lundi 27 janvier 2014

"DES SECTES, LES VRAIES ET LES FAUSSES"


par Marc-Alain Descamps

 
Le problème actuel
 
En France le mot secte est un piège, volontairement piégé. C'est une accusation, une déclaration de guerre. La réalité est très ancienne, le problème est nouveau. Il est actuellement l'occasion d'une vaste mystification : des opérations d'intoxication, accompagnées de campagnes de presse, se multiplient. Des groupements sont l'objet d'une dénonciation et d'une accusation. Parmi eux beaucoup ne sont pas des sectes du tout, alors que d'authentiques sectes prospèrent dans le silence et la dissimulation. Et souvent ce sont elles qui sont les premières à accuser les autres d'être des sectes. Car c'est l'insulte qui ne pardonne pas et l'accusation dont on ne se relève pas. L'hystérie collective antisecte engendre une diabolisation. Accusé d'appartenir à une secte, on en est réduit à démissionner et à se cacher. Comment en effet prouver que l'on n'appartient pas à une secte ? Ou que l'on n'y appartient plus, ou que l'on a été trompé, que c'était une erreur de jeunesse. Il est beaucoup plus facile de prouver que l'on n'est plus communiste, il suffit de se dire socialiste ou néocommuniste ou de passer dans une autre association cryptocommuniste.

Mais non-sectaire ?   Impossible. Qui pourrait délivrer un certificat de non-appartenance à une secte ?

Pour y voir clair il faut d'abord définir ce qu'est une secte, puis en distinguer et décrire les principales catégories.


Définition et classification
 
Autrefois toutes les sectes étaient religieuses. Le courant majoritaire qualifiait de "secte", les minoritaires, qui s'étaient coupés et détachés (sectus). Ainsi tout au long de son histoire l'église catholique romaine a constamment sécrété des sectes de chrétiens dissidents (Manichéens, Marcionistes, Montanistes, Novationistes, Donatistes, Vaudois, Spirituels, Taborites ...), selon deux critères : la divergence théorique (hétérodoxes, schismatiques, anathèmes, apostats, renégats ...) et la taille (le petit groupe, la partie détachée du tout).

Ainsi selon ces critères l'église chrétienne est une authentique secte juive : un tout petit nombre d'extrémistes chassés et persécutés pour leurs divergences théoriques. Et pendant quatre siècles cette secte des premiers chrétiens a vécue, dissimulée comme une société secrète, parmi la centaine d'autres sectes gnostiques et syncrétiques qui pullulaient dans le bassin méditerranéen, jusqu'à ce qu'elle reçoive la reconnaissance et le pouvoir de l'empereur Constantin en 415. Alors, devenue religion d'état, elle a exterminé les sectes gnostiques et cherché à détruire les autres dissidences religieuses par les croisades, les autodafés et l'Inquisition. Donc il n'y avait jamais de problème de secte, car elles étaient exterminées au fur et à mesure (tout au moins jusqu'aux guerres de religion).
 
L'étude du rapport église/secte est un sous-chapitre classique de la sociologie religieuse depuis Dürkheim (1912) et Max Weber. Nous ne reprenons pas ici cette longue polémique sociologique, puisqu'il s'agit d'un phénomène neuf. Le nouveau problème des sectes vient de la tolérance : les société démocratiques n’exterminent plus les groupes minoritaires tant qu'ils n'ont pas accompli des délits.  Et donc il va nous falloir distinguer toute une gradation de dangerosité possible, depuis la secte typique, jusqu'aux formes adultérées ou abâtardies.



DEFINITION : une secte est la proie d'un phénomène d'emprise, qui la met en prison.      D'où découle trois conditions :

1. l'embrigadement. La secte est l'objet d'une forte cohésion. En général, elle est dirigée par un chef charismatique qui assure la cohésion avec une main de fer. L'ordre, l'obéissance et la discipline sont essentiels. Et dans sa forme typique, un chef de structure paranoïaque groupant des angoissés engendre par son endoctrinement une mentalité d'assiégé.

2. l'englobement. La secte est une totalité qui donne tout et une globalité qui remplace tout. Elle donne la sécurité, la protection, la cohésion, l'amour mutuel, le logement, la nourriture, le travail, la sécurité, la santé, la sexualité ... Elle est donc une société globale qui remplace tout : la famille, les amis, la patrie, etc. Par conséquent elle se pose comme rivale de tout autre groupement (politique, syndical, sportif, artistique ...). Si la famille toute entière ne rentre pas dans la secte, on doit rompre avec sa famille (ascendante, latérale ou descendante) comme avec son conjoint et ses anciens amis.

3. l'enfermement. On ne sort pratiquement pas d'une secte, ou bien il est très difficile de la quitter. Une secte est une prison, qui vous enferme, parfois physiquement, mais toujours moralement. On est coupé de la société, séparé, mis à part, en ségrégation. Quand on veut la quitter on est l'objet de séances de remontrances et d'endoctrinement, parfois de persécutions et si on a réussi à s'enfuir la secte vous rattrape.


Les catégories. Nous distinguerons :

1. les sectes typiques, qui se trouvent être toutes des sectes apocalyptiques

2. les églises minoritaires, ou groupes plus larges

3. les sociétés d'exploitation financière


1. Les sectes  apocalyptiques

Les premières sectes de forme moderne, qui sont apparues, ont posé le problème nouveau des sectes. Elles vivent très séparées et si l'on veut les pénétrer, elles sont autodestructrices et suicidaires.  On les nomme aussi "les sectes tueuses".

- novembre 1974. L'armée de Libération de Donalia Defreeze, aux USA, enlève et convertit Patricia Hearst, la fille d'un magnat de la presse. Elle est envahie : 6 morts.

- 18 novembre 1978, le pasteur Jim Jones fonde Le Temple du Peuple. Devant des menaces d'intrusion, la secte quitte les USA pour Guyana (l'état de Guyane entre le Brésil et le Venezuela). Le suicide collectif fait 923 morts.

- mai 1985. La secte Move de John Africa dans la banlieue de Philadelphie aux USA se réfugie dans un bunker. Elle est bombardée par hélicoptère : 11 mort

- 9 septembre 1985 aux Philippines la grande prêtresse des Alta fait manger un porridge à l'insecticide : 72 morts.

- le 19 avril 1993, H.Vernon Howell change son nom en David Koresh ( pris à la Bible et au roi des Perses). Il entre chez les Davidiens (filiale de l'Eglise Adventiste) en tuant le fondateur à 67 ans et en séduisant sa femme. Il rassemble 3.500 disciples. L'élite se réfugie au Texas (USA) à Mount Carmel à Waco. Le siège dure 50 jours : 4 policiers tués, et 16 blessés, 86 suicides par le feu, dont 27 enfants et 17 de moins de dix ans.

- 5 octobre 1994, L'Ordre du Temple solaire de Jo Di Membro (de Golden Way) et Luc Jouvet  s'est développé en France, au Canada et en Suisse. Ils se veulent de nouveaux Templiers qui ont le droit de dire la messe et disent communiquer avec les premiers Templiers. Suspectés par la police, il y a 5 morts au Canada le 4 octobre 1994, 23 à Cheiry et 25 à Salvan en Suisse le 5 octobre 1994  et à nouveau sans qu'on ait pu l'empêcher 16 en France dans le Vercors le 25 décembre 1995 "morts en Transit vers Sirius", plus 5 le 21 mars 1997 au Québec ...

- 27 mars 1997, La Porte du Paradis (Heaven's Gate), fait 39 morts. Marshall Appelwhite, fils d'un pasteur presbytérien, après 3 ans de théologie est interné pour troubles homosexuels, puis part en cavale avec son infirmière et fonde sa secte par un mélange de christianisme, d'informatique et d'Ovni. Au passage de la comète Hale-Bopp, lui et ses 38 fidèles font le transit vers "le Paradis du Royaume du Père".

- 12 mars 1998, le suicide collectif de 33 élus pour rejoindre une autre planète sous la conduite de Heide Fittkau-Garthe de Hambourg a été empêché par la police de l'île de Ténérife aux Canaries …

Toutes ces sectes sont typiques et se ressemblent. Elles sont toutes chrétiennes et développent un discours apocalyptique de fin du monde prochaine, directement inspiré par le livre de l'Apocalypse de Saint Jean l'évangéliste, les Lettres de St.Pierre Apôtre (2ème Lettre, 3, 8) ou Luc (21, 25-28, 34-36). Leur structure psychologique est en résonance avec ces thèmes : isolement (fuir le monde pernicieux), angoisse de persécution, idéologie de martyr. Le délire de persécution quand il rencontre des confirmations dans le réel, déclenche des pulsions d'autodestruction et de fuite dans l'autre monde (le Salut ou le Transit). La structure paranoïde s'actualise soudain dans une flambée paranoïaque, qui provoque le grand sacrifice suprême par le suicide collectif. C'est cela le plus grand danger. Mais remarquons que tant qu'elles ne sont persécutées, ces sectes typiques semblent en attente (rassemblement d'angoissés influençables autour d'un paranoïde). C'est quand elles sont attaquées par la police ou l'armée, que se développe le classique comportement de martyr, bien connu depuis les premiers chrétiens.


2. Les églises minoritaires
  
Le respect de la liberté religieuse est fondamentale en Amérique pays d’immigrés fuyant les persécutions. Aussi les Eglises ne paient pas d'impôts ni sur leurs bénéfices, ni sur les dons et legs. Il y en a plus de 2.000 (Quakers, Mormons, Témoins de Jéhovah, Eglise scientiste ...) et parmi elles 200 sont considérées comme des sectes dures : White American Resistance, Sword of the arm of the Lord, White American Bastion, Chevaliers du Ku Klux Klan ... CUT, Church Universal and Triomphant au Montana, a 5000 adhérents, son prophète Elisabeth Clare a réuni l'élite dans un ranch de 900 hectares près de Yellowstone et a construit un bunker bourré d'armes pour 750 élus. Mais tant qu'on ne les persécute pas, ils se tiennent tranquilles.

D'autres églises de type planétaires :

- L'Eglise de l'Unification ou "secte Moon" a été fondée le 1er mai 1954 en Corée du Sud à Séoul par le Révérent Sun Myung Moon sous le nom de l'Association du Saint-Esprit pour l'Unification du Christianisme mondial. Selon son programme il a des groupes dans de nombreux pays. L'ensemble est parfaitement chrétien, centré sur le mariage, avec un coté anticommuniste. L'évaluation de ses membres varie, selon les sources,  entre des centaines de mille ou des millions (200 membres en France ?). Elle a été condamnée pour fraude fiscale à New-York et à Paris en 1986.

