lundi 26 décembre 2016

"DMT LA MOLECULE DE L'ESPRIT"




DMT, La molécule de l'esprit, est un documentaire (1h13) qui s'intéresse à cette molécule, du point de vue scientifique avec ses effets sur le cerveau, connue et utilisée depuis des siècles pour ses propriétés médicinales ou psychotropes, présente dans certaines plantes et secrétée par le cerveau. Le docteur Rick J. Strassman a étudié le rôle éventuel de la glande pinéale dans les états de conscience extraordinaires en rapport avec la DMT.  VO/ST-Fr.

Le docteur Rick J. Strassman, professeur en psychiatrie à l’école de médecine de l’Université du Nouveau-Mexique, et un des psychiatres américains parmi les plus éminents, a mené la plus grande recherche psychédélique jamais réalisée en expérimentant sur des dizaines de volontaires la mystérieuse "molécule de l'esprit", nommée DMT, ou diméthyltryptamine.
Avec sincérité et une rigueur scientifique exceptionnelle, le docteur Strassman relate de très nombreux récits dont l'intensité, la profondeur et l'étrangeté sont réellement saisissantes, d'autant plus que beaucoup d'entre eux se réfèrent au Bardo, l'état intermédiaire qui va de la mort à la prochaine naissance.

Selon l'article du site en lien ci-dessous : Dès le début de sa carrière, Rick J. Strassman s’était fixé comme but de pratiquer des recherches légales aux États-Unis sur les substances psychédéliques, selon un protocole rigoureux. Dans le cadre de l’Université du Nouveau-Mexique, il s’est interrogé sur le rôle éventuel de la glande pinéale dans les états de conscience extraordinaires.
Les hypothèses avancées qu'il présente en irriteront plus d'un, mais personne ne restera insensible aux incroyables ouvertures qui se dégagent de ces recherches sur le cerveau humain et ses potentialités insoupçonnées. La DMT est-elle cette molécule de l'esprit en connexion avec la fameuse glande pinéale, considérée par les Hindous comme le lieu du septième Chakra et par Descartes comme le siège de l'esprit ? Une remarquable étude aux frontières de la connaissance.

Le Dr. Strassman a poursuivi ses travaux cliniques en cherchant à déterminer la fonction de la mélatonine, l’hormone secrétée par la glande pinéale connue également sous le nom épiphyse. Le groupe de recherches qu’il a animé a réalisé la première étude permettant de connaître le rôle principal de la mélatonine chez l’homme.
Il s’intéressa ensuite à la DMT, l’agent actif de l’Ayahuasca, et il entreprit en 1990 la seule expérimentation approuvée et financée par le gouvernement américain sur les psychédéliques pendant ces vingt dernières années.
Il a du batailler pendant deux ans avant de recevoir le feu vert de la FDA pour évaluer les effets physiologiques de la DMT, et mettre au point le questionnaire d’évaluation "Hallucinogen Rating Scale", servant à mesurer les effets psychologiques de la DMT et autres substances enthéogènes. Ces recherches sur les psychédéliques étaient approuvées et financées par le National Institute on Drug Abuse.

Le chercheur explique : "En occident, les études sur la conscience se sont multipliées. Un volet particulier de cette recherche étudie les effets des agents psychoactifs sur la conscience. Dans le cadre de la Fondation Cottonwood, nous poursuivons l’exploration des mystères les plus étranges de l’esprit humain. Nous utilisons les composants psychoactifs des plantes pour étudier les divers champs de conscience manifestés chez l’homme, leur processus, et découvrir leurs bases biochimiques et physiologiques.
Nous nous intéressons également aux implications médicales, sociales, et spirituelles de ces différents états, afin de savoir comment les appliquer au mieux pour soigner, développer la créativité et acquérir une certaine sagesse.

Pendant de nombreux siècles, des cultures indigènes ont utilisé des plantes médicinales pour induire avec méthode des états de conscience amplifiés et de type mystique. La science occidentale commence à peine à s’intéresser aux immenses ressources du savoir traditionnel concernant ces plantes et leurs effets. Nous poursuivrons nos buts en confrontant diverses perspectives, scientifique, anthropologique, et spirituelle.
Notre vice-président, le Dr. Steven Barker de l’Université de Louisiane, met au point un nouveau protocole ultra-sensible pour mesurer les émissions naturelles de la DMT et d’agents similaires dans le corps humain. Ceci devrait nous permettre de comparer les quantités habituelles avec celles qu’on relève lors des états de conscience amplifiés."

Le docteur Strassman sait que ses recherches ne feront pas l’unanimité. D’autres chercheurs ne manqueront pas de réfuter l’idée que la DMT peut permettre à nos cerveaux de percevoir la matière sombre ou des Univers parallèles, tels des plans d’existence habités par des entités conscientes...

Certaines recherches tendent à montrer que la DMT est une substance psychotrope puissante, mais aussi produite naturellement en très petites quantités par la glande pinéale.
Son usage pour ses propriétés psychotropes remonte à l'antiquité. La DMT est présente à l'état naturel dans de nombreuses plantes dont les Psychotria ou Anadenanthera, et dont certaines entrent dans la composition de préparations hallucinogènes artisanales comme le breuvage Ayahuasca ou la poudre à priser Yopo qui sont utilisés lors de cérémonies rituelles chamaniques.
Tout au long de l'histoire de l'humanité, la plupart des civilisations humaines ont utilisé des substances psychotropes dans des buts spirituels, divinatoires, médicinaux ou encore récréatifs.




samedi 19 novembre 2016

"APPRENDRE A RECONNAITRE LES CONNEXIONS QUI NOUS LIENT"


Sommes-nous tous reliés par des liens invisibles ? C’est ce que pense la journaliste scientifique Lynne Mc Taggart, qui nous éclaire dans son livre « Le lien quantique » sur cette nouvelle approche du monde.

Quand les trois vagues de vingt-quatre mètres de haut du tsunami de décembre 2004 ont frappé la baie de Bon Yai, au sud de l’île de Surin, la tribu Moken, une petite communauté nomade de pêcheurs, a été témoin de l’anéantissement de son village et de la mort instantanée de 24 000 villageois qui s’étaient réfugiés sur l’une des plus hautes collines de l’île. Les anciens avaient prévenu toute la tribu des Moken, c’est-à-dire 200 personnes, et tous, à part un garçon handicapé, ont réussi à se sauver bien avant que les vagues n’arrivent. Quand le tsunami a balayé le nord, en atteignant les îles d’Andaman, de Nicobar et le sud de l’Inde, les 250 membres de la vieille tribu Jarawa, seuls occupants de l’île de Jirkatang, ont tous fui dans la forêt de Balughat. Ils ont vécu pendant 10 jours de noix de coco et s’en sont sortis.
Tous les membres des quatre autres tribus indigènes de l’archipel indien des îles Andaman et Nicobar – les Onges, les Grands Andamanais, les Sentinelles et les Shompen – ont eux aussi eu la prémonition du tsunami, alors que d’ordinaire ils auraient dû être en mer en train de pêcher. Quand un hélicoptère indien a survolé l’île, pour chercher des survivants, une Sentinelle nue, offensé par cette intrusion sans raison d’être, a brandi son arc et lancé une flèche vers l’engin.

Quand on leur a demandé comment ils savaient que le tsunami arrivait, un ancien de la tribu a haussé les épaules. C’était évident. L’un des petits garçons de la tribu avait été pris de vertiges. Le niveau du ruisseau près de leur village avait soudain baissé. L’un des membres de la tribu avait remarqué des petites différences entre la façon dont une vague grossissait par rapport à une autre. Ils avaient remarqué une agitation inhabituelle chez les plus petits mammifères qui griffaient davantage, une légère altération dans les figures de nage des poissons.
Quand il était enfant, on avait appris à l’ancien à faire attention à ces signaux subtils. Ils annonçaient des secousses de la terre et de la mer qui allaient se déchaîner avec rage. L’ancien avait compris que les signes étaient là, que la mer et que la Terre étaient « en colère » et que son peuple devait se réfugier sur les plus hautes Terres.

L’une des régions les plus affectées par le tsunami comprenait le Yala National Park, la réserve de vie sauvage la plus grande du Sri Lanka, où les raz-de-marée ont inondé jusqu’à 3km à l’intérieur des terres. Pourtant, selon Ravi Corea, président de la Sri Lanka Wildlife Conservation Society, parmi toutes les centaines d’animaux de la réserve, seulement deux buffles d’eau sont morts. Des centaines d’éléphants, de léopards, de tigres, de crocodiles et de petits mammifères se sont cachés dans leurs repaires ou se sont sauvés pour se mettre à l’abri.

La survie remarquable des animaux sauvages et des peuples indigènes a été attribuée à un sens très aigu de l’ouïe, à un don « sismique » qui leur permet de sentir les vibrations d’un tremblement de terre, ou à une compréhension ancestrale des changements subtils dans le vent et dans l’eau. « Ils peuvent sentir le vent », déclare Ashish Roy, avocat et activiste environnemental, en parlant des indigènes. « Ils peuvent jauger de la profondeur de la mer rien qu’avec le son de leurs rames. Ils ont un sixième sens que nous ne possédons pas. »
Mais il y a une autre possibilité qui est quelque chose d’encore plus extraordinaire : une différence énorme entre la façon dont ils voient le monde et la façon dont nous le voyons. (...)

Nous avons perdu notre sens du lien, mais notre perte n’est pas irrévocable. Nous pouvons remettre l’intégralité dans nos vies et retrouver le sentiment de la connexion entre les choses, mais cela nécessite de suivre une série de règles très différentes de celles avec lesquelles nous vivons à présent. Vivre le lien, c’est s’abandonner à la poussée de la nature vers l’intégralité et reconnaître le tout dans chaque aspect de notre vie quotidienne. Nous devons nous poser certaines questions fondamentales : comment pourrions-nous voir le monde comme autre chose qu’un lieu qui existe seulement pour nous ? Comment pourrions-nous avoir des relations les uns avec les autres qui ne soient pas basées sur la compétition ? Comment pourrions-nous nous organiser dans notre voisinage – la tribu immédiate autour de nous et notre plus petit groupe en dehors de la famille – pour nous soutenir mutuellement plutôt qu’entrer en compétition ?

Nous avons besoin de percevoir différemment le monde, de communiquer différemment avec les autres, de nous organiser – d’organiser nos amitiés, notre voisinage, nos villes et nos cités différemment. Si nous ne voulons pas être séparés, mais toujours attachés et engagés, nous devons changer notre but fondamental sur Terre en quelque chose de plus grand que celui qui est fondé sur la lutte et la domination. Nous devons voir nos vies à partir de perspectives complètement différentes, d’un point de vue plus large afin que nous puissions voir finalement l’interconnexion. Nous devons changer la façon même de voir le monde, afin de voir comme voient les Moken, non pas pour prévenir les tsunamis, mais pour remarquer les connexions qui nous lient tous ensemble. (...)

Nous avons oublié comment regarder. Nous ratons la connexion subtile, l’idée périphérique, le moindre changement dans le vent qui nous amènerait à la conclusion inéluctable qu’un tsunami se prépare. Même les Moken qui étaient sur leurs bateaux avant que le tsunami ne frappe ont su aller vers les eaux plus profondes et s’éloigner du bord, contrairement à leurs voisins, les pêcheurs birmans, qui ont péri. Un Moken a accueilli la nouvelle de leur mort d’un hochement de tête : « Ils pêchaient des sèches. Ils n’ont rien vu venir. Ils ne savent pas comment regarder. »

Nous avons vu que notre besoin le plus fondamental est de toujours chercher un lien et une unité, et d’aller au-delà de l’individualité. Pourtant, quand nous regardons notre monde, nous ne voyons que des choses individuelles, séparées et sans rapport. Nos impulsions les plus basiques sur nous-mêmes vont à l’encontre de la façon actuelle dont nous voyons et interprétons notre monde. En apprenant à voir comme un Moken, à voir l’espace entre les choses, nous pouvons apprendre à reconnaître les connexions qui ont toujours été présentes, mais qui sont restées invisibles à l’œil occidental : les connexions qui nous lient ensemble. Nous commencerons à reconnaître ce qui est le plus invisible : l’impact de nous-mêmes sur les autres et sur ce qui nous entoure.

Le lien quantique
Lynne Mc Taggart
Editeur : Macro Éditions (Janvier 2012)


vendredi 11 novembre 2016

"MARIO MERCIER: APPRENDRE A AIMER LA TERRE COMME UNE ENTITE VIVANTE"

Forêt de Vizzavona

Broyée par le « progrès », la Nature souffre. Souffrent aussi les hommes qui ne savent plus qu’elle est leur mère. Dans notre univers pollué, des voix s’élèvent pour tenter de freiner cet holocauste aveugle de forêts, de rivières, de richesses minières. Mario Mercier, véritable chaman, vibre à l’unisson de la nature. Nous lui avons demandé de nous dire pourquoi, il est vital de nous re-nouer avec elle et comment…

« Les hommes sont les fils du Ciel par le corps de la Terre »

(Rig-Veda)

Bruno TOTVANIAN. — Racontez-nous quand, comment et à la suite de quels événements, vous avez senti un appel vers la nature et par quels procédés d’instruction et d’initiation vous avez pu développer ce qui était probablement un don naturel, à travers une capacité créatrice qui se manifeste tant par la poésie que par la peinture et le dessin.

