« Travaillez sur vous-même, et votre monde se portera mieux : cela est une certitude ! »

samedi 19 novembre 2016

"OLGA KHARITIDI : LA CHAMANE BLANCHE"


Olga Kharitidi – La chamane blanche – Résumé

La chamane blanche (en anglais Entering the circle) est le premier livre d’Olga Kharitidi (les deux suivants étant : Le Maître des Rêves Lucides, et Michael Gate).

La chamane blanche

Présentation de l’éditeur : Alors qu’elle combat sans relâche la puissance et l’efficacité du chamanisme, une jeune et brillante psychiatre russe, Olga Kharitidi, est appelée à partir au cœur de la Sibérie à la rencontre d’une véritable chamane Oumaï. En l’initiant aux secrets de la guérison mentale, celle-ci lui fait découvrir la nature véritable de l’âme humaine. Transformée, confrontée à des expériences de plus en plus profondes, Olga Kharitidi finira par faire sienne cette magie, au point de l’intégrer à l’exercice quotidien de son métier.

Olga Kharitidi, psychiatre exerçant à l’hôpital de Novossibirsk, en Sibérie, est née d’une famille de médecins. Elle est jeune, aime son travail et se désole de la non réussite de ses compétences dans nombre de cas.

Arrive un jour où elle reçoit en consultation, en quelque sorte privée, Nicolaï jeune homme originaire de l’Altaï. Un jeune troublé car son oncle, avant de mourir, lui aurait confié ses talents.
Les circonstances de la vie conduisent assez vite Olga à accompagner une de ses amies, désireuse de soins chamaniques, jusqu’au village de Nicolaï.

A partir de là, on découvre qu’Olga, psychiatre, est assez rapidement initiée au chamanisme. Tant et si bien qu’à son retour à Novossibirsk, elle intègre dans sa pratique médicale son apprentissage de l’Altaï. Elle semble obtenir des guérisons spectaculaires.

Dans le cadre de son initiation, une consigne est donnée à Olga : ne passer à l’action que si et seulement si l’acte envisagé par elle doit apporter tout à la fois de la beauté, du bonheur, de la vérité, de la santé et de la lumière. Cinq conditions acceptables par tous.

Pour le reste, on ne s’attend guère à trouver une psychiatre « convertie » au chamanisme.

« Sous le soleil, les crêtes arrondies de ces montagnes anciennes formaient des motifs exquis d’ombre et de lumière. Cette douce beauté enserrée dans des montagnes rocailleuses m’offrait un spectacle que je n’avais jamais vu, et j’en fus littéralement suffoquée. » (p.70) 

Le prologue est curieux, il ouvre sur une expérience qui fait penser à une abduction (lumière dans le ciel qui s’agrandit, créé une sorte de tornade, emporte Olga qui est emmenée dans une autre réalité, rencontre des individus et est ramenée). C’est une expérience étrange qui n’est pas expliquée par la suite. Dans cette réalité qu’elle voit, elle est dans un endroit qu’elle ne connait pas, et dont elle n’a pas le souvenir dans sa vie. Dix hommes dansent en cercle, une femme est au milieu. Olga elle, a un corps immense, blanc, flottant, comme un nuage. Elle dit que les gens qu’elle voit vivent dans un passé très ancien et que par leur cérémonie, ils ont fait venir Olga jusqu’à eux afin de ramener la femme à la vie, en se servant de son énergie. Elle dit que ces gens savent comment voyager sur les « bateaux de Bélovodié » (p.16).



Le sujet des entités et des OVNIs revient à plusieurs reprises dans le livre car un des patients de l’hôpital psychiatrique sibérien où elle travaille a été retrouvé au milieu de nul part, dans un état pitoyable. Cet ancien militaire de l’armée rouge, de 17 ou 18 ans, disait voir des extraterrestres qui le pourchassaient ou harassaient. « Le malade a été trouvé dans la forêt à 25 km de la ville. Il courait sur la voie ferrée en sens inverse du train qui arrivait sur lui. Après son arrestation, il n’a pas su donner d’explication. (…) Parle tout seul. On comprend parfois qu’il voit des passagers d’OVNI autour de lui. » (p.21) Ce sujet ne reviendra pas aussi explicitement par la suite, c’est plutôt l’aspect chamanique qui est développé.

Déjà dans le premier chapitre, Olga mentionne ses doutes par rapport à la psychiatrie, et rapporte les propos d’un collègue pour qui l’hôpital est une nef de fous géante, avec des médecins qui ne savent pas ce qu’ils font. « Nous ne pouvons que naviguer à l’aveuglette sur l’océan de la réalité qui nous entoure, en croyant que nous savons ce que nous faisons. Nous poursuivrons notre navigation vers des caps que nous ignorons parce que nous ne pouvons pas nous arrêter. » (p.28)

Un des patients d’Olga, Nicolaï, a un oncle chaman qui lui a transmis son pouvoir à sa mort. Le patient se rend compte qu’il doit aussi être chaman ou, comme ils disent, un « kam » (il entend sans arrêt son oncle lui parler dans la tête). « Après la mort de mon oncle, j’ai eu beaucoup de fièvre pendant cinq jours. Je ne mangeais pas, je ne disais rien, je ne savais même plus qui j’étais. Dans mon délire je le voyais tout le temps. Grâce au docteur du district, qui est venu me voir et m’a fait des piqûres, la fièvre m’a quitté. (…) J’ai commencé à entendre la voix de mon oncle me demander de me rappeler mes rêves. Sa voix me parvient maintenant sans avertissement. (…) Mon oncle ne m’a pas laissé le choix. Il m’a dit que je devais réellement devenir chaman. Sinon, mon état de santé s’aggraverait terriblement. » (p.37 et 46)

Olga part donc l’accompagner dans un village sibérien, vers le nord dans les montagnes de l’Altaï, surtout parce qu’Anna, une amie de ses amies, est malade, et souhaite rencontrer une guérisseuse que Nicolaï a évoqué. Pour Olga, c’est aussi l’occasion de « comprendre les événements étranges et inexpliqués qu’elle avait connu. » (p.65) Elle passe par Novossibirsk, puis Biisk, et il y a encore 3 heures de route jusqu’au village de montagne.

Localisation de Biisk, au nord de l’Altaï.

Olga et Anna s’installent dans l’ancienne maison du chaman mort. Elles rencontrent Maria, la mère de Nicolaï, puis rencontrent ensuite une autre femme, très puissante, chaman et guérisseuse, nommée Oumaï (du même nom que l’ancienne déesse de l’Altaï). Des histoires étonnantes sont relatées, comme une qui dit qu’à un moment des envahisseurs d’une religion voulaient exterminer les chamans :

« Il y a une centaine d’année, il s’est passé ici des événements qui ont beaucoup modifié l’attitude de mon peuple vis-à-vis des gens de passage. Des hommes étrangers à la population et au pays ont décidé d’apporter ici leur religion. Un jour, ils ont convoqué tous les kams, proches et lointains, à une cérémonie. Ils leur avaient dit qu’ils voulaient la paix entre les religions. Une trentaine de kams sont venus, avec leur tambour pour tout bagage. Les étrangers les ont tous enfermés dans une cabane en bois. Puis ils l’ont arrosée de pétrole et y ont mis le feu.
« La maison a brûlé pendant des heures, avec les kams dedans. Personne du village n’a pu faire quoi que ce soit. Alors que la maison n’était plus que cendres, trois des kams en sont sortis vivants. Les étrangers étaient terrifiés. Ils n’ont pas essayé d’arrêter les trois kams mais se sont éloignés de la maison calcinée et, pétrifiés, ont regardé les kams s’éloigner. Ceux-ci sont partis dans des directions différentes et ont continué à exercer leur activité. Mais, depuis ce temps, les kams accomplissent leurs rites en secret. Oumaï descend d’un des trois kams sortis du feu. » (p.82)

Le lac d’Akkem, en russe: Аккемское озеро, ou plus précisément lac de l’Akkem (l’Akkem étant une rivière signifiant « eau blanche » en moyen-altaï), est un lac de l’Altaï au sud-ouest de la Sibérie qui se trouve au pied du mont Béloukha.