- L'Eglise de Scientologie tient à être considérée comme une église, fondée en 1954 par L. Ron Hubbard, né en 1911 et auteur de "La Dianétique, science moderne de la santé mentale". Mais elle semble s'occuper beaucoup plus de santé mentale et de nettoyage psychologique de l'esprit à l'aide d'un appareil  "électromètre" issu du détecteur de mensonge. D'anciens membres lui reprochent surtout d'avoir été ruinés et endettés par des cours et stages de plus en plus chers, une fois qu'ils ont été accrochés et culpabilisés. Il y aurait environ 20.000 membres en France et 10.000 en Suisse. Elle est mal vue en Allemagne mais a un statut légal aux USA.

- Les Enfants de Dieu ou Famille d'amour. Issus du Jésus Movement de1960, fondé par David Berg (1918-1994), appelé Moïse David, ce mouvement se répand dans de nombreux pays (où ils seraient plusieurs dizaines de milliers). Il est typiquement millénariste et apocalyptique. En dehors de son impérialisme, de son prosélytisme et de son enrichissement financier, similaire à ceux de tous les groupes précédents, on lui reproche sa particularité du flirty-fishing (utilisation des jeunes pour nouer des intrigues amoureuses et sexuelles dans le seul but de recruter pour la secte). Ce qui n'est pas nouveau, car c'était de règle dans des sectes gnostiques.

- L'Opus Dei ou Société sacerdotale de la Sainte-Croix et de l'Opus Dei,  fondé en 1928 par le prêtre aragonais José Maria Escriva de Balaguer, comprendrait 50.000 membres dans 73 pays. Très hiérarchisé en quatre ordres (les coopérateurs, les surnuméraires, les agrégés et les numéraires), cette secte de prêtres et de laïcs est accusée de chercher à occuper les postes clés dans le pouvoir gouvernemental, politique, bancaire, financier et technocratique. Mais on ne peut en dire rien de certain, car le mystère dont elle entoure ses statuts et la liste de ses membres, en ferait plus qu'une secte, une société secrète et une puissance occulte ...
 
On voit par ces quelques exemples, sur des centaines de cas (dont les Témoins de Jéhovah, les Pentecôtistes, Iso-Zen, l'Eglise de la Providence ...) combien l'hétérogénéité s'accroît. Il s'agirait d'églises dont la principale activité serait l'enrichissement économique ou la prise de pouvoir politique et idéologique. Leur caractère commun est leur grand nombre de membres, qui éloigne du fondateur-dirigeant, réduit les phénomènes d'emprisonnement et d'emprise d'un petit groupe. Ce ne sont donc plus des sectes typiques où le chef charismatique connaît personnellement chacun de ses membres. Si on peut les quitter soudain sans trop de remontrances et d'ennuis, ce ne sont pas de vraies sectes.


3. Les multinationales financières

Après vient "la grande nébuleuse des sectes", où l'on mélange tout et n'importe quoi, pour arriver à abattre enfin son ennemi.

          Par exemple ont été qualifiés de sectes :

- La Méditation Transcendantale. (M.T.) Un Hindou, Mahesh Yogi, propage une méthode de "méditation" par répétition d’un mantra (syllabes sanskrites)

- L'association internationale pour la conscience de Krishna ou « Haré Krishna »  est une voie authentique qui en 1980 a créé le scandale des sectes en faisant  chanter et danser en public dans les centre-villes des occidentaux habillés en hindous.

- Raël (le Messager en hébreu) fondé par Claude Vorilhon, journaliste et chanteur,  interprète la Bible selon les OVNI et la liberté sexuelle.

- Reiki, en 1920 un prêtre catholique du Japon  inaugure une initiation payante en 3 degrés (ou 4)  pour devenir guérisseur.

- Mahikari, fondée en 1959 par Kotama Odaka (1901-1974),  transmet la lumière divine.

- Soka Gakkaï, née en 1930 à Tokyo selon la réforme bouddhiste de Nichiren,  a une grande puissance financière et politique

- Falun Gong  est une association de pratique du Taïchi, interdite et persécutée en Chine.
 
Ces quelques exemples parmi des centaines rendent manifeste que ces groupes sont bien différents. Souvent ce groupe, modeste au début, a été fondé de façon authentique par un maître sincère dans un but très noble. Par la suite de nouveaux dirigeants les ont transformé en multinationales de profit et de domination. Mais ne peut-on pas en dire autant des grandes religions, des systèmes bancaires, des trusts industriels ? La coercition est-elle vraiment plus grande dans la Méditation transcendantale que dans l'Armée du Salut, les partis communistes ou l'Ordre de Malte, puissance souveraine ? Pourquoi ce qui intolérable chez les petits, est-il passé sous silence chez les forts ? D'ailleurs un groupe peut être devenu une secte pendant une ou plusieurs décennies, puis retrouver un fonctionnement démocratique et tolérant ou l'inverse.

Il est vrai qu'une multinationale (comme ITT, Shell, Ford, Toyota ...) est faite ouvertement pour gagner beaucoup d'argent et n'a pas d'enseignement religieux et moral. On peut reprocher aux sectes de changer constamment de nom et de susciter quantité de filiales (pratiques et utiles pour le public, comme des cours gratuits de rattrapage scolaire), mais c'est la pratique constante des églises et des partis politiques.

Les reproches contre ces multinationales peuvent être :

- la criminalisation et le terrorisme. Il est assez rare qu'une secte devienne agressive à l'extérieur, cependant il y a le cas de la secte japonaise Aum Shinri Kyo qui le 20 mars 1995 a causé onze morts dans le métro de Tokyo par empoisonnement avec le gaz Sarin. A moins que l'on ne considère comme secte toutes les sociétés terroristes.Certes le cas des Frères Musulmans (el-Ikhwan el-Muslimin), fondés en 1928 en Egypte, est à cheval puisqu'ils sont passés de la communauté religieuse au parti politique puis à société secrète terroriste, dans bien des pays de la Syrie à l'Algérie. Enfin Al Qaida est une société secrète pan-islamiste fondée par Ben Laden en 1988, rendue célèbre par ses attentats terroristes à New York et partout dans le monde.

- l'extorsion de fonds aux adhérents, les quêtes pour des buts humanitaires, la non-assistance à personne en danger de mort, l'exploitation du travail gratuit, l'enlèvement ou le détournement de mineurs. Mais on les accuse en plus de tout et de n'importe quoi : espionnage, trafic d'armes, blanchiment d'argent ...

- la non-déclaration d'impôts. Le plus souvent en France lorsque le statut d'église leur est soudain refusé, les "sectes" sont l'objet de gros redressement fiscaux : Conscience de Krishna 65 millions, Moonistes 35 millions ...
 
Les Renseignements Généraux ont une liste de 10 critères, plus un groupe en rassemble, plus il est considéré comme une secte (déstabilisation mentale, exigences financières exorbitantes, rupture avec le milieu, abus sexuels ou physiques, embrigadement des enfants, discours antisocial, troubles de l'ordre public, démêlés judiciaires, détournements financiers, infiltration des institutions publiques et politiques).


La lutte contre l'oriental


Le succès de l'Orient a fait beaucoup de jaloux et d'envieux. En particulier les catholiques et les protestants, qui pendant des siècles ont envoyé des missionnaires sur toute la terre pour faire des conversions à la vraie religion, ne supportent pas que l'on leur rende la pareille et accusent maintenant les autres de corrompre les esprits et les âmes avec leur "contre-mission" (Mayer, 1985). Aussi assistons nous en cette fin de siècle à une intense campagne d'accusation de secte de tout ce qui vient de l'Orient. D'abord on a essayé de constituer un yoga chrétien, zen chrétien, taï-chi chrétien ... comme il y a des écoles chrétiennes, des hôpitaux chrétiens, des universités chrétiennes et des agences matrimoniales chrétiennes. Puis sont venus des mises en garde, des opuscules et des livres du type Non au yoga (Maurice Ray, Lausanne, 1977 3ème édition). Et l'on aboutit à cette phrase d'un présentateur à la Télévision  française: "on entre dans un cours de yoga et l'on se retrouve dans une secte". Alors que les cours de yoga ne sont pas plus une secte que les cours de judo, de tennis ou de Taïchi, que le Scoutisme, le Secours catholique ou la Croix-Rouge.

En fait certains chrétiens devant leur perte d'effectifs ne s'en prennent pas à eux-mêmes, mais préfèrent penser qu'on leur a volé des fidèles. Alors que les Hindous ne font aucun prosélytisme (à l'opposé des chrétiens) et qu'il est encore plus difficile de se convertir à l'Hindouisme que pour un chrétien de devenir un juif. En fait, il n'y a pas du en avoir 20, pendant que les chrétiens convertissaient 12 millions d'Indiens.

Il est curieux de voir dans bien des publications chrétiennes sur les sectes (Mayer, Vernette, Luca, Lenoir ...) qu'il n'y a aucune étude de sectes chrétiennes, mais uniquement (ou principalement) des dénonciations de sectes orientales ou "néo-orientales". Et la télévision française, chaque fois qu'il est question de secte ne manque pas de projeter des prises de vue (spectaculaires il est vrai) du Mandarom  où le fondateur avait la marotte de faire bâtir d'immenses statues colorées.

Mais le courant antisecte n'est pas simple ni homogène. En plus des grandes églises, les sectes ont maintenant contre elles : les matérialistes, les "rationalistes" du type "Union rationaliste", les médecins, les partis politiques, les parlementaires, les syndicats, les autres sectes et sociétés secrètes, etc. D'ailleurs tout un chacun est contre les sectes, le seul problème est de savoir comment on les définit et quelle en est la liste ! Et dans les listes publiées on trouve des clubs sportifs, des sociétés de pensée, des O.N.G., des lobbies ou groupement d'intérêts, des partis politiques avec leurs cellules, des associations caritatives, des groupes terroristes, etc.

Les dénonciations anti-sectes pratiquent essentiellement l'amalgame.
Par exemple, dans un article de la revue ELLE d'octobre 1996 Patricia Gandin dénonce sept "gourelles" fondatrices de sectes : Yvonne Trubert directrice d'IVI, Marguerite Preux directrice de la faculté de parapsychologie, Maud Pison institut de recherches psychanalytiques, Maïté Castano fondatrice d'Horus, Claire Nuer fondatrice d'Au coeur de la communication, Nicole Calot réincarnation du Christ, Nirmala Salve Devi fondatrice du Sahaja Yoga. Quel amalgame !  Et on leur reproche de faire ce que font les grandes églises depuis toujours. Ainsi, selon l'article, IVI a le culot de guérir par la prière et de vivre d'aumônes, comme à Lourdes.

On essaie d'attaquer les sectes sur l'exercice illégal de la médecine (mais prier n'est pas vendre une ordonnance de médicaments), l'utilisation du travail gratuit sans inscription à une caisse de retraite (comme dans tous les monastères depuis des siècles), la non-scolarisation d'enfants (mais les écoles privées sont libres) ...  On les accuse d'enrichissement personnel du chef, d’abus de biens sociaux, de domination des esprits, de mensonges et de dissimulation, de détournement de mineurs, de perversions sexuelles, de châtiments corporels ...
 
