, homicide, du suicide etc.) est comme un conditionnement que le sujet porte en lui, dont il ne peut pas se défaire et qu’il exécute mécaniquement, de manière compulsive. Une tendance est là, qui conserve une dynamique et vient perturber, ou pire s’emparer de la conscience, engendrant la répétition du modèle ancien et l’acte manqué. L’acte manqué devenu situation permanente, devient une forme de névrose. Qu’il y ait ainsi des tendances qui semblent travailler à part de la conscience était pour Freud une preuve qui justifiait amplement l’hypothèse de l’inconscient.

Par inconscient pathologique nous désignons l’inconscient en tant qu’il porte la trace d’un passé traumatique et qu’il abrite en lui des conflits psychiques. C’est une définition classique de l’inconscient dans la psychanalyse freudienne. Cependant, la définition doit être précisée. En effet, l’inconscient est-il par nature conflictuel, ou bien abrite des conflits liés à l’histoire personnelle du sujet ?

La position de Freud n’est pas claire, pour ne pas dire qu’elle est franchement obscure. Faut-il accréditer l’idée populaire selon laquelle l’inconscient ce serait la bête tapie en chacun de nous ou bien s’en défaire ? Dans la névrose, l’inconscient grouille de tensions extrêmes, il est travaillé par des nœuds psychiques liés à des conflits psychiques irrésolus. Les chemins de l’analyse de la maladie mentale croisent constamment la notion d’inconscient. Le fou est dit aliéné. Il est devenu autre. Comme un gant la conscience s’est retournée et c’est l’inconscient qui est remonté, refoulant le conscient. Dans la folie, le sujet s’est perdu en tant que conscience et ne parvient plus à être soi. Par névrose on désigne cet état d’altération du rapport au réel dans lequel la vie relève plus de l’acte manqué que de l’acte réussi. Cet autre est-ce un autre moi ou une partie du moi ?

Dans la première topique de Freud, la coupure entre le moi et l’inconscient n’est pas franche. Freud admet que le moi ignore une partie de lui-même qui est l’inconscient, il intime le conseil au moi de rentrer lui-même, de se connaître, pour voir comment il va tomber malade ou peut être éviter de le devenir. Mais Freud peu à peu invente des abstractions et les chosifie : il invente le ça et le surmoi, la pulsion de vie, Eros, et la pulsion de mort, Thanatos.  La fragmentation du psychisme en instance séparées du moi, du Ça, du surmoi  conduit à penser que la vie psychique n’est qu’une lutte stérile d’un malade coincé dans des contradictions insolubles, obligé qu’il est de se concilier l’avis de tyrans invisibles. La censure devient un « autre », un fantôme menaçant et vengeur, pointant sur l’ego un doigt accusateur, le surmoi. Les pulsions deviennent un « autre », une sorte de monstre le ça  – le nœud de vipères où se convulsent des instincts censuré. Le ça, singe de l’homme n’attend que la satisfaction sexuelle du principe du plaisir. Le monde extérieur devient lui aussi un « autre » face au moi, une réalité extérieure dangereuse, qui impose le principe de réalité.

Bref, du fond de l’angoisse, le névrosé saisi de terreur, se voit entouré d’ennemis potentiels : les entités abstraites que Freud érige en réalité séparées sont devenues des entités réelles. « Le pauvre moi… sert trois maîtres sévères, il s’efforce de concilier leurs revendications et leurs exigences. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on suit les efforts du moi pour les satisfaire tous en même temps, on ne regrette plus d’avoir personnifié ce moi[1] ». Mais en fait, ce qui est étrange ici, c’est l’inverse. Que le moi soit personnifié, cela ne nous surprend pas, mais par contre, ce qui est vraiment surprenant c’est la manière dont Freud personnalise les instances psychiques du ça et du surmoi. Tout se passe comme si la représentation névrotique recevait alors de la psychanalyse une caution scientifique, si bien qu’au bout du compte elle devient une norme.

Il est par ailleurs assez étrange que Freud d’ailleurs ait laissé ouvertement entendre que la guérison n’était pas vraiment son objectif. Il n’est même plus question chez Freud de guérison possible[2]. On ne sort pas de la névrose parce que la vie est névrotique parce que l’inconscient est névrotique, parce que l’inconscient est par nature conflictuel et que la vie a son siège dans l’inconscient. La guérison n’a plus qu’un sens : accepter d’être névrosé, ou plutôt se résigner à l’idée que la vie est névrotique.

Et c’est là que la critique d’Alain prend toute sa valeur. « Il y a de la difficulté sur le terme d’inconscient. Le principal est de comprendre comment la psychologie a imaginé ce personnage mythologique[3] ». « Le freudisme, si fameux, est un art d’inventer en chaque homme un animal redoutable, d’après des signes tout à fait ordinaires, les rêves sont de tels signes ». Freud quoi qu’il en dise par ailleurs, personnifie l’inconscient, fait d’une abstraction une entité. Et cette entité est l’animal en l’homme. Alain répond donc que l’inconscient n’est pas un autre moi. Il est essentiel de ne pas fragmenter les instances de esprit et de ne pas se laisser prendre à des appellations mythiques. Le point de vue d’Alain est le point de vue d’une psychologie¸ pas celui d’une psychopathologie.

2) La pathologie mentale peut parfaitement être abordée sous des angles très différents de celui de l’interprétation de l’inconscient dans le cadre la théorie freudienne. Freud n’a jamais pensé d’ailleurs que l’hystérie, qui lui servait de modèle, puisse n’être qu’une maladie occidentale. Il généralise ses traits dans sa théorie de l’inconscient. Les différentes formes de psychanalyse apparues après Freud admettent l’hypothèse de l’inconscient, mais en proposent des interprétations différentes, des interprétations qui conduisent aussi à de nouvelles thérapeutiques.

Un seul exemple pour l’instant : la thématique que poursuit par exemple  Alfred Adler, un disciple qui a rompu avec Freud, est centrée sur le jeu de la volonté de puissance dont l’individu conscient est l’enjeu. L’ego lutte fiévreusement pour sa reconnaissance et semble le plus souvent motivé par le souci de se faire-valoir. C’est ce qui nous pousse à l’ambition, à l’effort, à la conquête, c’est ce qui donne la fierté et le sourire condescendant de l’arriviste. La volonté de puissance doit pourtant s’accommoder de la nature dont chacun est doté et des résistances qu’elle rencontre. Un individu qui est petit peut en souffrir parce que cela ne cadre pas avec l’image qu’il voudrait se donne de lui-même. Il devra affronter le complexe qu’il a lui-même posé. Il aura tendance dans ses actes et son comportement à surcompenser son sentiment de déficience, par une autorité tyrannique, une mégalomanie ou des fantasmes de grandeur. Ses rêves seront le reflet de cette activité de compensation. S’il n’y parvient pas, la volonté de puissance risque de se renverser en volonté d’impuissance, en négation de soi. Dans ce jeu du rapport à soi, la sexualité n’est qu’un instrument parmi d’autres. Elle est elle-même dominée par le travail de compensation. D’où les critiques d’Adler contre Freud. Le rêve, par exemple doit être vu en rapport avec un projet, un futur, plutôt que d’être ramené à un passé.

Ce que Adler pressent, c’est que la construction personnelle est liée à un équilibre fragile que l’ego établit grâce à l’image qu’il a de lui-même. Les souffrances intérieures sont autant d’auto-accusations, un martyr de l’ego. Chacun doit gérer en lui le pouvoir, le besoin de dominer et ce que ce besoin engendre comme déceptions et frustrations. Il est clair par exemple que le champ des relations personnelles met directement en jeu le désir de reconnaissance et à sa suite la volonté de puissance. Le souci de se faire valoir, d’être reconnu peut dans cet optique jouer un rôle plus fondamental que le seul motif de la sexualité, qui n’est qu’un instrument de la volonté de puissance.

