lundi 27 janvier 2014

"COMMENT DEMASQUER SECTES ET FAUX GOUROUS?"


"Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez."
[Mathieu 7/15-20]

par Michael


Nous voyons ces dernières années apparaitre ce que l'on nomment « les nouvelles spiritualités ». Phénomène de société pour les uns, danger alarmant pour d'autres, il n'est pas évident de se faire un avis objectif sur la question. Car bien entendu les uns et les autres ont une partie de la vérité et chacun défend là encore sa partie contre l'autre, alors qu'il nous est peut être possible de l'unifier et de trouver une vérité plus universelle.

Par le passé les hérésies étaient réprimées par la torture ou le bûcher, méthode d'un autre âge pour souligner la peur de la différence. Aujourd'hui l'on préfère la calomnie et les menaces, les préjudices physiques d'hier auraient-ils mutés en préjudices moraux ? La peur de l'autre a aussi causé les pogroms des juifs, les persécutions, le nazisme, l'esclavage, l'apartheid, les épurations ethniques et toutes les horreurs que la peur a engendré de part les siècles.

Pourquoi a-t-on peur des « nouvelles spiritualités » ?

Si l'on regarde l'histoire les premiers chrétiens ont fait peur eux aussi et furent persécutés par les romains, afin que peu à peu ils soient reconnus et acceptés. Le christianisme de l'époque était lui aussi une nouvelle forme de religiosité ou de spiritualité. Puis plus proche de nous encore les cathares furent persécutés et massacrés par l'église. Il semblerait que dans l'histoire de l'humanité les rôles de victimes et de bourreaux alternent au grès des mentalités d'une époque. Pouvons-nous voir aujourd'hui la répétition de l'histoire ? L'humain apprends t-il réellement ?

Ce qui est intéressant est qu'en réalité ceux qui mettent à l'index les nouveautés en matière de spiritualité ont raison sur certains aspects. Car il existe comme partout des manipulateurs et des organisations qui n'ont pas pour but de libérer l'humain. Le contrôle mental existe dans toutes les professions, le vendeur qui utilise certaines stratégies psychologiques pour vendre à tout prix, manipule le client. L'homme politique avec un discours bien policé manipule les foules avec des idées bien conçus, l'histoire des religions nous démontrent aussi les manipulations des foules pour servir certains intérêts. Dans la spiritualité pas plus qu'ailleurs la manipulation existe, le problème n'est pas le commerce, la politique ou la spiritualité, car ces activités sont aussi réalisés par des êtres intègrent et sincères, mais par le cœur de l'humain qui utilise ces outils. Un couteau peut servir à assassiner une personne comme il peut être un outil utile pour découper un aliment servant à nourrir cette même personne. Il nous faut donc établir des critères de reconnaissance des manipulateurs, de ceux qui donnent une mauvaise image à la spiritualité, comme au commerce ou à la politique.

Manipuler un être c'est lui enlever toute autonomie pour en faire une marionnette servile à des fins égocentriques. La spiritualité dans son sens noble est totalement à l'inverse de cela, au contraire, elle a pour but de rendre libre l'humain. De le libérer de ses peurs, ses souffrances et lui permettre d'accéder à une vie harmonieuse et épanouie. Pour atteindre ce but il existe des outils tel que la méditation, la relaxation, les différents yogas qui permettent de cartographier l'esprit humain et de repérer les zones d'ombres. Dans ce travail d'observation de soi émerge des peurs très profondes et ces à ce moment là que la manipulation ou la libération peut intervenir. Dans cette fragilité intérieure, dans cette intimité de l'être il est possible à l'esprit obscur d'imposer une vision déformée de la vérité spirituelle. Et ainsi façonner un être fragile et en demande d'aide à sa guise, sauf si dès le début la personne qui aide a bien clarifier les choses. Si cette aide a le cœur ouvert elle donnera à la personne en recherche des recommandations précises dans le but d'éviter au plus juste toute manipulation.

Voyons maintenant quels peuvent être les points clés que l'on peut proposer au chercheur spirituel afin de lui permettre le développement du discernement essentiel. Au passage le terme « gourou » est à l'origine un terme authentique en sanscrit, la langue traditionnelle de l'inde, il signifie « Guru : maître religieux ; le mot vient du sanskrit goe (obscurité) et roe (dissiper) ». Ce mot a été galvaudé en occident on l'on désigne arbitrairement de gourou les charlatans et autre manipulateurs. Pour être plus objectif (et un petit peu plus respectueux de l'origine véritable du mot) désigner par « faux gourous » ces imposteurs de la spiritualité qui salissent par leur errance la splendeur du chemin intérieur.