Mario MERCIER. — D’abord j’ai toujours été fortement attiré par la nature et j’ai eu la chance, étant enfant, de vivre à la campagne près d’une rivière. Donc, ce contact avec la nature, je l’avais dans mon sang, dans mes gènes et, j’ai pressenti, à travers elles, des résonances infinies. Plus tard, j’ai été coupé de la nature par les vicissitudes de la vie et j’ai été obligé de m’installer à Paris, moi qui suit méditerranéen !

Un jour, un grand désir de sortir de la ville me poussa à trouver une forêt, un bois. C’était un désir très fort. Une amie me conduisit en voiture, et sans savoir où j’allais, je lui disais : « Passe par là, tourne ici », et nous avons finalement abouti dans un bois au bord d’un chemin. Un bois abîmé par les passages des motos, les saccages des promeneurs. Un bois un peu étrange. Quelques jours auparavant, cette jeune femme qui m’accompagnait, un être très sensitif, avait rêvé qu’elle se trouvait dans ce bois, debout les bras levés et que c’était là son lieu privilégié. Deux ou trois nuits plus tard, moi aussi j’ai rêvé de la clairière de ce bois mais il y avait un mystère, comme une énigme et j’ai été poussé à y retourner. Sur place, j’ai commencé à ressentir des choses assez étranges, surtout la nuit, car le jour, il y avait trop de monde. C’était comme une force qui émanait de ce lieu, un lieu magique : je voyais des boules lumineuses, des formes ; par la suite, j’ai appris que c’était des esprits de la nature. A cette époque, je n’y croyais pas du tout. Plus tard, de retour dans le bois, des amis venus avec moi ont vu et senti les mêmes choses. J’avais besoin de m’asseoir au pied d’un de ces arbres que j’appelais l’arbre maître dans cette clairière et une espèce de relation s’établissait entre cet arbre et moi, un peu comme si le pouvoir psychique de l’arbre s’infusait en moi. A cette époque, je n’avais reçu aucune préparation, seule une ouverture, venue de l’enfance, vers la nature s’était éveillée. Mais il y avait là, dans cette clairière, une dimension autre, dimension que je n’ai jamais retrouvée dans aucun autre bois. Petit à petit, s’est installée une relation d’amitié, d’amour entre lui et moi : je connaissais chaque arbre, chaque chemin. Et toujours, il y avait quelque chose qui sortait doucement des arbres et qui en moi réveillait des sentiments enfouis, oubliés : ces arbres, ces buttes de terre étaient la façade de quelque chose de plus profond. Là, j’ai aussi appris à aimer le vent : ce vent très particulier qui se lève lorsque vous êtes en accord avec le lieu et la nature. Un vent qui, s’il ne se lève pas, vous fait comprendre qu’il vaut mieux partir, que rien ne se passera ce jour-là, que la forêt vous est fermée, interdite.

Voilà ce que fut mon premier choc avec la nature, ma première révélation de sa vie secrète.

Plus tard, j’ai rencontré un indien peau-rouge qui était de passage à Paris et il m’a dit : « Mais c’est toujours comme ça chez nous, on parle et les choses nous parlent, les dieux, les manitous s’expriment à travers ces forces. »

Évidemment, ce bois était un lieu privilégié. Il s’était constitué sur un point fort de la terre, là où les forces telluriques sont les plus puissantes. C’est pourquoi d’autres lieux n’ont pas la même intensité. Hélas, les hommes l’ont aujourd’hui rasé et il n’en reste rien qu’une immense tristesse pour moi et un magnifique souvenir.

B. T. — Dans une forêt, pour rester sur cet exemple commode, tout le monde ressent-il la même chose et voit-il les mêmes manifestations ou bien on ne voit ni ne ressent que ce qui vous correspond ?

M.M. — Tous ceux qui sont venus avec moi en forêt ont vu et ressenti les mêmes choses plus ou moins intensément mais il ne faut pas oublier que nous sommes tous constitués de la même façon et que nous venons tous des mêmes sources de vie, c’est-à-dire des premières amibes puis des premiers végétaux. Alors leur langage aujourd’hui, ne peut vous être indifférent. La seule différence vient peut-être d’un niveau plus ou moins fin de perceptivité, de sensibilité, mais cette perceptivité, cette sensibilité, nous pouvons les travailler, les développer, apprendre à voir, à écouter, et percevoir. Sans effort, cela s’apprend tout seul. Ceux qui auront le plus de difficultés sont ceux qui sont trop enfermés en eux-mêmes, qui ne savent pas s’ouvrir à autrui et par voie de conséquence à la nature.

Cependant, ceux qui ont un peu le sens poétique sont d’emblée à l’aise dans la nature car la poésie est un acte de liberté, de lucidité qui ouvre un monde autre ; d’ailleurs, les premiers qui ont exprimé des idées cosmiques étaient des bardes, donc des poètes qui faisaient une poésie agissante à l’intérieur des choses puisque les mots étaient magiques, la parole agissait sur l’essence des choses et les transformaient. C’est le verbe créateur… J’ai d’ailleurs retrouvé les paroles qui venaient des arbres, de l’humus, des rochers et des manifestations de la forêt, ce sont des paroles que l’on n’entend pas avec les oreilles bien sûr mais en dedans de soi. Qui passe un peu de temps à voir et entendre non seulement avec les oreilles et les yeux mais avec tout le corps ?

Si l’homme s’ouvre à la beauté qui vient du monde, à la beauté qui émane des étoiles, du Soleil, de la Terre, cette beauté le transforme, le transfigure, le change intérieurement et lui, peut projeter sa force spirituelle sur l’univers qui en a besoin ; car l’univers a besoin de l’homme, de cet homme qui est une antenne — c’est pour cela qu’il se tient droit — les pieds en terre, la tête vers le ciel.

B. T. — Ne croyez-vous pas que l’évolution de notre civilisation et la mentalisation extrême qui en est le prix nous a progressivement coupé de la nature et que notre mode de vie nous a fait perdre le pouvoir de contact direct avec les forces naturelles ? Tout comme notre vue et notre odorat qui se sont considérablement affaiblis ?

M.M. — Oui et non. Ce n’est pas seulement l’évolution de la civilisation qui gêne, ni la mentalisation. Je crois que l’homme s’est transformé au fil des millénaires et son âme qui flottait, fluide autour de lui, s’est peu à peu condensée à l’intérieur du corps. De là le contact direct perdu, car des arbres, par exemple, émane toujours la même force. Il y a quelques milliers d’années l’homme voyait probablement se manifester à l’extérieur, les formes intérieures. On lit encore dans les récits chamaniques que tel chaman pouvait cacher son âme dans l’œuf d’un nid d’oiseau. Aujourd’hui l’homme est devenu tête et ne perçoit plus les choses qu’avec sa tête, avec son mental : sa perception est mentale et non plus sensorielle. Et ce qu’il voit doit passer par le système analytique du cerveau ; ce n’est plus une perception globale instantanée et sensitive ; il ne sent plus par l’intérieur de son corps.

B. T. — Après ce que vous venez de dire, il me semble que l’homme ait besoin de renouer avec son environnement et de réapprendre à vivre avec la nature. Qu’a-t-il perdu en se coupant d’elle et quelle raison a-t-il de se renouer à elle ?

M.M. — Au départ, l’homme est un médium, il se tient au milieu, il est droit. Le Tao dit : « Celui qui est trop dans la terre a quitté le ciel, celui qui est trop dans le ciel a quitté la terre. » (Il est donc en déséquilibre.) L’homme doit capter les puissances du cosmos et les projeter dans la terre, comme il doit recevoir les puissances de la terre et les projeter vers le ciel. C’est l’une de ses missions.

B. T. — Est-ce un échange d’amour ? Un peu comme ces relations sentimentales et intimes qui s’établissent entre un jardinier et les plantes ? Ceux dont on dit qu’ils ont la main verte ?

M.M. — La plante a besoin de relations émotionnelles avec l’homme (de même que l’animal). Relations énergétiques. Si l’on réveille l’énergie émotionnelle d’une plante, elle se met à l’unisson de notre propre énergie émotionnelle qui s’éveille alors à d’autres niveaux de sensibilité. Cela a été illustré par l’histoire de plusieurs japonais perdus dans des îles du Pacifique, à la fin de la guerre et ignorant qu’elle était finie, coupés du monde, perdus dans une jungle, ils avaient renoué le contact avec la nature, et celle-ci, en harmonie avec eux, les prévenait des dangers, des nouveaux arrivants, par des signes imperceptibles à tout autre qu’eux. Ils ont survécu ainsi durant des années. Ils avaient développé une sensibilité très fine.

B. T. — Pourquoi dans la civilisation qui est la nôtre ne nous sommes-nous pas plus penchés sur ces phénomènes qui unissent l’homme et la nature et dont l’exemple le plus spectaculaire reste le jardin de Findhorn où deux couples d’Anglais (dont les femmes étaient médium) ont réussi des « miracles » là où rien ne pouvait normalement pousser ?

M.M. — Oui, Findhorn est vraiment l’exemple éclatant de ce que nous disons. Tout y est extravagant et irrationnel : légumes énormes, fleurs admirables, arbres splendides poussant dans le sable et la sciure d’un ancien cimetière de voitures. Ce qui prouve que l’homme possède le verbe, ce verbe qui a le pouvoir d’agir sur l’essence et l’éthérique des choses. Réveiller par cette force, l’essence des choses va entrer en vibration avec l’essence de l’homme, et de cette harmonie peut naître ce que nous appellerons vite « miracle » tant nous nous en sommes éloignés.

Nous retrouvons ici la même puissance que celle dégagée par les contes pour enfants qui sont des textes initiatiques bâtis à travers une historiette. Ils s’adressent au double profond de l’enfant et l’initient aux grands mystères de la vie, lui donnent des clefs pour pénétrer la nature et la comprendre. A titre d’exemple, prenons les contes de Noël qui sont un chant d’amour à la gloire du bois. Ce bois qui libère sa force pour l’homme ; cet homme qui vient sans doute du bois.

B. T. — Revenons aux dommages causés par la séparation de l’homme et de la nature, dommages qui en ont fait une sorte de mutilé. Quelles sont les conséquences de cette fracture et où peut-on en voir les traces ?

M.M. — D’abord il faut rappeler qu’il y a sans cesse des massacres de forêts et peu de voix retentissent pour protester contre ces saccages. L’homme prend droit de vie et de mort sur la vie de l’arbre, devenant son pire ennemi, alors que l’arbre a des qualités magnifiques dont l’homme peut et doit bénéficier. Quant aux dommages qui en résultent pour l’humanité, ils sont d’ordre géologique, climatique, énergétique, spirituel, c’est-à-dire dans le psychisme de l’homme qui se « métallise » de plus en plus ; or le métal et sa symbolique sont bien de notre temps, de guerres, de violences, de haine et cela dure (en empirant) depuis l’âge du bronze et du fer.

N’oublions pas que pour les Chinois, l’âge du métal c’est l’automne de la civilisation. Dans cet âge, le bois vivant n’est plus qu’un vestige et les parcs nationaux sont des cimetières de vestiges. Coupé de la nature vivante, l’homme vit mal, malgré un confort indéniable. En perdant ces racines profondes, il a perdu son identité, il devient un robot mécanisé n’ayant plus aucune relation ni avec son environnement ni avec l’univers. Mais je reste optimiste, car aujourd’hui il y a de plus en plus d’hommes qui redécouvrent la nature et qui essaient de lui rendre le respect qu’on lui doit. C’est une réaction qui ira, j’espère, s’amplifiant.

B. T. — Qu’est-ce qu’un homme, ayant pris conscience de son appartenance à la nature, peut faire pour se relier à elle ? Concrètement.

M.M. — Il n’y a pas de recettes mais l’homme doit dépasser le niveau de la prise de conscience et tenter de sentir en lui-même que la terre est une entité vivante qu’il doit aimer et respecter. Peut-on imaginer un homme mutilant sa mère ? Et c’est hélas bien souvent ce qui se passe entre les hommes et la nature : il lui prend son minerai, son pétrole, coupe ses arbres, pollue sa campagne, découpe ses montagnes pour y faire passer des routes, creuse des tunnels, déverse chaque jour des milliers de tonnes d’ordures dans les océans et les rivières sans parler des fûts de déchets radioactifs jetés dans les fosses marines. On dirait qu’inconsciemment nous activons notre technologie spatiale en vue d’un départ futur de la Terre à jamais dévastée.

Ce dont on peut rêver, c’est qu’un jour on apprenne à l’homme l’amour et le respect de la terre et de la nature et que cet enseignement lui soit donné dès son enfance et durant toutes les années de scolarité. Il y aurait alors moins d’enfants déséquilibrés et attachés à des choses superficielles. Mon fils, par exemple, quand je le mets dans la nature, n’a plus autant envie de se bloquer devant la télévision. C’est donc un phénomène d’éducation ; dans nos programmes scolaires, la terre est étudiée scientifiquement, disséquée, analysée comme une chose inerte. On n’y étudie pas les relations d’amour de l’homme avec la nature, relations qui sont en réalité essentielles. Car c’est à la nature et au cosmos qu’il doit la vie et une conscience de la spiritualité. Sans faire entrer ici les notions d’esprits, propres à la nature, je peux proposer comme moyen premier pour se relier avec la nature, de s’en approcher comme d’une amie, d’une mère, d’une femme digne d’amour. De la sentir, de la respirer, la toucher, la regarder avec le sens du cœur. Apprendre à s’émouvoir du charme d’un bois, du chant de l’eau vive, de la musique du vent dans les feuilles et de cette vie qui jaillit au printemps, qui va s’épanouir en été pour mourir dans un enchantement de couleurs en automne. Ce feu d’artifice final nous laisse la promesse, après l’immobilité hivernale, d’une renaissance certaine. C’est toute cette approche qui sera le premier travail d’un retour à l’appartenance de l’homme à son environnement.