Oumaï apprend beaucoup de choses à Olga. Elle va l’initier, comme l’explique le septième chapitre, qui marque un tournant décisif dans le livre. Oumaï permet à Olga de retrouver le « Lac de l’Esprit » :

« Vous êtes maintenant dans votre espace intérieur, dans le Lac de l’Esprit. C’est la première fois que vous y êtes consciemment. Chacun de nous a un espace intérieur comme celui-ci, mais chez la plupart des hommes, il se rapetisse à mesure que le temps passe. Tant que s’écoule notre vie, le monde qui nous entoure essaie de remplir cet espace intérieur, ce Lac de l’Esprit, et de le tuer. Leur espace est plein de légendes de soldats étrangers et il meurt.
Désormais vous avez fait l’expérience de cet espace qui est en vous. Vous le connaissez. Vous n’aurez plus peur du monde qui vous entoure. Votre espace ne sera plus jamais plein d’autre chose que de vous, parce que, après en avoir fait l’expérience, vous en reconnaîtrez la sensation et la pulsation. Vous continuerez de l’explorer. Plus tard vous apprendrez aussi qu’il y a un important Être Intérieur qui y habite. Il faudra que vous rencontriez cet Être Spirituel et que vous le compreniez. Je vous y aidera quand vous serez prête. (…)
Maintenant, poursuit-elle, écoutez le plus grand secret que je puisse vous révéler. Nous avons pour tâche de bâtir deux choses pendant notre existence physique : la réalité matérielle où nous vivons et notre Soi, c’est-à-dire le véritable être intérieur qui vit dans cette réalité extérieure.
Les deux tâches exigent une égale attention. Savoir maintenir l’équilibre entre l’une et l’autre est un art sacré et exigeant. Sitôt que nous en perdons une de vue, l’autre peut s’emparer de nous et nous asservir pour toujours. C’est pourquoi le Lac de l’Esprit, demeure de l’Être Intérieur, peut devenir chez tant de gens un lieu vide et mort. Ils se mettent à croire pour de bon que le monde extérieur est seul digne de leur attention. Tôt ou tard ils s’aperçoivent de leur erreur.
Pour vous, le danger principal n’est pas là, il n’est que dans l’exploration du moi. C’est pourquoi vous vous êtes tant intéressée à l’esprit des autres. Vous vouliez comprendre votre propre psychisme. (…) » (p.92-93)

Le mont Béloukha, situé dans les monts Katoun, est le sommet le plus élevé de l’Altaï à la frontière entre le Kazakhstan et la Russie.

Après cette initiation, Olga rencontre des hommes qui lui parlent du « Pays des eaux blanches« , de Belovodié, le « Shamballah » de l’Altaï. Ce mystérieux territoire sacré est lié au Béloukha, la plus haute montagne de l’Altaï. Olga reproduit une brochure qu’on lui donne. Celle-ci indique qu’en 987, le Grand Prince de Kiev Vladimir cherchait une nouvelle religion pour son pays, la « Rous ». Alors, un abbé d’un monastère grec lui apparut en songe, lui parlant de la légende de Belovodié. Il monta une expédition de 333 hommes, qui au fil des années ne donnèrent plus de nouvelles. Une seule personne parvint à atteindre la destination, et vécut cachée le restant de ses jours après être rentrée en Russie, 49 ans plus tard. On retrouve en quelque sorte le mythe de la Fraternité Blanche.

Vladimir le Grand, le Soleil Rouge ou encore Saint-Vladimir, est un Grand-prince du Rus’ de Kiev de la dynastie des Riourikides (né en 9587 et mort le 15 juillet 1015 à Berestova, aujourd’hui à Kiev), qui régna de 980 à 1015.

« Le pays de Belovodié n’est pas imaginaire. C’est une réalité. Les légendes populaires lui donnent bien des noms différents. C’est là qu’habitent les grands saints, les intermédiaires auprès du Monde d’En Haut. Ils ne cessent d’œuvrer ensemble, avec le Chœur des Puissances célestes pour aider et guider tous les peuples du monde. Leur royaume est celui du pur esprit, avec de merveilleuses flammes, porteuses de mystères charmants, de joie, de lumière, d’amour, d’inspiration, de bien-être, d’une noblesse inimaginable. Chaque siècle, sept hommes seulement dans le monde sont autorisés à pénétrer dans ce pays. Six en repartent comme moi, porteurs du savoir sacré; le septième reste. A Belovodié, les hommes vivent aussi longtemps qu’ils veulent. Le temps s’arrête dès que l’on entre dans le royaume. Ses habitants voient et entendent tout ce qui se passe dans le monde extérieur, et rien ne leur est caché. A mesure que mon esprit gagnait en puissance, j’ai reçu le don de voir au-delà de mon corps, de me rendre dans diverses cités, de savoir et d’entendre tout ce que je voulais. Le destin de mon peuple et de mon pays m’a été révélé. Un grand avenir nous attend. » (p.104, brochure écrite en 1893)

Le Mont Béloukha

Puis Olga, quelques chapitres plus loin, relate un souvenir de jeunesse intéressant, elle avait 18 ans et se trouvait à Novossibirsk. Etant tombée malade, elle rencontra un guérisseur également compositeur au conservatoire, à Koursk. Il ne semblait pas vieillir, et sa compagne non plus qui avait 43 ans et en paraissait 18.

« Ce que je fais, notamment, pour ralentir l’écoulement de mon temps personnel, c’est de prendre des photos. (…) Elle sortit un gros album de la bibliothèque. (…) Elle rajeunissait à chaque page, et je m’aperçus qu’elle me montrait sa vie en sens inverse, du présent vers le passé. (…) Je travaille tous les soirs avec avant de me coucher. Je commence par une photo récente et je vais en reculant, intériorisant chaque stade jusqu’à ce que j’arrive à cette photo de moi en bébé. Quand je m’endors je suis bébé. » (p.129) Cette technique est très proche de la récapitulation de Castaneda. Le guérisseur emploie également une technique sonore, une sorte de crescendo au piano qui induit une transe, lui permettant d’extraire la maladie du corps d’Olga en la faisant passer dans une mèche de cheveux qu’il coupe et qu’il brûle.

Pour en revenir à l’initiation d’Olga avec Oumaï, il est ensuite question d’un événement très intéressant, révélateur de ce que peut être un aspect négatif du chamanisme. Il s’agit des lignées. Mamouche, le chaman mort qui s’est uni à son patient, était d’une lignée, et seul pour lui comptait la lignée, car les chamans se transmettent leur pouvoir ainsi. « Mamouche, toi ou quiconque viendra après toi, vous n’êtes qu’un même et unique kam sous des formes différentes. C’est une lignée, et le kam c’est en fait la lignée, pas tel ou tel. Chacun d’entre vous pouvez être une personne distincte mais, par votre pouvoir, vous êtes un. Tu dois donc maintenant t’ouvrir entièrement à ce pouvoir issu de Mamouche et ne faire qu’un avec. » (p.137) Nous retrouvons ici l’idée du culte des ancêtres et de de la shaktipat. Olga se voit presque forcée d’accepter ce pouvoir, dans un cauchemar où elle est violemment attaquée.

Quand Olga évoque cet incident à Oumaï, celle-ci lui confirme qu’elle a bien fait de ne pas rejoindre la lignée. Elle apprend que la lignée de Mamouche survit parce d’autres meurent :

Les pierres à cerf de Sibérie : Les dessins des pierres et la présence de restes sacrificiels pourraient suggérer un but religieux, peut-être un lieu privilégié pour des rituels chamaniques. Les archéologues ont recensé plus de 900 pierres à cerf en Asie centrale et en Sibérie du Sud.

« Les kams étaient censés ne maintenir qu’une seule lignée immortelle, mais il y en a plusieurs. Mamouche et toi appartenez à des lignée différentes. Olga, il faut que tu partes d’ici dès aujourd’hui. Si tu restes, comme Mamouche le demande, il cherchera à détruire ta lignée. Il maintient la sienne en utilisant la mort des autres. Les kams ont toujours fait ça. S’il conserve son immortalité, c’est parce que d’autres meurent. Tu es une grosse prise pour lui. Il veut t’apprendre à accepter la mort et donc t’amener à refuser l’immortalité. Or, ce n’est pas ce que tu es censée faire; pour ta part, tu dois accepter l’immortalité. »  (voir p.148, et 150 sqq).