Comme l'indique si justement l'évangile selon Mathieu : «  Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. » Les mauvais fruits sont constitués par les actes manipulatoires, qui consistent à emprisonner les êtres sensibles et les soumettes. Les bons fruits consistent en ce qui libère et amène à la paix intérieure. Ceci est un donc un des premiers signes évidents de reconnaissance des faux prophètes ou faux gourous, continuons et approfondissons notre grille de reconnaissance.

Une aide spirituelle ou un sage au sens noble ne demande jamais une obéissance aveugle, il n'impose rien, il propose. Son but d'amener l'être à la liberté intérieure et non à la soumission dogmatique. Il ne demande pas de croire, mais de discerner, d'observer et d'expérimenter soi-même les conseils qu'il prodigue. Il n'est pas une autorité, juste un conseillé que l'on peut écouter ou refuser. Le sage ne souhaite pas avoir des disciples, mais faire d'eux des sages, autonomes et originaux, ayant chacun leur propre expression et non des clones (clowns) serviles.

Si l'instructeur ou le sage enseigne au sein d'une école de sagesse il ne vous dira pas de couper vos liens familiaux et sociaux. Bien au contraire, il vous amènera à mieux vivre auprès de vos proches, de vos semblables, de les comprendre, de les aider et de les aimer. La spiritualité c'est la vie même, dans toutes ces facettes, tout est à inclure dans son vécu. La spiritualité se vit dans le quotidien et surtout dans le quotidien, car c'est la réalité de ce quotidien qui prouve l'avancement sur le chemin. L'école n'est qu'un lieu d'apprentissage et d'entraînement comme l'est la faculté de médecine pour un médecin, ensuite lui comme le chercheur spirituel devront être confronté aux réalités du quotidien. « Dans la vie rien à craindre tout est à comprendre. » disait Marie Curie.

L'aspect financier revient souvent dans les affaires de sectes, un enseignant authentique ne vous demandera pas de vendre votre maison ou de lui verser des sommes d'argent conséquentes. Il sera juste dans ce qu'il propose comme participation financière et s'adaptera à ce que peut donner le chercheur spirituel. L'argent ne servira qu'à des buts utiles, car nous vivons dans un monde où il faut un minimum pour pouvoir fonctionner, payer la location d'un lieu, les factures d'électricité, les photocopies des cours etc. Chacun peut comprendre simplement ce minimum, et ainsi discerner quand le minimum devient un superflu. Un sage spirituel véritable ne vit pas dans le luxe, il ne possède pas de grands châteaux ou des voitures de sport. Il vit comme tout le monde, avec ce qu'il faut pour ne manquer de rien et pouvoir vivre dans le monde sans être obséder par la survie matérielle.

Le sage ne dénigrera pas les autres enseignements, il ne dira pas non plus que seul son enseignement soit le bon. Mais ayant étudié et aimé les autres voies il les comprendra et saura que chacune est à sa place, qu'elles ont toutes leur raison d'être. Il n'est pas un juge, il observe et donne un conseil sur ce qu'il ressent de beau et de libérateur dans certains enseignement et ce qu'il ressent de moins libérateur ou d'obscurcissant. Mais il laissera à l'élève toujours le libre choix, il l'amènera à étudier les autres voies pour qu'il se trouve lui-même. Et même si avec le temps l'élève est attiré vers un autre enseignement, le sage avec le cœur ouvert lui souhaitera bonne chance dans la voie qu'il aura choisie, c'est cela la compassion sincère et tendre.

L'enseignement d'un sage ne promet pas le paradis ni l'enfer et encore moins pour des sommes d'argent. Il n'est ni un confesseur, ni un commerçant, il n'a rien à vendre, pas d'idéologie clés en main à avaler de force par conversion. Juste un chemin, avec un processus que l'on doit étudier sous tous les angles avant de voir si l'on souhaite l'expérimenter.

Le sage vit ce qu'il dit et dit ce qu'il vit, tous les aspects de sa vie sont conformes à ce qu'il enseigne. Il n'y a pas de division entre les mots et les actes, tous s'harmonisent et les uns découlent des autres. Il ne dira jamais « fais ce que je dis et non ce que je fais », ceci est un signe évident d'identification des imposteurs.