La sexualité n’est qu’une composante d’un système bien plus complexe. Ce que Adler démontre, c’est que la névrose résulte d’un rapport à soi en déséquilibre, résultant d’une image de soi négative. Le complexe permet de comprendre l’organisation irrationnelle des comportements et la souffrance du malade. Il est plus important d’affronter directement les problèmes dans l’actuel,plutôt que de se perdre dans la rumination d’un passé plus ou moins mythique ou inventé par le psychanalyste.

3) Pourtant, l’orientation de la psychiatrie contemporaine s’est faire résolument dans la direction d’une neuropsychiatrie, qui tourne le dos aux interprétations psychologiques, ou bien en n’en tenant pour ainsi dire pas compte dans la pratique. L’usage des anti-dépresseurs, des anxiolytiques etc. conforte l’idée que les soi-disant problèmes liés à l’inconscient peuvent être ramenés à des troubles du cerveau, à des déficiences dans la production d’hormones. Ils sont soulagés par l’administration d’une drogue qui semble ne pas être produite correctement par le cerveau et que l’on administre sous forme de composés chimiques. Dans la pratique la plus courante, le psychiatre laisse le soin de l’analyse au psychologue et s’en tient à la prescription de médicaments qui vont à l’encontre des symptômes manifestés par le sujet. De cette manière, la pathologie mentale est ramenée à des troubles, voire des lésions du cerveau et il devient inutile de disposer d’une doctrine de l’inconscient pour les soigner.

Ce qui nous ramène à un autre extrême. On ne règle pas un problème avec des pilules, pas plus que l’on ne peut donner le bonheur avec des euphorisants. C’est déjà beaucoup de pouvoir apporter un soulagement à une souffrance réelle et de permettre à une personne de vivre mieux.  Mais créer artificiellement un état mental « sain » ce n’est pas rétablir la santé, mais créer l’illusion de la santé, ce qui ne saurait durer, à moins que l’on considère normal le fait de maintenir sous drogue indéfiniment un sujet pour le rendre heureux – avec un arsenal de pilules du bonheur. L’approche psychologique des pathologie dans la théorie de l’inconscient a au moins le mérite d’ouvrir la voie de thérapies qui tentent de libérer consciemment le sujet de ses troubles, au lieu de chercher en quelque sorte à noyer le problème dans des calmants.

On ne peut pas faire abstraction des données de la biologie pour éclairer par des explications techniques des mécanismes à l’œuvre dans les troubles mentaux. Les phénomènes biologiques qui se déroulent dans le corps supposent une forme d’inconscient, celui de la vitalité que nous appelons le vital.  La biologie contemporaine, en progressant dans l’étude du cerveau, s’est aventurée sur le terrain consistant à chercher le soubassement des troubles psychiques pour montrer qu’il peut y avoir un lien entre un déséquilibre hormonal et un trouble mental, et que l’un ne va pas sans l’autre, en raison de la relation corps-esprit.

B. L’inconscient personnel

Peut-on parler d’inconscient sans présupposer une pathologie de l’inconscient ? Les plus proches disciples de Freud se sont écartés de lui en lui reprochant une interprétation trop réductrice de l’inconscient.  Comme l’a bien vu Freud, le moi est semblable à un iceberg dont seule la partie émergée serait connue au niveau conscient. La personnalité s’est sédimentée autour de l’expérience passée du sujet. L’inconscient est justement la trace du passé en nous mais ce n’est pas seulement un dépotoir où séjournent des contenus psychiques déplaisants pour le moi.

Ce sur quoi Carl Gustav Jung innove, par rapport à Freud, c’est qu’il montre le caractère singulier de l’histoire personnelle de chacun d’entre nous. Il y a de ce point de vue un passé personnel qui fait que les contenus inconscients sont très différents d’une personne à l’autre. Un des mérites de l’approche de la psychologie analytique de Jung est d’avoir été sensible à cette diversité individuelle. Un introverti ne vit pas un problème de la même façon qu’un extraverti.  La personne introvertie a tendance à se replier sur elle-même devant une difficulté. Elle est vulnérable à la formation des complexes, tels que les analyse Adler. Elle a tendance à fuir dans son intimité, à se renfermer. Elle a un sens aiguë de la pudeur. L’extraverti lui ne peut pas s’empêcher au contraire de verbaliser beaucoup ses problèmes et de les crier sur les toits. Il n’a pas le sens de la pudeur. Il fuit la difficulté dans le monde extérieur, il est influençable à l’égard de l’extériorité. Pour ce type de personnes, l’approche freudienne est souvent mieux indiquée. Le thérapeute ne doit pas plaquer sur l’individu des vues toutes faites, mais essayer de comprendre à qui il a affaire et quelle est la cause particulière de son trouble. Il doit voir la personne et son histoire personnelle. Il n’y a pas de clé universelle pour déchiffrer l’inconscient personnel, il y a la personne et son histoire.

Jung insiste sur le caractère unique de la personnalité. Par inconscient personnel  on peut désigner le passé résiduel, présent non seulement sous la forme de mémoire, mais surtout sous la forme de noeuds psychiques qui sont relatif à l’histoire personnelle de A ou de B et ne sont nullement interchangeables. Le moi possède un soubassement de tendances et des caractères qui le différentie nettement d’une autre moi. L’inconscient personnel provient des acquisitions de la vie personnelle et de ce qui a été oublié et refoulé. Il comporte un dynamisme psychique qui se présente sous forme de sensations subliminales qui n’ont pas franchi le seuil de la conscience.

Jung innove en regardant cet implicite personnel comme l’ombre de la vie consciente de l’ego. « « L’inconscient personnel correspond en grande partie à cette figure qui apparaît dans les rêves et que j’ai appelé l’ombre[4] ». L’ombre pour Jung n’est pas une sorte d’animalité brutale tapie en l’homme, elle est la voix de l’âme, de sorte que le rêve, tel que Jung le considère est un messager de l’âme. Le rêve est enseignement, parce qu’il est une voix qui s’élève des profondeurs de la personne en s’adressant au moi conscient. Dans L’Essai d’exploration de l’inconscient Jung raconte deux rêves de ses patients assez caractéristiques de ce point de vue.

Premier exemple :
« Une femme par exemple était réputée pour la stupidité de ses préjugés, et sa résistance obstinée à tout argument raisonnable. On aurait pu discuter avec elle une nuit entière sans résultat. Elle n’y aurait pas fait la moindre attention. Ses rêves toutefois, employaient un langage tout différent. Une nuit, elle rêva qu’elle assistait à une importante réunion mondaine. L’hôtesse l’accueillit en lui disant : ‘comme c’est gentil à vous d’être venue. Tous vos amis sont là et vous attendent’. Elle l’accompagnât ensuite jusqu’à la porte et l’ouvrit. La dame franchit le seuil et pénétra… dans une étable.
Ce langage onirique était assez simple pour être compris par l’esprit le plus obtus. La femme se refusa d’abord à admettre le sens d’un rêve qui l’atteignait si directement dans son amour-propre. Mais son message fut néanmoins compris, et après un certain temps, elle du l’accepter parce qu’elle ne pu s’empêcher de sentir la raillerie qu’elle s’était infligée à elle-même[5] ».
Il serait saugrenu d’introduire ici de force je ne sais quelle référence à la sexualité de la petite enfance pour forcer l’interprétation. Le rêve est bien plus direct et bien plus éloquent. Il renvoie à l’ego l’image de sa stupidité en la représentant par une étable. Il se moque de l’ego et de sa formation stupide et rigide. C’est un peu comme si la voix de l’âme interpellait l’ego pour lui renvoyer une image dans un miroir. L’ego ne voit que lui-même, sous couvert d’amour-propre. Il ne voit pas ses angles morts, il ne voit pas son ombre. L’âme parle pourtant dans la manifestation onirique et présente l’ombre et cette confrontation est essentielle. Jung en fera l’objet d’un livre important La dialectique du moi et de l’inconscient.

