jeudi 28 février 2013

"ENTRE CHAMANISME ET NEUROSCIENCE"


La transe chamanique peut-elle modifier le comportement des circuits de notre cerveau ? Le parcours de Corine Sombrun, adoubée chamane par les esprits de la steppe mongole et aujourd’hui collaboratrice de recherches scientifiques sur le sujet, indique que ce serait le cas... Vidéo.

En 2001, alors qu’elle séjournait en Mongolie pour faire un reportage sur le chamanisme pour la BBC World Service, Corine Sombrun est invitée à assister à une cérémonie chamanique. Au son du tambour du chamane, Corine entre en transe, et le chamane lui révèle que les esprits l’ont désignée pour devenir elle-même chamane. Cette révélation changera sa vie car à la suite de cette expérience elle passera 8 ans auprès d’une chamane mongole, Enkhetuya, qui lui apprendra les secrets de la transe chamanique.

Au cours de son apprentissage auprès d’Enkhetuya, Corine apprend à entrer en transe sur commande, et développe ses capacités perceptives lorsqu’elle se trouve dans cet état. A la suite de rencontres avec des neuroscientifiques, Corine commence une collaboration destinée à évaluer les effets de la transe chamanique sur le cerveau et son comportement, grâce à des électroencéphalogrammes d’abord en état de conscience ordinaire puis en état de conscience modifiée par la transe. Aujourd’hui, les résultats de ces études montrent que les capacités perceptives du cerveau ne sont pas statiques mais peuvent être cultivées et développées.

Chez TEDxParis, Corine Sombrun revient sur son parcours, du chamanisme aux protocoles de recherches en neurosciences.




"EXPERIENCES EXTRAORDAIRES"


Enquêtes Extraordinaires, est une série de documentaires et reportages initiée par Stéphane Allix, ancien journaliste reporter de guerre et fondateur de l’INREES, qui plonge au cœur des phénomènes inexpliqués les plus incroyables, de manière scientifique, sérieuse, et approfondie.

Autour de nous, quantité d’événements inexpliqués se produisent. Ces expériences, qualifiées de surnaturelles, sont rapportées en toute bonne foi par de très nombreux témoins. Depuis plusieurs années, des scientifiques, physiciens, biologistes, neurologues et psychiatres, étudient ces sujets, proposent des hypothèses et tentent de les expliquer.

Stéphane Allix, dont l’expertise est reconnue et appréciée des scientifiques, applique des méthodes d’enquêtes rigoureuses au domaine de l’inexpliqué, qui jusqu’alors, n’était pas toujours abordé avec sérieux.



Enquetes Extraordinaires Ils sont revenus de la mort EMI ou NDE explication from Frantz on Vimeo.

"LA NATURE POUR SE RESSOURCER"


Se balader en forêt, contempler un jardin, cultiver la terre, partir dans le désert, à chaque fois ces moments nous permettent de nous ressourcer. Pourquoi avons-nous tant besoin de ce contact avec la nature ? Explications.

Les Japonais s'adonnent avec passion au shinryoku, « la balade en forêt ». Ils ne sont pas les seuls. Diverses études scientifiques montrent qu'une virée parmi les arbres a un pouvoir déstressant. En forêt, les bienfaits de la marche (ralentissement du rythme cardiaque, abaissement de la tension artérielle et du cortisol, hormone du stress) sont plus puissants encore.

La psychologie, qui s'intéresse à l'humain dans sa singularité, mais aussi à ses interactions familiales et sociales, s'est dotée d'une nouvelle orientation au début des années 1990 : l'écopsychologie. Née en Californie, cette discipline trouve son origine dans de multiples courants : contre-culture, antiracisme, écologie, psychologie humaniste... Elle postule que notre bien-être psychique ne peut être séparé de l'environnement naturel dans lequel nous baignons.

« Des travaux ont ainsi montré que des salariés dont la fenêtre donne sur des arbres et des fleurs estiment leur travail moins stressant que ceux qui ont une vue sur des constructions urbaines », précise Nicolas Guéguen, professeur en sciences du comportement à l'université Bretagne-Sud et auteur avec Sébastien Meineri de Pourquoi la nature nous fait du bien (Dunod, 280 p., 16,90 €).

Qu'est-ce qui nous fait plonger instinctivement dans ces bains de verdure ? Des envies de silence et de bouffées d'oxygène pour échapper aux univers urbains où l'hypertechnologie règne en maître et où tout va trop vite ? « Nous sommes soumis à des stimulations sensorielles et neurologiques de plus en plus fortes et récurrentes, ce qui entraîne un stress accru », explique le docteur Denis Richard, chef de service à la pharmacie de l'hôpital Henri-Laborit, à Poitiers, et auteur de Quand jardiner soigne (éd. Delachaux et Niestlé, 2011).

Renouer avec des images de notre univers primitif

Selon certains théoriciens américains, le besoin de se ressourcer dans la nature serait inscrit au plus profond de nous et nous permettrait de renouer inconsciemment avec des images de notre univers primitif. La psychanalyste Marie Romanens, auteure avec le psychologue Patrick Guérin de Pour une écologie intérieure (éd. Payot, 2010), insiste sur ce désir de nature qui nous reconnecte avec la part de « sauvage » qui est en nous. « Il nous renvoie aux parties les plus pulsionnelles et indomptées de notre personnalité, explique-t-elle. C'est l'élan vital qui échappe à notre contrôle... Une sorte d'énergie à l'état pur, sur laquelle il nous faut nous appuyer sans nous laisser déborder. »

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik estime, lui, que « les citadins ont besoin de débrayer en marchant dans la nature et de retrouver les traces de leur cerveau archaïque. Mais s'ils vivaient en permanence en pleine nature, ils viendraient sûrement se déstresser en ville ». Le simple fait d'avoir une vue sur la nature aurait le pouvoir de dynamiser notre mental, notamment quand on est concentré sur une tâche fatigante.