Les sociologues Bromley et Shupe ont pu montrer que les mêmes reproches (et souvent les mêmes phrases) avaient été utilisés dans les campagnes anti-catholiques aux USA au dix-neuvième siècle : dupes d'un clergé avide et corrompu, avec des couvents-prisons dont on ne pouvait pas sortir (La religieuse de Diderot), immixtion dans la vie privée par la confession, perversions sexuelles des prêtres et pédophilie des éducateurs et éducatrices, la captation d'héritages, dons et legs, l'exploitation des pauvres pour se bâtir des lieux de culte somptueux ... De même toutes les accusations actuelles contre les sectes ont été présentées en Suisse au Grand Conseil en 1883 contre la secte de l'Armée du Salut, qui en plus "se faisait obéir par un fluide mystérieux et provoquant suicides et aliénation mentale".

Concrètement, on leur reproche de faire brûler des odeurs orientales, de chanter en sanskrit ou tibétain, de s'habiller en orange, de ne pas aller dans les écoles, les hôpitaux, les supermarchés, les bars et les discothèques, mais d'être contre les vaccins, de pratiquer des massages ou l'imposition des mains, d'être végétariens, macrobiotique ou bio, d'utiliser les compléments alimentaires,les semences naturelles,  l'homéopathie, l'acupuncture ...

La France est le seul pays au monde à avoir une telle position anti-secte, menant à des erreurs et des persécutions. Elle est l’objet de remontrances de la part de l’Europe pour son harcèlement des minorités religieuses ou spirituelles.   

Par exemple :

-  L’Essentiel. Une communauté de l’Aveyron qui édite une revue « l’Essentiel » est l’objet de honteuses persécutions et de nombreuses accusations qui s’effondrent lors du procès de Millau en 2003

- La famille. Après des accusations et des persécutions pendant six ans,  tous sont acquittés lors du procès d’Aix.-

- Tabitha’s. Cet ordre apostolique biblique, installé à Navarrenx, comme ailleurs dans le monde, est accusé de ne pas avoir la télé et de ne pas savoir qui est Zidane …


S’occupent de ces problèmes :

MIVILUDES, La mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

La Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience.

www.coordiap.com  avec un collectif d’avocats pour se défendre contre les accusations.

                   
Pour notre part le problème nous paraît beaucoup moins résider dans les sectes que dans l'esprit sectaire.


Psychologie de l'esprit sectaire
 
Dans une petite secte  le chef connaît personnellement chaque membre et  l'influence. La grande secte, souvent de type multinationale, est accusée de pratiquer "le lavage de cerveau". Cette technique, un peu mythique, aurait été mise au point dans les milieux militaires et politiques du système communiste, à partir des travaux de Pavlov sur le conditionnement des chiens et elle a été appliquée en Corée du Nord. Il s'agit de déconditionner ou de déprogrammer la personne, puis de la reconditionner ou reprogrammer. Par l'installation de réflexe automatiques acquis, on va au-delà de l'endoctrinement. Pour cela la personne est maintenue isolée pendant une à plusieurs semaines, soumise à un jeûne n'ayant que le strict minimum de boisson et de nourriture, privée au maximum de sommeil, de rêve et de toute satisfaction sexuelle, obligée de chanter et de répéter certaines phrases ... Divers raffinements ont été développés comme l'arrivée du couple agresseur/sauveur, le sauveur devenant par la suite le faux ami, ou l'Aveu ... En Chine communiste la forme maoïste de l'aveu est un système complet : dès que l'on a rédigé un court aveu de sa faute avec le récit sincère de sa vie, on est interrogé sans fin sur les détails imprécis ou faux et de plus en plus convaincu d'imposture et de mensonges culpabilisants. Aussi on parle plutôt maintenant de "manipulation mentale".    Certaines de ces techniques auraient déjà été pratiquées classiquement dans bien des ermitages, monastères, couvents de femmes, écoles chrétiennes, Missions pour évangéliser les sauvages, la Légion Etrangère, les Marines américains, les commandos parachutistes, les Milices territoriales des USA ...Pour se délivrer du lavage de cerveau le deprogramming est utilisé par des parents pour récupérant leur enfant. Après un enlèvement réussi, une équipe d'anciennes victimes de sectes se relaie pour convaincre le jeune et le faire revenir à son état normal en lui dévoilant toutes les fautes de sa secte. Et l'on est donc amené à utiliser exactement les méthodes précédentes, mais "pour la bonne cause". Donc le vrai lavage de cerveau, c'est le deprogramming.
 
Dans les deux cas on est donc en face de l'esprit sectaire. Et "sectaire" signifie borné, entêté, intolérant ... L'autre est mis en prison, privé de liberté et soumis à une conversion, puisqu'il est dans l'erreur. Le critère central est le non-respect de la liberté de l'autre, car l'on a la conviction qu'il est dans l'erreur et que tout ce que l'on fait est pour son bien. La base est dans le totalitarisme : s'il n'y a qu'une vérité l'autre est forcément dans l'erreur et la première charité chrétienne est de l'en sortir d'où les Missionnaires et les conversions forcées. Il y a prise de possession de l'autre et c'est pour cela que c'est plus sensible avec les enfants, qui en tant que mineurs peuvent plus facilement appartenir à quelqu'un (parent, DASS, famille d'accueil, secte ...). L'autre est nié comme égal et comme personne, mais traité, par « une minityrannie » comme un mineur incapable de savoir ce qui est bien pour lui.
 
Donc les adeptes des petites sectes ne sont pas n'importe qui : préprogrammés, ils lui sont adaptés. L'esprit sectaire a été présent chez leurs parents, qui ne les ont pas respectés comme personnes. Suggestionnés, infériorisés et culpabilisés, ils sentent qu'ils sont l'objet d'un processus d'emprise et d'appropriation de la part de leurs parents. Ceux qui se révoltent aux alentours de leur majorité sont une proie facile pour les sectes. Les fugueurs surtout et  autres jeunes paumés et dépressifs sont facilement repérés par les émissaires des sectes qui ratissent en permanence les gares et autres lieux où ils traînent désemparés et désorientés. Après, comme un autre propriétaire en a pris possession, les parents entrent dans une grande fureur et dans une guerre sans fin pour se les réapproprier.
 
Le public des grandes sectes, pas aussi typé, comprend plusieurs degrés. Les nouveaux arrivants sont très sensibles à la chaleur de l'accueil, aux prestations quasi-gratuites, au succédané de famille, rassurés et éblouis par la possibilité de se faire très rapidement de très belles relations, ("du beau monde"). Ils ne sont pas choqués par les textes fondateurs et le discours théorique, qui sont souvent des compilations de piètre niveau, des élucubrations fumeuses, des invraisemblances irrationnelles et parfois de purs délires. Ils se sentent accueillis, respectés, aimés, on donne des réponses à toutes leurs questions, avec beaucoup de certitude et d'assurance et ils ont ainsi la conviction de faire partie des Elites ou des Elus. Parmi eux seul un petit nombre accroche et mérite d'accéder au second rang des organisateurs ou initiés. Ils découvrent alors la force des liens de solidarité, les profits matériels, le plaisir d'avoir enfin la révélation des "doctrines secrètes", et la fierté "d'être les élus qui vont sauver le monde", la récompense de grimper peu à peu dans la hiérarchie mystérieuse de la secte. Par là, ils commencent à faire corps avec la secte, dont ils deviennent sans s'en rendre compte à la fois les geôliers et les prisonniers.
 
Pour échapper aux sectes il ne nous semble pas qu'il faille lutter contre elles avec leurs armes, car on devient souvent aussi sectaires qu’elles. Il faut se situer en dehors. Ainsi sont tout à l'opposé les Associations démocratiques à l'esprit d'ouverture et de tolérance, qui acceptent la multiplicité et les doubles appartenances. De plus certaines d'entre elles développent l'acceptation de la différence, la responsabilisation, le respect d'autrui et l'esprit de complémentarité : "c'est en ce que tu es différent de moi que tu me complètes et m'enrichis". Le contraire de la secte, qui enferme, est ce qui relie aux autres et ouvre à la liberté. Ce qui a toujours été le message de la spiritualité authentique et du transpersonnel.


Références

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Mayer Jean-François, Sectes nouvelles, Paris, éd. Cerf, 1985
Monroy et Fournier, Les sectes, éd. Les essentiels, Milan, 2004
Morelli Anne, Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes, Labor, 2006
Vivien, Les sectes en France, Paris, Documentation française, 1985
Wilson Bryan, Les sectes religieuses, Hachette, 1970

dimanche 26 janvier 2014

"LE SILENCE DE L'AUBE"


Il existe un moment magnifique, un moment tranquille, quand la nature nous ouvre ses bras généreux et nous offre un enseignement si complet, si puissant, si unique que nous ne devons pas chercher ailleurs pour comprendre le sens du silence et de l'immobilité. Vous voyez, l'univers, le monde naturel qui nous entoure est le gourou lui-même, silencieux, et tout ce que nous devons faire est de lui ouvrir notre conscience. Il est toujours disponible, à la fois comme un rappel et une aide pour nous qui sommes pris dans nos modes de pensée, nos cogitations sur ce que nous avons fait ou pas fait correctement hier, notre imagination, les désirs des choses et des expériences que nous voulons aujourd'hui, nos anticipations et les rêves de meilleures choses demain. L'univers ne se souvient pas, n'anticipe pas, ne prévoit pas, n'imagine pas, ne rêve pas. La nature est, tout simplement, et un ensemble de «chose» émanent du doux et pur silence lui-même et finalement y retournent. Le processus se poursuit à l'infini.

Si vous essayez ce simple exercice, il pourrait vous aider à enfin comprendre la liberté que vous êtes réellement et que vous avez toujours été. Essayez de vous réveiller plus tôt que d'habitude pendant quelques jours. Je sais que c'est difficile, mais croyez-moi: cela en vaut la peine. Vous pouvez vérifier quand se produit le lever du soleil dans votre partie du monde et essayer d'être dehors lors de ce merveilleux évènement. Maintenant, asseyez-vous juste quelque part et regardez ce spectacle se dérouler. Notez le silence de la terre: le sol, l'herbe, les arbres pouvant se balancer doucement dans la brise fraîche, le ciel qui commence à perdre son obscurité alors que les rayons du soleil commencent à diffuser, comment l'obscurité grise sans forme commence à briller avec des couleurs et des formes. Il y a là un grand silence, vous invitant ainsi que tout le reste à être présent en lui. Il est à la fois invitant et envoûtant. Essayez simplement d'être conscient, de remarquer, de regarder, d'entendre et d'être. Les oiseaux chantent, les vents font bruisser les feuilles des arbres, peut-être que certains animaux sont debout, tout près, étant eux-mêmes, s'éveillant à la journée. Tout se passe dans le calme, non, tout émane du calme. C'est une renaissance qui s'est produite pendant des éons

Maintenant, il suffit de suivre ce calme autour de vous, soyez très attentifs à chaque son, chaque couleur, chaque sensation, chaque odeur. Tout cela est-il en dehors de vous? Tout cela est-il séparé de vous? Tout cela est-il différent de vous? Où est vraiment ce silence? Ne vient-il pas de vous, de l'intérieur du noyau de qui vous êtes? Me suivez-vous bien jusqu'ici? Y a-t-il une différence entre vos perceptions sensorielles de l'immobilité de la matinée et la perception de l'immobilité au sein de votre propre cœur? Regardez, voire même sentez, où elles fusionnent. Elles fusionnent en Vous.