Second exemple :
« Je me souviens d’un homme qui était inextricablement empêtré dans toute une série d’affaires louches. Il conçut une passion presque morbide pour les formes les plus dangereuses d’alpinisme, comme une sorte de compensation. Il cherchait à ‘se dépasser lui-même’. Dans un  rêve une nuit, il se vit dépassant le somment d’une haute montagne et mettant le pied dans le vide. Quand il me racontât son rêve, je vis aussitôt le danger qu’il courait et j’essayais de donner encore plus de poids à la mise en garde pour le convaincre de se modérer. J’allais même jusqu’à lui dire que son rêve présageait sa mort dans un accident de montagne. En vain. Six mois plus tard, il ‘mit le pied dans le vide’… il lâcha la corde, selon les propres termes du guide, ‘comme s’il sautait dans le vide’. Il tombât sur son ami, l’entraînant dans sa chute et tous deux furent tués[6] ».
Le rêve représente l’intention de se tuer de manière très claire. C’est à l’ego qu’il revient de regarder en face cette intention pour la défaire. Le sujet refuse la lucidité et préfère se maintenir dans la fuite. Il réalise le destin qu’il s’était lui-même écrit et que l’âme en lui, lui avait pourtant annoncé. « L’alpiniste cherchait inconsciemment à trouver une issue définitive à ses difficultés[7] ».

C’était très nettement un rêve d’enseignement. Comme pour le cas précédent, aller requérir ici de la libido, du complexe d’Œdipe,  une lutte de l’Eros et du Thanatos, serait s’éloigner du sens propre du rêve, ce serait mal comprendre ce que comporte l’inconscient personnel. La grille d’interprétation d’un tel rêve est à chercher dans la personne qui rêve et pas ailleurs, et l’interprétation se doit de faire un lien entre la situation présente et l’histoire personnelle du sujet. On comprend pourquoi Jung refuse la position du divan de Freud. Trop flou, vague, soupçonneux, indirect. Il oriente la thérapie dans un dialogue direct du patient avec le psychanalyste qui n’est là que pour permettre à la compréhension de se faire jour.

Le divan de Freud, est une position faussée. Le regard en biais de l’analyste évite toute rencontre personnelle. Il laisse libre court aux supputations théoriques. Le choix des associations libre risque de prolonger les divagations et finir par conduire le sujet à simplement adhérer à une interprétation imposée par le psychanalyste ; interprétation d’ailleurs connue d’avance, puisqu’elle ramènera invariablement au complexe d’Œdipe.

Ce qui est remarquable chez Jung, c’est au contraire le soin de considérer chaque personne à part et de n’imposer aucun a priori théorique. Il s’agit d’écouter sans idée préconçue ce que la personne exprime, de dire ce qui est implicite afin d’engager la rencontre dialectique du moi et de l’inconscient. Jung refuse le dogmatisme théorique en matière d’interprétation de l’inconscient à la fois chez Freud et aussi chez Adler.  « La monotonie écrasante, postulée par de semblables théories, est contredite par la diversité individuelle qui, dans le domaine psychique atteint à l’infini[8] ». Jung explique que malheureusement, la diversité psychique ne va pas de soi : « les diversités psychiques n’éveillent pas en général l’intérêt… on les éprouve plutôt comme étant pénibles, à peine supportables ou même intolérables, fausses et condamnables. Un comportement qui diffère d’une manière manifeste de la norme générale et admise fait l’effet d’une perturbation apportée à l’ordre du monde[9] ».

Il est assez étonnant de constater que ce que Jung dit là, Lévi-Strauss en fait la même remarque au sujet de la diversité culturelle. La diversité culturelle de même fait problème, et ce problème pour enchaîner Lévi-Strauss et Jung, c’est celui qui se pose dans la rencontre d’autrui, « c'est-à-dire chaque fois que l’on découvre qu’un autre être est réellement autre[10] ».

La volonté de normaliser l’individu en l’adaptant au moule d’une société se retrouve dans l’ethnocentrisme, comme dans le dogmatisme théorique. Cette volonté a souvent été dénoncée. Elle pose de toute manière un problème de fond que Ronald Laing a bien vu : à quoi bon vouloir absolument adapter un individu, si c’est pour l’adapter à une société névrosée ! Ce qui est de toute manière, c’est la diversité des personnes, des comportements. La diversité est un fait et une loi de la Nature. La reconnaissance de l’inconscient personnel selon Jung, reconduit à la diversité individuelle, à l’histoire de cette personne, à une histoire qui n’est semblable à nulle autre, une histoire faite de difficultés, de drames, de problèmes ; mais qui doivent trouver leur résolution en elle-même. Ce que Jung a compris, c’est que le travail sur l’inconscient est un travail sur l’individu et un travail incontournable, tant que les problèmes sont là.

C. L’inconscient supra-personnel

Dans Totem et tabou, Freud proposait une hypothèse : la permanence des structures inconscientes dans les différentes cultures de l'humanité laisse supposer qu'il existe un plan d’inconscient supra-personnel, l’inconscient collectif.

1) Jung reprend cette hypothèse et la développe considérablement, au point d’ailleurs que son nom est invariablement associé à la théorie de l’inconscient collectif. Non seulement nous serions alors à bon droit de parler d'un inconscient personnel, par lequel la trace de notre passé perdure, mais c'est tout le passé de l’humanité qui est toujours présent en nous dans la mémoire de nos cellules. Pour Jung, nous naissons déjà nanti d’un inconscient collectif lié à la transmission de l’hérédité d'une génération à l'autre. L’inconscient, tel qu’il s’exprime dans le rêve, n’est pas seulement une production relative à l’histoire personnelle du sujet, il est aussi lié à une mémoire archaïque qui demeure en nous.

Au fond de notre mémoire dorment des figures ancestrales qui ont été déposé par l’expérience psychique de l’humanité qui nous a précédé. Ainsi, le loup-garou, les sorcières, les fées, les elfes etc. sont ce que Jung appelle les archétypes de l’inconscient collectif. Dans l’imaginaire collectif des mythes, les légendes, des contes traditionnels, on retrouve constamment ces archétypes. Pour Jung, ils ne résultent pas vraiment d’une acquisition, mais sont présents de manière innée dans l’inconscient, sur un plan supra-personnel. Ce sont des émanations primordiales de l’âme qui ressurgissent dans l’imaginaire.

Le point de départ de Jung a été, comme pour ce qui est de sa conception de l’inconscient personnel, pragmatique. Il est venu à l’hypothèse de l’inconscient collectif à la suite de l’étude de certains rêves « non freudien », dans lequel était mis en scène une symbolique qui débordait visiblement l’histoire personnelle de celui qui avait vécu le rêve.