B. T. — Et que peut-on dire des paysans qui vivent dans et par la terre ? Eux qui sont aujourd’hui dans la situation paradoxale de vivre près de la nature et pourtant d’en être tout autant coupés qu’un citadin du fait des moyens modernes de culture qui incitent à oublier que la nature implique du temps et des cycles ? Évidemment, il existe encore quelques cultivateurs qui aiment profondément la terre et la nature mais il semble qu’ils soient de plus en plus rares ?

M.M. — Moi qui ai vécu beaucoup à la campagne et près des paysans, j’ai remarqué que la plupart d’entre eux, effectivement, n’aimaient pas la terre. Peut-être parce qu’elle les fait travailler et souffrir. Ils n’aiment pas non plus les arbres (ils font de l’ombre et ne sont pas rentables), ni les animaux (ils sont une corvée quotidienne). En revanche, ils adorent la chasse. Dans mon enfance, en Lozère, j’ai vu beaucoup d’animaux tués et parmi eux des chiens parce qu’ils ne servaient plus à rien — trop vieux pour lever ou suivre le gibier. Il est inouï de penser que l’homme qui a le privilège d’être paysan, car c’est un privilège, se soit ainsi coupé de sa raison de vivre n’ayant plus aucune relation d’amour et de sensualité avec la terre. Les paysans n’ont plus souvent que des relations de profit. Pourtant ce ne sont pas des attitudes inconciliables. Le travail d’amour amène nécessairement un profit.

B.T. — Face à cette attitude, on peut peut-être dire un mot des cultivateurs qui, ayant pris conscience des dangers de la mécanisation, des pesticides, des fongicides et engrais chimiques se tournent vers une culture biologique qui respecte la nature ?

M.M. — Aujourd’hui les cultivateurs sont confrontés à des problèmes de rentabilité et les besoins en nourriture de la population augmentent sans cesse. Alors on presse le temps, on déclenche l’arsenal chimique pour faire plusieurs récoltes annuelles et soulager le travail. Mais la nature a besoin de repos et les agressions qu’elle subit, elle les fera payer cher. C’est pourquoi il est bon que certains cultivateurs retrouvent la notion de saisonnalité et réapprennent à travailler au rythme de la respiration de la nature. Il est excellent aussi qu’ils reconstituent la chaîne biologique dans leurs exploitations afin d’échapper à la tentation mortelle des moyens chimiques. J’espère que les pluies acides ne les gêneront pas trop, bien qu’hélas ils soient un peu touchés par la pollution environnante. Il n’est pas trop fort de dire que la Terre devient de plus en plus vite une poubelle.

B. T. — Avons-nous des correspondances privilégiées avec la nature selon ce que l’on est soi-même ? Certains hommes sont-ils plus près des chênes, des ormes ou des bouleaux ou plus en relation avec l’eau, les roches, les buissons ? Y a-t-il des portes qui nous soient plus favorables si nous leur correspondons ?

M.M. — L’homme doit aller vers ce qui l’attire le plus. Pour l’un, ce sera la mer ; l’autre, la montagne un troisième, la forêt. Mais toujours l’homme doit parler et s’approcher de la nature comme s’il se parlait et s’approchait de lui-même. Il doit parler à une amie qui est là comme le reflet de son âme et traiter la nature d’égal à égal. Évidemment, il faut couper des arbres mais il y a façon et façon de couper un arbre, or, de nos jours, c’est à un génocide des forêts que nous assistons, génocide que ne compensent pas les efforts réels de reboisement. Nous ne devons jamais oublier tout ce qu’un arbre peut apporter à l’homme et tout ce qu’un homme peut lui donner et que de cette interdépendance capitale peut renaître un bonheur pour l’un comme pour l’autre. Rappelons-nous que, s’il n’y a plus d’arbres, il n’y a plus de vie ni physique ni spirituelle possible.

B. T. — La femme est-elle plus favorisée que l’homme dans ses contacts avec la nature ?

M.M. — Oui, car la nature et la femme sont très liées bien que l’un et l’autre sexe puissent bénéficier de ces contacts. Mais la femme a un ventre fécond, elle crée la vie tout comme la nature. C’est en cela qu’elles ont ensemble, un point commun très fort.

B.T. — La femme et la nature étant toutes deux créatrices…

M.M. — Créatrice et destructrice, en ce qui concerne la nature, car elle se transforme en se détruisant. La nature se copie pour s’améliorer — tout comme un peintre reprend plusieurs fois sa toile pour atteindre un seuil de perfection, puis il passera à une autre œuvre pour chercher un autre seuil de perfection. Depuis des millions d’années, la nature tend toujours vers plus de perfection.

B. T. — Quelle est la part poétique dans votre démarche vers la nature ? Est-ce ainsi que s’exprime votre capacité sensitive et créative ?

M.M. — J’ai la chance d’être poète. La poésie est un acte de liberté, de lucidité. Elle permet d’entendre le dialogue des Dieux à travers soi. Les forces divines passent en nous par la poésie, c’est pourquoi les bardes se servaient des mots parce qu’ils ont une force magique et la nature est pleine de ces paroles que le poète doit capter. Mais on n’est pas obligé d’être poète ou peintre, le fait d’aimer est déjà une création. Ce qui compte c’est l’attitude poétique et non d’être un bon poète. La qualité joue moins que la démarche qui est d’abord une ouverture au monde, une ouverture d’amour.

QUELQUES LIVRES DE MARIO MERCIER

Chamanisme et Chamans (Éditions Pierre Belfond).

Le Monde Magique des Rêves (Éditions Dangles).

Chants Chamaniques (Éditions Monique Tissot).

La Nature et le Sacré (Éditions Dangles).

Les Rites du Ciel et de la Terre (Éditions Dangles).

samedi 29 octobre 2016

"LA SADHANA TANTRIQUE OU L'ETERNEL PRESENT"


Par Laurence Vidal

Pratique de l'éveil, d'abord par prise de conscience du ressenti et de toutes les sensorialité, le tantrisme ne vise pas à changer la condition du sujet, mai à l'aider à reconnaître ce qu'il est de toute éternité. Il n'y a rien à transformer, il suffit de se laisser être.

Tout est Conscience.

Tel est le point de départ et d'éternel retour, la source vive où, comme toute voie traditionnelle, s'abreuve le tantrisme. Non pas un postulat, un dogme qu'il s'agirait de croire aveuglément - nous ne sommes pas, ici, dans le domaine de la foi-, ni non plus une théorie, une spéculation que l'étude et le débat métaphysiques se chargeraient de démontrer - nous sommes loin, là encore, de la suprématie intellectuelle -, mais une réalisation, autrement dit une évidence, d'abord pressentie, puis peu à peu ressentie, perçue, vécue par l'adepte qui en fait maintes et maintes fois l'expérience fugitive, jusqu'à ce que cette « connaissance directe du réel », d'épisodique, s'établisse en lui, d'instant en instant renouvelée. Aucun système de croyances à adopter, donc. Un soupçon, plutôt, une soif et, venant à point pour y répondre, un ensemble de pratiques affûtées et transmises de maître à disciples depuis quelque six à sept mille ans, et dont le tantrika découvre l'usage, la saveur, les effets métamorphiques, au fil de sa sadhana, ou voie pratique de réalisation.

Une voie directe

Voie directe, le tantrisme s'expose d'emblée dans sa nudité, essence offerte à tous les regards, sans secret ni progression par étapes où les mystères se trouveraient un à un dévoilés au gré de l'évolution du disciple. Tout est là, dès le départ. Et pour cause : il ne s'agit pas pour l'adepte de sortir de sa condition présente et, au terme d'une purification, d'atteindre à un état neuf, inconnu jusqu'alors, mais bien de réaliser ce qu'il est, ce qu'il a toujours été - Conscience. « La Conscience est partout, énonce sobrement le Vijnanabhaïrava Tantra (Tantra de la Connaissance Suprême). Il n'y a aucune différenciation. Réalise cela profondément, invite-t-il, et triomphe ainsi du temps. » « L'expérimentateur dont la conscience est contractée perçoit l'univers sous sa forme contractée », explicite le Pratyabhijnahrdayam (Cœur de la Reconnaissance), qui poursuit : « La Conscience absolue devient conscience individuelle par cette contraction même, provoquée par les objets de conscience », avant de conclure, dans une réconciliation-réintégration des apparents contraires : « La conscience individuelle est la Conscience absolue. » Tout est dit, oui. Tout est spontanément, librement exposé. Que celui qui a de « grandes capacités », comme le nomment les textes, entende et, instantanément, réalise.

Mais tout le monde ne peut être Lalla, cette yogini et poétesse du XIVe siècle, célèbre chez les soufis comme chez les tantrika, et qu'un unique enseignement de son maître - « Pourquoi cherches-tu à l'extérieur ce qui est à l'intérieur ? » - suffit à libérer. Pour le commun des mortels, trop de clarté aveugle. Ainsi ces affirmations, ces constats offerts par les textes ou le maître, n'ont sur la plupart qu'une résonance conceptuelle, voire poétique - c'est-à-dire mentale. Au pire, ils laissent indifférent, ou éveillent une curiosité purement intellectuelle. Et le « secret », pour être exposé à tous, n'en est pas moins bien gardé. Au mieux, ils ébranlent quelques certitudes objectives et éveillent dans le cœur, dans le corps, comme un pressentiment, un souvenir originel, la nostalgie d'un « voir », d'un « percevoir le monde », et soi-même dans le monde, autrement. Pour que ce pressentiment s'actualise, pour que la personne qui se vit, se ressent comme une individualité séparée du monde goûte à la non-séparation (samyama), à la non-différenciation, d'autres moyens se révèlent nécessaires. Toute une palette de moyens, pratiques, techniques dont le tantrisme dispose, chacune invitant le sadhanka à faire par lui-même l'expérience de cet arrêt du temps, à vivre ce pur Silence, cet espace, ce frémissement de la Conscience une où sujet et objet, observateur et chose observée se fondent.

Voie non-duelle, donc, puisque conscience individuelle et Conscience absolue ne font qu'un, la voie tantrique privilégie l'expérience directe. L'étude théorique de la doctrine est sans valeur, répètent à l'envi les Tantra. Ce qui importe, c'est la mise en pratique des méthodes par lesquelles l'adepte réalisera sa vraie nature : pure Conscience d'où tout émane et où tout se résorbe, Essence commune à tous les phénomènes que seule la limitation de ses perceptions lui fait tenir pour séparés. Le yoga tantrique, en effet, invite à « réaliser que la nature innée » de l'esprit, « libre et éveillée depuis toujours, surgit dès que la pensée dualiste est abandonnée ». Voie de l'action dans le monde, et voie d'incarnation, le tantrisme prend la vie en général, et le corps en particulier, pour champ de l'expérience et lieu de la pratique. L'ascèse, ici - car c'en est une -, n'a rien d'ascétique. Bhoga et mukti, jouissance et libération, s'y avancent main dans la main. Point d'interdit ni de tabou - d'où l'attrait qu'exerce le tantrisme sur les Occidentaux et la réprobation qu'il suscite dans la société brahmanique. Rien à rejeter, au contraire - car toute tendance réprimée, toute dimension de l'être exclue par la force au prétexte qu'elle serait « mauvaise » ne saurait que ressurgir, et avec quelle violence, à un moment ou un autre d'une sadhana qui, par essence, engage le pratiquant dans son intégralité. Rien à quoi renoncer. Et surtout pas à la passion, cet élan, ce moteur sur la voie. Surtout pas le désir - que tant de voies spirituelles invitent à juguler. Ce n'est pas le désir, affirment en effet les Tantra, qui fait obstacle à la Connaissance, mais sa limitation : le désir par ignorance limité au désir d'un objet alors que, par essence, il est désir du Soi, de cette Plénitude, cette toute Complétude dont a soif l'individu illusoirement coupé de sa Source.

Travailler sur le désir

Désir illimité, désir sans objet : le voilà, le chemin tantrique, qui aiguise l'attention et ouvre à la Présence. Une attention non dirigée, sans tension ni intention, sans jugement ni comparaison ni but - sans mémoire ni devenir, donc. Une présence silencieuse et paisible où tous les processus intérieurs se laissent percevoir et, d'être ainsi accueillis sans manipulation, se déploient et s'auto-libèrent spontanément. Car, dès lors qu'aucun commentaire, qu'aucune activation ou répression mentale n'en court-circuite la trajectoire, dès lors que le sadhanka la goûte pleinement, « toute énergie participe à la libération ». Il n'en est de « bonnes » ni de « mauvaises » - deux qualifications, deux concepts dont le réel n'a que faire. Il n'en est que de limitées - par la peur, l'ignorance, l'attachement ou le rejet - ou d'illimitées. Ainsi, le yoga tantrique utilise le spectre intégral des situations, pensées, émotions, sensations qui s'offrent à l'expérience de l'adepte. Dès lors, tout devient pratique. Et c'est par « la qualité, la profondeur de sa présence au monde phénoménal » que « le tantrika touche à l'Absolu » dont la réalité est gorgée. Point d'ascétisme, donc, ni d'érémitisme, mais une ascèse de chaque instant, au sein même de la société. Une pratique où vie mystique et existence quotidienne s'intègrent l'une à l'autre ; où le foisonnement du réel tel qu'il est - et non tel qu'on voudrait qu'il fût - est le champ même de l'expérience, le lieu de la métamorphose. « La voie spirituelle, c'est vivre avec ce qui est là, indique Éric Baret ; ce n'est pas chercher à transformer, à changer, à se libérer (...) ! Vivre avec ce qui est là, accueillir (...) amène la transformation. »

Rien à transformer, donc, mais se laisser transformer - ou, pour être plus exact, se laisser Être, puisque Être est ce que, depuis toujours, nous sommes. Pas de quête extérieure, ni d'acte volontariste, ni d'objectif visé. La pratique comme terrain de jeu plutôt que comme chemin d'effort. La vie, et soi-même, comme spectacle autant que comme spectateur, un spectateur sans attente - mais non sans désir -, sans aucun de ces comportements, choix, orientations auxquels son conditionnement l'a accoutumé...