Mes très chers amis, vous êtes tout ce que vous voyez, entendez, sentez et percevez. Il n'y a absolument aucune limite entre vous et Cela. Vous êtes Cela! Et le doux fond toujours présent de conscience silencieuse se cherchant et se trouvant lui-même est à la fois la manifestation de Cela et la réflexion de Cela. Et il n'y a rien d'autre: rien. Que vous ayez évolué vers un animal pensant, mémorisant, rêvant, espérant et articulant, ne porte pas atteinte à l'identité que vous partagez avec l'univers tout entier. Vous êtes ce moment, ce matin, cette aube, ce soleil rayonnant tout autour. Vous êtes ces couleurs rayonnantes, ces images, ces oiseaux, ces animaux et ces arbres. Vous êtes ce ciel, ce vent, ce réveil frais, ce monde en évolution. Peut-être qu'il est temps de dire simplement «oui». Une fois pour toute, abandonnez la recherche, la quête, la clandestinité, les jeux, le scénario, l'espérance même d'encore un moment. Avec toutes les fibres de votre être: dites «oui» tout de suite. Et en disant «oui», vous dites «oui» à la liberté que vous avez toujours été: la douceur tranquille, toujours vivante en vous, à partir de laquelle l'univers tout entier se déploie. Bienvenue à votre Soi; bienvenue au Pur Silence du Maintenant.

Bonjour

Mark Mc Closkey


http://du-tout-et-du-rien.blogspot.fr/2011/11/le-silence-de-laube.html#more



lundi 20 janvier 2014

"LA MANIFESTATION CHRISTIQUE"


La Lumière de Grâce, bien que de nature christique, n’est qu’un rayon particulier de la manifestation christique en général, qui n’est elle-même qu’un rayon particulier de la manifestation divine dans sa globalité. Cela n’en altère pas moins sa magnificence et son caractère absolu, qui nous donne un accès direct à l’Ineffable et son infini qui à travers elle peut manifester sa grâce de manière éternellement neuve.

Une des particularités de ce rayon est qu’il fut le premier absolu à s’être manifesté à l’homme, vers le début du Néolithique, lui offrant une âme et les vertus créatrices qui l’accompagnent. Cette période connue sous le nom de l’Eden a tout de même durée près de 2000 ans. Puis la chute laissa dans l’homme un grand vide existentiel, doublé d’un souvenir atavique d’un âge d’or. L’âme s’atrophia, jusqu’à ne plus subsister que la particule divine, dernier vestige d’une grandeur spirituelle perdue.

La chute se perpétua au fil des siècles et des millénaires, quelques grands prophètes et avatars la freinèrent, Krishna, Elie, Bouddha, Zaratoustra, parmi les plus connus, jusqu’à Jésus qui inversa la tendance à travers la manifestation de ce que l’on appelle le Christ Solaire, un autre rayon de la manifestation christique.

Si la crucifixion fut un crime contre un prophète de Dieu, elle permit néanmoins par la résurrection l’ouverture d’une porte qui donne un accès direct vers la manifestation du Christ Solaire. Mais je ne développerai pas cet aspect ici. Parler de la manifestation christique et de ses différentes formes, de sa nature et de son rôle dans le cosmos serait trop long.


Je resterai donc sur le sujet de la Lumière de Grâce.

Bien qu’il soit actif dans tout l’univers, à notre époque ce rayon particulier a été réactivé pour la planète et est de nouveau accessible à l’humanité. De ce fait il va chercher au fond du cœur ce vestige de l’Eden qui est la particule divine en tant que Christ Intérieur, pour l’éveiller et mettre de nouveau en marche le déploiement de l’âme directement sous l'inspiration du Créateur.

Mais il va beaucoup plus loin car il vise également à plus ou moins long terme à éveiller le Christ Planétaire. Et parce qu’il est un processus cosmique et universel, le processus de la Lumière de Grâce fédère aussi les autres processus divins ou christiques en œuvre sur la planète et tisse les liens qui existent entre toutes les manifestations divines. Car Dieu ne sépare pas, il unifie constamment son œuvre. Mais c’est une œuvre qui se fait au sein du chaos et de la limite que présente la manifestation, et à ce titre elle peut revêtir à travers chacun une forme plus ou moins différente.

Jean-Michel Jutge (18 septembre 2011)

http://lumieredesorigines.blogspot.fr/search?updated-min=2011-01-01T00:00:00-08:00&updated-max=2012-01-01T00:00:00-08:00&max-results=25

dimanche 19 janvier 2014

"LES 3 KUNDALINIS ET LE NOUVEAU DEVENIR HUMAIN"


"Ouvre les yeux et considère-toi : l’être humain est fait à l’image, et par le pouvoir du Dieu-Trinité.
Contemple ton homme intérieur, et tu le verras distinctement et clairement. [Jacob Boehme]

par François Favre

(publié dans la revue 3ème millénaire - 2003)

Depuis un siècle et demi environ, des chercheurs venus de tous les horizons s’intéressent au phénomène de la Kundalini et à son rôle dans l’évolution humaine. Son étude, tant sur le plan ésotérique que scientifique, a suscité nombre d'opinions contradictoires et le plus souvent divergentes : Mme Blavatsky, qui a introduit le concept en Occident vers 1875, la nomme « puissance électrique » et la décrit comme la véritable source des états de conscience supérieurs ; Jung voit dans cette force primordiale et universelle, associée traditionnellement à la sexualité, le fondement d’une « énergétique de l’âme » conduisant à la réalisation du Soi, au moyen de l’individuation ; S. Grof, influencé par les enseignements de Swami Muktananda, considère son activation comme un puissant catalyseur d’éveil spirituel et de développement psychique ; K. Ring comme Gopi Krishna ou A. Bailey, attribuent à cette énergie à la fois vitale et destructrice le pouvoir d’accélérer l’évolution non seulement de la conscience personnelle d’un individu, mais celle de toute la race humaine ; Gurdjieff, à l’inverse des théosophes, nie son caractère « libérateur » (tout comme J. Krishnamurti, Vimala Thakar ou Ramana Maharshi) et affirme de manière provocatrice que « Kundalini est une force qui a été introduite dans les hommes pour les maintenir dans leur état actuel », situation qu’il compare à celle induite par le sommeil hypnotique ou l'ensorcellement.

Pour expliquer ces oppositions concernant le rôle de la Kundalini dans le développement humain, nous proposerons l’hypothèse suivante : il existe dans le corps trois centres dans lesquels cette Force divine, dont le déploiement a produit tous les grands sages et tous les génies de l’Histoire, peut agir afin d’éveiller l’homme à sa véritable vocation de « Fils divin » : le bassin, le cœur, et la tête ; à chaque source correspond une méthode d’éveil particulière ou « énergétique » ;  l’existence d’au moins trois énergétiques différentes explique le phénomène de la « guerre des Maîtres » (Ramana Maharshi, Sri Aurobindo et Osho Rajneesh, par exemple, ne transmettent pas la même réalisation et appartiennent à des « familles énergétiques » distinctes). Nous allons maintenant étudier successivement ces trois méthodes d’Eveil singulières, qui visent chacune à la formation d’un « homme nouveau » et auxquelles nous donnerons le nom d’ « initiation tantrique » (kundalini du bassin), d’ « initiation supramentale » (kundalini de la tête), et d’ « initiation christique » (kundalini du cœur). Nous nous attacherons plus particulièrement à la description de cette dernière, qui demeure largement inconnue des chercheurs occidentaux, et nous tenterons de mettre en évidence le fait que l’Occident possède son propre ésotérisme, un ésotérisme christique, ainsi qu’une méthode d’initiation spécifique (le transfigurisme), parfaitement adaptée à la structure physiologique et mentale de l’homme occidental, et totalement indépendante des chemins et des systèmes anciens enseignés dans les religions orientales.

Le yoga de la Force ascendante

Originellement, le mot Kundalini appartient au lexique technique de l’ésotérisme indien et désigne l’énergie ophidienne lovée à la base de la colonne vertébrale. Les auteurs indiens lui donnent le nom de Shakti et voient en elle la véritable source de l’énergie universelle, du feu cosmique. Cette fantastique énergie, que la plupart des cultures connaissent depuis toujours et honorent sous la forme du serpent (en Inde, la Kundalini-Shakti est représentée sous la forme d’un serpent femelle ; on la dénomme aussi « Puissance du serpent »), possède deux aspects : l’un manifeste l’existence ordinaire, l’autre nous conduit à la Vérité suprême ; dirigée vers l’extérieur, elle nous permet d’explorer le monde qui nous entoure ; éveillée dans le centre de la base où elle demeure, la « Mère divine » nous révèle le monde intérieur, le monde spirituel.

La meilleure description que nous possédions de ce processus d’éveil spécifique nous est fournie par la philosophie du yoga, et plus particulièrement du hatha yoga. Hatha en sanscrit est composé de deux mots, ha et tha, signifiant le soleil et la lune. Ces deux astres sont ici utilisés symboliquement pour représenter les deux courants nerveux circulant du côté droit et du côté gauche de la colonne vertébrale, à l’intérieur des deux nadis ou canaux subtils de pingala et ida. Le premier, masculin, créateur, est rouge et brille comme le soleil ; le second, féminin, réceptif, est jaune et diffuse une lumière semblable à celle de la lune. Leur fonction est d’assurer la circulation du prana (« souffle inspiré » ; fluide cosmique ou supracosmique) dans le corps. Quant à la nadi centrale autour de laquelle s’entrelacent les deux autres à la façon des deux serpents du caducée, elle porte le nom de sushumna et est désignée par les ésotéristes indiens comme la « rivière du Paradis » ; de couleur blanche, elle a l’éclat du diamant. Pingala et ida se croisent six fois sur la sushumna et chacun de ces points de rencontre est appelé « chakra » (il existe encore un septième chakra, distinct des six autres et relié à la pinéale). Ces « roues de feu » sont localisées respectivement à la hauteur  du sacrum, du nombril, du plexus solaire, du cœur, de la gorge, du front, et au sommet du crâne. Elles tournent plus ou moins vite mais toutes dans le même sens (de gauche à droite chez l’homme spirituel, de droite à gauche chez l’homme naturel) ; la philosophie orientale symbolise ces deux mouvements de rotation par la double swastika, dont l’une, dextrogyre, représente la « roue de la vie »  et l’autre, sénestrogyre,  la « roue de la mort » (= croix gammée).