Voici un exemple que Jung donne dans l’Essai d’exploration de l’inconscient : un psychiatre qui lui apporta un « petit carnet manuscrit que sa fille de dix ans lui avait donné comme cadeau de Noël. Il contenait toute une série de rêves qu’elle avait faits à l’âge de huit ans. C’était la série de rêve la plus étrange que j’ai jamais vue…Malgré leur allure enfantine ils avaient quelque chose de surnaturel et contenaient des images dont l’origine était totalement incompréhensible au père. Voici les motifs qui y figuraient :
1.            La bête malfaisante, un monstre à forme de serpent avec de multiples cornes qui tue et dévore les autres animaux. Mais Dieu survient des quatre coins, étant en fait quatre dieux, et fait renaître les animaux morts.
2.            Une montée aux cieux où l’on célèbre une fête avec des danses païennes. Et une descente en enfer ou les anges accomplissent de bonnes actions.
3.            Une horde de petits animaux effraie la petite fille, ils grandissent de manière effrayante et l’un d’entre eux finit par la dévorer.
4.            Une petite souris est envahie par des vers, des serpents des poissons et des êtres humains, et la souris devient humaine…
5.            Une goutte d’eau apparaît comme au microscope. L’enfant voit la goutte pleine de branches d’arbres[11] ».

Jung commente, en disant que la symbolique de ces rêves se retrouve dans bien des textes de mythes de l’humanité. Chaque histoire dans le texte allemand de l’enfant commence par « il était une fois », ce qui laisse entendre que l’enfant considère chacun des rêves comme un conte de fées. Le thème 1 se retrouve en Occident dans l’apokastasis dans les Evangiles dans le passage portant sur la restauration universelle. Or cette enfant n’a qu’une culture religieuse très limitée. La plupart de ces rêves d’ailleurs vont bien au-delà de la tradition chrétienne, sont nettement plus primitifs. Le thème 2 est très archaïque. Le serpent à corne apparaît dans l’alchimie latine du XVIème siècle, où il est question du quadricornis serpens symbole de Mercure[12]. Le thème 2 montre un « motif qui est indiscutablement non chrétien et contient un renversement des valeurs établies, par exemple, des danses païennes exécutées par les hommes au paradis, et de bonnes actions exécutée par les anges en enfer. Où l’enfant a-t-elle trouvé une notion aussi révolutionnaire, digne du génie de Nietzsche ?[13] ».
On trouve ainsi des éléments de mythe cosmogonique. Le thème 4 par exemple représente les quatre étapes de l’origine de l’humanité. Le thème 5 représente l’origine du monde. « Si ces rêves avaient été fait par un sorcier dans une tribu de primitif, on pourrait raisonnablement supposer qu’ils représentent des variations des thèmes philosophiques de la mort, des la résurrection ou du rétablissement final, sur l’origine du monde, la création de l’homme ou la relativité des valeurs[14] ». Mais ce n’est pas le cas. Ce sont les rêves d’une enfant de huit ans qui n’a que fort peu de culture. L’interprétation de ces rêves est extrêmement compliquée si on veut de force les ramener à un niveau personnel. « Ils contiennent indiscutablement des images collectives, analogues dans une certaine mesure aux doctrines enseignées aux jeunes gens, dans les tribus primitives, au moment de leur initiation ». Il ne s’agit pas pour autant de nier entièrement les éléments de l’inconscient personnel de la petite fille, simplement, ce que Jung veut montrer, c’est que les images oniriques sont tirées d’un arrière-fond qui va bien au-delà de l’inconscient personnel.

Jung donnait un conseil remarquable à ses disciples : documentez vous le plus possible sur les symboles, mais en face d’un personne qui vous raconte ses rêves commencez par tout oublier ! Il ne s’agit pas de forcer dogmatiquement dans l’interprétation l’un ou l’autre des points de vue, celui de l’inconscient personnel ou de l’inconscient collectif.

La théorie de l’inconscient collectif a au moins trois intérêts majeurs :
1) Elle nous montre que la séparation psychique entre l’individuel et le collectif est illusoire. Il serait vain de chercher à appliquer au psychisme la structure de l’ego individualiste, coupé des autres et coupé de l’humanité. Plus on descend dans l’inconscient, plus on s’éloigne de l’individuel pour rejoindre l’universel.
2) Elle tend aussi à montrer qu’il existe une mémoire archaïque du  vital, sur lequel le mental de l’homme est construit. Il semble que les études contemporaines de neuro­physiologie confirment largement les vues de Jung, tandis qu’elles infirment les hypo­thèses de Freud sur la sexualité.
3) La théorie de l’inconscient collectif permet de jeter un pont entre la psychologie et l’étude des mythologies.
La figure de l’archétype est assez obscure. Pour Jung, elle doit le rester parce qu’elle n’est pas une élaboration consciente. Mais que vaut en définitive le concept de « représentation inconsciente » ? Le rapport avec le vécu réel du
sujet n’est jamais clair. Jung voit bien cependant qu’il s’agit là parfois beaucoup plus d’entités que de simples images, des puissances qui sont en réalité des émanations de l’âme.
Il dit même : « Les archétypes …sont des forces vitales qui demandent à être prises au sérieux et qui prennent soin aussi, de la façon la plus bizarre, de se faire valoir[15] ».

Jung rapporte aussi des cas très nets dans lesquels l’archétype a pour le sujet une valeur de protection psychologique. Considérer les archétypes comme des émanations de l’âme a un intérêt pour mieux comprendre l’intériorité. Par exemple la féminité de l’âme est l’anima qui prend la forme de la figure de la Mère universelle, vient rassurer dans le rêve et jouer un rôle initiatique. L’animus est l’aspect masculin de l’âme qui donne des représentations de la virilité du héros vient aider le sujet à structurer l’expérience de veille. Ce qui reste à expliciter chez Jung, c’est la relation subtile entre les archétypes, l’intelligence et la Vie, au-delà de la référence à une base purement instinctuelle.

2) Cette relation, Jung l’a en partie ébauchée dans une autre théorie, moins connue que celle de l’inconscient collectif, mais tout aussi remarquable, la théorie de la synchronicité des événements. Toujours à la suite d’expériences concrètes, Jung a été amené à repenser la notion d’inconscient dans une direction originale : si en effet l’inconscient dans son fond est universel, il est aussi possible que par lui l’âme communique avec la Nature, que l’âme soit en son Fond en relation d’unité avec la Nature. Si les événements sont dans la Nature liés, il l’est possible qu’il existe à un niveau fondamental une non-séparation des événements. Si, dans l’expérience de veille, l’ego se sent coupé du reste de l’univers, (dualité), irrémédiablement séparé des autres et du monde, l’âme, elle, peut très bien demeurer en relation avec tout ce qui est et, (unité), être subtilement informé d’un événement qui surgit au sein de la Nature.

 Il existe une étude de la synchronicité par J.S. Bolen dans Le tao de la psychologie[16].