Dans un enseignement véritable il n'y a pas de place pour la culpabilisation des élèves quand ils chutent. Au contraire il leur est dit plutôt : « Voila tu as chuté, l'important n'est pas la chute, mais pourquoi tu te relèves. Observes cette chute, apprends d'elle et continues ton chemin. » La culpabilisation est outil privilégié par les manipulateurs, qui profite de la faiblesse de la personne déstabilisée pour affirmer leur domination. Cultiver la peur est à l'opposé du chemin, ceci ne peut être toléré dans un enseignement qui a pour souhait d'aimer et de libérer.

Un sage aussi élevé soit-il ne se considère pas foncièrement différent des autres hommes. Il n'essayera pas de s'affirmer au détriment d'autrui, car il cultive en lui l'humilité véritable et bien souvent nous passons à côté de sages dans notre quotidien . Mais comme nous avons une image stéréotypée de ce que doit être un sage dans notre imaginaire, nous ne les voyons pas. Le sage n'est pas un être imbus de son savoir et de ses connaissances, il a toujours à apprendre des autres, il s’enrichit perpétuellement de la différence. Il ne vit pas dans sa tour d'ivoire de paix et de silence, il vit parmi tous les humains et partage leur quotidien tranquillement.

Nous avons vu ici certains points clés nécessaires au repérage et au démasquage des organisations sectaires et des faux gourous. En prenant conscience de chaque point il est possible d'éviter de tomber dans des impasses. Il est important que le chemin spirituel soit le plus clair pour celles et ceux qui en sentent l'inspiration. L'humanité souhaite sincère dans son fort intérieur accéder à un niveau d'être plus épanouie et pour cela des enseignements prodigieux existent. A nous de discerner avec justesse les vrais des faux, cela fait aussi partie d'une étape du chemin, observer le réel de l'illusoire.

voir: article très instructif de Marc-Alain Descamps: 




dimanche 26 janvier 2014

"LE SILENCE DE L'AUBE"


Il existe un moment magnifique, un moment tranquille, quand la nature nous ouvre ses bras généreux et nous offre un enseignement si complet, si puissant, si unique que nous ne devons pas chercher ailleurs pour comprendre le sens du silence et de l'immobilité. Vous voyez, l'univers, le monde naturel qui nous entoure est le gourou lui-même, silencieux, et tout ce que nous devons faire est de lui ouvrir notre conscience. Il est toujours disponible, à la fois comme un rappel et une aide pour nous qui sommes pris dans nos modes de pensée, nos cogitations sur ce que nous avons fait ou pas fait correctement hier, notre imagination, les désirs des choses et des expériences que nous voulons aujourd'hui, nos anticipations et les rêves de meilleures choses demain. L'univers ne se souvient pas, n'anticipe pas, ne prévoit pas, n'imagine pas, ne rêve pas. La nature est, tout simplement, et un ensemble de «chose» émanent du doux et pur silence lui-même et finalement y retournent. Le processus se poursuit à l'infini.

Si vous essayez ce simple exercice, il pourrait vous aider à enfin comprendre la liberté que vous êtes réellement et que vous avez toujours été. Essayez de vous réveiller plus tôt que d'habitude pendant quelques jours. Je sais que c'est difficile, mais croyez-moi: cela en vaut la peine. Vous pouvez vérifier quand se produit le lever du soleil dans votre partie du monde et essayer d'être dehors lors de ce merveilleux évènement. Maintenant, asseyez-vous juste quelque part et regardez ce spectacle se dérouler. Notez le silence de la terre: le sol, l'herbe, les arbres pouvant se balancer doucement dans la brise fraîche, le ciel qui commence à perdre son obscurité alors que les rayons du soleil commencent à diffuser, comment l'obscurité grise sans forme commence à briller avec des couleurs et des formes. Il y a là un grand silence, vous invitant ainsi que tout le reste à être présent en lui. Il est à la fois invitant et envoûtant. Essayez simplement d'être conscient, de remarquer, de regarder, d'entendre et d'être. Les oiseaux chantent, les vents font bruisser les feuilles des arbres, peut-être que certains animaux sont debout, tout près, étant eux-mêmes, s'éveillant à la journée. Tout se passe dans le calme, non, tout émane du calme. C'est une renaissance qui s'est produite pendant des éons

Maintenant, il suffit de suivre ce calme autour de vous, soyez très attentifs à chaque son, chaque couleur, chaque sensation, chaque odeur. Tout cela est-il en dehors de vous? Tout cela est-il séparé de vous? Tout cela est-il différent de vous? Où est vraiment ce silence? Ne vient-il pas de vous, de l'intérieur du noyau de qui vous êtes? Me suivez-vous bien jusqu'ici? Y a-t-il une différence entre vos perceptions sensorielles de l'immobilité de la matinée et la perception de l'immobilité au sein de votre propre cœur? Regardez, voire même sentez, où elles fusionnent. Elles fusionnent en Vous.