L'écrivain Didier Decoin contemple son divin jardin quand il prend la plume : « Quand l'inspiration me manque, je m'approche de la fenêtre de mon bureau, sous les toits, et je contemple le jardin en contrebas, en ne pensant à rien, en n'étant que regard, regard aimant dans le sens amoureux comme dans le sens magnétique, et j'attends », écrit-il dans Je vois des jardins partout (éd. JC Lattès, 229 p., 16,90 €).

Cultiver son jardin... secret

Certains avouent que gratter la terre, bêcher, semer des graines, regarder fleurs et légumes pousser, arroser, désherber, pour enfin récolter le fruit de leur labeur, les aide à affronter les tempêtes de la vie. Khania, 51 ans, raconte ainsi que le jardinage lui a permis « de prendre de la distance » et de « gérer au mieux » ses émotions. « Je me sens libérée de toute pensée négative, témoigne-t-elle. Cette activité me regonfle d'énergie, donne du sens à la vie. »

Même engouement chez Marie, 50 ans : « Je me suis sortie d'une dépression grâce à la terre, aux plantes... Un matin, ce fut l'appel de la nature : j'ai eu une envie spontanée de planter, de faire pousser et surtout de toucher la terre. J'ai donc remué des mètres cubes entiers et j'ai créé un potager », raconte-t-elle. « Le jardin est une nature domptée et asservie, une nature intermédiaire qui nous relie au vivant », ajoute Denis Richard.

Si certains cultivent leur jardin avec délice, d'autres caressent des rêves plus singuliers : celui de vivre en symbiose avec une nature sauvage, voire aride. Ghislaine, 55 ans, après plusieurs traumatismes affectifs, a débarqué en plein désert. « Le choc est immédiat. Doit-on parler de transfiguration ? Cela fait un peu mystique, mais c'est le mot qui me vient. Renaissance totale. Je choisis de vivre dans une grotte, au plus près de la nature. Une année magique où je deviens totalement moi. »

« Pour avoir accompagné des gens dans le désert, je sais qu'on peut être troublé, voire craquer psychiquement, face à cette immensité, témoigne Marie Romanens. Mais lorsqu'on a suffisamment de ressources intérieures, cette expérience peut prendre la forme d'une traversée initiatique. » Pour Ghislaine, l'aventure continue. Son projet ? Rénover un village troglodyte dans une montagne surplombant le désert.

http://www.inrees.com/articles/La-nature-pour-se-ressourcer/

mercredi 27 février 2013

"DES PLANTES QUI ENSEIGNENT AUX HUMAINS"


Les plantes peuvent être une source d'apaisement, de tranquillité, de bien-être. De là à leur « parler », il n'y a qu'un pas que les chamanes amazoniens ont franchi il y a fort longtemps.
« Ce sont les plantes elles-mêmes qui me communiquent directement leurs propriétés thérapeutiques. » C’est ce que les chamanes de la forêt amazonienne ont répondu à Jeremy Narby lorsque à plusieurs reprises au cours de ses enquêtes, l’anthropologue les a questionnés sur l’origine de leur savoir. Selon les chamanes amazoniens, ce type de communication n’a rien d’extraordinaire. Ils affirment tirer tout leur savoir de la nature elle-même, en particulier du règne végétal. Les plantes seraient des enseignants qui leur transmettraient toute leur science... « Pour les peuples de la forêt amazonienne, c’est comme si le monde végétal était une université et chaque plante une sorte de professeur », explique Jeremy Narby.

Mais comment ces plantes peuvent-elles devenir des enseignants ? Il faut les « boire » sous forme de décoction, répondent les chamanes. « Une fois ingérées », précise l’anthropologue, auteur du livre Le Serpent cosmique, « toutes ces plantes ont un impact sur les rêves. C’est ainsi qu’elles apportent un enseignement. Pour apprendre d’un grand arbre ou d’une plante, on dit qu’on le ou la « diète ». Autrement dit, il s’agit d'être attentif à l’impact que l’ingestion va avoir sur les rêves. En effet, ces plantes permettent à l’individu qui les ingère de « voir » la cause d’une maladie, le problème dans une situation, ou de recevoir toute autre information. Jeremy Narby cite l’anthropologue Jean-Pierre Chaumeil qui écrit : « Selon les chamanes Yagua du Nord-Est péruvien, toute la démarche chamanique consiste à « voir ». Ce que l’on voit amène au savoir. Ce savoir peut alors donner du pouvoir. Il n’y aurait pas de limites à ce qu’on peut voir et donc apprendre des plantes. »

Les plantes sont-elles toutes en mesure de communiquer ? « Les Shipibo, un peuple originaire du Pérou, disent que la plupart des plantes médicinales communiquent avec les hommes. Il y a un certain nombre de plantes qui ne communiquent pas car n’étant pas comestibles et n’ayant pas d’effets thérapeutiques, elles sont inintéressantes pour l’être humain », explique Aziz Khazrai, chirurgien français et expert en médecine amazonienne. Certaines plantes seraient donc « bavardes » tandis que d’autres resteraient « muettes ».

Guillermo Arevalo Valera, chamane descendant d’une longue tradition de guérisseurs Shipibo-Conibo, commente cette différence : « Une plante qui enseigne, c’est une plante qui va nous apprendre à vivre sur la terre, à nous occuper de notre prochain et à le respecter, tout simplement à être humain. Nous cherchons à apprendre de la plante et à partager ce savoir avec les êtres humains. Ici en Amazonie, nous respectons énormément la nature. » Et il poursuit : « Les plantes médicinales ont seulement les principes actifs, les plantes « maestras » (celles qui enseignent) ont les principes actifs ainsi que de l’énergie et de l’esprit. » Dans cette terminologie, la « plante qui enseigne » a, en plus de ses vertus médicinales, des propriétés qui permettent de guérir des maladies psychiques : elle aide surtout sur le plan psychologique et spirituel. « Cette plante agit sur la partie physique, psychologique et au niveau de l’âme. Elle commence par provoquer des sensations physiques. Pendant le sommeil, elle peut provoquer des rêves liés à la guérison qu’elle effectue. L’esprit de la plante peut nous guider sur ce que l’on doit faire pendant le traitement, concernant par exemple la nourriture que l'on doit manger. L’esprit de la plante reste en communication avec nous. »

À l’appui de ces propos, on ne peut qu’être frappé par le degré de complexité et d’élaboration de certains mélanges. Comme le souligne Jeremy Narby, il est difficile d’imaginer que certaines préparations puissent être le fruit d’une expérience acquise suite à des erreurs successives.