Jung a été conduit à cette hypothèse par toute une série de rêves, soit les siens propres, soit ceux qui lui était raconté par ses patients. J’en retiens un, l’histoire de ce banquier en voyage qui descend dans un hôtel et rêve la nuit qu’il va prendre l’ascenseur sur le palier et découvre alors que le liftier est un croque-mort et qu’il y a à l’intérieur un cercueil. Très impressionné par son rêve de la nuit, notre homme au matin décide de prendre l’escalier. Quelques secondes plus tard, l’ascenseur s’écroule en bas, après une chute vertigineuse. Si notre homme était monté, il était mort.
Ce genre d’histoire, nous l’avons plus ou moins déjà entendue autour de nous. Une amie m’a raconté que Mme A avait une nuit fait un cauchemar terrible : elle voyait sa fille tomber dans un avion en flamme. Impressionnée, elle lui téléphone en pleine nuit pour lui dire de ne pas prendre l’avion quelques jours plus tard, pour se rendre à une compétition de tennis. Peine perdue, la jeune fille n’écoute pas sa mère, prend l’avion… et l’avion a un accident et s’écrase. Ou bien ce grand père qui régulièrement rêvait de la mort de ses proches en les voyant descendre un escalier avec une valise. Le matin, il disait à sa femme : « tiens, il y a X qui est mort », et à chaque fois, la chose était confirmée. A un degré plus anodin, c’est le fait de savoir tout de suite avant de décrocher le téléphone qui a appelé, ou mille autres expériences du même genre que je nommerai des formes de résonance. Le mérite de Jung a été de ne pas jeter tout cela dans le grand sac du paranormal pour s’en débarrasser et d’essayer rationnellement d’en rendre compte à partir d’une théorie de l’inconscient.

 Nous avons déjà vu plus haut que le rêve, même personnel, n’est pas nécessairement tourné vers le passé, mais peu très bien porter une intention future du rêveur. Ici le problème est plus délicat, car il ne s’agit plus seulement d’une intention vers un futur, mais d’une ligne d’événement dans la Nature. Jung suppose que dans le sommeil, dans le rêve, les frontières individuelles sont dissoutes. Dans le sommeil, je suis le Tout, parce qu’il n’y a plus de « moi » qui se sépare du tout. La conscience d’unité est seule présente, sans la dualité de la veille.

Il est possible qu’alors la corrélation infinie des événements viennent résonner dans l’inconscient du rêveur pour donner lieu à une production onirique, soit pour informer le sujet en rêve sur ce qui a lieu pendant qu’il dort (le papi à la valise), soit pour donner une prémonition d’une direction possible du futur (le banquier et l’ascenseur). Le sujet qui sort du rêve revient dans la dualité de la veille, dans la séparation, mais si il a souvenir du rêve, il constate la résonance de l’unité de la Nature. Il est placé dans une compréhension de la Nature où le hasard est exclus, ou la coïncidence est une loi naturelle, parce que la Nature est une.

Ainsi, ce que l’on range, dans ce registre, dans la catégorie fumeuse du paranormal, deviendrait ici un phénomène naturel et il y aurait dans la théorie de l’inconscient une possibilité de rendre compte rationnellement de choses qui passent pour trop occultes d’ordinaire. C’est une différence d’attitude nette entre Freud et Jung. Freud détestait le paranormal, c’est une des raisons pour lesquelles il avait abandonné l’hypnose. Jung est un esprit très ouvert qui ne craint pas de s’aventurer dans ce que la représentation scientifique classique considère comme irrationnel. Il le fait en scientifique épris d’explication qui entend ne pas nier d’emblée des témoignages, même si cela pose des difficultés importantes. Il a souci de prendre au sérieux une expérience possible, mais assez peu courante il est vrai pour la plupart d’entre nous. Les vues de Jung intéressent beaucoup les physiciens chercheurs qui travaillaient sur la mécanique quantique. En effet, la mécanique quantique postule l’existence d’un champ unifié d’où émergerait les particules élémentaires et au sein du champ unifié, il semble nécessaire de postuler que la corrélation infinie des événements est présente. L’hypothèse qui émerge alors est que le champ unifié des physiciens et l’inconscient supra-personnel sont peut être deux manières de se représenter une seule et même réalité, la pure Intelligence qui est sous-jacente à toute phénoménalité.

L’inconscient est un concept fourre-tout, c’est en réalité un nom que l’on met sur des expériences, des structures disparates et complexes qu’il faudrait distinguer et nommer séparément. Ce qui s’impose, c’est que tous les phénomènes inconscients ne peuvent pas se réduire à une seule lecture (celle de Freud). La complexité du psychisme est telle qu’il y a place pour plusieurs interprétations. Il est tout de même étonnant que cette ouverture donnée par Jung à la psychanalyse n’ait pas reçu un accueil plus important auprès de l’université. Pourquoi mettre Freud dans la liste canonique des auteurs du programme de philosophie et pas Jung ? Jung a une culture philosophique autrement plus riche que celle de Freud et ses vues méritent d’être étudiée sérieusement. Il est aberrant que l’on réduise publiquement la notion d’inconscient à ce que Freud a pu en dire. Il est tout aussi aberrant de réduire la psychologie à la seule psychanalyse freudienne. A en croire les média et l’intelligentsia universitaire, on a trop souvent l’impression qu’en dehors de la psychanalyse freudienne, point de salut pour la psychologie. Au contraire dirons-nous : c’est quand on a enterré la dévotion à Freud que l’on découvre la grande richesse de la psychologie et en particulier, de la psychologie moderne.

Enfin, ce qu’il ne faut jamais oublier, c’est que le terrain sur lequel le psychologue opère reste celui de la conscience. Jung le dit clairement : «  La psychologie n’est pas une magie noire, c’est une science : celle de la conscience et de ses données, elle est aussi la science de l’inconscient, mais en second lieu seulement, car l’inconscient, n’est pas directement accessible, précisément parce qu’il est inconscient[17] ».


[1] Freud Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard p.108.
[2] cf. Van Rialler témoignage d’un ancien psychanalyste revenu du freudisme. 
[3] Alain Eléments de philosophie, p.155.
[4] C.G. Jung  Psychologie de l’inconscient, p.124.
[5] Essais d’exploration de l’inconscient, p. 74.
[6] Id. p.76.
[7] p.77.
[8] L’homme à la découverte de son âme, p.58.
[9] p.58.
[10] Id. p.58.
[11] Essais d’exploration de l’inconscient, p. 119-120.
[12] Id p.125.
[13] Id p. 125.
[14] Id. 126.
[15] Jung, Kerenyi Introduction à l’essence de la mythologie, p.127.
[16] J.S. Bolen Le tao de la psychologie, .
[17] L’homme à la découverte de son âme, p.85.


Serge Carfantan

samedi 7 avril 2012

"VOYAGE INITIATIQUE"


Découvrir nos peurs universelles

Aussi diverses que puissent paraître les peurs de chaque personne, un fil en relie les nombreux masques. Je dis rarement "jamais" et "toujours" en décrivant les mécanismes de la création tels qu'ils me sont montrés dans la vie. Cela étant, je sais qu'il y a toujours des exceptions. Selon mon expérience de travail auprès de plusieurs milliers de personnes au cours des huit dernières années, chaque expression de peur que j'ai vue semble provenir de l'un ou de l'autre, ou d'une combinaison quelconque de trois patterns de perception sous-jacents. De ce point de vue, chaque symptôme, même s'il est extrême ou unique, devient le masque d'un système de croyances subtil mais puissant. Ces patterns sont si omniprésents dans les relations sociales, politiques, économiques, ethniques, culturelles, romantiques et commerciales de notre monde que je les appelle les trois peurs "universelles" ou centrales. 

Les patterns de peur universelle peuvent être si subtils dans notre vie, mais leur souvenir si pénible, que nous leur créons magistralement des masques acceptables. Comme pour une relique douloureuse dans les annales familiales rarement exposée, nous nous sommes inconsciemment entendus entre nous pour déguiser notre souvenir de manière que notre passé ne soit jamais oublié. Le déguisement est devenu le mécanisme de défense collectif qui nous permet de faire l'expérience des peurs à des niveaux de blessure subtils et acceptables. En distançant l'expression des peurs des peurs en soi, nous avons éloigné l'expérience de notre vie du pattern même que nous sommes venus guérir. 