Puis Olga apprend que soigner c’est faire revenir l’âme dans la personne. C’est la question du « tchoula »… Olga a dû attraper à main nues un faon pour s’emparer de son « tchoula », et l’intégrer dans son tambour. Cet épisode est très proche de la capture du cerf relatée par Simon Buxton. « Tout être en ce monde a son tchoula. Quand tu soigneras une personne qui l’aura perdu, tu partiras à sa recherche et tu l’attraperas par la poignée de ton tambour. Puis tu le ramèneras vers le présent et le pousseras à coups de marteau dans l’oreille gauche du malade. C’est comme ça que tu lui rendras son tchoula disparu. » (p.140)

Quand Olga croise à nouveau la mère de Nicolaï, elle en profite pour en savoir plus sur Belovodié. Elle apprend alors une légende à ce propos :

« La déesse Oumaï habitait autrefois avec son mari, Altaïding Aezi, le souverain de l’Altaï, dans le Grand Nord. Un jour le poisson géant, un monstre nommé Ker-Doupa, retourna la Terre la tête en bas. Il avait toujours fait beau dans l’Altaï, mais une fois que Ker-Doupa eut changé le sens de rotation de la Terre, il y fit très froid. Altaïding Aezi monta jusqu’aux cieux demander de l’aide aux Grands Bourchans, les êtres spirituels les plus puissants à l’époque. Tandis qu’il allait de Bourchan en Bourchan à la recherche d’Ulgen, le plus éminent de tous et le seul capable de remettre la Terre à l’endroit, il faisait de plus en plus froid dans l’Altaï. [Note : Ulgen est dérivé d’Ulkar, la constellation des Pléiades – p.262]
Pour que ses enfants ne meurent pas gelés, Oumaï les changea en pierres et en pitons rocheux. Quand elle eut transformé ainsi ses deux fils et quatre de ses six filles, elle partit en tenant les deux dernières par la main vers la pointe méridionale de l’Altaï pour chercher de la chaleur. Elle y mourut de froid avec ses enfants, et leurs corps ont formé une montagne à trois pointes. Celle du milieu est la tête d’Oumaï, et les deux pics plus petits de part et d’autre sont les têtes ds filles. Cette montagne, c’est le Beloukha.
– Voilà une histoire intéressante, fit Anna, en sirotant sa tisane. On m’a dit que le Beloukha s’appelait aussi Ak-Sumer, ou Eté Blanc. C’est un nom que l’on retrouve dans la mythologie bouddhiste où il désigne la montagne située au centre du monde. » (p.144) 

L’un des hôpitaux psychiatriques de Novossibirsk 

Après son retour à Novossibirsk, l’exploration du monde invisible n’est pas terminé, comme en témoignent plusieurs expériences décrites dans le livre, dont l’une d’elle conduit à ces explications sur la « création de la réalité » :

« – Je voudrais mieux comprendre comment nous créons. Je commence à mieux saisir ce qu’est créer sa réalité, mais je n’ai pas bien compris ce que tu disais quand tu parlais de créer l’être qui habite cette réalité.
–  Regarde-toi et ceux qui t’entourent. La seule et unique occupation de chacun à tout instant est de se faire un moi. Ils ne cessent de s’adresser à cet être qui change et se développe en essayant de lui donner forme.
« Les hommes s’y prennent en gros de trois façons. Ils évoquent mentalement le passé et le refont en modifiant ou supprimant ce qui ne correspond pas à l’être qu’ils souhaitent créer et en grossissant ce qui les aide à vivre. Ils pensent aussi à l’avenir, imaginant ce qu’ils vont faire, l’aspect qu’ils auront, les biens qu’ils auront acquis, comment autrui les accueillera.
 » La troisième, c’est le lien avec le présent. Les hommes reflètent immédiatement l’image qu’autrui se fait de leur personne et de leurs actes. Certaines des réactions d’autrui renforce leur ego d’autres le détruisent. Ils constatent qu’ils attirent certaines personnes et pas d’autres. Généralement, quand ils se trouvent en compagnie de gens qui ne renforcent pas leur ego, ils éprouvent un sentiment que l’on pourrait qualifier d’aversion pour ces personnes. Inversement, quand ils s’estiment soutenus par ceux qui les entourent, ils suscitent en eux un sentiment d’amitié pour ces personnes-là. C’est ainsi que les hommes combinent le passé, le présent et l’avenir pour se créer. Si tu es attentive, tu le constateras chez n’importe qui, dans n’importe quelle situation. Regarde autour de toi. Tu en verras de nombreux exemples.
Mais une fois que tu auras saisi tout ce que tu pourras de ce processus, tu en viendras à l’existence de l’autre Moi, qui sait tout cela et en est indépendant. C’est ton Moi du Cœur  point de départ de toute magie et de toute liberté véritables et source du grand art de la décision. » (p.166)

Nikolai Kozyrev

Plus tard, Olga rencontre le directeur d’un laboratoire de physique quantique, qui a mis au point des applications concrètes de la dualité onde-particule (p.176 sqq), à partir des découvertes de Nikolai Aleksandrovich Kozyrev. Cet astrophysicien avait côtoyé des chamans dans un goulag de Sibérie. Il avait développé une théorie du temps, qui selon lui est de nature « substantielle », c’est-à-dire que le temps aurait une solidité qui pourrait changer selon la configuration de la planète. Il serait « plus ou moins solide d’un endroit à l’autre » (ce qui expliquerait le phénomène des vortex).

Avec son équipe, le docteur a conçu une machine qui est comme un tube recouvert de miroirs à l’intérieur. Avec des fréquences sonores et de la musique, la personne qui se trouve à l’intérieur peut changer de réalité. « Nous nous sommes aperçus que l’on pouvait ainsi modifier le sens du temps et de l’espace chez la personne qui est à l’intérieur. » (p.149) Olga rentre dans la grande machine et tente l’expérience. Elle sera directement mise en contact (p.191 sqq) avec un « autre courant de l’humanité » qui serait lié au Pays des Eaux Blanches, des individus très évolués (p.193). Ces individus confirment qu’Oumaï est liée à Belodovia. Ils expliquent que nous sommes à la fois particules et ondes, et que notre âme est de nature ondulatoire, qu’elle peut donc « aller partout et s’arrêter n’importe où« .

« Les hommes de ton flux de réalité ont progressivement acquis le corps d’un nouvel organisme, et maintenant le moment est venu pour lui d’émerger et d’intégrer son stade de développement à d’autres branches de l’humanité. Ton peuple connaîtra une formidable mutation personnelle. Peut-être croira-t-on que c’est la fin du monde. Par bien des côtés, ce sera vrai, car une grande partie du monde ancien fera place à un nouveau mode d’existence. La structure psychologique de chacun sera transformée, le vieux modèle de réalité étant devenu insuffisant. Ton peuple connaîtra et apprendra à comprendre une autre nature de l’être » (p.194)

Ces êtres ajoutent alors que l’humanité fragmentée possède l’équivalent d’un « Moi du Coeur », et celui-ci se trouverait justement à Belovodié. Les êtres disent qu’avec les changements en cours, nous aurons des interactions directes avec d’autres facettes de l’humanité – des habitants d’un autre monde. Ils prédisent en quelque sorte qu’un certain nombre de personnes vivront ces « transformations ». Ils annoncent aussi la découverte d’une prêtresse dans le sud de l’Altaï.

Suite à ses expériences, elle reçoit le don de parler directement à l’inconscient des autres, ce qui lui permet d’effectuer des « guérisons miraculeuses » sur ses patients. Elle a aussi des expériences où elle voit le monde à partir du cœur (pour une comparaison, se référer à cet article).

Olga intègre par la suite des techniques de guérison chamanique (cire, danse, etc) à l’hôpital psychiatrique. En général, il faut un choc pour que la personne quitte sa programmation et libère l’énergie de l’inconscient. C’est ce qu’a fait Oumaï à une amie d’Olga, dans une expérience forte décrite au début du livre.

« Les maladies de l’esprit n’ont que deux causes, qui sont parfaitement opposées l’une à l’autre. Une personne peut devenir folle si son âme, ou une partie de son âme, est perdue. Cela se produit d’habitude quand son âme lui a été volée. Mais il se peut même parfois que cette personne décide inconsciemment de s’en défaire, peut-être en échange d’autre chose. La deuxième façon de devenir fou, c’est de se laisser envahir par un pouvoir étranger. » (p.211) « Si tu te trompes de cause, tes soins vont nourrir le mal et l’aggraver. »

La fin du livre relate une expérience du physicien quantique dans la machine à miroir de son laboratoire. Il s’est enfermé à l’intérieur et s’est retrouvé à parler avec un homme en blanc qui lui a expliqué toute l’histoire de Belovodié. C’est un des passage les plus intéressants du livre.

La légende de Bélovodié

Après une catastrophe majeure, le nord de l’Eurasie a gelé. Une civilisation très raffinée avait fleuri au nord de la Sibérie où le climat était très doux. Une petite élite avait prévu la catastrophe. L’élite préserva le savoir acquis. C’était un savoir « lié à la dimension intérieure de l’esprit ». « Avant la catastrophe, leur société toute entière était dotée d’une merveilleuse intensité spirituelle, qu’on ne retrouve, dans ta culture matérialiste, que chez très peu de gens. Ils détenaient une sagesse psychologique incroyable. Ils savaient maîtriser leur sens personnel du temps et avaient appris à communiquer par télépathie sur de grandes distances. Ils possédaient l’air de prévoir l’avenir, et leur structure sociale était la plus efficace qui ait jamais existé. »

Note :
Ce texte évoquant une inversion du globe, le sud devenant le nord et inversement, on peut se demander si à l’époque, cette zone n’était pas occupée par une civilisation opposée à celle de l’Atlantide. Nous n’en aurions pas de traces, car toute construction n’étant pas en pierre disparaît avec le temps. (cf. Lev Goumilev). Le cataclysme aurait alors provoqué l’extinction de l’Holocène, il y a 12,800 ans environ. Voir à ce propos Mondes en collision de Velikovsky.