L'enseignement tantrique - comme le réel - cultive paradoxes et contradictions. Au point que la pensée, poussée dans ses ultimes retranchements, se heurte à ses propres limites et... finit par se taire. Le Silence seul demeure, où veille la Conscience. Les pratiques proposées se révèlent alors être moins des techniques en vue d'une progression, du fameux « Éveil », qu'une célébration, instantanément savourée, de cet Éveil, de cette Présence. Ainsi de la méditation, qui est moins un moment d'assise où les pensées s'apaisent dans l'attention silencieuse que cette même attention paisible et silencieuse portée, à chaque instant de la journée, sur tout ce qui survient, en soi et « hors de soi » (si ce terme signifie encore quelque chose). Ainsi du yoga postural, non pas quête de la pose parfaite mais attention au ressenti - corps et esprit et souffle réunis en une même perception globale -, attention qui se prolonge, elle aussi, dans la vie courante perçue de plus en plus, de plus en plus finement, par un corps/esprit libéré de son carcan mental. Une vie perçue autrement, tous les sens mêlés, le corps comme frémissement qui, dans le ressenti, s'étend aux dimensions de l'espace. Perçue spontanément par l'adepte-témoin qui se sent joué par la vie autant qu'il la joue, spectateur qui peu à peu se fond dans le spectacle, acteur qui s'efface dans l'acte spontané, sans acteur, sans commentateur, sans ego.

Ainsi, des techniques sexuelles, si mal comprises parce qu'extirpées de leur contexte.

Pour une large part, le tantrisme doit à maithuna, la pratique de l'union sexuelle, son succès auprès des Occidentaux. Il n'est que de voir la multiplication des ouvrages et des stages qui proposent, sous l'appellation « Tantra » et dans l'écrin d'un vocabulaire spirituel disparate, des techniques et exercices de thérapie sexuelle. Exercices énergétiques et thérapeutiques qui, pour utiles et féconds qu'ils puissent être sur le plan du développement personnel, n'ont, hormis leur dénomination fantaisiste - pour ne pas dire abusive -, rien à voir avec le tantrisme.

Ainsi du tout aussi fameux kundalini yoga, ou réveil de l'énergie fondamentale (kundalini) lovée à la base de la colonne vertébrale et dont la montée le long du canal central (susumna), de chakra en chakra jusqu'au sommet du crâne, offrirait et l'extase et l'acquisition de pouvoirs yogiques, l'une et les autres convoités - de façon tout aussi fantaisiste - par bien des adeptes du « néo-tantra ». Que ces pouvoirs yogiques soient une réalité, la tradition l'affirme. Et la logique le conçoit : si l'adepte trouve accès à la conscience cosmique et découvre que, loin d'être séparés comme son conditionnement le lui laissait croire, choses et phénomènes (y compris lui-même) sont un, pourquoi ne pourrait-il, dès lors, intervenir sur les interactions entre n'importe quels phénomènes ? Télépathie, guérison, projection de l'esprit hors du corps... tels sont quelques-uns des pouvoirs yogiques répertoriés par les textes tantriques. Mais quel but personnel, égotique, pourraient bien servir ces pouvoirs, rappellent-ils, dès lors que celui qui les détient n'a, précisément, plus d'ego, ne se tient plus pour une « personne » ?... 


samedi 22 octobre 2016

"LES RITES SECRETS DES INDIENS SIOUX"



AVANT PROPOS

Ce livre contient de multiples données que les Indiens, jusqu’en ces derniers temps, s’étaient
gardés de divulguer parce qu’ils estimaient, et avec raison, que ces choses sont trop sacrées
pour être communiquées à n’importe qui ; de nos jours, les quelques vieux sages qui vivent
encore parmi eux disent qu’à l’approche de la fin d’un cycle, quand les hommes sont partout
devenu inaptes à comprendre et surtout à réaliser les vérités qui leur ont été révélées à
l’origine, avec, comme conséquence, le désordre et le chaos dans tous les domaines, il est
alors permis et même souhaitable de porter cette connaissance au grand jours; car la vérité se
défend par sa propre nature contre sa profanation, et il est possible qu’elle atteigne ainsi ceux
qui sont qualifiés pour la pénétrer profondément et capables, grâce à elle, de consolider le
pont qui doit être construit pour sortir de cet âge sombre.
Cette histoire de la Pipe sacrée des Sioux à été transmise oralement par le précédent « gardien
du Calumet », Héhaka Pa (Elk Head : Tête de Wapiti), à trois hommes ; de ces trois, Héhaka
Sapa (Black Elk : Elan Noir) était le seul encore en vie à l’époque où nous avions été chez les
Sioux.
Quand Elk Head confia cette histoire sainte des Sioux à Black Elk, il lui dit qu’elle devait être
« transmise de génération en génération, car tant qu’elle sera connue et que le Calumet sera en
usage, notre peuple vivra ; mais dès qu’elle sera oubliée, notre peuple n’aura plus de centre et
périra ». C’est pourquoi nous formons le vœu que ce livre aide dans une certaine mesure, si
faible soit-elle, à préserver ce centre d’une noble nation dont beaucoup de membres, encore
aujourd’hui et en dépit d’une pression terrible, sont résolus à sauvegarder ces rites anciens qui
leur ont été révélés au commencement par le Grand Esprit.
Dans les notes, nous avons incidemment établi des concordances avec d’autres traditions afin
de mettre en évidence l’universalité et l’orthodoxie – ou la vérité intrinsèque – de la tradition
des Sioux, afin de montrer que celle-ci, qui en fait coïncide avec celle de la plupart des
Indiens de l’Amérique du Nord, possède les éléments d’une vraie spiritualité. Il est temps que
les Indiens d’Amérique reprennent conscience d’eux-mêmes, de leur patrimoine spirituel et de
leur civilisation, car il y a trop longtemps déjà que la nature véritable de leur ancienne sagesse
a été falsifiée dans les livres, soit par simple ignorance, soit sous l’influence de toutes sortes
de préjugés.
Il convient de signaler que les rites décrits dans ce livre par Black Elk correspondent à leur
prototypes originels, de sorte qu’ils présentent par certains côtés une différence assez
considérable avec les formes plus compliquées – mais non indispensables – que ces rites ont
pu recevoir ultérieurement.
Pour les lecteurs qui désirent connaître de plus près le saint homme qui nous à dicté ce livre,
nous recommanderons l’excellent ouvrage de John G. Neihard, Black Elk Speaks (Williams
Morrow, New York, 1932).

A l’exception de celles qui mentionnent une autre source, toutes les notes concernant la
tradition des Sioux proviennent directement de Black Elk, parfois aussi de son ami Little
Warrior, homme remarquable qui nous aida de plus d’une manière.
Nous désirons exprimer notre gratitude tout d’abord au fils de Black Elk qui nous a servi
d’interprète. grâce à lui, nous avons eu la chance exceptionnelle d’avoir un interprète qui
comprenne parfaitement l’anglais et le lakota et qui, de plus, soit familier avec la sagesse et
les rites de son peuple ; c’est, en effet, en majeure partie l’absence de ces deux connaissances
qui nous a valu tant d’écrits où s’étalent les plus notables erreurs sur le compte des Indiens.
Pour les mots indiens, nous utiliserons dans ce livre l’orthographe internationale
conventionnelle, dans laquelle, dans laquelle les consonnes se prononcent comme en anglais
et les voyelles comme en italien, sauf pour les sons étrangers à ces deux langues, lesquels sont
transcrits d’une façon approximative ou indicative.


Joseph Epes Brown.



INTRODUCTION

La tradition des Indiens de l’Amérique du Nord, ou plus précisément de ceux des plaines et
des forêts dont le domaine s’étend des Montagnes Rocheuses – et même de plus loin – à
l’Océan atlantique, possède un symbole et un « moyen de grâce » de première importance : le
Calumet, qui représente une synthèse doctrinale à la fois concise et complexe, et aussi un
instrument rituel sur lequel s’appuie toute la vie spirituelle et sociale ; décrire le symbolisme
de la Pipe sacrée et de son rite revient donc, en un certain sens, à exposer toute la sagesse des
Indiens. Il est vrai que la tradition indienne comporte forcément des variations assez
considérables dues à l’éparpillement séculaire des tribus ,(Ce trait se trouve aussi dans
l’Hindouismeet peut être même dans toute tradition à forme mythologique ; dans l’Inde, les
mêmes symboles peuvent varierconsidérablement suivant les contrées : un même terme peut
désigner ici une réalité fondamentale, et ailleurs unaspect secondaire de la même réalité.)
et pourtant par exemple leur mythe de l’origine du Calumetou sur le symbolisme des couleurs ;
aussi ne retiendrons-nous ici de la sagesse indienne queses aspects fondamentaux qui restent
toujours identiques sous la variété de leurs expressions.
Nous utiliserons toutefois de préférence les symboles en usage chez les Sioux, nation à
laquelle appartenait Héhaka Sapa (Black Elk : Elan Noir);(Hehaka Sapa mourut en 1950 dans la
Réserve de Pine Ridge « South Dakota ») le vénérable auteur de ce livre.
Les Indiens de l’Amérique du Nord sont une des races qui ont été le plus étudiées par les
ethnographes, et pourtant, on ne saurait affirmer qu’ils sont parfaitement connus ;
l’ethnographie, pas plus qu’une autre science ordinaire, n’englobe toute connaissance
possible, et ne saurait être par conséquent la clef de toute connaissance. Si nous voulons
pénétrer le sens de la sagesse des Indiens, ce ne peut être qu’à l’aide d’autres doctrines
traditionnelles et sacrées, ou plus précisément, ce qui revient au même, à la lumière de la
philosophia perennis qui demeure une et immuable sous toutes les formes qu’elle peut
assumer à travers les âges.

L’Indien d’autrefois se laisse difficilement ranger dans l’une des catégories connues de
civilisation ou de non civilisation, et il semble constituer, sous ce rapport, un type à part dans
l’ensemble des types humains ; même quand on croit ne pas pouvoir lui reconnaître le
caractère de « civilisé », on est obligé de reconnaître en lui un homme étrangement entier : sa
dignité et sa force d’âme, sa noblesse faite de droiture, de courage et de générosité, puis la
puissante et sobre originalité de son art qui semble l’apparenté à l’aigle et au soleil, font de lui
une sorte d’être mythologique qui fascine et force le respect ; peut-être les anciens Germains,
ou les Mongols d’avant le Bouddhisme, nous eussent-ils fait une impression analogue.
Quant à la « civilisation », les expériences de ce XXe siècle nous obligent à reconnaître
qu’elle est bien peu de chose, du moins en tant qu’elle se distingue et se détache du
patrimoine religieux ; en effet, si l’on entend le mot « civilisé » dans le sens très superficiel
qu’il a couramment, signifiant qu’un homme se trouve soumis à des conditions de vie
artificielle, différenciées et « abstraites », le Peau Rouge ne perd rien à ne pas répondre à cette
définition ; au contraire, la simplicité de son genre de vie ancestral crée l’ambiance qui permet
à son génie de s’affirmer ; nous voulons dire par là que l’objet de ce génie, comme du reste
chez la plupart des nomades et en tout cas chez les chasseurs guerriers, est beaucoup moins la
création extérieure, artistique si l’on veut, que l’âme elle-même, l’homme tout entier, matière
plastique de « l’artiste primordial ».
Cette absence de « beaux arts » proprement dits – nous ne parlons pas ici de la pictographie –
n’est pas donc simplement un « moins », puisqu’elle est conditionnée et compensée par une
attitude spirituelle et morale qui, précisément, ne permet pas à l’homme de s’extérioriser au
point de vue de devenir le serviteur de la matière inerte, comme l’exige forcément tout art
« statique ». Un travail « servile » ou « de squaw », c’est à dire réduisant l’homme à un rôle
apparemment périphérique, est incompatible avec une civilisation fondée sur la Nature et
l’Homme dans leurs fonctions primordiales ; l’art est fait pour l’homme et non l’homme pour
l’art, dira-t-on selon cette perspective, et en effet, l’art indien est avant tout un
« encadrement » de cette création divine, centrale et libre qu’est l’être humain.