Ces peurs sont masquées avec tant d'habileté, qu'en définitive, les patterns originaux qui propulsent la vie sont oubliés. C'est cette distanciation qui permet aux blessures de la vie d'apparaître sous la forme d'expériences discrètes, aléatoires et sans relation. Souvent, ces expériences ont été interprétées comme de la trahison, de l'abus et de la tromperie. La même distanciation masque la guérison de la vie telle que nous l'exprimons dans l'extase, la joie et le rire.

Première peur universelle : l'abandon et la séparation

Presque universel est le sentiment qu'éprouve chaque individu, dans chaque famille, chaque culture et chaque société, d'être en quelque sorte "séparé" de l'intelligence créative qui est responsable, en premier lieu, de son existence sur terre. Nous sentons que, quelque part dans les brumes oubliées de notre mémoire la plus ancestrale, nous avons été placés ici puis laissés ou abandonnés sans explication ni raison... 

L’expérience de la peur comprend la charge de ce que signifie cette peur pour nous maintenant et ce qu'elle a voulu dire pour nous, sous la forme de notre vie. Pour les fins de cet exposé, on peut définir la charge comme un a priori émotionnel relatif à la valeur ou à la pertinence du résultat d'une expérience donnée. La charge permet l'expérience de l'a priori, de façon qu'il puisse être guéri et soulagé de sa charge. Vôtre charge de peurs universelles, bien que souvent inconsciente, fait en sorte que vous allez créer des patterns de relations qui vous montreront vos peurs. Ces relations vous donneront l'occasion de reconnaître vos charges et de vous rappeler vos patterns centraux. Avez-vous la sagesse et le courage d'explorer ce que vos relations vous laissent voir? 

Si vous ne vous souvenez pas de vos sentiments de séparation et d'abandon, ou si vous avez choisi de reporter leur équilibration et leur guérison, il y a une forte possibilité que vos peurs s'expriment à vous de manières inattendues, vous rappelant le report de votre engagement, par le biais des relations que vous créerez magistralement dans votre vie…

Deuxième peur universelle : le sentiment d'être indigne

Presque universel est le sentiment qu'éprouve chaque individu, dans chaque famille, dans chaque culture et chaque société, de ne pas être en quelque sorte "à la hauteur". Par la logique et la rationalisation, nous créons des scénarios décrivant pourquoi nous ne sommes pas à la hauteur de nos plus grands rêves, de nos aspirations les plus élevées ou de nos désirs les plus profonds. Malgré nos vœux, nos désirs et nos rêves, un doute est profondément ancré, que nous " aurons " toujours, parce que nous mettons collectivement en question notre mérite. 

Pourquoi nous attendrions-nous à nous sentir différemment ? Depuis au moins 2000 ans, nous nous sommes fait dire, par ceux à qui nous accordions confiance et respect, que nous sommes en quelque sorte des "êtres inférieurs" à nos contreparties angéliques. Nous nous sommes convaincus du fait qu'en naissant en ce monde, nous avons commis un acte pour lequel nous chercherons toujours rédemption auprès d'une force qui, nous a-t-on affirmé, dépasse notre entendement… 

Notre peur de l'inadéquation et de la valeur garantiront que nos relations refléteront notre peur. Si vous ne vous rappelez pas la valeur de votre vie en tant que partie intégrante de ce monde, il y a une forte possibilité que vos peurs s'expriment à vous de façons inattendues… 

Si de semblables scénarios se sont joués dans votre vie, il y a une forte possibilité que vos masques socialement acceptables et habilement créés soient en train de mettre en question votre amour-propre et votre mérite en ce monde. Les relations constituent votre façon de vous rappeler vos patterns centraux. Votre expression de chaque pattern dans la vie vous offrira la chance de vivre dans le manque, dans le fait de vous contenter de ce qui "ne suffit pas", de vous établir dans un pattern d'acceptation complaisante, ou de reconnaître ce que vous montrent vos relations et de choisir une option supérieure.

Troisième peur universelle : lâcher prise et faire confiance

Presque universellement, chacun de nous croit que, pour une raison inconnue cachée quelque part dans son passé lointain, ce monde n'est pas sécuritaire. À travers les perceptions de séparation et d'abandon, ou dans la mise en question de notre valeur personnelle, notre croissance nous a peut-être amenés à un endroit qui atteste que, pour survivre à cette expérience, nous devons vivre dans la suspicion à l'égard des processus de la vie. 

Pourquoi nous attendre à vivre autrement ? La confiance a une marge d'acceptation si étroite que tout résultat qui dépasse nos attentes est perçu comme une trahison et un abus. Chaque jour, la vie vous demande de démontrer votre confiance en ce monde. Faites-vous confiance aux processus de la vie, telle qu'elle vous est montrée ? À la divinité des processus de la vie, peu importe leur issue ? À la force intelligente qui s'exprime sous la forme de chaque être qui partage cette expérience de vie avec vous ? Si votre réponse est non, alors je vous demande pourquoi. Qui ou quelle expérience vous a enseigné qu'il n'était pas sécuritaire de faire confiance ? Pourquoi avez-vous choisi de croire en la non-confiance? 

Votre charge à propos de la "confiance" vous assure de créer des patterns de relations qui vous indiqueront vos attentes. Vous vous trouverez peut-être dans des relations qui refléteront votre croyance selon laquelle il est imprudent de faire confiance. De plus, vous vous trouverez peut-être dans des relations où les autres douteront du fait que vous méritez leur confiance. Des relations proches et intimes élargiront votre définition de la confiance et vous fourniront l'occasion de vous faire voir que la vie est sécuritaire. Avez-vous la sagesse et le courage de reconnaître ce que vous enseignent vos relations ? Si vous ne vous souvenez pas de vos sentiments de non-confiance et d'insécurité, ou si vous avez choisi de reporter leur équilibration et leur guérison, il y a une forte possibilité que les peurs s'expriment à vous, à travers vos relations, de manières inattendues… 

Il y a une bonne chance qu'une combinaison quelconque de ces patterns ait joué un rôle significatif dans votre vie. Reconnaître le rôle de ces trois patterns correspond à une étape puissante vers une plus grande maîtrise. Le fait de vivre votre connaissance vous transforme en votre sagesse. C'est la partie de la vie qui ne s'enseigne pas. On vous demande de devenir confiance, estime de soi et union. Au cours de votre guérison, chacune des relations que vous avez jamais entretenues au moyen de la charge de la peur universelle tombera. Il ne restera plus rien pour les maintenir en place. 

Nos peurs universelles semblent si bien déguisées et acceptées qu'il est souvent facile de les négliger ou de les rationaliser en leur donnant une forme différente de leur nature véritable. Voici un tableau qui identifie chacune des trois peurs universelles et les patterns caractéristiques de relation enracinés en chacune. 

La peur "universelle" exprimée sous les formes suivantes :

L’abandon et la séparation

. Des relations qui vous laissent atterré lorsqu'elles échouent ou qu'elles se terminent.
. Vous êtes celui que l'on quitte dans une relation.
. Vous êtes le premier à mettre fin à une bonne relation pour éviter d'être blessé.

Le sentiment d'être indigne

. Problèmes de manque d'estime de soi.
. Vous créez des relations de carrière, d'amitié et d'amour qui correspondent à vos attentes d'inadéquation.

Lâcher prise et faire confiance

. Vous êtes incapable de vous abandonner à votre expérience.
. Les relations reflètent vos attentes selon lesquelles ce monde n'est ni sécuritaire
ni digne de votre confiance. 

Toute peur perçue n’est qu’une fraction de vous-même dans votre totalité. Dans cette totalité, votre substance est plus grande que tout fragment de peur pris séparément.