Le docteur Aziz Khazrai explique que les chamanes d’Amazonie ont su construire quelque chose de cohérent et de pertinent à partir du « discours » des plantes reçu lors des transes. « Personnellement, j’ai découvert une véritable médecine qui repose sur un corpus de connaissances théoriques du fonctionnement du corps humain, du psychisme, des perceptions sensorielles, de l’esprit. Les chamanes sont en mesure de faire des diagnostics médicaux et d’obtenir des connaissances botaniques et pharmacologiques de leur environnement. Un grand nombre de médicaments actuels sont issus de la pharmacopée amazonienne ! Les laboratoires envoient d’ailleurs des gens sur place pour enquêter sur les plantes utilisées par les Indiens. Cela montre l’intérêt de cette médecine, aussi vaste que celle que j’ai apprise à l’université. Mais son originalité majeure est qu’elle ne s’apprend pas dans les livres ou par transmission orale, mais directement des plantes médicinales elles-mêmes par des techniques connues des chamanes. »

Francis Hallé, botaniste, professeur à l’Institut de botanique de l’université de Montpellier et spécialiste des Tropiques, a dirigé les missions du célèbre Radeau des cimes (expéditions scientifiques en 1986 visant à explorer la canopée des forêts tropicales). Il s’interroge sur le crédit qu’on peut accorder à des gens qui considèrent les plantes comme des personnes : « En Europe, ces idées-là choquent ; mais qui faut-il croire, de l’Occidental qui nie la personnalité des plantes sans jamais leur avoir accordé beaucoup d'attention, ou du guérisseur, qui passe sa vie entière au contact des flores les plus riches du monde, pénétrant l’intimité de milliers de plantes, et devenant ainsi, plus que leur familier, un véritable complice ? »

Il est indéniable que les chamanes de la forêt amazonienne détiennent une connaissance impressionnante du monde végétal qui les entoure. Ce qui est encore plus étonnant, c’est qu’ils l’ont acquise dans un milieu très diversifié. 74 % des remèdes ou des substances d’origine végétale utilisés dans la pharmacopée moderne ont été découverts en premier lieu par les sociétés « traditionnelles ». À ce jour, 2 % de toutes les espèces végétales ont subi des tests scientifiques complets en laboratoire. La grande majorité des 98 % restants se trouve dans les forêts tropicales, là où est concentrée la plus grande biodiversité. L’Amazonie contient plus de la moitié des variétés de plantes du monde. « Les scientifiques ont répertorié en Amazonie péruvienne plus d’espèces de fourmis sur un seul tronc d’arbre que dans toutes les îles britanniques, plus d’espèces d’arbres sur un hectare que sur tout le continent européen... »

Jean-Marie Pelt est pharmacien agrégé et botaniste, professeur universitaire de biologie végétale et botanique, auteur de nombreux ouvrages et d’émissions télévisées. Cet écologiste a participé à de nombreuses missions scientifiques et a fondé l’Institut européen d’écologie à Metz. Lui qui étudie les plantes depuis de très nombreuses années et toujours avec le même enthousiasme, ne trouve pas incongrue la démarche des peuples amazoniens : « Les gens d’Amazonie ne voient pas de hiérarchie entre nous, les plantes et les animaux car ils ont une relation fusionnelle avec la nature. Ils voient dans la nature la présence d’esprits. Les plantes ont un esprit, nous dirions peut-être une âme... Ils ont par instinct le sens d'une interrelation étroite entre tous les êtres vivants. Tout est sacré ! Lorsqu’on touche une plante, on lui parle, quand on la coupe, on lui demande pardon, on la remercie pour les services qu’elle va nous rendre... Il y a un contact qui s’élabore comme avec une personne. Une plante ou un animal sont une sorte de personne. Nous avions cette vision il y a très longtemps. Nous avons perdu tout cela par l’approche purement objective et matérielle. Nous sommes maintenant dans des sociétés très matérialistes qui ont rompu leurs liens avec la nature, ce qui nous amène à la crise écologique. » Reste à savoir s’il y aura un jour, comme l’espère Jeremy Narby, « un terrain d’entente entre savoir indigène et science occidentale ».

Eloge de la plante, Francis Hallé
Éditions du Seuil - Librairie La Martinière (Octobre 2004 ; 346 pages)
 
Le serpent cosmique, Jeremy Narby
GEORG éditeur (Juillet 1997 ; 236 pages)

http://www.inrees.com/articles/Des-plantes-qui-enseignent-aux-humains/

samedi 9 février 2013

"PLAIDOYER POUR L'AME DE LA MER"


L'océan est un mot magique qui fait rêver, or il s'agit d'un monde que nous connaissons encore très peu. Les dauphins et les requins ont beaucoup à nous apprendre si on ose les approcher et les observer. Rencontre avec Frédérique Pichard et Pierre Frolla, deux aventuriers de la mer.
 
Alors que les océans représentent quasiment les trois quarts du globe terrestre, et que nous avons tendance à exploiter ses ressources, que savons-nous réellement des espèces qui les peuplent ? Ces animaux marins auraient-ils des enseignements à nous transmettre ?

Les dauphins et l’ouverture du cœur

« Ce dauphin a plongé son regard dans le mien et cela a été incroyable. Quand je suis sortie de l'eau, j'ai pleuré pendant plusieurs minutes. Cet œil, cette profondeur de regard m'a emmenée dans mes propres profondeurs, comme si une mémoire était ravivée dans quelque chose d'infini et de très fort » raconte Frédérique Pichard, fondatrice de l’Institut Dony, près de trente ans après cette rencontre qui a bouleversé sa vie. A cette époque, elle est accompagnatrice de groupes de voyages et commence à observer le comportement des dauphins vis-à-vis des touristes. Elle s’aperçoit alors qu’ils se conduisent différemment avec chaque individu, comme si « ils étaient miroirs de qui nous sommes dans l’instant présent ».