L’objet de la manifestation géniale reste donc toujours l’homme en tant que symbole et
médiateur : ce qui s’extériorise ne se détache jamais du microcosme vivant pour devenir un
être nouveau, inerte, une sorte d’ « idole » qui finira par absorber ou par écraser le créateur
humain ; en un mot, l’Indien conçoit l’art comme une fonction vivante de l’homme en tant
qu’être central et souverain, et c’est l’essence spirituelle même de cet art, et non point quelque
incapacité, qui exclut la projection de l’homme dans la matière, voire une sorte d’oubli de soi
devant un idéal matérialisé. L’art Indien est d’une simplicité toute primordiale, d’un langage
concentré, direct, hardi ; comme l’Indien lui même, type non seulement noble, mais aussi
puissamment original, - son art est à la fois « qualitatif » et spontané ; il est d’un symbolisme
précis en même temps que d’une surprenante fraîcheur. Il « encadre », avons-nous dit, la
personne humaine, et c’est ce qui explique la haute qualité qu’atteint ici l’art vestimentaire :
coiffures majestueuses, - surtout la grande parure en plumes d’aigle, - vêtements ruisselants
de franges et brodés de symboles solaires, mocassins aux dessins chatoyants qui semblent
vouloir enlever aux pieds toute pesanteur et toute uniformité, robes féminines d’une exquise
simplicité ; cet art indien, dans ses aspects concis comme dans ses expressions les plus riches,
est, peut-être non l’un des plus subtils, mais assurément l’un des plus géniaux qui soient.
Certains auteurs croient devoir contester que la tradition indienne possède l’idée de Dieu, et
cela parce qu’ils croient y découvrir du « panthéisme » ou immanentisme » pur et simple ;
mais cette méprise n’est due qu’au fait que la plupart des termes indiens désignant la Divinité
s’appliquent à tous les aspects possibles de celle-ci, et non pas à son seul aspect personnel ;
Wakan Tanka – le « Grand Esprit » - est Dieu, non pas seulement en tant que Créateur et
Seigneur, mais aussi en tant qu’Essence impersonnelle.

Ce nom de « Grand Esprit » comme traduction sioux de Wakan Tanka, et des termes
similaires dans d’autres langues indiennes, donne parfois lieu à des objections ; pourtant, si
Wakan Tanka – et les termes correspondants – peut aussi se traduire par « Grand Mystère »
ou « Grand Pouvoir Mystérieux » (ou même « Grande Médecine »), et que « Grand Esprit »
n’est sans doute pas absolument adéquat, cette dernière traduction est néanmoins tout à fait
suffisante ; il est vrai que le mot « esprit » a quelque chose d’assez indéterminé, mais il n’en
représente pas moins l’avantage de n’impliquer aucune restriction, et c’est là exactement ce
qui convient pour le terme « polysynthétique » de Wakan. L’expression de « Grand
Mystère » proposée par certains comme traduction de Wakan Tanka – ou des termes
analogues dans d’autres langues indiennes, tels que Wakonda ou Manito – n’explique pas
mieux que « Grand Esprit » l’idée qu’il s’agit de rendre, car le mot « mystère » n’exprime
somme toute qu’une qualité extrinsèque ; ce qui importe est du reste la question de savoir, non
si le terme indien rend exactement ce que nous entendons par « esprit », mais si l’idée
exprimée par le terme indien peut se traduire par « esprit » ou non.
Nous avons dit plus haut que le « Grand Esprit » est Dieu, non pas seulement en tant que
Créateur et Seigneur, mais aussi en tant qu’Essence impersonnelle ; nous ajouterons que,
inversement, Il est Dieu non seulement comme pur Principe, mais comme Manifestation : il
est donc Dieu comme tel et en Lui-même, puis en tant que Manifestation cosmique, s’il est
permis de s’exprimer ainsi, et enfin Dieu en tant que reflet de Lui-même dans cette
Manifestation, c’est-à-dire en tant qu’empreinte divine dans le créé.
Ce que nous venons de dire découle d’une façon nécessaire de l’emploi même que font les
Indiens de la plupart des termes désignant le « Grand Esprit » ; mais, à part cela, les Sioux
établissent explicitement une distinction entre les aspects essentiels de Wakan Tanka :
Tunkashila (« Grand Père ») est Wakan Tanka en tant que celui-ci est au delà de toute
manifestation, et même au delà de toute qualité ou détermination quelle qu’elle soit ; Ate
(« Père ») par contre est « Dieu en acte » : le Créateur, le Nourrisseur et le Destructeur.
D’une manière analogue, ils distinguent, en ce qui concerne la « Terre », Unchi (« Grand
Mère ») et Inâ (« Mère ») :
Unchi est la Substance de toute chose, tandis que Inâ est son acte créateur, - envisagé ici
comme un « enfantement », - acte qui produit, conjointement avec l’ « inspiration » par Ate,
tous les êtres.

C’est à travers les espèces animales et les phénomènes fondamentaux de la nature que
l’Indien contemple les essences angéliques et les Qualités divines : dans cet ordre d’idées,
nous citerons les considérations suivantes d’une lettre de Joseph Epes Brown : « Il est
difficile, pour ceux qui regardent la religion des hommes rouges de l’extérieur, de comprendre
l’importance qu’ont pour eux les animaux et, d’une manière générale, toutes les choses que
contient l’Univers. Pour ces hommes, tout objet créé est important, pour la simple raison
qu’ils connaissent la correspondance métaphysique entre ce monde-ci et le « Monde réel ».
Aucun objet n’est pour eux ce qu’il paraît être selon les seules apparences ; ils ne voient dans
la chose apparente qu’un faible reflet d’une réalité principielle. C’est pour cela que toute
chose est wakan, sacrée, et possède un pouvoir, selon le degré de la réalité spirituelle qu’elle
reflète ; ainsi, beaucoup d’objets possèdent un pouvoir pour le mal autant que pour le bien, et
que tout objet est traité avec respect, car le « pouvoir » particulier qu’il contient peut être
transféré dans l’homme ; les Indiens savent bien qu’il n’y a rien, dans l’Univers, qui n’ait sa
correspondance analogique dans l’âme humaine. L’Indien s’humilie devant la Création
entière, surtout quand il « implore » (c’est à dire, quand il invoque rituellement le Grand
Esprit dans la solitude), parce que toutes les choses visibles ont été créées avant lui

(antériorité qui, au point de vue d’un certain symbolisme des créatures, a aussi un sens
purement principiel) et que, étant ses aînées, elles méritent le respect ; mais l’homme, bien
qu’ayant été créé en dernier lieu, est pourtant le premier des êtres, car lui seul peut connaître
le Grand Esprit (Wakan Tanka)

Ces considérations permettront de mieux comprendre de quelle façon toute chose
« caractéristique », c’est à dire manifestant une « essence », est wakan, « sacrée ». Croire que
Dieu est le soleil, c’est assurément une erreur toute « païenne », et étrangère à la pensée
indienne, mais il est aussi absurde de croire que le soleil n’est rien d’autre qu’une masse
incandescente, c’est à dire, qu’il n’ « est » Dieu en aucune manière. Nous pourrions nous
exprimer aussi de la manière suivante : est wakan ce qui est intégralement conforme à son
propre « génie » ; le Principe est Wakan Tanka, c’est à dire : ce qui est absolument « Soi-
même » ; et d’autre part, le sage est celui qui est parfaitement conforme à son « génie » ou à
son « essence » ; celle-ci n’est autre que le « Grand Esprit » ou le « Grand Est wakan, « sacré », ce qui permet d’ « assentir » directement la Réalité divine ; l’homme est
wakan quand son âme manifeste le Divin avec l’évidence spontanée et fulgurante des
merveilles de la nature : les éléments, le soleil, l’éclair, l’aigle, le bison, l’ours, les montagnes,
les torrents, les étoiles et ainsi de suite. C’est pour cela que la lâcheté – sorte d’abandon de la
« personnalité » - est le péché par excellence ; et c’est ce qui explique aussi
l’ «individualisme », apparent ou réel, des Indiens, attitude qui, en partant de la « personnalité
qualitative », a fini par devenir un individualisme aventureux.

Quant à la connaissance du « Grand Esprit » que seul l’homme parmi les créatures terrestres,
peut atteindre, Héhaka Sapa l’a définie un jour en ces termes : « Je suis aveugle et je ne vois
pas les choses de ce monde ; mais quand la lumière vient d’En Haut, elle illumine mon cœur
et je peux voir, car l’œil de mon cœur (Chante Ishta) voit toute chose. Le cœur est le
sanctuaire au centre duquel se trouve un petit espace où habite le Grand Esprit, et ceci est
l’œil (Ishta). Ceci est l’œil du Grand Esprit par lequel Il voit toute chose, et par lequel nous le
voyons. Lorsque le cœur n’est pas pur, le Grand Esprit ne peut être vu, et si vous deviez
mourir dans cette ignorance, votre âme ne pourra pas retourner immédiatement auprès de lui,
mais devra être purifiée par des pérégrinations à travers le monde.
Pour connaître le Centre du cœur où réside le Grand Esprit, vous devez être purs et bons et
vivre selon la manière que le Grand Esprit nous a enseigné. L’homme qui, de cette manière
est pur, contient l’Univers dans la poche de son cœur (Chante Ognaka) ».
Nous ne saurions mieux faire, avant de commenter sommairement le symbolisme du Calumet,
que de citer l’explication qu’en a donnée Héhaka Sapa dans son premier livre (Black Elk
Speaks) : « Je remplis la Pipe sacrée avec l’écorce de saule rouge ; mais avant que nous la
fumions, vous devez voir comment elle est faite et ce qu’elle signifie.
Ces quatre rubans qui pendent de la tige sont les quatre Quartiers de l’Univers : le noirs est
pour l’Ouest où vivent les créatures du Tonnerre afin de nous envoyer la pluie ; le blanc est
pour le Nord, d’où vient le grand Vent blanc qui purifie ; le rouge est pour l’Est d’où jaillit la
Lumière, et où vit l’Etoile du matin afin de donner aux hommes la science ; le jaune est pour
le Sud, d’où vient l’été et le pouvoir de croissance. Mais ces quatre Esprits ne sont somme
toute qu’Un Esprit, et cette plume d’aigle est pour l’Un, qui est comme un père ; mais elle est
aussi pour les pensées des hommes, qui doivent s’élever vers les hauteurs, comme le font les
aigles. Le Ciel n’est-il pas un père et la Terre n’est-elle pas une mère, et tous les êtres vivants
leurs enfants, qu’ils aient des pieds, des ailes ou des racines ? Et cette peau sur l’embouchure,
qui doit être de la peau de bison, est pour la Terre, d’où nous venons et au sein de laquelle
nous suçons toutes nos vies, pareils à des nouveau-nés, avec tous les animaux, oiseaux, arbres
et herbes. Et parce qu’elle signifie tout cela, et plus qu’aucun homme ne peut comprendre, la
Pipe est sacrés. »

Quand l’Indien accomplit le rite du Calumet, il salue le ciel, la terre et les quatre points
cardinaux, soit en leur « offrant la Pipe, dont il représente la tige, comme le veut par
exemple le rituel des Sioux, soit en dirigeant la fumée vers les dites directions et parfois
aussi vers le« feu central » (le feu de son conseil ou de son grand logis – de – médecine,
comme parfois l’indiquent ses chansons, est le plus ancien de tout ; c’est à peu près ce que
les philosophes grecs de l’école de Pythagore la Hestia qui brûle au centre du monde. C’est à
ce feu central qu’il prend part en mêlant son haleine au feu du tabac sacré, et c’est ce même
feu qui s’élève avec sa fumée vers le zénith de l’univers, ou s’abaisse vers le nadir
en touchant la terre, ou se joint aux quatre vents qui parcourent les côtés de notre habitacle
humain pleins de la vie soufflante des hauts cieux. ) l’agni védique – qui brûle devant l’officiant ;
l’ordre de ces gestes peut varier, mais son plan statique reste toujours le même, puisqu’il est
le schéma doctrinal,dogmatique si l’on veut, dont le rite sera l’actualisation.

Conformément à certains usages rituels, nous commencerons notre énumération avec
l’Ouest : ce « Vent de l’Ouest » amène le tonnerre et la pluie, c’est à dire la Révélation et
aussi la Grâce ; le « Vent du Nord » purifie et donne la force ; de l’ « Est » vient la Lumière,
donc la Connaissance, qui selon la perspective indienne sont en rapport avec la Paix ; le
« Sud » est la source de la Vie et de la Croissance ; c’est là que commence la « bonne Route
rouge », la Voie du bonheur et de la félicité. C’est que l’Univers dépend de quatre
détermination primordiales, à savoir, l’ « Eau », le « Froid », la « Lumière », la « Chaleur » ;
la première l’ « Eau », n’est pas autre chose que l’aspect positif de l’obscurité qui
normalement devrait s’opposer à la lumière comme le froid s’oppose à la chaleur ; l’aspect
positif de l’obscurité est en effet sa qualité d’ « ombre » qui protège contre la force
desséchante et qui produit ou favorise l’humidité ; il faut que le ciel s’obscurcisse avant de
pouvoir donner la pluie, et que Dieu manifeste la Colère – le tonnerre – avant d’accorder la
Grâce dont le symbole naturel est la pluie. Quant au « Froid », - « le Vent sanctifiant et
purificateur qui donne la force », - son aspect positif est la pureté, en sorte qu’on pourrait
opposer la « Pureté » du Nord à la « Chaleur » du Sud comme on oppose le « Pluie » de
l’Ouest à la « Lumière » de l’Est ; le rapport entre le « Froid » et la « Pureté » est évident : les
choses inanimées, donc « froides », c’est à dire les minéraux, ne sont pas assujetties à la
corruption comme les êtres animés, donc « chauds ». La « Lumière » de l’Est, nous l’avons
dit, est la « Connaissance ; la « Chaleur », elle, est la « Vie » et par conséquent l’ « Amour »,
et ainsi la « Bonté », la « Beauté », le « Bonheur ».
Avant d’aller plus loin, nous devons répondre à une objection qui pourrait surgir du fait que
les « Quatre Vents », dans la doctrine des Sioux, semblent correspondre ç une fonction assez
secondaire de la Divinité, celle-ci se divisant en quatre aspects quatre fois subdivisés ; or,
outre que ce n’est point le symbolisme mythologique des Sioux que nous proposons d’étudier
ici en premier lieu, mais la métaphysique de la Quaternité qui transparaît dans toutes les
variantes de la tradition indienne, la doctrine siouse reconnaît aux quatre Principes, par une
remarquable dérogation à la hiérarchie mythologique, une prééminence sur les autres
divinités, et ceci indique très nettement que dans le rite du Calumet ou plutôt dans la
perspective qui s’y rattache, les points cardinaux représentent les quatre Manifestations
divines essentielles et par conséquent aussi leur Prototypes dans l’Etre. il ne fait du reste
jamais oublier que chez d’autres Indiens le symbolisme assume des formes très différentes de
celles qu’il a chez les Sioux : ainsi, pour ne citer que cet exemple, les quatre Principes sont
symbolisés, chez les Arapaho, par quatre « Vieillards » qui, émanés du « Soleil », veillent sur
les habitants du monde terrestre, et à qui sont attribués symboliquement le jour (Sud-Est),
l’été (Sud-Ouest), la nuit (Nord-Ouest) et l’hiver (Nord-Est) ; enfin, il convient de faire
remarquer que la Quaternité est souvent considérée comme constituant au fond une
« Duodécimité », chacun de ces éléments étant conçu sous trois aspects, abstraction faite de
l’axe vertical Ciel-Terre qui ajoute à la Quaternité deux éléments nouveaux, quoique d’un
autre ordre.