Les temples de la relation

Aujourd'hui, vos relations sont devenues vos temples. Vous avez dépassé les temples extérieurs de pierre et de maçonnerie. Vous et vos interactions personnelles avec les autres, voilà ce qui a remplacé les structures anciennes d'expérience simulée. Aujourd'hui, vous pouvez entrer dans le temple de l'amour, par exemple, dans la relation que nous appelons le mariage. Dans ce temple de l'amour, selon toute probabilité, vous aurez l'occasion de vous voir dans des temples supplémentaires, dont le temple de la confiance, par exemple, ou les temples de la colère et de la fidélité. Vous entrez sans doute dans chaque temple sans avoir conscience qu'il vous prépare à quelque chose de beaucoup plus grand que la relation même… 

Les relations constituent en soi une occasion de vous voir de toutes les façons. Chaque relation est le miroir de vos croyances, de vos jugements, de vos préjugés ou de votre manque de préjugés, lorsque vous êtes en interaction avec les autres. Même si vous habitez au sommet d'une montagne, sans contact humain, vous devrez encore interagir avec vous-même. Vous verrez en vous le reflet de vos croyances… C'est dans les temples de nos relations que nous retrouvons notre nature véritable. Dans ce souvenir, une fois de plus, nous retournons vers un lieu sacré de totalité. Nous appelons ce lieu union. Dans l'union, nous devenons compassion. 

L’exemple précédent, l'attraction de relations adultes présentant les caractéristiques qui vous ont blessé, enfant, est une expression de la dynamique complexe et subtile qui joue un rôle clé dans notre vie. Ce système fait en sorte que nous continuons à nous rappeler l'un à l'autre qui nous sommes, non seulement par des paroles mais aussi par la démonstration. Ce système s'appelle effet de miroir. Les miroirs de vos croyances - ce que vous tenez pour vrai et sur lequel vous maintenez une charge – vous entourent quotidiennement dans les relations de votre vie. Ils commenceront sous forme de patterns extrêmement subtils, d'incroyables cadeaux qui vous seront faits, si vous avez la sagesse de les reconnaître. Dans le cas contraire, les miroirs deviendront de moins en moins subtils jusqu'à ce qu'ils se manifestent dans votre vie de telle sorte que vous ne pourrez plus les ignorer.

Les sept miroirs esséniens de la relation

Le " mystère des sept miroirs de la relation " sera présenté à chaque personne, peu importe son âge, son sexe ou sa culture, tout au long des relations de sa vie. Selon toute probabilité, vous êtes en train de vivre ces miroirs. Étonnamment, vous les verrez dans une séquence précise. Les miroirs subtils seront reconnus et résolus avant les miroirs puissants, d'une subtilité encore plus grande. Dans la perspective initiatique ancienne, on maîtrise les émotions qui mènent à la compassion, sous forme de séquence, en reconnaissant consciemment et en maîtrisant les sept miroirs de la relation humaine. Comment l'initié d'il y a 2500 ans aurait-il pu devenir confiance, par exemple, si les peurs qui empêchaient la confiance n'étaient pas alors maîtrisées ? Comment est-ce possible aujourd'hui?

Comment pouvez-vous changer les cycles de peur et de haine sans maîtriser les schémas qui permettent à la peur et à la haine d'exister? C'est par vos relations qu'on vous montrera les plus grands exemples de vos croyances centrales, peu importe ce que vous "croyez" par rapport à elles. 

Vous vivez les mêmes patterns, les mêmes temples que les Anciens, qui se déploient devant vous dans la même séquence qu'à chaque initié qui a jamais emprunté la voie de la maîtrise. Le fait de reconnaître ce que la séquence est en train de vous dire, et pourquoi vous répétez des attitudes semblables avec des gens différents, sera peut-être votre étape la plus puissante vers une maîtrise toujours plus élevée. 

Pour cette raison, je vous présente ces miroirs en séquence, par ordre croissant de subtilité. Des expressions multiples de ces miroirs pourront croiser votre chemin le même jour, au même moment, et demeurer non reconnues jusqu'à ce que la séquence soit complète. La résolution de chaque miroir, en séquence, est l'équation codée qui permet le changement biochimique dans votre corps. Ces changements, c'est vous, en phase avec la terre. La science de l'émotion et de la relation est votre " technologie vibratoire " de la vie et de la compassion. 

Si nous voyons nos miroirs, alors ce sont des patterns courants qui arrivent maintenant. Le miroir devient notre moment de chance. Une fois identifié, le pattern peut être guéri en un rien de temps. Reconnaître le pattern, voilà la clé de la source sous-jacente du miroir. Plus souvent qu’autrement, cette source est une combinaison des trois peurs universelles.

Le mystère du premier miroir : reflets du moment

Dans les années 60, plusieurs professionnels de l’automotivation disaient : si vous n’aimez pas ce que quelqu’un vous montre, regardez en vous-même. Il y a une forte chance que d’autres puissent vous refléter les patterns que vous êtes devenu. Vous vous identifiez tellement à ces derniers que, souvent, vous ne les voyez pas. Quand ce scénario s’applique, il s’exprime souvent lorsque d’autres vous renvoient une image de vous-même, dans l’instant.

Le mystère du deuxième miroir : Reflets du jugement

Ces trois personnes que j’avais si habilement attirées dans ma vie, et qui m’enseignaient de façon magistrale, ne m’avaient pas renvoyé l’image de ce que j’étais dans l’instant. Plutôt, chacune m’avait montré un reflet très différent, un miroir subtil dont personne ne m’avait averti. Dans leur unicité, elles m’avaient fait voir assez clairement non pas ce que j’étais, mais ce que je jugeais. Elles m’avaient montré ces qualités à propos desquelles j’avais une charge à ce moment-là . "Ces gens sont-ils en train de me montrer à moi-même?"

Le mystère du troisième miroir : Reflets de la perte

Pour que vous surviviez dans la vie jusqu'à cet instant, vous avez peut-être compromis d'immenses portions de vous-même en échange de la continuation de votre expérience. Ces parts ont été innocemment cédées, perdues ou prises alors que vous appreniez à vous débrouiller avec les défis de votre vie. Vous avez appris qu'il était plus facile de " céder " ou de changer au lieu de naviguer devant l'opposition. Les compromis ont été masqués sous des stratégies socialement acceptables, pas toujours approuvées, mais permises ou négligées dans notre société… Ce pattern (de comportement), c'est le fait de perdre, de donner ou de laisser quelqu'un prendre un aspect de vous-même dans le but de survivre… Alors que vous rencontrez quelqu'un qui a une charge complémentaire à des aspects de vous qui ont été perdus, enlevés ou cédés, sa charge peut vous sembler très agréable.

Le mystère du quatrième miroir : Reflets de votre amour le plus oublié

Chaque peur est déguisée sous un pattern comportemental socialement acceptable. Sous ce déguisement, le pattern peut se jouer publiquement, car son expression masquée est admise. Si le masque de votre plus grande peur est correct aux yeux de votre communauté, de votre famille et de votre société, alors il devient sécuritaire de nier, d’engourdir et d’anesthésier votre peur avec des gens qui ont des peurs semblables…  Les patterns de comportements dépendants et compulsifs, à l’extrême, fournissent l’occasion de faire l’expérience du contraire exact de ce que l’on désire le plus dans la vie. Dans la réalité reflétée par la dépendance, en général, les choses mêmes qui vous sont les plus chères s’éloignent peu à peu de vous. Il y a une forte possibilité que ce à quoi vous accordez le plus de valeur dans la vie corresponde finalement à ce que votre "dépendance" vous enlève peu à peu… La clé consiste à apprécier les cadeaux et les qualités que la vie vous offre sans craindre de les perdre. 