La véritable fonction d’Ida et de Pingala est de conduire jusqu’à la base de l’épine dorsale les différentes énergies libérées par la maîtrise du souffle, afin d’ « exciter » la force de Kundalini qui gît là, à moitié inconsciente (les textes la représentent comme endormie au fond d’une caverne où brûle un feu à demi éteint ; l’essentiel des pratiques yoguiques consiste à souffler sur ce feu afin de le raviver). Sortant de sa léthargie, la Kundalini « se dresse en sifflant » et commence son ascension à travers la sushumna (à la manière d’un « serpent qu’agace le bâton du charmeur », dit une Upanishad) ; au cours de sa montée, elle perce les différents chakras qu’elle rencontre sur son chemin et s’unit finalement au sommet de la tête à l’Esprit universel, qui vient à sa rencontre.

 Il convient de noter que ce type de « processus kundalinien » apparaît clairement non seulement dans la littérature indienne, d’inspiration yogique et tantrique, mais aussi dans le bouddhisme tibétain, le taoïsme, l’occultisme occidental ou  le néo-occultisme du Nouvel Age, et qu’il est généralement basé sur l’utilisation de la magie sexuelle à des fins d’ « expansion de conscience » ou de « développement personnel ».  Comme nous allons le voir maintenant, cette interprétation classique du processus de la libération a été contestée à notre époque par différents enseignants spirituels, dont Sri Aurobindo (1872-1950) et Jan van Rijckenborgh (1896-1968). Le premier, d’origine indienne, basa son yoga intégral sur l’éveil de la kundalini de la tête ; le second, d’origine hollandaise, enracinait sa pratique spirituelle sur l’éveil du Cœur, de la kundalini du cœur (en ce sens, il est proche de quelqu’un comme Ramana Maharshi), se situant dans la lignée des grands gnostiques occidentaux comme Paul de Tarse, Mani, Jacob Boehme ou les cathares.

Le yoga de la Force descendante

Aurobindo partait du principe que l’humanité était entrée depuis le début du XXì siècle dans une nouvelle phase de mutation, qui rendait caduque les anciennes méthodes d’initiation basée sur l’éveil de la kundalini dans le sacrum. Selon lui, l’ouverture des chakras, qui détermine la spiritualisation de l’homme, doit maintenant s’opérer à notre époque non plus de bas en haut  (yoga de la Force ascendante) mais de haut en bas (yoga de la Force descendante). Une fois « réveillée », la force de Shiva, située au-dessus de la tête, pénètre dans le système humain par la porte de la pinéale, descend dans le canal central de la moelle épinière (sushumna) et perce, lentement et doucement, les différents chakras pour s’unir finalement avec la Mère divine, la Kundalini-Shakti, qui s’élève du bas de la colonne vertébrale à sa rencontre. L’un des avantages de cette méthode est que les centres énergétiques situés dans le bassin, vitaux et subconscients, ne s’ouvrent qu’en dernier (à l’inverse du processus tantrique), parfois même longtemps après qu’ils aient été « percés », évitant ainsi au candidat d’être confronté trop rapidement avec les forces chaotiques et sauvages de la Nature (c’est la raison pour laquelle les yogas traditionnels exigent absolument la présence d’un Maître protecteur, pour éviter à l’adepte de sombrer dans la folie ou l’autodestruction). Le but du processus révolutionnaire envisagé par Sri Aurobindo n’est donc pas seulement de « monter »  pour parvenir à la libération de la conscience hors de la matière, mais au contraire de « descendre »  pour transformer la Vie et la Matière jusque dans ses constituants les plus intimes (spiritualisation de la Nature)1.

Transfiguration

Van Rijckenborgh, de son côté, récuse les deux approches précédentes comme partielles et incomplètes et propose dans son enseignement une troisième voie, une troisième  énergétique, qui unit et fusionne les deux visions précédentes. Elle mobilise trois kundalinis et non deux comme dans les autres formes de yogas, lesquelles excluent, de fait et structurellement, le pôle du cœur situé actuellement en dehors du système du « feu du serpent ». Selon le gnostique hollandais, « redresser le cœur », c’est-à-dire éveiller la kundalini dans le « sanctuaire » du cœur et replacer le centre du sentiment dans l’axe de celui de la tête et du bassin, représente la première tâche pour celui qui désire suivre le chemin  de « l’initiation christique ».

En quoi consiste cette méthode de délivrance particulière que Van Rijckenborgh nomme « Transfiguration » et définit comme : « intervertir les personnalités terrestre et céleste », ce qui implique d’abord l’éveil de cette personnalité céleste par un changement fondamental du penser, puis du désir (corps astral) et enfin une maîtrise des éthers (corps éthérique comme matrice d’un nouveau corps physique) ?2

Pour la décrire dans son essence, prenons d'abord une image classique, celle de la métamorphose de la chenille en papillon, utilisée par de nombreuses fraternités gnostiques (en particulier, les cathares) pour exprimer le mystère de la « Grande Transformation «. Une chenille se protège de l’extérieur en s’enfermant dans un cocon ou en s’enterrant. Elle se fige en une sorte de petite momie, la chrysalide (chrysos : l’or) qui curieusement prend très vite l’apparence extérieure du futur papillon. Pendant plusieurs mois rien ne se passe, tout au moins en apparence ; puis un jour, un miracle étonnant se produit : une nouvelle créature ailée émerge du cocon en déchirant l’enveloppe rigide de la chrysalide, déploie ses ailes et s’envole. La chrysalide, l’enveloppe extérieure, avait l’air complètement inerte, comme morte. Pourtant, à l’intérieur, des changements remarquables avaient lieu. Ceux-ci peuvent être décrit de la manière suivante : la chenille et le papillon n’évoluant pas dans les mêmes espaces et ne se nourrissant pas de la même manière (une chenille mâche des feuilles, un papillon boit du nectar liquide), une transformation structurelle est nécessaire, de nouveaux organes doivent être constitués. Ceux de la chenille se dissolvent, se transforment en fluides et il ne reste plus que 7 ganglions, qui rappellent analogiquement les 7 chakras du corps astral chez l’homme ; et c’est à partir de cette matière apparemment informe mais vibrante de vie, d’informations et de conscience, de cette « tourbe alchimique «, que se forment les ailes, les yeux, les muscles et le cerveau du futur papillon. Jusqu’à la réalisation finale qui voit le papillon s’extraire de sa gangue grossière, tous les changements qui s’opèrent dans la chrysalide doivent demeurer secrets et invisibles au regard de l’observateur extérieur, afin que protégé dans la coquille qu’elle s’est fabriquée, la « nouvelle créature » puisse accomplir dans les meilleures conditions cette métamorphose, qui absorbe tout son temps et son énergie vitale.

Le mystère du microcosme

Cette métaphore empruntée au règne animal s’applique parfaitement et totalement à l’homme engagé dans le processus de « transfiguration »,  que les Evangiles canoniques et apocryphes nous  relatent. Le terme « endoura », dont parle la gnose cathare, désigne le processus d’abolition ou d’annihilation de l’égo, par lequel s’opère le remplacement de l’homme naturel par l’homme spirituel. Le mot « transfiguration » se rapporte à l’épisode évangélique précédant la montée au Golgotha (littéralement, le mont du crâne), où le Christ apparaît à ses plus proches disciples dans son « vêtement de lumière » et leur dévoile sa véritable nature. D’où la parole :

« Celui qui acceptera de perdre sa vie pour Moi [par ce processus d’abolition de l’égo], la conservera [par la transfiguration]. »

Il s’agit là de processus complexes et subtils qui doivent s’accomplir dans le « microcosme « humain. La notion de « microcosme » (petit monde) est commune à toutes les grandes traditions spirituelles, qui voient dans le composé humain une synthèse de l’univers, un « reflet fidèle de point en point des cieux et de la terre », selon la formule manichéenne.  Selon les enseignements de Van Rijckenborgh, le microcosme peut être décrit comme une sphère de conscience, multidimensionnelle, dans laquelle est gravée l’image de l’univers entier. C’est l’Homme Primordial, l’Homme parfait, l’Homme solaire, par lequel la Divinité inconnaissable se rend sensible. Au centre de cette sphère, qui est comparable à la chrysalide ou au cocon  de notre exemple précédent, brûle une étincelle du Feu divin. C’est le principe central, propulseur, du microcosme, la « monade », qui contient cachée en son sein le plan de développement de l’homme total. Tout ce qui est de l’Esprit Universel se transmet à l’étincelle divine et par là au microcosme tout entier (c’est ainsi que s’accomplit le véritable devenir de la Création et de la créature).

Le mystère de l'Esprit


La monade ou « roue flamboyante de la Vie » a deux pôles. Le premier se trouve au centre du microcosme, à peu près à la hauteur du cœur. C’est le pôle féminin, négatif, récepteur et générateur : l’Âme, la Mère, symbolisée dans les textes alchimiques par la Lune. L’autre pôle, en liaison avec la glande pinéale, se situe au-dessus de la tête, on pourrait dire à la périphérie de la roue de feu : c’est le pôle masculin, positif, créateur et dominateur : l’Esprit, le Père, représenté par le Soleil dans les différentes mythologies. L’aspect-Père et l’aspect-Mère, l’aspect masculin et l’aspect féminin, l’Esprit et l’Âme nous sont donc très proches dans le microcosme, « plus près que les pieds et les mains », déclare Jacob Boehme, « plus proche que la veine jugulaire », dit le Coran des musulmans. C’est à ce mystère de la monade, de l'Esprit en nous, que fait allusion un ancien texte gnostique, attribué à Simon le Magicien : « En chaque être humain réside une puissance infinie qui est à l’origine de l’univers. Cette énergie extraordinaire existe sous deux formes : l’une active, l’autre potentielle. Elle demeure en chacun sous une forme latente ». Ou encore : « Il y a en en chacun [un pouvoir divin] qui existe à l’état latent… Pouvoir unique qui se divise au-dessus et au-dessous… qui est mère de soi-même, père de soi-même… qui est source du cercle entier de l’existence. »

Selon les indications transmises par Van Rijckenborgh, le processus de rétablissement de la liaison, aujourd’hui brisée, entre les deux pôles de la monade dans les sanctuaires du cœur et de la tête (c’est là le sens vrai de la notion de « chute ») s’accomplit en trois phases, en « trois temps « selon la parole christique : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai ». Et l’auteur de l’Evangile de Jean juge nécessaire de préciser « il parlait du temple de son corps « (Jean 2, 19-21). La première phase de ce Grand-Œuvre alchimique concerne la renaissance spirituelle, l’entrée de l’Esprit dans le microcosme, la seconde se rapporte à la renaissance de l’âme, à la nouvelle radiation de conscience qui prend forme dans le système du feu du serpent (le double système nerveux formé par les deux cordons du sympathique et l’axe cérébro-spinal), et la troisième a trait à la renaissance de l’être tout entier (transfiguration).