Ceci dit, revenons à la considération des quatre Principes en eux-mêmes : on pourrait aussi,
toujours en partant de l’ « Ouest) vers le « Nord », désigner les quatre « Lieux cosmiques »
respectivement par les termes suivants : « Humidité », « Froid », « Sécheresse », « Chaleur » ;
l’aspect négatif corrélatif de l’humidité est l’obscurité, et l’aspect positif corrélatif de la
sécheresse est la lumière. – L’ « Oiseau-Tonnerre » (Wakinyan – Tanka), qui habite l’Ouest,
et qui protège la terre et la végétation contre la sécheresse et la mort, est décrit comme lançant
des éclairs par les yeux et produisant le tonnerre avec les ailes ; l’analogie avec la Révélation
sur le Sinaï, accompagnée de « tonnerres », d’ « éclairs) et d’une « nuée épaisse » est d’autant
plus frappante que l’événement biblique a lieu sur un rocher, et que la mythologie indienne
établit précisément un lien entre l’ « Oiseau-Tonnerre » et le « Rocher », ainsi que nous le
verrons par la suite. Quant à l’assimilation symbolique de la Révélation à l’Ouest, elle peut
paraître insolite et paradoxale, mais il ne faut jamais perdre de vue que les points cardinaux
ont ici forcément une signification positive : l’Ouest ne sera donc pas le contraire de l’Est, à
savoir l’ « Obscurité » et l’ « Ignorance », mais son complément positif, donc la « Pluie » et la
« Grâce ». On pourrait s’étonner d’autre part du fait que la tradition indienne établisse un lien
symbolique entre le « Vent de l’Ouest », porteur de tonnerre et de pluie, et le « rocher »,
personnification « angélique » ou « semi-divine » d’un aspect cosmique de Wakan – Tanka ;
ce rapprochement est cependant plausible, car le rocher réunit en lui les mêmes aspects
complémentaires que l’orage : l’aspect terrible par sa durée destructive, - il est, pour les
Indiens, symbole de destruction, d’où les armes en pierre, auxquelles il faut naturellement
rattacher les « pierres de foudre », - et l’aspect de Grâce par le fait qu’il donne naissance à des
sources qui, comme la pluie, abreuvent le pays.

Les quatre « Vents » sont comme les « Puissances productrices » (au sens du terme sanscrit
Shakti) des « Quartiers du Monde », et ils sont conçus comme faisant le tour de l’horizon et
déterminant la vie terrestre par leurs influences combinées. Le vent est comme le « souffle »
du monde terrestre où nous vivons ; il représente ainsi la « respiration » cosmique. Le
« souffle » est en un certain sens le véhicule de l’ « âme » ou de l « esprit », d’où la connexion
étymologique de ces mots dans beaucoup de langues ; mais il est aussi le véhicule actif de la
vie, car c’est lui qui alimente et purifie le sang, support passif et inférieur de l’élément vital.
Le « souffle » est donc à la fois l « âme et la « vie », et il est ainsi fait à l’image du Verbe
divin dont le Souffle créateur a fait l’homme.

Les points cardinaux sont associés symboliquement, nous l’avons dit, à quatre Divinités,
désignées de diverses manières et personnifiant autant d’aspects complémentaires de l’Esprit
universel ; celui-ci les unit en lui-même, comme les couleurs s’unissent dans la lumière ; et il
« est » Wakan Tanka en ce sens qu’il s’identifie à Dieu en vertu de l’unicité d’Essence,
comme la lumière s’identifie essentiellement au soleil. Selon la cosmologie des Sioux, ces
quatre Divinités – ou « semi-Divinités » - se subdivisent à leur tour chacune en quatre entités
hiérarchisées, portant les noms les plus divers, tels que « Soleil », « Lune », « Bison »,
« Ame », et marquant autant de ramifications ou reflets de l’Esprit dans le cosmos ; ces
ramifications ne sont autres que les Anges secondaires dont les innombrables modalités
pénètrent jusqu’aux confins du crée.

Les Sioux établissent un rapport analogique entre les « Quatre Vents » et les quatre périodes
cycliques, symbolisées par les quatre plumes d’aigles qui ornent le « cercle sacré » qu’on
utilise dans la « Danse du Soleil » et à d’autres occasions : la première période est celle de la
« Pierre », la seconde celle de l’ « Arc », la troisième celle du « Feu », et la quatrième celle de
la « Pipe », dont chacun de ces symboles représentant le moyen spirituel de la période
respective. De même, il y a quatre âge à travers lesquels toute chose créée doit passer : le
premier est le Sud, qui est jaune et qui est la source de toute vie, et ceci est le premier âge
dans un cycle historique ; le second est l’Ouest, qui est noir ; le troisième le Nord, qui est
blanc ; et le quatrième l’Est, qui est rouge : l’humanité terrestre se trouve actuellement dans le
quatrième âge qui se terminera par un grand désastre. Cette répartition, qui attribue l’ « Age
d’or » au Sud et l’ «Age de Fer » à l’Est, alors que les autres doctrines traditionnelles
attribuent le premier au Nord et le second à l’Ouest, peut étonner à première vue, mais il faut
tenir compte ici de deux choses : premièrement, en ce qui concerne l’ « Age d’or », - le Krita
– Yuga hindou, - s’il est exact de l’attribuer au Nord en raison de la situation polaire du
Paradis terrestre, il n’en est pas moins vrai que, en fait, le pôle actuel est couvert de glace, et
que, sous le rapport « qualitatif », c’est bien le sud qui correspond effectivement au Paradis,
donc à l’ « Age d’or », de sorte que le symbolisme en question peut se fonder sur la chaleur et
la fertilité Sud aussi bien que sur la situation hyperboréenne du Jardin primordial ;
deuxièmement, en ce qui concerne l’ « Age de fer »,- le Kali Yuga,- s’il est évidemment juste
de l’attribuer, selon la perspective géographique de l’ « Ancien Mode », à l’Ouest, puisque
c’est là que le soleil se couche et qu’à pris naissance le matérialisme moderne qui étend ses
ténèbres à l’humanité entière, il n’en est pas moins vrai que pour les Peaux Rouges, ce
matérialisme destructeur de la Nature vient de l’Est ; c’est là que se situe ce qui pour les
Orientaux, est le « sombre Occident », et c’est de là que sont venus ces « esprits »
(washichun) aux visages pâles qui ont exterminé la race rouge ; mais ceci n’empêche
nullement que le Sauveur universel, le Messie attendu par tous les peuples pour la fin de l’
« Age de fer », viendra également de l’Est, en sorte que le symbolisme solaire de cette
direction reste intact dans la théorie siouse des quatre périodes cycliques. – Dans le même
ordre d’idées, la cosmologie des Cheyennes insiste sur la position arctique du siège de la
Tradition primordiale : elle situe le Paradis terrestre à l’extrême Nord, sur une île surgie des
eaux primordiales, où régnait un perpétuel printemps et où les hommes et les animaux
parlaient la même langue ; ce récit décrit ensuite les tribulations, notamment deux déluges, à
la suite desquelles la race rouge – ou plutôt ses ancêtres primordiaux – s’établit définitivement
dans le Sud, devenu à son tour une région fertile.

Nous ne voulons pas oublier de mentionner ici que le Calumet comporte, à côté de son
symbolisme quaternaire, un autre, ternaire celui-ci, qui se rapporte aux trois mondes, et
auxquels correspondent respectivement le ciel, les points cardinaux et la terre. Ces trois
mondes se trouvent d’ailleurs aussi indiqués, chez les Indiens Corbeaux (Crow, Absaroka),
sous la forme de trois anneaux peints sur le mat central de la Danse du Soleil, mat qui signifie
l’arbre de Vie ou l’Axe du Monde, conformément au symbolisme hyperboréen ; ils sont alors
interprétés comme formant le ternaire (en sens ascendant) « corps, âme, esprit, ou « grossier,
subtil, pur »

Les fonctions essentielles de l’Existence, et ses deux fondements « paternel » et « maternel » ,
- ou « divin » et « existentiel », - le Calumet doit les rappeler et les actualiser toujours à
nouveau, afin que l’homme ne perde jamais le contact avec le Tout dont il est comme une
parcelle ; c’est pour cela que le rite du Calumet équivaut à une prière et à une consécration,
car, « comme aucune bonne chose ne peut être faite par l’homme seul, je veux d’abord faire
une offrande et envoyer une voix vers l’Esprit du Monde, afin qu’Il m’aide à être véridique »
(Black Elk). Le Calumet est donc pontifex ; il est l’instrument « eucharistique » qui rattache
l’homme, poursuivi qu’il est des morsures du « fini », à l’Infini, et c’est ce qui explique la
vénération et l’amour que les Indiens lui témoignent.

Ceci nous amène à considérer un autre aspect de ce rite, où apparaît l’analogie entre la fumée
du tabac sacré (kinni-kinnik) et l’encens : dans la plupart des traditions, l’encens est en
quelque sorte la « réponse humaine » à la Présence divine ; la fumée marque par conséquent
la « présence spirituelle » de l’homme en face de la Présence surnaturelle de Dieu, comme
l’énonce cette incantation iroquoise : « Salut ! Salut ! Salut ! Toi qui as créé toutes choses,
écoute notre voix. Nous obéissons maintenant à tes Commandements. Ce que Tu as créé,
revient vers Toi, la fumée du tabac (sacré) s’élève vers Toi, par quoi l’on voit que notre parole
est véridique

Dans le rite du Calumet, l’homme représente l’état d’ « individuation » ; l’espace – avec ses
six directions – représente l’Universel dans lequel l’individuel doit, en se transmuant, se
résorber ; la fumée se perdant dans l’espace, et s’identifiant à lui, marque bien cette
transmutation du « durci », « opaque » ou « formel », en « dissous », « transparent » ou
« informel » ; elle marque en même temps l’irréalité du « moi », donc celle du monde qui,
spirituellement s’identifie au microcosme humain. Mais cette résorption de la fumée dans
l’espace – qui « est Dieu » - transcrit également le mystère de l’ « identité » en vertu de
laquelle, pour parler en terme soufiques, « le sage n’est pas crée » : l’homme n’est
qu’illusoirement un « poids » retranché de l’espace et isolé en lui ; en réalité, il « est » cet
espace, et il « doit devenir ce qu’il est », comme disent les Ecritures hindoues. L’homme, en
absorbant, avec la fumée sacrée, le « parfum de la Grâce », et en s’exhalant avec elle vers
l’illimité, se répand surnaturellement dans l’ « Espace divin », si l’on peut dire ; mais Dieu est
aussi représenté par le feu qui consume le tabac : ce dernier est l’homme ou, au point de vue
macroscopique, l’Univers ; l’espace s’ « incarne » ici dans le feu du Calumet, comme les
points cardinaux s’unissent, selon un autre symbolisme, dans le feu central.

Selon Héhaka Sapa, « toute chose faite par un Indien est faite dans un cercle, et il en est ainsi
parce que le Pouvoir de l’Univers agit toujours moyennant des cercles, et toute chose tend à
être ronde. Dans les anciens jours, quand nous étions un peuple fort et heureux, toute notre
puissance nous venait du cercle sacré de la nation, et aussi longtemps que le cercle demeurait
entier, le peuple florissait. L’arbre fleuri était le centre vivant du cercle, et le cercle des quatre
quartiers le nourrissait. L’Est donnait la paix et la lumière, le Sud la chaleur, l’Ouest la pluie,
et le Nord, avec son vent froid et puissant, donnait la force et l’endurance et l’endurance.
cette connaissance vint à nous du Monde extérieur (le Monde transcendant, l’Univers), avec
notre religion. Toute chose que fait le Pouvoir de l’Univers, Il le fait en forme de cercle.
Le ciel est circulaire, et j’ai entendu que la terre est ronde comme une boule, et les étoiles,
elles aussi, sont rondes. Le vent, dans sa plus grande force, tourbillonne. Les oiseaux fond
leurs nids en forme de cercles, car ils ont la même religion que nous… Nos tentes (tipis)
étaient circulaires comme les nids d’oiseaux, et elles étaient toujours disposées en cercle, - le
cercle de la nation, un nid fait de beaucoup de nids, où le Grand Esprit voulait que nous
couvions nos enfants » (Black Elk Speaks).