Le mystère du cinquième miroir : Reflets du Père / Mère / Créateur

Il est fort probable que la perception que vous avez de vos père et mère ait très peu à voir avec la personne que vous appelez " papa " ou " maman " en ce monde. Tout l'amour, la joie, l'affection et la compassion que vos parents vous ont prodigués, de même que la colère, le jugement, la distance et la peur, ne sont possibles que tant qu'ils vous reflètent vos attentes vis-à-vis de votre relation avec votre créateur, le "Père/Mère" céleste… Il y a une forte chance que la façon dont vous avez. perçu votre mère et votre père dans votre vie vous ait reflété votre croyance sur la façon dont votre créateur vous considère… Les gestes de vos parents, de par leur nature propre, vous annoncent la guérison des sentiments qu’ils provoquent; des sentiments de séparation, de confiance et d’estime de soi.

Le mystère du sixième miroir : Reflets de votre quête dans l’obscurité

A quelques exceptions, presque tout le monde fait l’expérience d’une «nuit noire de l'âme» à un moment ou l'autre au cours de sa vie. L’expérience n'a pas à être pénible, comme le suggère l'expression. La douleur, s'il y en a une, vient de l'innocence et de la résistance possible par rapport à l'expérience et aux possibilités qu'elle présente… Votre «nuit noire de l'âme» est une époque, de même qu'une expérience de votre vie, où vous pouvez être attiré dans une situation ou des circonstances représentant votre pire peur. Faire l'expérience de la nuit noire de l'âme, c'est vivre le mystère du cinquième miroir essénien de la relation : votre quête dans l'obscurité… Vous ne pouvez entrer dans une « nuit noire de l'âme » que si vous avez rassemblé tous les outils émotionnels nécessaires pour vous voir à travers votre expérience, en restant intact et en gardant votre grâce. Votre maîtrise personnelle de la vie est l'élément déclencheur qui signale à la création à quel moment vous êtes prêt à démontrer votre maîtrise de ce que la vie vous a offert.

Le mystère du septième miroir : Votre plus grand acte de compassion

Souvent, le juge le plus dur sur soi, c'est soi-même. Pour cette raison, le septième miroir s'appelle notre « plus grand acte de compassion ». C'est dans le miroir de nous-mêmes que nous sommes requis d'accepter, en toute compassion, la perfection dans chaque expression de la vie, peu importe comment les autres considèrent l'expérience. Pourquoi tant de gens trouvent-ils plus facile de faire preuve de compassion envers les autres qu'envers eux-mêmes?… Sans attachement vis-à-vis d'un résultat, chaque expérience devient une occasion de s'exprimer, et rien d'autre… Le plus grand geste de compassion que l'on puisse vous demander de poser, c'est peut-être celui envers vous-même, dans votre choix de conduite de vie et d'expression de la vie. Le fait de vous voir autrement que dans la perfection vous dévoilera votre plus grand doute (crainte universelle de moindre confiance) quant à la perfection de votre expérience. Les gestes que vous posez en vue de vous changer, s'ils naissent d'autre chose que l'amour et le respect du cadeau que vous offre la vie par votre corps, vous révéleront votre question la plus grande concernant l'estime (la peur universelle de l'estime de soi) dans la perfection de qui vous êtes.

Au-delà des temples

Même s'il peut certainement y avoir des miroirs additionnels et même plus subtils que ceux qui nous sont montrés à travers nos relations, au meilleur de ma connaissance actuelle, ce sont les clés primaires. Chacune peut être considérée comme une étape vers un niveau élevé de maîtrise consciente et personnelle. Lorsque vous connaissez les possibilités, elles deviennent partie intégrante de vous. Une fois que vous les avez vues, vous ne pouvez plus ne plus les voir. À présent, vous serez requis de vivre la signification des mots.

Vos relations sont devenues vos temples ! Vous n'avez plus besoin de vous isoler dans des structures artificielles pour maîtriser des patterns précis d'émotion. Vous êtes allé au-delà des structures ! Aujourd'hui, moins de quelques années avant la conclusion de ce grand cycle d'émotion humaine, vous avez dépassé les temples extérieurs. Aujourd'hui, vous entrez dans le temple d'amour, dans une relation où vous croyez être en amour. Puis, étant entré dans le temple, vous en découvrirez d'autres, certains dont vous ne soupçonniez même pas l'existence.

Il y a une chance que personne ne vous ait rappelé que ces temples représentent pour vous des étapes vers les niveaux les plus élevés de la maîtrise humaine. Vous avez tout simplement senti, pensé, eu des émotions et avancé dans la vie à partir de ces pensées, sentiments et émotions. C'est précisément l'essentiel. Personne, peut-être, ne vous a rappelé que vous étiez un initié de l'ordre le plus élevé, immergé dans un monde de logique et d'émotion, pour vous connaître de toutes les façons. Néanmoins, peut-être sans savoir " pourquoi ", vous avez avancé, gouvernant votre vie en cours de processus... 

"Vous" êtes tout ce dont vous aurez besoin. Vos temples de relations vous préparent précisément à cette expérience, à ce moment. Chacun des sept mystères esséniens de la relation est séquentiel, s'élaborant sur la prise de conscience du précédent jusqu'à ce que, à travers chacun d'eux, vous ayez guéri vos peurs universelles. Ce faisant, vous vous êtes préparé à la voie qui permet à la compassion d'être une force dans votre vie… Lorsque nos relations nous montrent notre nature véritable, l'illusion de l'obscurité, de la peur et de la haine est exposée. Une fois guéri, il ne nous reste que la compassion...

Notre temps de maîtrise

Le temps de nos temples et de nos réseaux extérieurs, de nos grilles extérieures et de nos lignes de conduite externes tire à sa fin. Pour beaucoup, ce qui est advenu comme une connaissance intérieure a été clairement annoncé dans le langage de notre temps il y a deux mille ans et même avant. Notre connaissance nous rappelle que vous et moi vivons comme une expression d'une union hautement sophistiquée, un mariage sacré entre les éléments de cette terre et une force directive non physique. Nous appelons cette force l'Esprit. 

Lorsqu'on la définit comme une qualité de pensée, de sentiment et d'émotion, la compassion est la paix que nous cherchons dans notre corps pour aligner ces éléments avec notre esprit. La paix dans la compassion est la technologie destinée à maintenir l'alignement en place, la paix offerte à la pensée, aux sentiments et au corps dans les références esséniennes. La vitalité de votre corps, la qualité de votre sang et de votre souffle, votre choix de relations et d'émotions, et même votre capacité de reproduction semblent directement reliés à votre capacité d'accueillir la force de compassion dans votre vie. 

Dans la mesure où vous embrassez la compassion dans votre vie, le changement se produit avec grâce et aisance. Pour ceux qui ont besoin d'une preuve, celle-ci est maintenant disponible. Pour les autres, le simple fait de savoir qu'il y a une relation directe entre les émotions et l'ADN arrive comme une heureuse validation d'une connaissance intérieure qui mène le cours de leur vie depuis des années. Devenir, c'est la clé ancienne qui nous a été laissée il y a très longtemps dans l'espoir qu'au moment où nous atteindrions ce stade de notre histoire et de notre évolution, nous nous rappellerions notre nature véritable, la compassion.

Gregg Braden

["Marcher entre les mondes: la science de la compassion"
Ariane Editions]