La naissance de la Lumière


Une ancienne légende chinoise veut que Lao-Tseu, après avoir quitté la Chine pour l’Occident, se soit métamorphosé en une grenade qu’avala, alors, la mère de Mani, Maryam (Marie). Celle-ci se retrouva enceinte et engendra le « Bouddha de Lumière «, Mani. Le récit relate que l’enfant « sortit en fendant la poitrine de sa mère «, fait qui est confirmé par un autre texte manichéen (Compendium) où il est dit que le jeune prophète est né du « sein « de sa mère, et non de son ventre. Ce principe de la « naissance immaculée » se retrouve dans la plupart des grandes traditions religieuses : les disciples du Bouddha font naître leur maître du flanc de sa mère, alors que Jésus, le futur Christ, ou Krishna, sont engendrés de manière miraculeuse d’une Vierge et viennent au jour dans une grotte.

Ces différents récits mythiques attirent ici notre attention sur le fait suivant : pour les gnostiques, d’inspiration « christique », la naissance spirituelle s’accomplit toujours dans la « grotte » du cœur, à partir d’une force pure, non naturelle, « vierge » (= Marie ou Maya), car c’est là que siège l’étincelle divine, la flamme de la monade dans le  microcosme (c’est la grande différence avec les autres énergétiques qui trouvent leur origine soit dans le sacrum, soit dans la tête). Une question se pose ici : comment le premier pôle de la monade, le rayonnement du microcosme, c’est-à-dire la force de rayonnement du noyau divin de l’Ame (Marie), va-t-il pouvoir trouver accès au cœur humain ? Ce processus de réconciliation entre Dieu (la monade) et l’homme peut être à nouveau réalisé grâce à l’existence dans notre corps de ce merveilleux « organe » réflecteur, situé au sommet du ventricule droit du cœur, que Van Rijckenborgh nomme à la suite des rose-croix classiques, « rose du cœur » ou « atome christique », et que la tradition ésotérique désigne comme le « miroir des Mystères ». Sa tâche est de permettre aux activités de l’éternité de percer dans le temps, dans la créature temporelle que nous sommes, nous, hommes terrestres et mortels. Le rayonnement du noyau du microcosme, le rayonnement du premier pôle de la monade, doit pouvoir se relier à l’atome réflecteur de notre cœur ; alors, il peut être dit que la « rose » du microcosme s’unit à la « rose du cœur ». Ainsi naît dans et autour du cœur, un seul foyer puissant d’attouchement divin.

Lorsque la force de la Rose, de l'Esprit, peut pénétrer dans le cœur, elle influence par son activité rayonnante le thymus, glande à sécrétion interne située derrière le sternum, qui joue un rôle important dans les processus physiologiques de croissance, de défense et de régénérescence : celle-ci réagit à ce premier choc de lumière, à cette vibration nouvelle, et libère dans le sang une hormone, porteuse de nouvelles « valeurs éthériques », qui est transmise au sanctuaire de la tête par la circulation céphalique. Ainsi, une première relation s’établit entre le cœur et la tête, et des pensées nouvelles, différentes, se forment dans le champ de respiration (aura) du candidat. L'une des manifestations les plus remarquables de cette nouvelle activité de pensée, alimentée par la source du cœur, est la création et la vivification de « l'image de l'Homme immortel » (le Jumeau, le Double, l’Ange), esquisse du futur « Homme de lumière » qui se développe en dehors de la conscience ordinaire et irradie silencieusement.

Mais, dès que cette image commence à prendre forme dans le champ aural, un conflit violent naît et se développe dans la personnalité humaine : le moi supérieur, Lucifer-Satan en nous, s'efforce, comme Hérode dans l'Evangile, de tuer “ l'enfant divin ”, de détruire dans l'œuf la forme embryonnaire appelée à la vie par le pouvoir magique de l'imagination créatrice (c'est l'épisode du Massacre des innocents). Ce moi supérieur ou « être aural »  selon van Rijckenborgh peut être décrit comme un champ magnétique septuple et conscient, entourant l’étincelle d’Esprit et la  personnalité. La voûte étoilée s’y projette et il possède 12 centres de force en correspondance avec les 12 constellations zodiacales. Ces douze forces du ciel microcosmique, où est inscrit le résultat des incarnations antérieures du microcosme, sont encore reliés à la personnalité par l'intermédiaire des 12 paires de nerfs crâniens dans le sanctuaire de la tête, et déterminent la qualité de l'âme, le type, le caractère, et le comportement de chacun. Seul le cœur par la présence de la Rose échappe à cette emprise totalitaire de la conscience karmique, ainsi que les deux cordons du sympathique, à droite et gauche de la colonne vertébrale, qui fonctionnent de manière automatique et sont insensibles à la volonté-moi (à la différence du système cérébro-spinal). Par cette rapide description, nous comprenons que toute perturbation induite par la force gnostique dans la personnalité est instantanément captée et transmise à l'être aural, et inversement. Ce premier enflammement du sanctuaire de la tête marque donc le début d’une lutte très particulière qui bouleverse en profondeur le système magnétique aural et annonce sa prochaine disparition, car un « nouveau ciel », un nouveau firmament de douze forces, et une « nouvelle terre », une nouvelle personnalité, doivent apparaître dans le microcosme régénéré (c'est à ce fait spirituel incontestable que Jean fait allusion lorsqu'il dit à la fin de l'Apocalypse : « Et je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre »).

Involution

Si le candidat résiste aux pressions exercées par l’être aural sur sa conscience, et si  cette orientation du cœur et de la tête sur le « Tout Autre » peut être maintenue suffisamment longtemps, la force-lumière, libérée par la monade et reflétée par l’atome primordial, se concentre dans l’espace libre derrière l’os frontal, entre les deux arcades sourcilières. La voie du sommet lui étant fermée, en raison de la domination exercée par l'être aural sur le cerveau, et l'axe de la moelle épinière lui étant interdit parce qu'il est l'instrument de la volonté personnelle et de la conscience-moi ordinaire, la force-lumière gnostique n'a d'autre choix que de descendre le long du cordon droit du sympathique (pingala) jusqu'au plexus sacré. Ce processus d'involution s'accomplit en cinq étapes et correspond pour le candidat à « cinq épreuves », à « cinq grands combats », se rapportant à la neutralisation du mouvement désordonné des chakras et à la maîtrise des forces qui s'y rattachent.

Le premier chakra touché est, nous l’avons vu, celui du front : sa réorientation et sa nouvelle polarisation engendre une première rénovation des trois pouvoirs de la conscience : désir, pensée et vouloir.

Le feu de la kundalini du cœur influence ensuite le chakra de la gorge, qui est relié au larynx et à la thyroïde, et modifie l’assimilation des forces naturelles captées par la respiration. L’une des conséquences résultant de ce processus est le renouvellement du langage, l’apparition du vrai pouvoir de la parole, que les Anciens symbolisaient par l’épée à double tranchant. A travers le larynx, situé entre la tête et le cœur, l’état réel de nos pensées et de nos sentiments se révélera, et un nouveau son se fera entendre.

Le troisième chakra, dont l’activité est modifiée par la descente du feu gnostique, est celui du cœur. Le conflit incessant entre la tête et le cœur, entre le sentiment et la raison, est la principale cause des désordres que constatons en nous et hors de nous. Parvenir à la pureté du cœur, à la maîtrise des passions, ouvrir l’organe du sentiment à la véritable foi, à la pitié et à la compassion, est la clé du nouveau devenir humain et l’unique voie possible « pour sortir de la barbarie des idées » (E. Morin). Toutefois, ce « redressement du cœur » n’a rien à voir avec une simple modification des sentiments, ni avec un refoulement des désirs ou une émotion mystique suscitée par une expérience transpersonnelle. La Lumière divine ne pénètre que dans un sanctuaire du cœur apte à la recevoir. C’est pourquoi le chevalier spirituel qui a pu extraire l’épée de la pierre et a démontré par des actes concrets la pureté de ses intentions, reçoit ici pour mission de réaliser ce que la Langue Sacrée appelle la « fonte du Graal ». Selon Van Rijckenborgh, les trois circuits des plexus nerveux du larynx, des poumons, et du cœur, reliés aux différents chakras, forment anatomiquement une esquisse de la coupe sacrée3 : le pied du calice repose dans l’orifice cardiaque, la tige se dresse dans les poumons, et la partie haute correspond au larynx4. La construction envisagée ici n’est donc pas purement symbolique, mais correspond à une tâche bien réelle, qui consiste à rétablir organiquement l’unité entre les sanctuaires de la tête et du cœur, afin que l’Esprit universel puisse se manifester dans l’âme humaine.

Si le feu gnostique peut franchir la porte du cœur, après avoir façonné le vase sacré dans le plus pur cristal éthérique et que celui-ci démontre qu’il est capable de supporter le contact du feu céleste, une nouvelle purification a lieu, qui concerne les fonctions du métabolisme, et en particulier le système foie-rate, l’estomac, le pancréas, les reins, les glandes surrénales. Pénétrant toujours plus profondément dans les « Ténèbres » du système humain, la vibration gnostique atteint les centres nerveux vitaux régissant les organes d’assimilation et d’épuration, et leur restitue la capacité de capter, stocker, transformer, et rayonner la lumière spirituelle. C’est à ce processus  de « manducation », consistant littéralement à « manger la lumière », qu’a trait l’épisode évangélique de la Cène (voir aussi le mythe élaboré par Mani). Lorsqu’il est dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps » et « Buvez à cette coupe », notre attention est dirigée sur le fait que la force spirituelle (le breuvage divin), attirée et concentrée par la tête et le cœur, peut désormais influencer durablement les centres de conscience inférieurs, « là où demeure Satan/Lucifer » (Apocalypse 2 : 13), et se répandre dans tout le système nerveux (les 12 paires de nerfs crâniens, les 12 disciples). Ce phénomène de  rétention de la force-lumière gnostique a pour principal effet de modifier la sécrétion interne des organes sexuels et de provoquer une réorientation totale de la force créatrice. C’est ainsi que l’homme naît véritablement de Dieu, qu’il est régénéré « non par une semence corruptible [comme c’est le cas dans l’initiation tantrique, l’occultisme ou le mysticisme5] mais par une semence incorruptible » (1 Pierre 1 : 22-23), celle de la rose du cœur (c’est l’Eros de Platon).