Toutes les formes statiques de l’existence se trouvent ainsi déterminée par un archétype
« concentrique », matériel ou mental ; centré dans son égo qualitatif, « totémique », presque
impersonnel, l’Indien tend vers l’indépendance, et part là vers l’indifférence, à l’égard du
monde externe ; il s’entoure de silence comme d’un cercle magique, et ce silence est sacré
parce qu’il véhicule les influences célestes.

C’est dans ce silence – dont le support naturel est la solitude – que l’indien tire sa force
spirituelle ; sa prière ordinaire est muette : ce qu’il exige, ce n’est pas une pensée, mais une
« conscience de l’Esprit », et cette « conscience » est immédiate et formelle comme la voûte
céleste.

Si le Grand Esprit agit toujours « par cercles », Il agit aussi, sous un autre rapport, toujours
« par quaternités », comme l’indiquent les directions spatiales et les cycles temporels, et alors
le cercle devient svastika ; c’est pour cela que l’Indien, dont la vie se déroule en quelque sorte
entre le point central et l’espace illimité, accomplit les choses statiques selon le principe
circulaire ou unitif, et les choses dynamiques – les actions – selon le principe quaternaire,
c’est-à-dire, conformément aux quatre vertus cardinales qui pour lui sont le courage, la
patience, la générosité et la fidélité. Cette structure profonde de la vie indienne signifie que
l’homme rouge n’entend point se « fixer » sur cette terre où tout selon la loi de stabilisation et
aussi de condensation, voire de « pétrification », menace de se « cristalliser » ; et ceci
explique l’aversion de l’Indien pour les maisons et surtout celles en pierre, et aussi l’absence
d’une écriture qui, d’après cette perspective, « fixerait » et « tuerait » le flux sacré de l’esprit.

la civilisation européenne par contre, dans ses formes statiques, est foncièrement sédentaire et
citadine : elle est donc ancrée dans l’espace et s’y étend quantitativement, tandis que la
civilisation indienne à son pivot en quelque sorte en dehors de l’espace, dans le centre
principiel, non – localisé ; son expansivité sera par conséquent « qualitative », en ce sens
qu’elle n’est que mouvement pur, symbole de l’illimité, et non point délimitation qualitative,
voire « mercantile », de l’étendue spatiale. Il importe du reste de préciser ici que le
Christianisme, comme d’autres religions de l’ « Ancien Monde », fixe le Céleste sur le plan
terrestre et bâtit des sanctuaires dans la matière la plus statique, la pierre ; la tradition des
Peaux Rouges, de son côté, intègre le terrestre – le « spatial » si l’on veut – dans le Céleste
omniprésent, et c’est pour cela que le sanctuaire du Peau Rouge est partout ; c’est pour cela
aussi que la terre doit rester intacte, vierge sacrée comme elle est sortie des Mains divines, -
car seules les choses pures reflètent l’Eternel . L’Indien n’est point « panthéiste », mais il sait
que le monde est mystérieusement plongé en Dieu.

Ce que nous venons de dire permettra de comprendre pourquoi la nature, - paysage, ciel, astre,
éléments, animaux sauvages, - est un support nécessaire de la tradition des Peaux Rouges, au
même titre que les temples pour les autres religions ; toutes les limitations imposées à la
nature par des œuvres artificielles, pesantes, inamovibles – et imposées à l’homme par son
asservissement à ces œuvres – sont donc sacrilèges, voire « idolâtres », et portent en elles les
germes de la mort . Il résulte de cette façon de voir que le destin des Peaux Rouges est
tragique au sens propre du terme : est tragique une situation sans issue qui résulte, non pas
d’une cause fortuite, mais du heurt fatal de deux principes. L’écrasement de la race indienne
est tragique parce que l’homme rouge ne pouvait que vaincre ou mourir; il a succombé parce
qu’il représentait un esprit incompatible avec le mercantilisme des « visages pâles ». On
pourrait définir ce drame immense comme la lutte, non seulement entre une civilisation et
matérialiste et une autre chevaleresque et spiritualiste, mais aussi entre la civilisation citadine
– au sens strictement humain et péjoratif de ce terme, impliquant une idée d’ « artifice » et de
« servilité » - et le règne de la Nature, considérée, elle, comme le vêtement majestueux, pur,
illimité, de l’Esprit divin. Or la Nature, dont l’Indien se sent comme l’incarnation et qui est en
même temps son ancien sanctuaire, finira par vaincre ce monde artificiel et sacrilège, car elle
est le Vêtement, le Souffle, la Main même du Grand Esprit.

FRITHJOF SCHUON

ELAN NOIR
(HEHAKA SAPA)

 
note: possibilité de télécharger le pdf



dimanche 11 septembre 2016

"L’INFLUENCE DU RAYONNEMENT COSMIQUE SUR NOTRE AVENIR"


BIOGRAPHIE D’UN VISIONNAIRE

    Dr. Dieter Broers a mené ses recherches jusqu’en 1992 aux universités de Berlin comme biophysicien dans les domaines des fréquences et des thérapies régulatrices. Ses travaux ont été à l’origine de brevets internationaux. Actuellement, il continue ses investigations à Athènes. Depuis 1997 il est Directeur de la biophysique auprès de l’International Council for Scientific Development (ICSD), et membre du Committee for International Research Centres.

    Son film documentaire “(R)Evolution 2012?” est sorti dans les cinémas en février 2009

    Les thèses du biophysicien Dr Dieter Broers semblent vous couper le souffle. Il met notre ressenti et nos agissements en relation avec l’activité solaire – et il prédit pour l’humanité un saut quantique élémentaire de la conscience.

    Depuis trois décennies Dieter Broers s’occupe particulièrement des ondes électromagnétiques. Et il a fait des découvertes qui ont marqué l’époque. Pour «HÖRZU» il a expliqué en exclusivité le rapport entre le rayonnement du soleil et notre avenir.

INTERVIEW du Dr Dieter Broers (biophysicien)
janvier 2009

HÖRZU : Monsieur Broers, vous mettez le soleil en relation avec notre psychisme. Cela semble d’emblée curieux. Veuillez nous expliquer cette relation.

DIETER BROERS : Chacun connaît la vitalité que le soleil peut provoquer. Chacun connaît le cycle des saisons. On sait que les déprimes hivernales sont en relation avec le soleil, le manque de lumière. D’autres cycles naturels en-dehors des annuels existent et le soleil traverse des processus divers. Il envoie des charges – des électrons et des protons – qui modifient le champ magnétique de la terre. Dans ce domaine, il est reconnu que l’influence sur les systèmes biologiques est significative.

Autrement dit ?

Il existe des relations avérées entre l’intensité et les variations du champ magnétique terrestre d’une part et les états d’humeur et de conscience de l’homme. Des études ont clairement établi des liens entre certaines irrégularités magnétiques et le nombre d’entrées en cliniques psychiatriques, d’accidents de la circulation ou de suicides. Des scientifiques de la NASA, parmi lesquels le professeur Franz Halberg, ont réussi à établir le lien direct entre la survenance d’infarctus et les modifications magnétiques sur terre, générées par le soleil. On peut partir de l’idée qu’une grande partie de nos “maladies de civilisation” résulte des irrégularités du champ magnétique.

J’espère qu’il existe aussi des exemples positifs.

Oh oui. Ces mêmes modifications du champ magnétique ont aussi abouti de façon prouvée à faire surgir des idées de génies à l’inspiration. Les dates de création de grandes symphonies, d’œuvres poétiques d’inventions extraordinaires sont d’évidence en relation avec celles-ci.

Tout cela en relation avec des champs magnétiques modifiés ?

Par un exemple je vais vous démontrer comment les champs magnétiques nous influencent. Dans les années 60, la NASA a mandaté l’institut pour la psychologie du comportement Max-Planck à Andechs pour une requête très particulière. Il s’agissait de connaître le comportement de l’homme lorsqu’il est coupé des champs électromagnétiques et magnétiques naturels.

Des séries d’expérimentations ont été conduites durant plusieurs années: dans un bunker, des personnes en bonne santé ont été coupées de l’influence du champ magnétique terrestre ainsi que des fréquences de résonnance de la terre. Tous ces “cobayes” devaient vivre dans ce bunker pour une durée librement choisie. Ils pouvaient choisir le rythme de sommeil, prendre de la lecture, mais une chose ne leur était pas possible: un quelconque contact avec le monde extérieur afin de leur enlever toute possibilité objective d’évaluer le temps écoulé.
Il en est résulté un constat passionnant: directement à la sortie de leur demeure on les questionnait sur leur appréciation de la durée du séjour. Tous étaient convaincus de n’y avoir passé que peu de jours. Cependant la durée réelle était significativement plus longue. Par exemple, un des bénévoles a motivé l’arrêt volontaire de l’expérience par la nécessité d’assister au mariage de son frère, prévu le lendemain.

Ce “cobaye” était convaincu d’avoir passé au maximum 3 jours dans le bunker alors qu’en réalité il s’agissait de 9 jours.

Se produit-il une dilution du temps ?

Exactement. La grille du sommeil se modifie aussi de manière frappante. On a pu observer des dysfonctionnements du cycle de menstruation chez les femmes, des modifications de la température du corps ainsi qu’un stress psychique chez les volontaires. Cela signifie que, en nous, tout obéit à une horloge extérieure qui semble synchroniser les vibrations propres au corps. Notre corps ajuste de nombreux taux vibratoires qui sont spécifiques au cœur, au cerveau, à l’œil ou à nos cellules.
Il semble que ces rythmes propres à notre corps soient calibrés par des champs naturels que la terre met à notre disposition. Ils sont synchronisés comme toutes les pendules des gares par une horloge centrale. Si ces champs naturels ne sont pas présents ou se modifient, nous réagissons par une sorte de désynchronisation.

Qu’en est-il devenu des résultats de cette expérience ?

Ils ont été utilisés pour la recherche spatiale de la NASA, au profit des astronautes qui sont naturellement à l’écart du champ magnétique de la terre lorsqu’ils sont dans l’espace. Les résultats ont été publiés. Il s’agit d’une recherche fondamentale sérieusement menée durant les années 60.

Ces phénomènes ont-ils aussi une influence sur le collectif humain ? Qu’en est-il par exemple du cas du mur en 1989 ?

Les auteurs Adrian Gilbert et Maurice Cotterell explicitent les relations entre l’ascendance et la disparition d’empires et les cycles solaires correspondants. Depuis les Babyloniens jusqu’à l’Empire romain ou à l’époque de la culture Maya. Je me rappelle aussi très bien de travaux menés par un collègue qui dirigeait la station de mesures des variations du magnétisme de la terre à Potsdam. Il mettait en comparaison des résultats de mesures complexes du champ magnétique terrestre avec des événements.
Les résultats semblaient incroyables: les observations étaient probantes au point de pouvoir reconnaître des mutations fondamentales débouchant sur la dissolution de l’Union soviétique. Ce qui a débuté par la glasnost et la perestroïka pour connaître une première fin avec la chute du mur pouvait être retracé dans l’interprétation des résultats de mesures.

Peut-on sonder le futur avec l’astrophysique?

L’astrophysique est familière des cycles solaires et peut faire des prévisions pour l’activité solaire future.

Il existe de nombreux cycles avec des apparitions diverses. Lorsqu’on compare ceux-ci avec les répercussions connues sur notre psychisme, on dispose d’un instrument prévisionnel très révélateur.

Selon toute vraisemblance, une activité solaire inhabituellement extrême nous attend d’ici 2012. Ce sera le point culminant de notre cycle solaire actuel.

Elle va nous transformer ? Ce serait une fatalité contre laquelle nous n’avons pas de défense.

Au conditionnel. Nous devons accepter d’être influencé par des champs extérieurs. Si nous pouvons comprendre que nos corps maintiennent eux-mêmes nos fonctions par électromagnétisme, et que nous admettons que des champs naturels extérieurs conduisent nos fonctions vitales, alors nous serons capables d’humilité face au “plan de vie global”. Une telle attitude n’est pas de la fatalité.

Que pouvez-vous nous dire sur les transformations qui nous attendent ?

Le peuple centraméricain des Mayas nous a légué à ce sujet l’information que cette “Époque finale” des temps serait conduite par “une volonté cosmique”. Une sorte de rayon de synchronisation serait dirigé (en provenance du centre de notre voie lactée) vers notre terre permettant un réalignement de notre humanité.
Les Mayas ont été capables, à l’aide de leurs connaissances astronomiques extrêmement avancées, de dater pratiquement tous les événements d’importance. Leurs calculs immortalisés dans le “Tzolkin”, le calendrier Maya, indiquent pour 2012 un dernier processus fondamental de transformation. Les Mayas l’ont décrit comme “ascension dans la 5ème dimension”. En observant le cours de notre crise mondiale actuelle, qui semble se diriger vers un final monumental, on pourrait croire à la pertinence de leur prophétie.

En plus du champ magnétique terrestre et du rayonnement électromagnétique solaire, existe-t-il d’autres sources qui nous influencent ?

Oui. Des rayons que l’on est capable de mesurer depuis environ 15 ans seulement. La NASA parle d’événements sensationnels qui semblent pratiquement identiques aux informations transmises par les Mayas. Le rayon de synchronisation mentionné par les Mayas semble maintenant être reconnu par les astrophysiciens.
Ils rapportent que du centre de notre galaxie, un rayonnement énergétique pas concevable auparavant semble éclairer la terre “comme un phare venant du plus profond de l’espace”. Durant les années passées, le rayonnement s’est amplifié de plusieurs centaines de pourcents. Ayant étudié depuis près de 30 ans ces thématiques, je puis confirmer que nous assistons à des changements qui auraient été inconcevables auparavant et qui s’adressent en premier lieu à notre état de conscience.