Peut-être il y a-t-il un lien entre l’Altaï et le Japon, qui a une grande importance chez Nakazono. On peut aussi se demander ce que sont les énigmatiques structures métalliques de la « vallée de la mort » en Sibérie.

Il y eut alors des migrations passant par l’Altaï, qui devint un creuset culturel. Le peuple s’en alla vers le sud, tandis qu’une minorité est restée au nord. La culture du peuple partie vers le sud s’est modifiée, se tournant vers la matérialité à cause des conditions de vie difficiles. Cependant, les migrations donnèrent lieu à des courants spirituels importants :

« L’un de ces courants a atteint le territoire de l’Iran moderne, où le savoir spirituel dont il était le détenteur s’est manifesté avec le zoroastrisme. Plus tard, cette même branche a transmis au christianisme beaucoup de son savoir. [Note : s’agit-il du gnosticisme et manichéisme ?] Un autre groupe a émigré vers l’Inde et le Pakistan actuels, et en même temps qu’il y établissait une société, a donné le jour au trésor de la tradition védique. Le bouddhisme tantrique, qui appela Shambala le lieu du savoir primordial, fut en communication directe avec celui-ci durant des siècles. Ceux qui sont partis vers l’Ouest sont entrés dans l’histoire sous le nom de Celtes, liés à la source commune par le biais des cérémonies druidiques. Ainsi, la postérité mystique de cette ancienne civilisation a fait de l’Altaï la source première de bien des grandes civilisations du monde.

Il y a toujours eu, dans chacune de ces traditions, des gens en contact direct avec Belovodié. De temps en temps, un peu du savoir de Belovodié a été communiqué à ta civilisation. Par exemple quant l’humanité était très menacée, comme pendant les deux guerres mondiales. Cette science vous est communiquée maintenant encore en raison du pouvoir que vous avez accumulé, et qui peut engendrer toutes sortes de catastrophes. Belovodié se rend accessible à vos consciences pour vous protéger et vous montrer d’autres modes d’existences. » (p.252-253)

La roue du temps ou roue solaire est un symbole que l’on retrouve fréquemment chez les peuples sibériens. Il semble lié à cette ancienne civilisation éclatée.

La fin de l’ouvrage est consacrée aux liens entre ces traditions spirituelles, qui prouveraient leur origine commune. Sont passés en revue les adeptes de Krishna, les anciens Nippons, les divinités du bouddhisme et de l’hindouisme, le tantrisme du Kalaçakra, la tradition zurvanite, et en particulier le système de Gurdjieff (voir cet excellent article !)

« L’accumulation de la connaissance par les uns dépend du rejet de la connaissance par les autres. Il y a, dans la vie de l’humanité, des périodes qui coïncident généralement avec le commencement du déclin des civilisations, où les masses perdent irrémédiablement la raison… De telles périodes démentielles, concordant souvent avec des cataclysmes géologiques, des perturbations climatiques, et autres phénomènes de caractère planétaire, libèrent une très grande quantité de cette matière de la connaissance. Ce qui nécessite un travail de récupération, faute de quoi, elle serait perdue. » – Gurdjieff, cité par Ouspensky dans les Fragments d’un enseignement inconnu.

Gurdjieff aurait évoqué la roue du temps, qui est la « porte mystérieuse » des soufis. Il a été étudié par le docteur Vassiliev, qui a dirigé un groupe Gurdjieff en Russie. Ce concept est développé par Olga Kharitidi dans Le Maître des Rêves Lucides – Au coeur de l’Asie une psychiatre russe apprend comment guérir les esprits du trauma.

http://newsoftomorrow.org/esoterisme/chamanisme/olga-kharitidi-la-chamane-blanche-resumeextraits


"LA MEDECINE DU 21EME SIECLE SERA ELECTROMAGNETIQUE"


par Sylvain Michelet

Règne de la fée Electricité et Age de la communication obligent : d'innombrables ondes et champs électromagnétiques d'origine artificielle surchargent aujourd'hui notre environnement. Mais que savons-nous de leur influence sur les êtres vivants ? Dans un reportage fascinant diffusé en 2002 sur Arte, puis publié sous la forme de livre - "Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent", coll. Espaces Libres, Albin Michel -, Jean-Pierre et Laurence Lentin dressent le bilan des connaissances actuelles.

Nouvelles Clés : Votre enquête concerne évidemment, en premier lieu, les dangers de l'électromagnétisme artificiel pour la santé. Et certes, en se promenant sous une ligne à haute tension par temps de pluie ou, pire encore, de neige, il est facile d'attribuer à tous ces grésillements un vilain air de menace. “Frayeurs obscurantistes”, semble répondre le discours scientifique officiel français. Et c'est la même fin de non recevoir pour les effets du téléphone portable. Bref, sauf en cas de contact direct avec un circuit ou d'échauffement des tissus, la plupart de l'électromagnétisme artificiel présent dans notre environnement serait sans aucune action sur le vivant. Pourtant l'Assemblée Nationale a adopté en juin 2000 une loi interdisant la construction d'habitations et d'établissements publics sous les lignes à haute tension. Toute cette ambiguïté se retrouve d'ailleurs dans l'attitude face aux thérapies électromagnétiques. Alors, pourquoi en sait-on si peu ?

Jean-Pierre Lentin : Dès la découverte de l'électromagnétisme, certains pensent à ses effets sur le vivant, positifs ou négatifs. Des appareils de thérapie électromagnétique apparaissent vers 1880, et des recherches un peu plus sérieuses commencent quelques décennies plus tard. Et là, première surprise et premier élément de réponse : c'est essentiellement la science soviétique qui s'intéresse à ce domaine, donnant aujourd'hui à la Russie une avance certaine. Pour expliquer le retard pris par l'Occident, il faut en effet tenir compte de l'énorme pression exercée en faveur de la chimie pharmaceutique, dont les premiers succès datent de la même époque. Citons le cas emblématique de John D. Rockfeller qui, après avoir fait fortune dans l'industrie minière et pétrolière, s'est reconverti dans l'industrie chimique. Voyant l'énorme potentialité de l'industrie pharmaceutique à base de chimie, il a investi massivement dans la recherche médicale. Il a inondé les universités de crédits, de bourses, de subventions, alors que jusque là les industriels le faisaient peu. De fait, le système de financement privé de la science aux Etats-Unis a incité les chercheurs à se consacrer à la recherche chimique. On compte ainsi plusieurs cas connus de répression ou de suppression active des recherches dans les domaines qui concurrençaient le modèle chimique. De leur côté, les compagnies industrielles basées sur l'électricité (ou les armées, avec les radars) n'avaient pas intérêt à conduire ou à financer des études risquant de prouver que les champs magnétiques et électriques ont un effet sur la santé. Cela faisait beaucoup pour une discipline à peine naissante ! L'étude du bio-électromagnétisme s'est donc très peu développée en Occident, et toujours grâce à des chercheurs marginaux ou à des scientifiques qui, bien que plus conventionnels, étaient isolés dans leur université et considérés comme des gens un peu bizarres.

N. C. : C'est donc de Russie, ou plutôt d'Union Soviétique, que sont venues les découvertes ?

J.-P. L. : La réputation de la science soviétique n'est plus à faire, malgré la bureaucratie ou les lubies de dirigeants qui, parfois, faisaient se fourvoyer tout un secteur, comme Lyssenko avec la génétique. Un chercheur qui ne se heurtait pas de front à ces interdits disposait d'une certaine liberté. Quand il s'est agi de mesurer les effets de l'électromagnétisme sur la santé, par exemple, l'intérêt scientifique a rencontré l'idéologie prônant la protection du travailleur, et les résultats ne se sont pas fait attendre : les normes de sécurité sont aujourd'hui encore en Russie beaucoup plus draconiennes que chez nous. L'armée, quant à elle, ne s'en est pas souciée, puisqu'elle avait de toute façon tous les droits. (On sait qu'aux Etats-Unis l'armée a d'abord financé puis étouffé les études sur les effets des émissions radar de forte puissance en zone habitée.) D'autre part, la recherche d'utilisations thérapeutiques était favorisée par la pénurie chronique de médicaments.