Mes très chers amis, vous êtes tout ce que vous voyez, entendez, sentez et percevez. Il n'y a absolument aucune limite entre vous et Cela. Vous êtes Cela! Et le doux fond toujours présent de conscience silencieuse se cherchant et se trouvant lui-même est à la fois la manifestation de Cela et la réflexion de Cela. Et il n'y a rien d'autre: rien. Que vous ayez évolué vers un animal pensant, mémorisant, rêvant, espérant et articulant, ne porte pas atteinte à l'identité que vous partagez avec l'univers tout entier. Vous êtes ce moment, ce matin, cette aube, ce soleil rayonnant tout autour. Vous êtes ces couleurs rayonnantes, ces images, ces oiseaux, ces animaux et ces arbres. Vous êtes ce ciel, ce vent, ce réveil frais, ce monde en évolution. Peut-être qu'il est temps de dire simplement «oui». Une fois pour toute, abandonnez la recherche, la quête, la clandestinité, les jeux, le scénario, l'espérance même d'encore un moment. Avec toutes les fibres de votre être: dites «oui» tout de suite. Et en disant «oui», vous dites «oui» à la liberté que vous avez toujours été: la douceur tranquille, toujours vivante en vous, à partir de laquelle l'univers tout entier se déploie. Bienvenue à votre Soi; bienvenue au Pur Silence du Maintenant.

Bonjour

Mark Mc Closkey


http://du-tout-et-du-rien.blogspot.fr/2011/11/le-silence-de-laube.html#more



mercredi 22 janvier 2014

"SOIGNER SON AME"


Quatre colloques importants se sont tenus en France au cours du premier semestre 1994 qui traitaient tous du rapport de la méditation et de la relaxation avec la psychologie et la psychiatrie. Notre collaborateur le Dr Vigne y a assisté à son retour d'Inde, et nous livre ici ses réflexions de méditant et de médecin.

Quand on y réfléchit bien, on s'aperçoit que le rapport entre thérapie et sacré est aussi vieux, si ce n'est que le monde, au moins que la culture humaine. Les diverses pratiques religieuses ont permis d'atténuer la souffrance de l'homme de multiples façons. La réflexion sur la guérison et le spirituel continue d'évoluer aujourd'hui, exprimée avec des concepts modernes. C'est l'état actuel de cette réflexion dont j'aimerais parler dans cet article. J'y évoquerai quatre congrès qui se sont déroulés au printemps, dans lesquels je suis intervenu et qui se rattachent à cette mouvance.

Au-delà du détail des interventions et des personnalités, j'ai senti une force qui émergeait de ces congrès: un certain nombre de gens veulent faire leur propre synthèse entre l'approche thérapeutique et l'approche spirituelle. Ils se prennent en main pour organiser des rassemblements allant dans ce sens-là ou pour venir y participer, la plupart du temps sans aucune aide officielle. Même si ceux qui s'intéressent réellement à une approche spirituelle des choses sont une minorité - c'est comme cela depuis bien longtemps - il ressort plus clairement de ces congrès récents qu'ils savent s'organiser en réseaux, souvent internationaux: cela donne du poids à leur pensée et à leur action.


Méditation et psychothérapie

Ce fut le sujet du congrès qui s'est déroulé à Lyon. Méditation et «médication» n'ont-ils pas la même racine: «prendre soin de» ? L'organisateur de ce congrès, le Dr JeanMarc Mantel, était psychiatre à l'hôpital Foch; il a arrêté son travail pendant un an et demi pour se consacrer à la méditation, et il a maintenant repris ses fonctions en autre lieu. Il est inspiré par le Védanta et Jean Klein. Derrière le rapport entre méditation et psychothérapie, il y a une notion fondamentale, celle de l'autoguérison. L'homme a en lui la possibilité de se soigner, d'évoluer intérieurement et, nous disent les traditions, d'atteindre le Suprême. Dans cette démarche, le sujet doit se retrouver un jour ou l'autre face à lui-même, et c'est le processus de méditation qui commence.