Plusieurs années passent, et alors qu'elle s'apprête à s'installer en République Dominicaine, elle entend parler d'un dauphin libre et sauvage, aperçu au large des côtes de Royan. Guidée par son intuition, elle décide d'aller à sa rencontre avec sa fille, alors âgée de six ans. Après s'être mises à l'eau tout doucement, c'est finalement Dony qui est venu à leur rencontre : « C'était comme si j'avais retrouvé un de mes amis que je n'avais pas vu depuis longtemps » explique-t-elle. Aux côtés de ce dauphin ambassadeur – un dauphin qui se détache ponctuellement de son groupe pour venir au contact des humains – elle vit « un voyage de la conscience » lui donnant l'impression d'être ramenée au monde originel dans un état de plénitude et de sérénité.

A l’époque, Frédérique Pichard se forme à la relaxation spécialisée en visualisation créatrice. Une technique consistant à imaginer et à ressentir un état d’être de façon à augmenter les chances qu’il s’accomplisse. Dans ce cadre, elle entraîne son cerveau à émettre des ondes alpha permettant d’être dans un état proche de celui dans lequel nous nous trouvons lorsque nous méditons. Un état de relaxation naturel chez les dauphins qui nous aiderait, à leur contact, à nous reconnecter à notre véritable essence, d’après Frédérique Pichard. Elle le sent, elle a trouvé son « maître » et confie « j’ai tout de suite senti que Dony était venu m’apprendre quelque chose ». Ainsi, régulièrement, le soir après son travail, elle part à la rencontre de Dony pour partager des moments avec lui. Pour le retrouver, elle lui donne tout simplement rendez-vous … par télépathie : « Pendant deux ans, je donnais mes rendez-vous à Dony, à telle heure, tel endroit, et à chaque fois, il était là ». Et même si cette mère de famille a pu observer cette façon de communiquer chez ses jumeaux, la télépathie reste pour elle extraordinaire. Elle aime d’ailleurs plaisanter : « Avec les dauphins, nul besoin de portable ni d’internet ! ».

De ces différentes rencontres, Frédérique Pichard en a retiré des enseignements. Au plus profond de ses cellules, elle a ressenti des messages qu’elle a traduits et notés à sa sortie de l’eau. D’après elle, les dauphins permettent aux humains de reprendre contact avec « cette conscience de la nature et du vivant » souvent oubliée. Chaque dauphin aurait un message particulier pour chacun. Selon elle, les personnes qui ont la chance de nager avec des dauphins sont souvent profondément bouleversées par cette rencontre : « Elles sont touchées au cœur. Elles retrouvent cette dimension d'amour, d'ouverture qui leur permet d'aller plus loin dans la compréhension de l'univers ». Et si elle insiste sur le fait que « ce n'est pas le dauphin qui va tout guérir », elle ajoute que « l'un des messages fondamentaux des dauphins est de prendre conscience du potentiel infini et extraordinaire que l'on a à l'intérieur de soi ».


Les requins : de la peur à la passion

Alors que la plupart d’entre nous sommes effrayés par les requins et paralysés à l’idée de pouvoir se retrouver un jour nez à nez avec l’un d’entre eux, certaines personnes décident d’affronter leur peur.
Quadruple recordman du monde d’apnée, Pierre Frolla, traumatisé par le film Les Dents de la Mer, a longtemps vécu un « paradoxe ». Alors qu’il devait plonger tous les jours pour s’entraîner, sa peur des requins l’empêchait de progresser. Il a alors décidé d’aller à leur rencontre. Très vite, à leur contact, il se rend compte que « les requins se comportent comme d’autres poissons que l’on a l’habitude de rencontrer. Curieux, ils viennent près de nous pour nous sentir ». Ses craintes laissent place à la curiosité et à l’admiration : « lorsqu’il est proche de nous, nous réalisons à quel point cet animal, qui est au sommet de la chaîne alimentaire, est puissant et plein d’énergie. C’est le patron de la mer, mais lui ne le sait pas et c’est ce qui est intéressant. Nous sentons plutôt un animal craintif et peureux » témoigne Pierre Frolla, fasciné par l’aspect majestueux de l’animal. Pour cet amoureux de la nature, les requins sont « ses meilleurs compagnons de plongée ». Ils sont d'une fidélité incroyable, explique-t-il : « dès lors que nous nageons au milieu des requins, ils ne vont cesser de nous accompagner du début à la fin de notre plongée. Avec d’autres plongeurs, il nous est arrivé de dériver sur plus de 14 kilomètres et d'avoir toujours les mêmes requins qui tournaient autour de nous et restaient avec nous ».

Curiosité, sentiment de sécurité, ou tout simplement l’espoir d’obtenir de la nourriture pêchée, pour Pierre Frolla, il existe bel et bien plusieurs hypothèses expliquant ce comportement. Dans tous les cas, il est impossible de nier cette fidélité. Il a même pu vivre des moments exceptionnels avec eux : « il y a eu des rencontres fortuites avec des grands requins blancs ou des requins tigres où j’ai eu la chance de pouvoir les attraper par la nageoire dorsale et « danser » avec eux ». Conscient de ces rencontres extraordinaires, Pierre Frolla aime rappeler que « le requin est un animal qui se mérite » parce qu’il faut « avoir le courage de se présenter à lui et faire preuve d’humilité pour que cet animal puisse venir au plus près de soi et pouvoir ainsi évoluer en paix et en harmonie avec lui ». De ces différentes plongées avec les requins, il en a retiré plusieurs leçons qu’il applique dans sa vie personnelle et transmet à ses élèves au sein de l’Ecole Bleue.