Laurence Lentin : Nous savions donc que la recherche russe était en avance. La deuxième surprise, et le deuxième sujet de notre reportage, c'est que nous ignorions à quel point : à Moscou, à Saint-Petersbourg, à Kiev en Ukraine (les trois écoles les plus réputées) comme dans toute l'ex-Union Soviétique, la thérapie électromagnétique est couramment employée pour de multiples applications, dans les hôpitaux publics et dans des centres privés. Et, au dire de tous les médecins, avec un grand succès.

N. C. : Dans quels domaines ?

J.-P. L. : C'est un vivier énorme. Pour notre enquête, nous avons fait un tri en nous adressant aux personnalités russes les plus reconnues, recroisant nos informations auprès d'autres experts mondiaux de la discipline réunis lors du congrès international de bio-électromagnétisme à Munich. Nous avons finalement retenu quatre techniques principales. En premier lieu vient la thérapie par les ondes millimétriques, des micro-ondes d'une fréquence encore plus rapide que les micro-ondes classiques (au-delà de 5 gigaHertz, contre 2,5 gigaHertz pour un four, de 0,9 à 1,8 gigaHertz pour le téléphone portable et 3 ou 4 gigaHertz pour le prochain système de téléphonie mobile UMTS). Les Français ont été parmi les premiers à découvrir ces ondes, mais très rapidement ce sont les Russes qui en sont devenus les spécialistes, construisant des émetteurs reconnus comme les meilleurs du monde. Particulièrement difficiles à créer, les ondes millimétriques ont servi aux radars (plus une onde est rapide, plus elle est pénétrante), puis à l'analyse des matériaux. Les Russes, avec leur culture en bio-électromagnétisme, se sont demandés dès les années 60 quels effets elles pouvaient avoir sur le vivant. Ils ont soumis à leur rayonnement des levures, des algues, des cultures de cellules. Bingo ! Pour certaines fréquences très précises, ils obtenaient des doublements, des triplements, voire des décuplements de la croissance cellulaire. Leurs premières utilisations médicales ont été conduites par l'institut de cancérologie et on s'en sert largement aujourd'hui, non pour combattre le cancer directement, mais pour aider l'organisme à résister aux radiations et à la chimio. Les médecins ont aussi travaillé sur la cicatrisation, la repousse des os, la réduction des oedèmes et des inflammations, les maladies de peau et les affections qualifiées là-bas de neurologiques et chez nous de rhumatismales : arthrose, tendinite, mal au dos, etc.

L. L. : Il faut voir, à Moscou, l'impressionnant Hôpital N° 15, qui ressemble à une immense barre HLM, où nous avons rencontré la grande spécialiste des ondes millimétriques, Natalia Lebedeva, et sa fille Anastassia qui dirige le service de cardiologie. C'est là qu'on envoie les Moscovites victimes d'un infarctus, tous sont traités à l'aide d'une petite machine à ondes millimétriques, dont on a constaté qu'elles ralentissaient les battements cardiaques et aidaient le muscle à récupérer. Elles stimulent la réparation des tissus, ont un effet antioxydant, renforcent la capacité des cellules à résister à l'infection et à l'inflammation.

N. C. : Les Russes ont mené des études thérapeutiques rigoureuses, ils ont des données précises ?

J.-P. L. : Hélas ! Ils n'ont pas souvent employé nos protocoles draconiens, avec placebo et procédures en double aveugle, etc. Ils sont aussi passés un peu trop vite, au goût nos savants, des expérimentations animales aux applications humaines. Toutes les études cliniques seraient donc à refaire pour obtenir des homologations dans les pays occidentaux, un processus qui coûte très cher, ce qui nous ramène à l'ostracisme dont souffre la biologie électromagnétique (ses moyens humains et financiers sont environ mille fois inférieurs à ceux de la biologie moléculaire). Certes, dans d'autres domaines que celui des ondes millimétriques, la médecine occidentale s'est un peu ouverte aux techniques russes. Les champs magnétiques pulsés, par exemple, sont homologués aux Etats-Unis par la Food and Drug Administration depuis 1979 comme thérapie permettant de soigner les fractures particulièrement récalcitrantes (les non-union fractures). Mais il a fallu qu'un investisseur privé trouve les moyens de financer cette recherche précise, pour cette application précise.

Et en France les orthopédistes ne veulent toujours pas en entendre parler !

L. L. : A l'institut de biophysique cellulaire de Pouschino, la grande cité scientifique à 100 km de Moscou, on a déjà dépassé tout ça, même si les locaux tombent en ruine et que les laboratoires sont dépeuplés - il faut dire que la recherche russe est aujourd'hui dans une misère noire, un chercheur gagne à peine cent dollars par mois ! Et pourtant, ils sont en train d'obtenir des résultats contre le cancer et la maladie d'Alzheimer, avec des champs magnétiques pulsés de très faible intensité.

J.-P. L. : En Occident, il y une seule autre application pour les champs magnétiques, cette fois très intenses : en neuropsychiatrie, ils semblent avoir un effet sur les dépressions graves. Cette méthode découverte par les Américains est depuis peu à l'essai à Paris (à la Salpétrière), à Créteil et à Lyon.

N. C. : Vous voyez bien que l'on s'y met, et personne ne se plaindra d'un luxe de précautions ! N'y aurait-il pas des raisons plus fondamentales, liées à cette discipline elle-même, pour expliquer les réticences occidentales ?

J.-P. L. : Bien sûr, il y a de nombreux problèmes. D'abord, la complexité des phénomènes en biologie cellulaire rend les expériences extrêmement difficiles à reproduire d'un labo à l'autre. Une des raisons, c'est que le champ magnétique terrestre entre en ligne de compte, d'une manière qu'on ne sait absolument pas quantifier, et que ce champ varie géographiquement, il est aussi modifié par les bâtiments, donc il n'est jamais identique d'un endroit à l'autre. Certains chercheurs estiment qu'ils faudrait faire les expériences à -600 mètres, pour que le champ magnétique ne subisse aucune influence ! Mais le problème est aussi médical : la médecine russe partage avec la médecine chinoise une vision énergétique de l'être vivant. Les différentes techniques électromagnétiques s'appliquent en des points précis, issus de la “réflexothérapie”, nom que les Russes donnent à l'acupuncture. Quand on sait que celle-ci tient encore du charlatanisme aux yeux de notre médecine officielle, on comprend la difficulté !

La troisième technique importante employée en thérapie, après les ondes millimétriques et les champs magnétiques pulsés, offre un excellent exemple de l'incompréhension qui règne ici. Il s'agit des courants électriques, que l'Occident connaît bien puisqu'ils servent notamment aux kinésithérapeutes pour calmer la douleur (les stimulateurs électriques nerveux transcutanés).

Ça chauffe un peu, le courant est assez fort, une utilisation prolongée annule les effets à cause de l'accoutumance, et à la longue ça peut être cancérigène. Mais ça rentre dans le modèle admis : effet = échauffement. Les Russes, eux, utilisent des micro-courants électriques, mille fois moins intenses, mais appliqués sur les “zones réflexes” et les points d'acupuncture. Et ça donne des résultats spectaculaires, notamment contre les toxicomanies. Nous avons visité un centre où on soigne le tabagisme et l'alcoolisme, avec une espèce de couronne électrique inventée dans les années 70 par un ingénieur du spatial, Boris Bourenko, initialement pour soigner les cosmonautes victimes du mal de l'espace. Les Russes s'inspirent aussi, parfois, de découvertes occidentales en médecine alternative, mais ils les développent et elles rejoignent vite la médecine officielle. Dès qu'il y a des résultats, ces médecines sont homologuées par le Ministère de la Santé, même si leurs principes restent assez mystérieux. C'est le cas, à Moscou, du centre IMEDIS de Youri Gotovsky, à partir d'une technique créée dans les années 60 par un Allemand, Reinholdt Voll, qui consiste à mesurer la résistivité des points d'acupuncture par rapport à une valeur normale, puis à rétablir l'équilibre. L'électro-acupuncture et ses rejetons comme les méthodes Mora, Vega ou Bicom, malgré leur succès en Allemagne et en Autriche, sont toujours restées des thérapies alternatives en Occident. Car là, on entre de plain pied dans le cœur du problème : on débouche directement sur l'homéopathie !

N. C. : Pourquoi est-ce le cœur du problème ?

L. L. : Parce que ces thérapies reposent sur l'idée d'une bio-résonance électromagnétique. C'est un apport d'information à l'organisme, et non un processus mécanique comme en chimie médicamenteuse. Les Russes, et aussi les Ukrainiens qui sont très en pointe dans ce domaine, ont informatisé le diagnostic issu des points d'acupuncture et de la détection des ondes émises naturellement par le corps. Et ils vont encore plus loin, ils enregistrent sous forme électromagnétique la “signature” des substances à prescrire, et à la fin de la consultation le médecin branche une petite machine, y place des granules neutres de saccharose et les irradie avec les fréquences de ces substances, numérisées dans l'ordinateur. C'est de l'homéopathie électromagnétique.