Qu’en dit l’astrophysique de ce rayon étrange ?

C’est une grande énigme. Et revoilà le calendrier Maya. Il dit assez concrètement ce qui va arriver à la fin des temps, peu avant 2012, c’est-à-dire relativement beaucoup de chaos sur notre planète. Comme déjà évoqué, les Mayas prévoyaient une réorientation de l’univers par ce rayon de synchronisation.

Alors on peut se poser la question de l’origine du calendrier Maya. Les Mayas étaient-ils déjà de si valeureux astronomes il y a plusieurs milliers d’années pour être capables de concevoir ce calendrier, ou alors l’ont-ils reçu d’une intelligence extra-terrestre comme certains le soupçonnent?

Il est certain que les Mayas se sont toujours considérés comme voyageurs dans l’espace temps. Le temps comme nous le connaissons n’est qu’une seule dimension parmi les douze de notre conception du monde. Par la physique quantique nous avons dû nous rendre à l’évidence qu’il existe des temps linéaires en directions opposées.
La nature nous le montre d’ailleurs. Nos cellules sont capables d’accéder à des informations en amont comme en aval du temps. Transposons cela maintenant au niveau macrocosmique. Les Mayas n’auraient-ils pas été capables de voyager dans divers états de conscience pour pouvoir visiter des espaces de temps différents? N’auraient-ils pas été en mesure d’aller chercher ce calendrier dans leur futur pour nous le léguer? Aussi incroyable que cela paraisse, de telles théories existent.

L’archéologie s’est-elle toujours contentée de constater simplement l’existence du calendrier Maya ?

Oui, et la description du calendrier est restée à l’état événementiel. Mais ces événements sont tellement frappants que les chercheurs se trouvent devant une énigme. Les Mayas étaient, par contre, certains d’avoir déjà vécu jusqu’en 2012. Selon leur culture, pour eux tout a déjà eu lieu. Si c’est réel, ce serait une explication pour toutes les prophéties du calendrier Maya et leur pleine pertinence. Il existe pourtant d’excellents voyants, mais curieusement aucun n’a été capable d’aller au-delà de l’année 2012.

Qu’entendez-vous par là ?

Je parle de la voyance professionnelle. En Russie, il y a des voyants professionnels, appelés des extra-sensitifs, qui sondent le futur. J’ai pu me convaincre qu’aucun d’eux n’a su franchir la barrière de 2012. Donc nous nous retrouverions dès 2012 en territoire totalement vierge, ce qui nous permettrait pour la première fois de modeler notre futur en toute liberté.

Comment vont se manifester les changements dès 2012 ?

Nous n’aurons certainement pas de plus grosses têtes ou un corps différent. Selon mes réflexions, il va y avoir un saut de conscience, quasiment de l’état d’homme à celui de sur-homme.

Un saut? N’est-ce pas en contradiction avec la théorie de l’évolution?

Absolument pas, l’évolution suit une intention cosmique qui n’est jamais linéaire mais se fait par sauts. Chaque fois qu’un seuil d’expérience est atteint, une nouvelle espèce apparaît.

Quelles valeurs de seuil ?

Le professeur Peter Russell qui a étudié la physique à Cambridge auprès de Stephen Hawking dit la chose suivante: “la vie évolue toujours à partir de formes simples vers plus de complexité. Les structures sont de plus en plus différenciées et les éléments sont toujours plus interdépendants dans leur organisation. Le point culminant momentané de cette évolution en accélération se trouve être l’homme et la civilisation humaine.”
Russell a calculé que les séries par huit milliards correspondent à de telles valeurs de seuil. Ainsi, il faut environ huit milliards de neurones pour constituer une conscience. Le saut de conscience qui nous attend sur la terre est en relation avec la masse critique du nombre d’humains, et aux huit milliards nous y arrivons bientôt. Cette théorie est prise très au sérieux par beaucoup de chercheurs, même si elle semble fantasque.

Comment percevons-nous ce processus ?

Considéré sous l’angle pathétique, on nous rappelle notre héritage cosmique. On nous offre la possibilité d’échapper à nos modèles figés, d’étendre notre développement, afin d’abandonner des agissements qui ont détruit notre terre et notre société par notre cupidité égoïste. Il se manifeste quelque chose que l’on pourrait exprimer ainsi: dieu donne un coup de pouce. Comme s’il procédait à un petit correctif.

Que se passera-t-il dans nos têtes ?

La fréquence alpha est le portique entre notre inconscient et notre état d’éveil. Nous le franchissons toujours relativement rapidement au moment de s’endormir ou au réveil. L’évènement cosmique nous permet de nous mettre dans cet état et d’y demeurer, ce qui nous permet, en état d’éveil, de voir des choses déposées dans l’inconscient. Nous percevons nos traumatismes, nos “cadavres dans l’armoire”.
Où ai-je pris plus que ce que j’ai donné ? Ou donné plus que repris ?
Et, simultanément, nous comprenons qu’il y a des corrections à faire. Au travers de mes longues recherches scientifiques, je peux prouver qu’avec ces fréquences, plus présentes qu’auparavant, des guérisons ont été réalisées.

Guérir des maladies ?

Il y a bien des années, mon équipe et moi avons réussi au cours de recherches cliniques à mettre des patients considérés en fin de toute thérapie possible, grâce à des champs électromagnétiques précisément définis, dans un état leur permettant de connaître l’origine de leur maladie et engendrer une guérison. A l’évidence, les cellules malades ont “réappris” à communiquer et à retrouver un comportement “social”. Des prises de vue au microscope montraient que les cellules malades se remettaient en liaison avec les saines. Elles se sont “resocialisées”.
Ces champs sont très semblables au champ magnétique terrestre actuel, tel qu’il agit sur nous tous. L’apparition d’une maladie a certainement une corrélation avec des déviations par rapport à la normalité prévue par la nature.
Vu sous cet angle, nous pouvons nous considérer comme des enfants de Dieu ayant refusé leur héritage. Il y a un côté dramatique, mais dans ces moments nous percevons notre part de divinité et pouvons l’accepter. Lorsque je conçois être un aspect d’un grand Tout cosmique, mon comportement devient automatiquement éthique et social.

Alors on peut comparer la maladie de l’homme à la maladie de la société ?

Oui. Toute cellule cancérigène a un comportement asocial. Elle prélève plus que ce qu’elle ne restitue et oublie qu’elle ne pourra pas survivre ainsi. A son hôte elle extrait toute substance vitale et simultanément à elle-même. L’état naturel originel est basé sur un comportement social. La cellule cancérigène ne pourra survivre qu’au moment de se souvenir de ses vertus.

Les événements cosmiques du moment et le saut de conscience qui s’ensuit pourront-ils nous mettre en situation de sauver malgré tout le monde? Fin de l’exploitation, des guerres, des atteintes à l’environnement?

Pour moi il s’agit d’un acte de la “grâce divine”. Je reste convaincu que deux choses vont se produire concernant notre cœur et notre esprit. Une extension du niveau mental va se produire par l’ouverture du cœur.

Friedrich Schiller disait déjà: “il semblerait que depuis Aristote nous n’ayons plus rien appris de nouveau. Depuis l’époque d’Aristote nous savons ce qu’est la démocratie. Nous comprenons la structure sociale. Mais finalement nous sommes restés des Barbares.” Schiller disait encore: “le changement n’arrivera que lorsque nous explorerons notre mental avec le cœur.”

A mon avis, nous nous trouvons exactement dans cette phase. Par cette connaissance intériorisée, nous influencerons nos comportements qui nous offriront de nouveaux niveaux d’indépendance pour faire de nous des hommes libres. Et, lorsque nous utiliserons notre nouvelle autorité dans le contexte prévu par la nature pour créer de l’harmonie, nous arrêterons de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Alors nous nous trouvons précisément dans l’apocalypse selon Saint-Jean et, en 2012 c’est l’arrivée du sauveur, l’illumination, le discernement ? Pourrait-on considérer la bible comme notre calendrier Maya à nous …

Il n’y a pas bien longtemps, j’ai précisément discuté de ce sujet avec des chrétiens croyants. Bien que fortement enracinés par une éducation dans un contexte théologique rigoureux, ils ont été en mesure de débattre au sujet de telles suggestions et ont même été confrontés à de fortes émotions. Les larmes coulaient. Et ce, après être arrivés aux mêmes conclusions que celles que vous évoquez.

Vous-même, avez-vous aujourd’hui une lecture différente de la bible ?

Je ne me considère pas comme un connaisseur de la bible. Cependant, je me souviens encore de certaines histoires depuis mon instruction religieuse. Je n’avais pas compris la parabole du fils perdu. Pourquoi autant d’injustice de la part du père des deux fils pour punir celui qui est demeuré à la maison et faire la fête pour le retour de l’autre? Il m’apparaît maintenant clairement, et c’est ce qui a provoqué les larmes dans le groupe, que cette parabole doit être transposée à l’ensemble de l’humanité. Ce fils est rentré selon son libre arbitre. Pas en obéissant à une consigne. Au contraire, par révélation et par ses propres expériences. Voilà comment je l’imagine. Et je puis le percevoir avec le cœur.

Enrichis par les expériences acquises par chacun, nous revenons à la conviction que nous formons un tout.

Quelles sont vos expériences avec des personnes définitivement imperméables à vos thèses ?

Certains ne s’y feront jamais, ils n’essayent pas vraiment de comprendre. Mais j’ai vécu un phénomène surprenant. Ils sont nombreux à dire: “je n’ai pas tout bien compris, mais je le sens bien. Et il y en a tous les jours plus.

Mais j’aimerais insister particulièrement sur une chose: les événements à venir vont nous libérer de l’illusion d’être des êtres sous tutelle. Il nous revient de reconnaître et accepter notre divinité naturelle. Aucun gourou, aucun maître ne pourra vraiment nous aider. Il n’y a que nous-mêmes qui pouvons arriver à la certitude qu’en tant qu’individu nous faisons partie d’un tout harmonieux.
Nos recherches ailleurs peuvent bien nous apporter des expériences de valeur, mais le bonheur est à l’intérieur de nous. Si nous pouvons percevoir cela, nous comprendrons que jusque-là la plupart de nos désirs n’étaient que de nature compensatoire.

http://samstory.free.fr/?p=59



"LE SOLEIL PEUT-AFFECTER TOUS LES ASPECTS DE L’HUMANITÉ?"

Le soleil affecte tous les aspects de la vie

Le soleil affecte nos vies à un niveau beaucoup plus important que ce dont nous avions conscience jusque-là.. Depuis que notre Soleil entre dans une activité maximum inhabituelle, il est fort probable que nous serons directement touchés.
Sans aucun doute, notre soleil détermine notre vie. Sans notre soleil, il n’y aurait pas de vie sur Terre - le soleil crée et entretient la vie. Mais il a une influence sur la vie humaine qui va au-delà de l’aspect physique et biologique.

Comme nous l’avons vu dans le processus de la fin des temps, l’article Accélération du temps, la fin d’un cycle qui a commencé depuis 2012 et sans doute peut-être même bien avant, l’activité solaire et le rayonnement cosmique influe fortement sur la conscience et plus encore, sur notre ADN.

C’est une mutation évolutionnaire car de notre soleil central, la lumière Galactique Photonique est encodée au sein de l’intelligence et provoque la mutation de l’ADN. Non seulement l’ADN absorbe la lumière des photons, mais elle émet également de la lumière afin de former notre réalité physique … en transformant la matrice de matière grâce à l’intensité de la lumière purificatrice.

Influences de l’Activité Géomagnétique sur la Conscience Humaine

En effet, une étude récente du magazine ” New Scientist ” indique une connexion directe entre les tempêtes solaires du Soleil et le système biologique humain. Le conduit qui dirige la météo de la Terre à travers le Champ Magnétique Terrestre est le même conduit qui facilite l’influx de particules chargées provenant du Soleil à travers le champ magnétique (aurique) entourant le corps humain.

Dans le film proposé : ‘La révolution Solaire‘, le célèbre biophysicien allemand Dieter Broers, fournit un ensemble d’arguments significatifs pointant vers une multitude de preuves scientifiques qui montrent une corrélation remarquable entre l’augmentation de l’activité solaire et les avancées de nos capacités, créatives, mentales et spirituelles. Nous sommes en plein milieu d’une hausse spectaculaire des perturbations solaires qui ont la capacité de modifier le champ électromagnétique de la Terre et par conséquent notre écologie globale.

Cependant Broers ne voit pas cela comme l’imminence d’une apocalypse mais comme l’aube d’une nouvelle ère. S’appuyant sur une recherche provenant de diverses disciplines, il montre comment l’activité de l’éruption solaire porte le potentiel d’accroître nos capacités cérébrales et d’élargir nos esprits de façons que nous n’aurions jamais imaginé possible. Les capacités actuellement considérées comme extraordinaires ou supra naturelles - télépathie, perception extrasensorielle, et quotients intellectuels hors norme - pourraient bientôt devenir ordinaires et naturelles et pourraient très bien nous aider à résoudre les crises mondiales émergentes auxquelles nous sommes confrontés.

Sans aucun doute, notre façon de penser, de sentir, d’être en relation, de communiquer et d’expérimenter la réalité a changé de façon spectaculaire au cours des dernières années et Broers affirme que ces changements finiront par aboutir à de nouvelles formes de conscience et d’harmonie sur Terre. L’humanité va passer par un saut évolutionnaire, dit Broers, et le processus a déjà commencé.


SOLAR RÉVOLUTION En Français:
Documentaire: 1H42

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