Cette académie de la mer a entre autres pour objectif de sensibiliser les personnes à la beauté mais aussi à la fragilité du monde marin et de ses occupants, et d’affronter ses peurs : « aller à la rencontre des requins m’a permis de me rendre compte que tant que nous ne connaissons pas les choses, nous ne pouvons pas les juger. Nous avons principalement peur de l’inconnu. Mais dès lors que nous connaissons et maîtrisons les choses, elles ne nous font plus du tout peur ».

Découvrez l'Institut Dony, qui étudie et protège les dauphins ambassadeurs
Et l'Ecole Bleue (Académie de la Mer)


Dauphins ambassadeurs, Messagers de la mer
Frédérique Pichard, Claude Thomas
Editeur : Democratic Books (Novembre 2010)

Résumé :   Une femme, un dauphin, une histoire hors du commun : quand Frédérique rencontre Dony en 2004, à Royan, il est " ambassadeur ", c'est-à-dire qu'il a provisoirement quitté les siens pour venir à la rencontre des humains. Une relation très intense se noue entre eux, une relation télépathique, qui perdure même quand Dony retourne à sa vie sauvage. Une histoire vieille comme le monde : depuis la plus haute Antiquité, les dauphins se lient d'amitié avec les hommes. Les plus grands écrivains grecs et latins en témoignent. Elle est ici retracée. Une histoire d'intelligence et de langage : des scientifiques, spécialistes des cétacés, décodent pour nous leurs comportements, leurs capacités à communiquer, leur organisation sociale. Une histoire philosophique analysée par le grand penseur Edgar Morin : "A travers l'expérience singulière de Frédérique, je vois donc une remise en question beaucoup plus globale de notre façon de vivre, d'être, d'agir". 



Pirate des abysses
L'enfant de la Grande Bleue
Pierre Frolla
Editeur : Editions du Rocher (Décembre 2011)

Résumé :   Pierre Frolla est un homme-poisson comme il n'en existe pas d'autre. Quadruple recordman du monde en apnée, il plonge à plus de cent vingt mètres, sans bouteille, là où la lumière cède la place à l'obscurité. Son royaume, ce sont les profondeurs où l'homme ne s'aventure d'ordinaire qu'en sous-marin ou équipé d'encombrantes bouteilles. Grâce à sa force et à sa foi, il aime repousser les frontières de l'impossible. Il fréquente les créatures qui peuplent les abysses, il nage sans protection avec les requins, ses amis, y compris les grands requins blancs que l'on déclare mangeurs d'homme. L'esprit de l'apnée, c'est le partage de son bien-être. En dehors des championnats, il n'y a pas de compétition. Un seul combat, celui du sportif en quête d'harmonie avec la nature. Pierre Frolla savoure son retour à la nature au cours de ses descentes abyssales : "L'immersion libre, c'est le moyen de glisser dans la vérité. " Livre d'aventures à l'état pur, cet ouvrage d'entretiens avec Christophe Ferré offre une invitation au voyage dans des contrées moins connues que les paysages lunaires... et pourtant si proches. 


jeudi 7 février 2013

"COMMUNIQUER AVEC LA NATURE"


Développant sans cesse la communication virtuelle, nous nous sommes coupés de l’expérience sensorielle de la nature. Celle-ci a pourtant tellement à nous apprendre.

Instinctivement, l’être humain accorde à la nature une place privilégiée. On a retrouvé des jouets en forme d’animaux datant de l’Antiquité. Nos enfants grandissent l’imaginaire peuplé de héros animaliers : le pingouin d’Happy Feet en quête de destinée, Nemo le poisson-clown, Kung-Fu Panda, sans parler des indémodables Rox et Rouky, Bambi, Flipper et autres Willy, Lassie... Une nature virtuelle mais omniprésente. Quant à la nature réelle, nombre de parents ont pu constater combien leur progéniture semble s’épanouir au contact du monde végétal et animal. Il ne s’agit pas seulement de salutaires bols d’air. Il y a comme un échange à un niveau subtil, une atmosphère de retrouvailles entre deux amis trop longtemps séparés.

Et en effet, nous sommes pour beaucoup complètement séparés de la nature. Nous tentons de nous en rapprocher en fréquentant les rayons bio des supermarchés. Le week-end, nous rejoignons parfois un coin de campagne – « en voiture le plus souvent », souligne non sans ironie le biologiste Rupert Sheldrake. Pour lui, la séparation remonte à Descartes, pour qui l’esprit était l’apanage de l’homme, de Dieu et des anges, tandis que la nature, les animaux, le corps humain, étaient ravalés au rang de matière sans âme. Aujourd’hui, ce n’est plus notre nature divine qui justifie notre complexe de supériorité sur le reste du monde vivant, et notre utilisation abusive des ressources de la terre : c’est la science. Ou du moins une vision matérialiste qui nous parle d’un monde objectif que des chercheurs tout-puissants, surhommes au- dessus des passions humaines, observent au microscope et autopsient au scalpel. Et pourtant, voilà que la science elle-même est en train de démolir cette conception : nous ne saurions nous abstraire de ce que nous observons. Tant de témoignages et de découvertes nous incitent aujourd’hui à repenser notre rapport au vivant, à nous inclure de nouveau dans ce vaste règne. Nous avons beaucoup à partager avec les non-humains. « Le cerveau émotionnel des animaux est très proche du nôtre », nous apprend Temple Grandin. Cette autiste qui pense en images et non en langage a développé sa compréhension des animaux en se mettant physiquement et mentalement à leur place. Lorsqu’elle était adolescente, souffrant de terribles problèmes de communication, elle a été rejetée par les humains. Ce sont les chevaux, mais aussi les vaches, qui lui ont permis de dépasser ce handicap. Se rapprocher d’eux lui a permis de prendre contact avec sa nature humaine, puis avec les autres êtres humains. « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien », disait Pierre Desproges. Pour Temple Grandin, ce fut le contraire. Toutefois, elle ne parle pas de communication, au contraire de Laila del Monte, communicatrice animale qui affirme qu’un véritable échange en images est possible entre l’être humain et l’animal. Fermiers et simples propriétaires peuvent souvent témoigner de phénomènes de télépathie entre eux et l’animal.