N. C. : Et pour espérer comprendre un jour, il faut dépasser notre vision chimique moléculaire du vivant, de l'homme, de la médecine, et adopter une vision électromagnétique ?

J.-P. L. : C'est à notre avis l'étape suivante. En termes de communication, le modèle chimique de la clé et de la serrure est insuffisant : il faut une molécule qui s'emboîte dans une autre molécule pour déclencher un processus, cela devient vite un peu fou, car il y a des milliards de molécules dans une cellule, et de nombreux phénomènes restent inexplicables. A l'évidence, il existe d'autres méthodes de communication plus performantes. La preuve, c'est que nous nous en servons pour communiquer dans le monde entier avec nos portables, nos radios, nos télés, etc. Pourquoi le vivant ne ferait-il pas pareil ? Quoi de mieux, pour communiquer, que d'émettre une fréquence que seuls les “bons” détecteurs cellulaires capteront, par résonance, déclenchant une réaction ciblée ? Au congrès de Munich, le sujet de questionnement principal était : “S'il n'y a pas d'échauffement, alors qu'est-ce que c'est ?”. C'est de l'information, en fait, un signal reconnu par la cellule. Et cette notion ne “passe” pas facilement ! A propos des ondes millimétriques, les Russes avancent pourtant une hypothèse intéressante. Souvenons-nous que les étoiles, pour nous principalement le soleil, émettent sur toutes les longueurs d'onde, à toutes les fréquences. Or, les ondes millimétriques sont pratiquement les seules à être entièrement absorbées par l'eau dans la haute atmosphère. Sur Terre, elles sont totalement absentes de l'environnement naturel. Du coup, celles émises par la matière vivante rencontrent moins d'interférence, moins de brouillage. Le vivant les aurait-il “choisies” précisément pour cette raison, pour servir de véhicule à ses communications ? Autre piste proposée depuis les années 60 par l'institut de biophysique de Pouschino et portant sur l'activité cellulaire elle-même : on sait que l'un des facteurs de régulation de cette activité est la quantité d'ions calcium qui traversent la membrane cellulaire. Ces ions entrent et sortent selon un rythme connu, cyclique. Il n'est pas difficile de supposer que ce rythme puisse être affecté par d'autres phénomènes cycliques : il suffit qu'une oscillation de même fréquence, ou multiple ou sous-multiple de cette fréquence, entre en résonance ou en interférence, et inhibe ou augmente le rythme naturel.

L. L. : A l'Hôpital 23 de Moscou, une bâtisse lugubre et complètement délabrée, le docteur Yossif Blinkov a appliqué ce raisonnement aux organes eux-mêmes, suite d'ailleurs à des travaux de médecins français totalement inconnus ici, Ferrer et Saulnier de Marantes. Nos organes ne sont pas seulement soumis à des rythmes circadiens, mais aussi à des rythmes internes, en Hertz (un Hertz, c'est un cycle par seconde) ou en fractions de Hertz, parfaitement réguliers. Blinkov a mis au point des appareils magnétiques pour restaurer le rythme naturel de différents organes, et nous avons vu sa collaboratrice Ludmilla Khazina les appliquer dans son centre de réflexothérapie - un centre semi-privé, très différent des hôpitaux, très clean et moderne. Avec ça, elle soigne absolument tous les types de maladies, parce que, comme elle dit, “ le corps retrouve la mémoire perdue de ce qui lui fait du bien”.

N. C. : Est-ce que les Russes ont une théorie générale à proposer ?

J.-P. L. : On en est encore loin. Certains parlent de signalétique cellulaire, de macromolécules servant d'émetteurs et/ou de capteurs. Mais il y a un fait très curieux : presque tous nos interlocuteurs, sans même que nous le leur demandions, nous ont parlé de l'eau. Oleg Bietski, à l'Institut de Radiotechnique, nous a montré fièrement un appareil tout nouveau, “AquaStim”, un dynamiseur d'eau par ondes millimétriques. Selon lui, l'eau traitée peut être bue pour renforcer l'immunité, et en application locale elle est cicatrisante. Yossif Blinkov a lui aussi inventé un dynamiseur d'eau, qui produit ce qu'il appelle de “l'eau vivante”. Mieux encore : Evgueni Fessenko, un savant de réputation mondiale, le directeur de l'institut de Pouschino, ne se contente pas d'envoyer des ondes millimétriques pour stimuler ou inhiber le passage des ions calciums ou l'activité des cellules immunitaires. Il affirme avoir démontré qu'on obtient des effets identiques en baignant les cellules avec une eau qui a été préalablement irradiée par ces mêmes ondes.

L. L. : Peut-être aviez-vous déjà pensé, quand j'ai mentionné l'homéopathie électromagnétique, à Jacques Benveniste. Eh bien, sans toujours connaître son nom, les chercheurs russes nous ont répondu comme une évidence : “Mais bien sûr, tout est dans la mémoire de l'eau !”.

J.-P. L. : Conclusion : pour aller plus loin dans la compréhension de ces effets il faudra investir massivement et étudier la structure moléculaire de l'eau, dont on ne sait presque rien. Autrement dit, il serait temps d'y mettre les moyens. Mais il faut surtout changer toute notre vision de la biologie !

http://www.cles.com/debats-entretiens/article/la-medecine-du-21eme-siecle-sera-electromagnetique


vendredi 11 novembre 2016

"MARIO MERCIER: APPRENDRE A AIMER LA TERRE COMME UNE ENTITE VIVANTE"


Broyée par le « progrès », la Nature souffre. Souffrent aussi les hommes qui ne savent plus qu’elle est leur mère. Dans notre univers pollué, des voix s’élèvent pour tenter de freiner cet holocauste aveugle de forêts, de rivières, de richesses minières. Mario Mercier, véritable chaman, vibre à l’unisson de la nature. Nous lui avons demandé de nous dire pourquoi, il est vital de nous re-nouer avec elle et comment…

« Les hommes sont les fils du Ciel par le corps de la Terre »

(Rig-Veda)

Bruno TOTVANIAN. — Racontez-nous quand, comment et à la suite de quels événements, vous avez senti un appel vers la nature et par quels procédés d’instruction et d’initiation vous avez pu développer ce qui était probablement un don naturel, à travers une capacité créatrice qui se manifeste tant par la poésie que par la peinture et le dessin.

Mario MERCIER. — D’abord j’ai toujours été fortement attiré par la nature et j’ai eu la chance, étant enfant, de vivre à la campagne près d’une rivière. Donc, ce contact avec la nature, je l’avais dans mon sang, dans mes gènes et, j’ai pressenti, à travers elles, des résonances infinies. Plus tard, j’ai été coupé de la nature par les vicissitudes de la vie et j’ai été obligé de m’installer à Paris, moi qui suit méditerranéen !

Un jour, un grand désir de sortir de la ville me poussa à trouver une forêt, un bois. C’était un désir très fort. Une amie me conduisit en voiture, et sans savoir où j’allais, je lui disais : « Passe par là, tourne ici », et nous avons finalement abouti dans un bois au bord d’un chemin. Un bois abîmé par les passages des motos, les saccages des promeneurs. Un bois un peu étrange. Quelques jours auparavant, cette jeune femme qui m’accompagnait, un être très sensitif, avait rêvé qu’elle se trouvait dans ce bois, debout les bras levés et que c’était là son lieu privilégié. Deux ou trois nuits plus tard, moi aussi j’ai rêvé de la clairière de ce bois mais il y avait un mystère, comme une énigme et j’ai été poussé à y retourner. Sur place, j’ai commencé à ressentir des choses assez étranges, surtout la nuit, car le jour, il y avait trop de monde. C’était comme une force qui émanait de ce lieu, un lieu magique : je voyais des boules lumineuses, des formes ; par la suite, j’ai appris que c’était des esprits de la nature. A cette époque, je n’y croyais pas du tout. Plus tard, de retour dans le bois, des amis venus avec moi ont vu et senti les mêmes choses. J’avais besoin de m’asseoir au pied d’un de ces arbres que j’appelais l’arbre maître dans cette clairière et une espèce de relation s’établissait entre cet arbre et moi, un peu comme si le pouvoir psychique de l’arbre s’infusait en moi. A cette époque, je n’avais reçu aucune préparation, seule une ouverture, venue de l’enfance, vers la nature s’était éveillée. Mais il y avait là, dans cette clairière, une dimension autre, dimension que je n’ai jamais retrouvée dans aucun autre bois. Petit à petit, s’est installée une relation d’amitié, d’amour entre lui et moi : je connaissais chaque arbre, chaque chemin. Et toujours, il y avait quelque chose qui sortait doucement des arbres et qui en moi réveillait des sentiments enfouis, oubliés : ces arbres, ces buttes de terre étaient la façade de quelque chose de plus profond. Là, j’ai aussi appris à aimer le vent : ce vent très particulier qui se lève lorsque vous êtes en accord avec le lieu et la nature. Un vent qui, s’il ne se lève pas, vous fait comprendre qu’il vaut mieux partir, que rien ne se passera ce jour-là, que la forêt vous est fermée, interdite.