Quand les chakras du plexus solaire et du nombril sont conquis, le courant christique pénètre jusqu’au sacrum, où siège le « serpent lové », la fameuse Kundalini-Shakti des ésotéristes indiens. C'est là, à la base de la colonne vertébrale, au « pôle sud « du système cérébro-spinal, qu'a lieu le combat contre le Dragon, gardien des Enfers, contre « le serpent ancien qui est le diable et Satan » (Apocalypse 20 : 2) ; c’est ici, au fondement même du système humain, que se livre la « Grande Guerre » contre les forces du passé, du karma accumulé au cours des incarnations successives du microcosme, et les « esprits de l’air », les puissances invisibles qui règnent dans le domaine des morts (sphère réflectrice). Nous comprenons par cette description que l’initiation christique diffère fondamentalement des autres méthodes,  occultes, mystiques et magiques, qui prennent pour point de départ l’éveil de la kundalini du bassin non purifiée, et s’efforcent de la faire monter vers le sommet de la tête, afin d’élargir le champ de la conscience et de dissoudre le Moi. Contrairement à ce que croient beaucoup de chercheurs, victimes d’eux-mêmes et des enseignants en qui ils placent inconsidérément leur confiance, ce type de pratiques n’aboutit en définitive qu’à un renforcement de la liaison avec l’être aural et à un adombrement de la conscience.

Evolution et révolution

Lorsque le mélange et la fusion des deux Feux peut être réalisée, au terme d'un processus de purification long et difficile (pensons ici aux différentes phases du Grand Œuvre alchimique), que l'âme nouvelle est totalement libérée du passé et de ses influences, nous voyons le courant de force-lumière remonter par le cordon gauche du sympathique (ida) et revenir à son point de départ, derrière l’os frontal, entre les deux arcades sourcilières. Un nouveau feu du serpent, formé par les deux cordons du sympathique, se dresse au centre du microcosme ; une âme nouvelle, la merveilleuse fleur d’or, rayonne du milieu du front vers l’extérieur ; le sens de rotation inversé des chakras (mouvement dextrogyre) témoigne de sa « conversion » aux valeurs de la Vie nouvelle.

Enfin, c'est la percée vers la pinéale, le chakra-couronne : la troisième source de Kundalini s'ouvre, et la lumière spirituelle embrase le système cérébro-spinal, expulsant ainsi de sa demeure l'ancien moi, le feu-serpent naturel. A cet instant, pingala, ida et sushumna s’unissent et se fondent en une tri-unité parfaite ; un nouveau corps de lumière, glorieux, se forme, constitué d’éthers purs en provenance de la Surnature.  Le triple temple de l’Origine est maintenant reconstitué grâce à la force de Kundalini et un nouveau « fils des Serpents » fait son apparition dans le monde. Conscient du prodige de l’unification qui s’est accompli en lui, il peut, comme le Christ-Jésus, témoigner de ce fait : « Le Père et moi sommes un ; Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier. »

1. Ce processus est décrit explicitement par Satprem dans son livre : Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience, (Buchet/Chastel, 1970), p. 67-68 ; 46-47.

2. Concernant une description détaillée de ce processus, voir les ouvrages suivants de J. van Rijckenborgh : Un homme nouveau vient ; La Gnose des temps présents ; La Gnose universelle ; Réveil. Ces différents ouvrages sont distribués en France par les Editions du Septénaire, et sont disponibles à l’adresse suivante : rue Tourtel Frères, 54116 Tantonville ; tel : 03 83 52 46 17 ; fax : 03 83 52 53 22 ; e-mail : editions.Septenaire@wanadoo.fr

3. Les plexus, répartis dans le corps en sept groupes de sept, sont des enchevêtrements de filets nerveux formant des sortes de nœuds ou ganglions, en relation avec les chakras et les glandes à sécrétion interne. Du fait qu’ils ne peuvent être observés par les sens ordinaires ou au microscope, aucun manuel d’anatomie classique ne les mentionne.

4. Cf. La Gnose universelle, p. 138.

5. Voir ici le témoignage de Gopi Krishna, dans Kundalini – Autobiographie d’un éveil, J’ai Lu, coll. Aventure secrète.


jeudi 16 janvier 2014

"NDE ET ESPRIT QUANTIQUE"



INTRODUCTION

Pour rendre cohérent l'ensemble des informations de base et cerner les concepts clé de cet article, un petit rappel et complément des connaissances est nécessaire. La physique quantique, déjà citée plusieurs fois dans mes différents articles, est certainement une bonne piste à explorer pour tenter de mieux comprendre le phénomène des NDE (Near-Death Experience) ou EMI (Expérience de Mort Imminente) en français. Cette science permet de relativiser l'importance de nos perceptions et de donner un début d'explication au ressenti et au vécu de la personne à l'approche de la Lumière. Je détaillerais quelques points relatifs aux NDE avec une brève description. Je citerais ici des reprises fondamentales de mes divers autres articles avec des ajouts en rapport aux NDE.Je dédie cet article à mon papa, qui nous a quitté il y a peu.

NON LOCALITÉ DE NOTRE RÉALITÉ

La physique quantique regroupe un ensemble de théories physiques initiées par le physicien allemand Max Planck (1858-1947). Elle s'oppose à la physique classique mécanique newtonienne et thermodynamique qui sont, il faut bien le reconnaitre, totalement inadaptées pour décrire le monde des atomes, des particules et du rayonnement électromagnétique.

Les principes fondamentaux de la physique quantique ont été établis entre 1922 et 1927 par Bohr, Dirac, de Broglie, Heisenberg, Jordan, Pauli et Schrödinger. Ils permettent de décrire la dynamique d'une particule selon les critères non relativistes, par opposition aux théories relativistes qui considèrent que les lois physiques sont les mêmes pour tous les observateurs. En fait, il faut savoir que les particules qui constituent la matière sont en agitation permanente et il est tout à fait impossible de savoir les situer quelque part à un moment donné.

On ne peut donner que des probabilités de présence. Les particules ne sont donc pas des points matériels bien tangibles, mais plutôt des ondes, sortes de "fantômes" de la particule. Cette notion de "non-localité" des particules fait qu'elles peuvent disparaitre  d'un endroit pour réapparaitre ailleurs sans que l'on sache où les situer entre ces deux moments. Une même particule peut être à deux endroits simultanément ou se présenter sous deux formes différentes en même temps. Et pour corser les choses, il faut aussi admettre que tout se passe comme si l'observateur créait ce qu'il observe. En fait, le monde quantique échappe à toute nos tentatives de délimiter la particule dans une zone précise de l'espace. Si on essaie de mesurer avec précision sa position, l'information sur sa vitesse devient incertaine, et, inversement, si on veut connaitre sa vitesse, sa position est arbitraire.

Cette limite infranchissable de connaissance est connue sous le nom de "Principe d'incertitude". Cette façon d'appréhender la perception d'une présence matérielle fait que si un observateur constate que nous n'existons plus à un moment donné ici et maintenant, nous pouvons exister simultanément ailleurs, dans un autre espace-temps avec lequel nous pourrions, sous certaines conditions bien particulières, rentrer en connexion (Cf. Principe d'incertitude d'Heisenberg).

LA SORTIE HORS DU CORPS

Elle est aussi appelée "décorporation" ou "OBE" pour Out of Body Experience. D'après l'étude de Kenneth Ring, l'OBE est le phénomène le plus constant dans les récits (60% des cas). La sortie se fait la plupart du temps par le sommet du crâne, mais peut aussi s'effectuer par les pieds, l'ombilic ou tout autre partie du corps. En fait, il ne semble pas y avoir de règles. Quelquefois la personne se trouve décorporée brutalement sans état transitoire.

La personne sort de son corps physique sans ressentir la moindre douleur ni la moindre angoisse. Il n'a pas peur, mais est plutôt curieux de savoir ce qui va se passer et ce qui va lui arriver. On peut s'étonner qu'il n'éprouve dans la plupart des cas aucune nostalgie de quitter ce monde, et cela malgré des liens affectifs souvent très forts avec sa famille, son conjoint ou ses enfants.

La personne explore et découvre un état inconnu jusqu'alors avec des perceptions ultra performantes comme la vision dans tous les plans de l'espace, à travers la matière et à distance, la possibilité de zoomer vers l'infiniment petit comme vers l'infiniment grand et de se déplacer instantanément dans les lieux de son choix en faisant preuves d'extraordinaires capacités de clairvoyance qui ont pu être authentifié par la suite.

La totalité des sens sont décuplés mais n'ont absolument rien de commun avec ceux que nous connaissons et utilisons habituellement dans notre vie de tous les jours. Ces difficultés prodigieuses sont difficilement traduisibles avec des mots. A tel point que même la géométrie la plus astucieuse ne parviendra jamais à expliquer le véritable ressenti spatio-temporel de l'expérience. La vision à 360° est plus qu'une simple vision mais un congloméra d'informations sur l'ensemble des choses perceptibles analogiquement à notre vision que nous traduisons avec un sens limité qui n'a plus aucun sens.

Les scientifiques les plus pointus ont parfois bien du mal à accepter la subjectivité du vocabulaire employé par les personnes sujet aux NDE pour décrire leur impressions. Ils ont la fâcheuse tendance à vouloir prendre "au pied de la lettre" les mots employés par ceux qui ont traversé des événements indicibles.

La personne se rend bien compte qu'il vient de quitter un corps, en l'occurrence le sien, sans véritablement le reconnaitre comme étant partie intégrante de lui-même. A tel point que, comble d'ingratitude envers l'ancien véhicule terrestre, le corps matériel qu'il laisse peut même lui sembler étranger. Mais cette sensation de non-appartenance à son propre corps n'est jamais éprouvée au cours de la vie terrestre puisque nous avons tous au contraire le sentiment que nous sommes notre corps et que nous ne sommes même que cela.

Dans cet état de décorporation, la communication semble impossible avec le monde des vivants par la voix ou le toucher. Certains ont essayé en vain de crier, d'agripper des proches ou de déplacer des objets pour signaler leur présence. Il s'agit là de la seule frustration décrite par les témoins dans cet état d'OBE. En fait, tout se passe comme si la seule communication possible était celle de la pensée.

LE TUNNEL

La passage dans de tunnel est l'épate suivante de la NDE. Il faut toutefois préciser que la séquence événementielle classique décrite ici peut être vécue différemment en fonction des cas.

La personne se sent aspiré ou attiré avec une force invincible et à une vitesse incroyable dans une spirale, un cylindre, un passage extrêmement rapide dans un trou obscur.

Le Dr Jacques Jaume est spécialiste de la douleur et praticien de soins palliatifs. Il s'est interrogé sur les symbolismes artistiques de l'au-delà et évoque dans son livre "Vivre l'après" la possible représentation de tunnels des NDE dans les architectures des églises ou des cathédrales. Il nous démontre, photo à l'appui, que des spirales ou des motifs hélicoïdaux sculptés sur certain chapiteaux, ainsi que de nombreuses rosaces de vitraux ou des conques de coupoles gothiques, ou bien encore des croix "à mouvement circulaire" comme la croix basque évoquent fortement "l'aspiration" de ces fameux tunnels.