Le cas des plantes est encore plus troublant. Ces organismes silencieux dialoguent parfois selon des modalités mal connues. Entre eux et nous, il se produirait un échange énergétique d’une grande richesse, qui expliquerait le bien-être que nous ressentons lors de nos promenades en forêt. Selon le chercheur canadien Pier Rubesa, qui étudie ces échanges, « les recherches scientifiques pourraient nous permettre de reprendre conscience du lien qui nous unit à la nature ». Un lien largement exploré par les chamanes amazoniens, qui ont avec les plantes une relation de maître à élève et apprennent d’elles, au cours de voyages dans d’invisibles dimensions, le secret de préparations et de remèdes d’une grande complexité. En juillet dernier, une déclaration signée par plusieurs scientifiques a concédé au règne animal une part de conscience. Et si l’ensemble du monde vivant était conscient ? et si comme le suggère Sheldrake, tout organisme était modelé de l’extérieur par un champ morphogénétique invisible qui l’entourerait et contiendrait le plan de sa forme finale ? Et si les habitudes de comportement social étaient régulées par d’autres champs, auxquels tous les membres de l’espèce contribueraient par résonance ? Ces champs les relieraient les uns aux autres de manière instantanée, quelle que soit la distance. Dans le modèle de Sheldrake, des champs peuvent également se créer entre des espèces différentes, un chien et son maître, par exemple. Sans le savoir, nous serions pris dans un réseau, une multitude de fils invisibles, semblables à ces fins tissages de toiles d’araignées superposées les unes aux autres qu’on trouve dans les recoins humides. Quelle que soit la théorie qui a votre préférence, nous espérons que la lecture des articles qui suivent vous inspirera avant tout le besoin d’une balade au grand air. Car il n’y a au fond rien à penser. Des concepts erronés sur nous-mêmes et notre rapport au monde nous ont éloignés de la nature. Y retrouver notre juste place passe par la sensualité de l’expérience.

"RAONI: UN APPEL A CHANGER NOTRE RELATION AVEC LA NATURE"


Icône depuis 25 ans de la sauvegarde de la forêt amazonienne et de la vie qu'elle abrite, le chef indien Raoni, à plus de 80 ans, poursuit la lutte. Mais qui est-il vraiment ? Et que devons-nous réellement réapprendre à son contact pour changer ? En filigrane, c'est toute une intelligence de la nature qui demande à ne pas disparaître.
 
La déforestation de l’Amazonie, les risques encourus pour la survie des espèces et le réchauffement climatique, on connaît. Mais avoir Raoni là, devant soi, se révèle une source d’émotion insoupçonnée, même pour qui n’est pas un ardent défenseur des forêts. Car au-delà du discours, le vieil Indien incarne, comme une pépite, une vérité brute.
Oui, la forêt amazonienne a diminué en une décennie de la taille de la France. Oui, l’équivalent d’un terrain de football disparaît toutes les quatre secondes, entraînant l’anéantissement de 27000 espèces par an. Oui, le déboisement est surtout dû à notre surconsommation de viande, qui transforme l’Amazonie en pâturages et champs de soja pour le bétail. Oui, elle meurt aussi de notre utilisation de bois tropical et d’une exploitation minière qui pollue les rivières, dévaste les terres et menace les populations indigènes. Avec ses mots simples, par sa seule présence, Raoni rappelle notre lien, réveille un sens premier, profond. « Et très franchement, ça fait du bien, face aux postures de nos pays sur les enjeux écologiques, sur lesquels on discourt sans en prendre vraiment conscience », confirme Nicolas Hulot.

Difficile, pourtant, de faire parler Raoni de sa conception de la nature. Parce que pour lui, elle n’est pas un concept, mais une expérience, sensible, pragmatique. « Nous vivons dedans », rappelle Megaron, neveu (et futur successeur) de Raoni.
Quand il s’exprime, le chef kayapo – dont le territoire s’étend sur les états brésiliens du Para et du Mato Grosso – ne parle pas de nature, mais de forêt, d’arbre, de rivière, de poisson, de gibier. Des choses précises, concrètes, qui interviennent dans le quotidien de son peuple. Cueillir, chasser, pêcher, se déplacer, se loger… « Dans notre langue, il n’y a pas de mot pour “être humain”, poursuit Megaron. On dit juste : nous, les gens. » Des membres du vivant parmi d’autres, pas indépendants ni supérieurs.
« Souvenez-vous d’Avatar, de la magie de la symbiose entre les Na’vis et leur environnement, commente Jan Kounen, réalisateur du spot Urgence Amazonie. Cette quintessence de la relation homme / forêt, les peuples amazoniens la vivent. » Sans exotisme : chez les Kayapos aujourd’hui, il y a Internet, des caméras, des jeunes formés à utiliser les médias pour soutenir leur cause et leur vision du monde.

Au cœur de celle-ci : l’interaction. « Pour les Kayapos, le cosmos, les plantes, l’eau, les animaux sont intimement liés, ils forment un tout indissociable, commente l’ethnologue Rafael Pessoa Sao Paio. Chaque être vivant n'existe qu'à travers le maintien de cette relation. » Mieux : ils estiment qu’une société n’est valable que « si elle cherche à être le plus conforme possible au modèle proposé par le cosmos, fondé sur l’interaction des éléments », souligne la chercheuse Jenna Flannigan dans un document du CIGI (Centre for International Governance Innovation).
Les Kayapos cultivent donc la connexion. Dans les noms qu’ils donnent à leurs enfants, inspirés de la nature. Dans les coiffes et les peintures corporelles dont ils se parent – les unes symbolisent le soleil ou la courbe de l’univers ; les autres rappellent la carapace d’une tortue, le pelage d’un jaguar, la silhouette d’une guêpe... Dans la reconnaissance, aussi, du savoir que leur transmettent les autres règnes du vivant : « Les Kayapos pensent que leurs ancêtres ont appris à vivre en société en observant les abeilles », indique Rafael Pessoa.
De quoi faire écho à ce qu’a découvert l’anthropologue Jeremy Narby au contact des indiens d’Amazonie péruvienne : ces peuples n’auraient pas acquis leurs connaissances originelles par tâtonnements successifs, mais par une forme de puissante intuition ou de communication avec la conscience des animaux et des plantes.