Voilà ce que fut mon premier choc avec la nature, ma première révélation de sa vie secrète.

Plus tard, j’ai rencontré un indien peau-rouge qui était de passage à Paris et il m’a dit : « Mais c’est toujours comme ça chez nous, on parle et les choses nous parlent, les dieux, les manitous s’expriment à travers ces forces. »

Évidemment, ce bois était un lieu privilégié. Il s’était constitué sur un point fort de la terre, là où les forces telluriques sont les plus puissantes. C’est pourquoi d’autres lieux n’ont pas la même intensité. Hélas, les hommes l’ont aujourd’hui rasé et il n’en reste rien qu’une immense tristesse pour moi et un magnifique souvenir.

B. T. — Dans une forêt, pour rester sur cet exemple commode, tout le monde ressent-il la même chose et voit-il les mêmes manifestations ou bien on ne voit ni ne ressent que ce qui vous correspond ?

M.M. — Tous ceux qui sont venus avec moi en forêt ont vu et ressenti les mêmes choses plus ou moins intensément mais il ne faut pas oublier que nous sommes tous constitués de la même façon et que nous venons tous des mêmes sources de vie, c’est-à-dire des premières amibes puis des premiers végétaux. Alors leur langage aujourd’hui, ne peut vous être indifférent. La seule différence vient peut-être d’un niveau plus ou moins fin de perceptivité, de sensibilité, mais cette perceptivité, cette sensibilité, nous pouvons les travailler, les développer, apprendre à voir, à écouter, et percevoir. Sans effort, cela s’apprend tout seul. Ceux qui auront le plus de difficultés sont ceux qui sont trop enfermés en eux-mêmes, qui ne savent pas s’ouvrir à autrui et par voie de conséquence à la nature.

Cependant, ceux qui ont un peu le sens poétique sont d’emblée à l’aise dans la nature car la poésie est un acte de liberté, de lucidité qui ouvre un monde autre ; d’ailleurs, les premiers qui ont exprimé des idées cosmiques étaient des bardes, donc des poètes qui faisaient une poésie agissante à l’intérieur des choses puisque les mots étaient magiques, la parole agissait sur l’essence des choses et les transformaient. C’est le verbe créateur… J’ai d’ailleurs retrouvé les paroles qui venaient des arbres, de l’humus, des rochers et des manifestations de la forêt, ce sont des paroles que l’on n’entend pas avec les oreilles bien sûr mais en dedans de soi. Qui passe un peu de temps à voir et entendre non seulement avec les oreilles et les yeux mais avec tout le corps ?

Si l’homme s’ouvre à la beauté qui vient du monde, à la beauté qui émane des étoiles, du Soleil, de la Terre, cette beauté le transforme, le transfigure, le change intérieurement et lui, peut projeter sa force spirituelle sur l’univers qui en a besoin ; car l’univers a besoin de l’homme, de cet homme qui est une antenne — c’est pour cela qu’il se tient droit — les pieds en terre, la tête vers le ciel.

B. T. — Ne croyez-vous pas que l’évolution de notre civilisation et la mentalisation extrême qui en est le prix nous a progressivement coupé de la nature et que notre mode de vie nous a fait perdre le pouvoir de contact direct avec les forces naturelles ? Tout comme notre vue et notre odorat qui se sont considérablement affaiblis ?

M.M. — Oui et non. Ce n’est pas seulement l’évolution de la civilisation qui gêne, ni la mentalisation. Je crois que l’homme s’est transformé au fil des millénaires et son âme qui flottait, fluide autour de lui, s’est peu à peu condensée à l’intérieur du corps. De là le contact direct perdu, car des arbres, par exemple, émane toujours la même force. Il y a quelques milliers d’années l’homme voyait probablement se manifester à l’extérieur, les formes intérieures. On lit encore dans les récits chamaniques que tel chaman pouvait cacher son âme dans l’œuf d’un nid d’oiseau. Aujourd’hui l’homme est devenu tête et ne perçoit plus les choses qu’avec sa tête, avec son mental : sa perception est mentale et non plus sensorielle. Et ce qu’il voit doit passer par le système analytique du cerveau ; ce n’est plus une perception globale instantanée et sensitive ; il ne sent plus par l’intérieur de son corps.

B. T. — Après ce que vous venez de dire, il me semble que l’homme ait besoin de renouer avec son environnement et de réapprendre à vivre avec la nature. Qu’a-t-il perdu en se coupant d’elle et quelle raison a-t-il de se renouer à elle ?

M.M. — Au départ, l’homme est un médium, il se tient au milieu, il est droit. Le Tao dit : « Celui qui est trop dans la terre a quitté le ciel, celui qui est trop dans le ciel a quitté la terre. » (Il est donc en déséquilibre.) L’homme doit capter les puissances du cosmos et les projeter dans la terre, comme il doit recevoir les puissances de la terre et les projeter vers le ciel. C’est l’une de ses missions.

B. T. — Est-ce un échange d’amour ? Un peu comme ces relations sentimentales et intimes qui s’établissent entre un jardinier et les plantes ? Ceux dont on dit qu’ils ont la main verte ?

M.M. — La plante a besoin de relations émotionnelles avec l’homme (de même que l’animal). Relations énergétiques. Si l’on réveille l’énergie émotionnelle d’une plante, elle se met à l’unisson de notre propre énergie émotionnelle qui s’éveille alors à d’autres niveaux de sensibilité. Cela a été illustré par l’histoire de plusieurs japonais perdus dans des îles du Pacifique, à la fin de la guerre et ignorant qu’elle était finie, coupés du monde, perdus dans une jungle, ils avaient renoué le contact avec la nature, et celle-ci, en harmonie avec eux, les prévenait des dangers, des nouveaux arrivants, par des signes imperceptibles à tout autre qu’eux. Ils ont survécu ainsi durant des années. Ils avaient développé une sensibilité très fine.

B. T. — Pourquoi dans la civilisation qui est la nôtre ne nous sommes-nous pas plus penchés sur ces phénomènes qui unissent l’homme et la nature et dont l’exemple le plus spectaculaire reste le jardin de Findhorn où deux couples d’Anglais (dont les femmes étaient médium) ont réussi des « miracles » là où rien ne pouvait normalement pousser ?

M.M. — Oui, Findhorn est vraiment l’exemple éclatant de ce que nous disons. Tout y est extravagant et irrationnel : légumes énormes, fleurs admirables, arbres splendides poussant dans le sable et la sciure d’un ancien cimetière de voitures. Ce qui prouve que l’homme possède le verbe, ce verbe qui a le pouvoir d’agir sur l’essence et l’éthérique des choses. Réveiller par cette force, l’essence des choses va entrer en vibration avec l’essence de l’homme, et de cette harmonie peut naître ce que nous appellerons vite « miracle » tant nous nous en sommes éloignés.

Nous retrouvons ici la même puissance que celle dégagée par les contes pour enfants qui sont des textes initiatiques bâtis à travers une historiette. Ils s’adressent au double profond de l’enfant et l’initient aux grands mystères de la vie, lui donnent des clefs pour pénétrer la nature et la comprendre. A titre d’exemple, prenons les contes de Noël qui sont un chant d’amour à la gloire du bois. Ce bois qui libère sa force pour l’homme ; cet homme qui vient sans doute du bois.

B. T. — Revenons aux dommages causés par la séparation de l’homme et de la nature, dommages qui en ont fait une sorte de mutilé. Quelles sont les conséquences de cette fracture et où peut-on en voir les traces ?

M.M. — D’abord il faut rappeler qu’il y a sans cesse des massacres de forêts et peu de voix retentissent pour protester contre ces saccages. L’homme prend droit de vie et de mort sur la vie de l’arbre, devenant son pire ennemi, alors que l’arbre a des qualités magnifiques dont l’homme peut et doit bénéficier. Quant aux dommages qui en résultent pour l’humanité, ils sont d’ordre géologique, climatique, énergétique, spirituel, c’est-à-dire dans le psychisme de l’homme qui se « métallise » de plus en plus ; or le métal et sa symbolique sont bien de notre temps, de guerres, de violences, de haine et cela dure (en empirant) depuis l’âge du bronze et du fer.