A juste titre, la plupart des nouveaux nés viennent au monde en passant leur tête de profil à travers l'orifice cutanéo-muqueux de la mère, ils ne peuvent donc pas avoir cette vision qui s'imposerait à eux s'ils naissaient "face la première". Pourtant, certaines personnes n'hésitent pas à faire ce raccourci rapide pour dire que le tunnel de NDE ne serait qu'une réminiscence de la naissance.

Au cours de cette phase, certains décrivent un silence absolu, tandis que d'autres, au contraire, entendent des chants religieux, des liturgies, des chorales ou des carillons. En tout cas, si perceptions auditives il y a, elles sont la plupart du temps agréables et mélodieuses.

Quoi qu'il en soit, même si le tunnel n'est pas omniprésent dans le récit des personnes ayant eut une NDE (23% des cas), il en symbolise à lui seul toute l'expérience .

LA LUMIÈRE

Elle resplendit au bout du tunnel et éclaire l'étape suivante où prédominent ce que les personnes appellent "l'amour inconditionnel" et "l'omniscience". C'est aussi dans la lumière que des rencontres se font avec des anges, des guides, des défunts ou des entités. De toute évidence, c'est au moment de pénétrer dans la lumière que les personnes connaissent la période la plus intense de leur vie. Cet amour inconditionnel est immense, infini, indicible, incommunicable avec des mots. Les superlatifs employés semblent manquer tant le moment bouleversant est émouvant.

Cet amour là n'a rien de commun avec l'amour terrestre, qui est le plus souvent un amour possessif, exclusif, pouvant entrainer des sentiments négatifs comme la jalousie, la haine, la colère, la violence ou même pire encore, le meurtre en cas de crime passionnel. L'amour décrit ici n'a rien d'exclusif, bien au contraire. Il repose sur le partage et le don. Il est immense et d'une intensité jamais égalée sur terre. Il est reçu comme le plus beau des cadeaux car est donné sans que soit attendu un quelconque retour.

La sensation de tout savoir sur tout fait aussi parti des phénomènes habituellement racontés par ceux qui ont approché la lumière. En fait, tout se passe comme si cette lumière était capable de transmettre les valeurs les plus précieuses de l'humanité, à savoir la connaissance et l'amour.

Les entités qui se présentent dans la lumière sont généralement des défunts connus de la personne : famille proche ou éloignée, ou même parfois simple connaissance ou ami. Les communications transitent par télépathie. Ce sont généralement des messages d'amour annonçant le retour à la vie sur terre. Ou bien ce sont des messages de réconfort et de courage. Parfois même, ils aident à faire le deuil particulièrement douloureux d'un proche. Ces expériences profondes semblent changer la vie terrestre de la personne pour une poursuite faite dans l'amour, la bonté et le don de soi, comme je le décrits un peu plus loin.

Un autre point élémentaire survenant dans la lumière est la présence d'une limite à ne pas franchir "matérialisée" par une barrière, un mur, une haie, un grillage, un portail ou un autre symbole tout aussi significatif, que la personne n'est pas autorisée à franchir, sous-peine de non-retour.

LE RETOUR

Il se fait avec tristesse et nostalgie. La personne quitte la lumière pour réintégrer son corps. Le plus souvent, cette dernière étape se déroule contre son gré. Réapparaissent alors les douleurs physiques et la souffrance psychique consécutive à la connaissance d'une expérience aussi extraordinaire qu'indicible que l'on sait ne pas pouvoir communiquer de peur de passer pour un fou.

Dans tous les récits et témoignages de NDE, il est surprenant de constater l'absence de tristesse lors des décorporations au tout début. Une nostalgie qu'il serait bien logique pourtant de ressentir lors de l'abandon de toute une vie terrestre ; une vie avec des attaches solides comme c'est le cas lorsqu'on a des enfants et que l'on est entouré de personnes avec lesquelles on partage des expériences et de l'amour. Eh bien non. Ils sont très heureux de quitter notre monde. En revanche, ils souffrent énormément d'être séparés de la divine lumière qu'ils n'ont connue que brièvement. Les quelques millièmes de secondes de ce contact "lumineux" ont été de leur point de vue bien plus important que le vécu d'une vie entière. C'est dire l'intensité et la puissance de cette rencontre !

LES TRANSFORMATIONS

Celui qui a connu cette expérience ne sera jamais plus comme avant. Il va se détacher des valeurs matérielles de ce monde, sera davantage tourné vers les autres, vers la communication, les missions humanitaires ou caritatives. Il aimera la vie, mais d'une tout autre façon. Il saura jouir des plaisirs simples comme une conversation enrichissante, la vision d'un joli paysage ou la dégustation d'un verre d'eau fraiche en plein été.

Quelquefois, l'entourage ne reconnait plus la personnalité de celui qui est passé si près du décès tant le changement est radical. Cela entrainera des bouleversement considérables d'existence avec des divorces, des abandons professionnels et des rencontres avec de nouveaux amis plus ouverts et plus compréhensif tandis que les anciens s'éloigneront peu à peu.

La difficulté de faire partager cette expérience est si grande que, la plupart du temps, le sujet peut mettre des années, voire même des décennies avant d'oser en parler, et cette frustration pourra être la cause d'un repli sur soi-même aboutissant à l'émergence de maladies psychiatriques graves comme la schizophrénie ou la dépression aiguë avec un risque indéniable de suicide. Incompris de tous et isolé dans sa fantastique expérience, la personne ne se reconnait plus dans un monde qui n'accepte pas son vécu. D'où l'importance de groupes de parole, qui permettent une écoute attentive et une prise en compte des récits.

Après une NDE, il n'est pas rare que des facultés paranormales se développent. Certaines personnes sont devenus guérisseurs, magnétiseurs ou médiums, alors que de leur propre aveu, rien ne leur laissait supposer un tel avenir.

LES THÉORIES EN PHYSIQUE QUANTIQUE

Nous évoluons dans un univers infra-lumineux, appelé encore "sous-lumineux" ou "électronique". Si nous avions la possibilité d'atteindre la vitesse de la lumière, soit 300 000 kilomètres par secondes environs, nous serions dans un univers lumineux, photonique. Et encore au-dessus,  si nous dépassions la vitesse de la lumière, un univers super-lumineux, tachyonique s'offrirait à nous. Dans l'hypothèse ou cette vitesse critique serait dépassée, les mathématiciens ont calculé que notre planète serait si dense que son diamètre n'excéderait pas quelques mètres et que l'ensemble de l'humanité toute entière n'occuperait que le volume d'un pois chiche. Cette colossale densité terrestre provoquerait un trou noir dans l'univers pour aboutir dans une nouvelle dimension. Pourquoi un trou noir ? Tout simplement car cet inimaginable "trou" dans l'espace-temps est tellement "lourd" que la vitesse qui permettrait de se soustraire à son attraction gravitationnelle  devrait être supérieure à celle de la lumière. Nous pensons aujourd'hui que rien ne peut s'échapper d'un trou noir car rien ne peut se déplacer plus vite que la lumière. Et puisque dans ces conditions même la lumière ne peut s'en échapper, le trou ne peut être que noir. Dans l'univers tachyonique situé au-delà du trou noir, le temps n'existerait plus, il ne s'écoulerait plus de façon linéaire : il n'y aurait ni présent, ni passé, ni futur. Une seule unité temporelle engloberait l'ensemble du temps présent, vécu ou à vivre.

On peut remarquer que cet univers super-lumineux évoquent fortement les idées des grandes religions orientales, de l'Inde notamment. Bouddha exprime une pensée équivalente lorsqu'il souligne que passé, présent et futur ne sont que des illusions et que le sage, dans son illumination mystique, peut appréhender instantanément tous les événements et percevoir entre eux les relations véritables qui ne sont pas causales, la causalité n'étant qu'une apparence.

Il est frappant de faire le corollaire avec l'expérience lumineuse des NDE. En effet, nous venons de voir que dans l'univers tachyonique le temps n'existe plus. Dans ces conditions, on peut concevoir que l'ensemble de la connaissance soit acquis une fois pour toutes, qu'il s'agisse de la connaissance actuelle, passé ou future ; c'est l'omniscience. On peut en déduire que si la compréhension des choses est totale, il n'existe plus aucune restriction pour aimer ; c'est l'amour inconditionnel ou la sagesse absolue. Une sorte d'état divin.

L'omniscience et l'amour inconditionnel trouvés dans la lumière sont récurrents dans les récits et témoignages de ceux qui vécurent une NDE.

Chacun d'entre nous porterait en lui un fragment de cet univers tachyonique qui représente en fait la conscience totale. Si on suit ce raisonnement, notre univers, tel que nous le percevons, ne serait qu'une projection, une image d'un autre univers beaucoup plus complexe. Nous retrouvons ici l'univers holographique tel que je le décris dans l'article Le pouvoir de l'esprit sur la matière.

ANALOGIES ENTRE NDE ET PHYSIQUE QUANTIQUE

Plusieurs éléments vécus lors de NDE évoquent les phénomènes retrouvés en physique quantique :

- la non-localité : la personne se situe "partout à la fois" et est capable de clairvoyance.
- la perte de la notion du temps, telle que nous la concevons. Il est extrêmement difficile de donner une durée à l'expérience. Certains peuvent raconter pendant des heures entières une NDE qui n'a durée que quelques secondes.
- le trou noir qui modifie l'espace-temps ressemble beaucoup au tunnel traversé à grande vitesse.
- l'univers super-lumineux dans lequel baigne la personne lui donne accès à l'omniscience et à l'amour inconditionnel.
- le renversement du temps permet d'avoir un transfert d'informations qui se fait à une vitesse supérieure à la vitesse de la lumière vers le passé: rétro-cognition, mais aussi vers le futur : pré-cognition. Le mur de lumière traversé par la personne lui donne accès à tous les événements de sa vie de façon simultanée. Il capterait dans ces conditions des informations contenues dans la conscience "divine" super-lumineuse.

CONCLUSION

Il serait donc logique de penser ici que la conscience persiste après la mort, non pas en tant que survie mais plutôt comme un retour à la réalité fondamentale de l'être. Le temps de notre univers sous-lumineux s'écoulant de façon illusoire par rapport à celui d'un univers super-lumineux qui serait hors du temps, on peut considérer qu'un être humain en vie est déjà mort et que la "véritable vie" ne nous sera donnée qu'au moment de notre mort.

La physique quantique a certainement encore beaucoup de choses à nous apprendre. En tout cas, il est remarquable de constater que cette science née dans les années 1920 grâce à l'intuition de certains génies permet aujourd'hui d'éclairer des phénomènes qui étaient à cette époque-là totalement ignorés.




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