Intérêt bien compris

Impossible, dans ces conditions, de s’approprier le vivant ou de le traiter avec mépris – au risque d’en payer le prix. « Nous apprenons à nos enfants à explorer la forêt sans l’agresser, à exploiter ses ressources renouvelables, à y puiser sans l’épuiser », témoigne Megaron.
En se déplaçant au gré des ressources forestières et des capacités de régénérescence du lieu où ils s’installent. En cultivant uniquement de petites parcelles, où la forêt sera capable de se reconstituer. En déménageant régulièrement pour préserver la faune et la flore. Et en entretenant de bonnes relations avec les esprits – car comme le rappelle Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques à propos des Bororos (voisins de Kayapos), le lien n’est pas juste entre l’individu et l’univers, mais entre « la société et le monde surnaturel, les vivants et les morts ».
« Traditionnellement, après une naissance, le père ne peut pas manger de tapir, de singe, de sanglier ou de gros poisson, afin d’éviter que l’esprit du gibier crée des problèmes à l’enfant », raconte par exemple Raoni. Autres règles de bon voisinage : consacrer des chants aux animaux abattus, afin de leur rendre hommage, prier pour leur âme et les supplier de rester dans la nature ; ou ne pas sortir la nuit en forêt, pour éviter de s’y faire attaquer par de mauvais esprits.

De cette intelligence de leur environnement, les Kayapos, comme beaucoup de peuples indigènes, ont fait une science. « Nous fabriquons une potion fortifiante à partir des venins de différents types de guêpes, dit Raoni. Leurs noms ne vous diraient rien, mais ils révèlent l’étendue de nos connaissances, transmises de générations en générations. » Là où vous et moi ne verrons qu’une bestiole ou un buisson, eux détectent un analgésique, un anti-diarrhéique, un contraceptif, un anti-inflammatoire, un poison ou un contrepoison. « Chaque herbe prend un relief », confirme Nicolas Hulot, qui a séjourné dans le village de Raoni en mars 2011.
Les Kayapos utiliseraient ainsi avec précision 98% des végétaux qui les entourent. « Si cette culture, malheureusement sans écriture, venait à disparaître, l'humanité s'en mordrait les doigts », poursuit Hulot. Comme celle des Zoés, une tribu indienne du Nord Brésil, qui incarne pour le présentateur d’Ushuaïa « un équilibre parfait entre ce que la nature peut leur donner et ce dont ils peuvent avoir besoin. Ils ignorent la frustration. »

Alors face aux menaces qui pèsent sur son peuple et sur son territoire, Raoni aurait de quoi être rancunier. « Quand les conquistadors sont arrivés au Brésil au XVIe siècle, on dénombrait cinq millions d’Amérindiens. 94% ont été exterminés. Et aujourd’hui, on continue l’infamie, dans l’indifférence générale, malgré les engagements des gouvernements, s’insurge Hulot. J’étais avec Raoni au moment de la catastrophe de Fukushima. J’ai pris la mesure de l’absurdité de la situation. Nous sommes arrivés à un carrefour de civilisation. » Quel chemin allons-nous choisir ?
Pour Raoni, la réponse est simple : celui de la coopération et du respect. « Les animaux, les plantes, les rivières sont en danger. Les maltraiter, c’est ne pas réfléchir correctement. Sans forêt, il n’y aura plus d’ombre, les vents vont se lever, la terre s’assécher, il y aura de grands feux mais plus d’eau ni de nourriture. Chez nous, les invasions ont commencé, les bûcherons et les chercheurs d’or ne respectent pas la réserve. Les lois menacent de changer, l’Etat pourra alors construire des routes et des barrages sans nous consulter. Nous n’avons pas les moyens de protéger cette immense forêt dont nous sommes les gardiens pour vous tous. »
Sans fatalisme. « On faisait très bien autrefois ! rappelle Philippe Desbrosses, président d’Intelligence Verte. Il faut juste se réapproprier cette intelligence traditionnelle de la nature. » Et Hulot de conclure : « Stopper l’hérésie de la destruction amazonienne serait pour moi un indice de civilisation. »

www.raoni.com 
www.fondation-nicolas-hulot.org/


Mémoires d'un chef indien
Raoni, Jean-Pierre Dutilleux
Préfacé par Jacques Chirac
Editeur : Editions du Rocher (Avril 2010)

Résumé :   Coiffé de sa parure et sous les peintures de chef de guerre, Raoni avait fait sensation, il y a vingt ans, en entreprenant un tour du monde inédit - en 60 jours - derrière Sting, le chanteur anglais. Débarquant à Paris, il est alors reçu par le Maire, Jacques Chirac, puis par le président François Mitterrand à qui il remet le couvre-chef des guerriers de la tribu des Kayapos (Amazonie). Puis, c'est le Roi de Belgique, le prince Charles, le roi Juan Carlos, en Espagne et le Pape Jean-Paul II. Son message : prendre conscience des valeurs de la terre menacée par les hommes. Chez lui, les chercheurs d'or ("garimpeiros") envahissent des territoires grands comme des départements et en chassent les Indiens. Paris Match lui consacre la couverture et 16 pages. Il fait l'ouverture du JT de 20H (PPDA) sur TF1 et participe à un grand "prime-time" avec Sting. Deux ouvrages illustrés relatent cette odyssée (Lattès & Edition n°1). Raoni est invité à la tribune de l'ONU. Une grande vente aux enchères ponctue la fin de la tournée mondiale à Los Angeles. A son retour, les Indiens ne récupèrent (frais de fonctionnement, etc.) que 50 000 $ sur les 2 millions récoltés par les diverses branches de la Fondation pour la Forêt Vierge. Raoni se retire dans sa tribu sur une victoire, cependant : la délimitation du territoire des Kayapos, sur une zone grande comme 8 fois la Belgique. Vingt ans après, de nouveaux problèmes surgissent, dus à la tentation du monde moderne. Même le cacique Raoni, environ 80 ans, aussi respecté soit-il par son peuple, a du mal à léguer les valeurs ancestrales aux jeunes générations, dont les plus impatients brûlent leurs illusions dans les lumières des faubourgs de Brasilia. D'où ce "Testament". Qui est d'abord un cri.