N’oublions pas que pour les Chinois, l’âge du métal c’est l’automne de la civilisation. Dans cet âge, le bois vivant n’est plus qu’un vestige et les parcs nationaux sont des cimetières de vestiges. Coupé de la nature vivante, l’homme vit mal, malgré un confort indéniable. En perdant ces racines profondes, il a perdu son identité, il devient un robot mécanisé n’ayant plus aucune relation ni avec son environnement ni avec l’univers. Mais je reste optimiste, car aujourd’hui il y a de plus en plus d’hommes qui redécouvrent la nature et qui essaient de lui rendre le respect qu’on lui doit. C’est une réaction qui ira, j’espère, s’amplifiant.

B. T. — Qu’est-ce qu’un homme, ayant pris conscience de son appartenance à la nature, peut faire pour se relier à elle ? Concrètement.

M.M. — Il n’y a pas de recettes mais l’homme doit dépasser le niveau de la prise de conscience et tenter de sentir en lui-même que la terre est une entité vivante qu’il doit aimer et respecter. Peut-on imaginer un homme mutilant sa mère ? Et c’est hélas bien souvent ce qui se passe entre les hommes et la nature : il lui prend son minerai, son pétrole, coupe ses arbres, pollue sa campagne, découpe ses montagnes pour y faire passer des routes, creuse des tunnels, déverse chaque jour des milliers de tonnes d’ordures dans les océans et les rivières sans parler des fûts de déchets radioactifs jetés dans les fosses marines. On dirait qu’inconsciemment nous activons notre technologie spatiale en vue d’un départ futur de la Terre à jamais dévastée.

Ce dont on peut rêver, c’est qu’un jour on apprenne à l’homme l’amour et le respect de la terre et de la nature et que cet enseignement lui soit donné dès son enfance et durant toutes les années de scolarité. Il y aurait alors moins d’enfants déséquilibrés et attachés à des choses superficielles. Mon fils, par exemple, quand je le mets dans la nature, n’a plus autant envie de se bloquer devant la télévision. C’est donc un phénomène d’éducation ; dans nos programmes scolaires, la terre est étudiée scientifiquement, disséquée, analysée comme une chose inerte. On n’y étudie pas les relations d’amour de l’homme avec la nature, relations qui sont en réalité essentielles. Car c’est à la nature et au cosmos qu’il doit la vie et une conscience de la spiritualité. Sans faire entrer ici les notions d’esprits, propres à la nature, je peux proposer comme moyen premier pour se relier avec la nature, de s’en approcher comme d’une amie, d’une mère, d’une femme digne d’amour. De la sentir, de la respirer, la toucher, la regarder avec le sens du cœur. Apprendre à s’émouvoir du charme d’un bois, du chant de l’eau vive, de la musique du vent dans les feuilles et de cette vie qui jaillit au printemps, qui va s’épanouir en été pour mourir dans un enchantement de couleurs en automne. Ce feu d’artifice final nous laisse la promesse, après l’immobilité hivernale, d’une renaissance certaine. C’est toute cette approche qui sera le premier travail d’un retour à l’appartenance de l’homme à son environnement.

B. T. — Et que peut-on dire des paysans qui vivent dans et par la terre ? Eux qui sont aujourd’hui dans la situation paradoxale de vivre près de la nature et pourtant d’en être tout autant coupés qu’un citadin du fait des moyens modernes de culture qui incitent à oublier que la nature implique du temps et des cycles ? Évidemment, il existe encore quelques cultivateurs qui aiment profondément la terre et la nature mais il semble qu’ils soient de plus en plus rares ?

M.M. — Moi qui ai vécu beaucoup à la campagne et près des paysans, j’ai remarqué que la plupart d’entre eux, effectivement, n’aimaient pas la terre. Peut-être parce qu’elle les fait travailler et souffrir. Ils n’aiment pas non plus les arbres (ils font de l’ombre et ne sont pas rentables), ni les animaux (ils sont une corvée quotidienne). En revanche, ils adorent la chasse. Dans mon enfance, en Lozère, j’ai vu beaucoup d’animaux tués et parmi eux des chiens parce qu’ils ne servaient plus à rien — trop vieux pour lever ou suivre le gibier. Il est inouï de penser que l’homme qui a le privilège d’être paysan, car c’est un privilège, se soit ainsi coupé de sa raison de vivre n’ayant plus aucune relation d’amour et de sensualité avec la terre. Les paysans n’ont plus souvent que des relations de profit. Pourtant ce ne sont pas des attitudes inconciliables. Le travail d’amour amène nécessairement un profit.

B.T. — Face à cette attitude, on peut peut-être dire un mot des cultivateurs qui, ayant pris conscience des dangers de la mécanisation, des pesticides, des fongicides et engrais chimiques se tournent vers une culture biologique qui respecte la nature ?

M.M. — Aujourd’hui les cultivateurs sont confrontés à des problèmes de rentabilité et les besoins en nourriture de la population augmentent sans cesse. Alors on presse le temps, on déclenche l’arsenal chimique pour faire plusieurs récoltes annuelles et soulager le travail. Mais la nature a besoin de repos et les agressions qu’elle subit, elle les fera payer cher. C’est pourquoi il est bon que certains cultivateurs retrouvent la notion de saisonnalité et réapprennent à travailler au rythme de la respiration de la nature. Il est excellent aussi qu’ils reconstituent la chaîne biologique dans leurs exploitations afin d’échapper à la tentation mortelle des moyens chimiques. J’espère que les pluies acides ne les gêneront pas trop, bien qu’hélas ils soient un peu touchés par la pollution environnante. Il n’est pas trop fort de dire que la Terre devient de plus en plus vite une poubelle.

B. T. — Avons-nous des correspondances privilégiées avec la nature selon ce que l’on est soi-même ? Certains hommes sont-ils plus près des chênes, des ormes ou des bouleaux ou plus en relation avec l’eau, les roches, les buissons ? Y a-t-il des portes qui nous soient plus favorables si nous leur correspondons ?

M.M. — L’homme doit aller vers ce qui l’attire le plus. Pour l’un, ce sera la mer ; l’autre, la montagne un troisième, la forêt. Mais toujours l’homme doit parler et s’approcher de la nature comme s’il se parlait et s’approchait de lui-même. Il doit parler à une amie qui est là comme le reflet de son âme et traiter la nature d’égal à égal. Évidemment, il faut couper des arbres mais il y a façon et façon de couper un arbre, or, de nos jours, c’est à un génocide des forêts que nous assistons, génocide que ne compensent pas les efforts réels de reboisement. Nous ne devons jamais oublier tout ce qu’un arbre peut apporter à l’homme et tout ce qu’un homme peut lui donner et que de cette interdépendance capitale peut renaître un bonheur pour l’un comme pour l’autre. Rappelons-nous que, s’il n’y a plus d’arbres, il n’y a plus de vie ni physique ni spirituelle possible.

B. T. — La femme est-elle plus favorisée que l’homme dans ses contacts avec la nature ?

M.M. — Oui, car la nature et la femme sont très liées bien que l’un et l’autre sexe puissent bénéficier de ces contacts. Mais la femme a un ventre fécond, elle crée la vie tout comme la nature. C’est en cela qu’elles ont ensemble, un point commun très fort.

B.T. — La femme et la nature étant toutes deux créatrices…

M.M. — Créatrice et destructrice, en ce qui concerne la nature, car elle se transforme en se détruisant. La nature se copie pour s’améliorer — tout comme un peintre reprend plusieurs fois sa toile pour atteindre un seuil de perfection, puis il passera à une autre œuvre pour chercher un autre seuil de perfection. Depuis des millions d’années, la nature tend toujours vers plus de perfection.

B. T. — Quelle est la part poétique dans votre démarche vers la nature ? Est-ce ainsi que s’exprime votre capacité sensitive et créative ?

M.M. — J’ai la chance d’être poète. La poésie est un acte de liberté, de lucidité. Elle permet d’entendre le dialogue des Dieux à travers soi. Les forces divines passent en nous par la poésie, c’est pourquoi les bardes se servaient des mots parce qu’ils ont une force magique et la nature est pleine de ces paroles que le poète doit capter. Mais on n’est pas obligé d’être poète ou peintre, le fait d’aimer est déjà une création. Ce qui compte c’est l’attitude poétique et non d’être un bon poète. La qualité joue moins que la démarche qui est d’abord une ouverture au monde, une ouverture d’amour.

QUELQUES LIVRES DE MARIO MERCIER

Chamanisme et Chamans (Éditions Pierre Belfond).

Le Monde Magique des Rêves (Éditions Dangles).

Chants Chamaniques (Éditions Monique Tissot).

La Nature et le Sacré (Éditions Dangles).

Les Rites du Ciel et de la Terre (Éditions Dangles).