http://www.inrees.com/articles/RAONI-Puiser-sans-epuiser/

mercredi 6 février 2013

"LE MAITRE OU LE PSY"


Conférence de Jacques Vigne : Les maitres spirituels sont-ils des thérapeutes ?... et inversement ? Le maître spirituel est-il un thérapeute ? Et le psychothérapeute est-il un guide spirituel ? La voie spirituelle peut-elle soigner ? La souffrance — un deuil, un accident de la vie, une maladie, etc. — incite parfois celui qui la traverse à s’engager dans une recherche spirituelle. En Occident, celui dont on attend qu’il soigne la souffrance est le plus souvent le psychothérapeute. Mais psychothérapie et recherche spirituelle sont-elles solubles ? Exploration de cette question majeure avec un psychiatre français, engagé depuis plus de vingt-cinq ans en Inde.


  

mardi 5 février 2013

"JACQUES VIGNE L'INDE INTERIEURE"


Il faut être conscient de l'importance du regard affûté que porte Jacques Vigne sur l'Inde d'hier et d'aujourd'hui du fait de son rôle de témoin privilégié : imbibé de culture et de spiritualité hindoue mais aussi bouddhique, chrétienne, juive et musulmane, homme de recherche et de vérité, ermite dans les montagnes de l'Himalaya une partie de l'année et voyageur itinérant dans l'ensemble du subcontinent indien l'autre partie, disciple de maîtres authentiques, c'est aussi un médecin de l'âme et un scientifique qui reste connecté aux dernières recherches biologiques et psychiatriques par internet.
Dans ce livre il parle de l'esprit religieux de l'Inde, du polythéisme et du monothéisme, des yogas, de la réincarnation, des renonçants, des castes, des dieux et déesses et de leur symbolisme, des mandalas, mais aussi de psychiatrie et de méditation, de l'enseignement du Bouddha et de sa transmission jusqu'à aujourd'hui, qui a répandu l'essence même de l'esprit en Inde, en Asie d'abord puis dans le monde entier au 20è siècle. L'ensemble est émaillé de réflexions sur la spiritualité de notre temps et de demain. Un très grand livre, un puissant témoignage.

Présentation vidéo :

Extrait :

L'Inde intérieure est un bien vaste sujet.
Au moment où je relis ces lignes avant publication, 
cela fait une vingtaine d'années que je vis en Inde, à l'intérieur de l'Inde extérieure si je puis dire. Par ailleurs, le fait même que je sois dans un milieu traditionnel pour recevoir l'enseignement du Yoga et du Vedânta signifie que j'aspire à connaître l'Inde intérieure. . . de l'intérieur.

Pour la rédaction de mon premier livre, {Le Maître et le Thérapeute},
j'ai fait un travail sur le terrain qui m'a emmené un peu partout en Inde durant les quatre années où j'ai préparé cet ouvrage. Depuis, je voyage surtout en moi-même grâce à la méditation, mais l'Inde est là autour de moi, je baigne dedans et le journal que je lis souvent en hindi me donne une perception relativement directe du pays.

Se souvenir du Soi

On sait que les hindous ne désignent pas leur religion sous l'appellation d'hindouisme mais de sanatana dharma, c'est-à-dire de loi éternelle. Le même terme sanatana est appliqué à l'Atman, au Soi, dans la Bhagavad-Gitâ par exemple. Ce Soi est au centre de l'Inde intérieure. Même le Bouddha qui insistait sur l'impermanence reconnaît qu'il y a un non-conditionné, un non-né grâce auquel on peut sortir du monde de la naissance et du conditionnement 394. Quand il dit que les objets extérieurs comme intérieurs ainsi que le mental sont dépourvus de Soi, il n'a pas de démarche fondamentalement différente de celle des Upanishad qui amènent le disciple à comprendre progressivement que le Soi est au delà du corps, du prâna, du mental, etc.

De plus, le bouddhisme mahâyâna, avec les notions de dharmakâya (corps de dharma) ou de tathâgata-garbha (matrice de « Celui qui a été ainsi », c'est-à-dire le Bouddha), se rapproche encore plus de la conception upanishadique du Soi.Dans la Gitâ (VIII, II) , Krishna déclare à Arjuna :

{"Cela" dont parlent les connaisseurs des Veda

"Cela" dans lequel pénètrent les ascètes aux passions dépassées,

"Cela" pour le désir duquel on suit la voie du brahmâchârya

brahmâchâryam charanti

Ce but,je vais te l'évoquer en bref}

L'Inde intérieure a bénéficié d'une stabilité considérable en bonne partie à cause de sa capacité à ce concentrer sur « Cela », quel que soit le nom qu'on lui donne, quels que soient les rituels, méditations et sâdhanâ par lesquels on y arrive. Il faut bien comprendre que ce « Cela » n'est pas un simple objet de discussion philosophique et savante, mais l'objet d'une recherche passionnée, comme le Divin l'est dans la voie de la dévotion. Ainsi, le Soi des mystiques de l'Inde est bien différent du Soi des psychologues jungiens, qui est en théorie un élément important de l'appareil psychique mais sur lequel, en pratique, ils oublient le plus souvent d'insister, ayant l'esprit trop occupé par les complexités sans fin de la cure analytique et de l'analyse des rêves ainsi que des archétypes. Le Soi est ce qui rend possible le fonctionnement mental et non pàs l'objet de conscience. " Ce n'est pas ce que l'on voit ".

L'inde intérieure - Jacques Vigne - éditions du Relié