Il y a deux grands types de méditation - les méditations de concentration, qui apportent rapidement un état de paix, et les méditations d'observation, qui permettent de comprendre les mécanismes mentaux et de s'en désidentifier. En langage bouddhiste Hinayana ( dans le bouddhisme Mahayana et zen en particulier, concentration et observation sont unies dans la pratique de la méditation en zazen ), on parlerait de shamata et de vipassana. Ces deux types de méditation sont thérapeutiques.

Il y a une sorte de dogme en psychanalyse qui dit qu'on ne peut évoluer si l'on n'a pas revécu consciemment les expériences traumatisantes du passé. Mais la méditation de la concentration, qui crée dans le présent des états extrêmement positifs qu'on n'a jamais vécus auparavant, permet aussi une évolution intérieure rapide. La méditation d'observation, par l'attitude de réceptivité à «ce qui remonte>>, semble plus proche des conceptions habituelles de la psychothérapie; mais même là, il y a une différence importante: la manière dont les «nþuds du cþur» se sont noués dans le passé n'est pas étudiée en détail: par contre, on développe un savoir- faire concret pour les dénouer dès qu'ils se présentent, à l'instant même, et pour répéter ce processus autant de fois que nécessaire. En psychothérapie, les problèmes sont au centre de la conscience, ils sont considérés en tant que tels, alors qu'en méditation on les observe de manière périphérique, dans la mesure où ils obscurcissent notre perception directe de l'absolu. En thérapie, on voit les problèmes, en méditation, on voit au travers.

En psychothérapie on cherche surtout à se désidentifier du surmoi, en méditation, on souhaite se désidentifier aussi du moi et du ça - en fait, de toute la machinerie de l'ego, globalement. La psychothérapie est une forme de pédagogie; les patients apprennent à comprendre des mécanismes de base de leur mental. On cherche à développer un moi sain, qui pourra être réellement abandonné par la suite dans l'évolution spirituelle; en effet, ce sont les egos malades et souffreteux qui ont en fait la vie la plus longue sur le chemin intérieur. Ce dernier vise un idéal de perfection qu'on trouve mis en valeur dans les différentes traditions. Un moyen direct d'atteindre cette perfection de la conscience peut être expérimenté lors de l'arrêt du mental, ce qu'on appellerai l'apatheia dans le christianisme des Pères du désert. Quand des couches de plus en plus profondes du mental se calment, la «vraie chose» se révèle, qu'on appelle le Soi ou le Divin. La méditation apporte par rapport à la psychothérapie deux éclairages supplémentaires: la compassion (en ce sens, la méditation peut être appelée «bien-veillance») et la transcendance. Cette vision transcendante correspond au solvant universel des alchimistes, elle vise à la déprogrammation de tous nos déconditionnements.

Si la méditation a tant d'intérêt, pourquoi si peu de gens la pratiquent ?

La première raison, c'est une mauvaise compréhension de la dialectique méditation-action: au lieu d'essayer de faire passer les prises de conscience de la méditation dans l'action, beaucoup laissent tomber la pratique de la méditation et font une pirouette intellectuelle en baptisant leur action «méditation dans la vie» ou «kama yoga»... On peut difficilement intégrer cette catégorie de personnes à une évaluation de l'efficacité de la méditation, puisque, concrètement, ils ne pratiquent pas.

Il est difficile d'être en face de soi-même; il peut y avoir une sorte de réaction dépressive à traverser quand on découvre que le fonctionnement de son ego est bien moins brillant que ce qu'on pensait au départ. Beaucoup n'arrivent pas à faire face à cela.

La méditation, traditionnellement, se pratique en lien avec un maître spirituel. Il y a une confusion des idées sur ce qu'est ce lien, un peu en Orient, et plus encore en Occident.

Certaines personnes qui méditent régulièrement se plaignent de ne pas évoluer; il faut qu'ils se demandent si l'énergie qu'ils éveillent effectivement par la méditation n'est pas gaspillée au fur et à mesure par des «fuites d'énergie» chroniques: style de vie éclaté, tendance à la colère, envie d'aider les autres sans en avoir la capacité, changements fréquents de types de pratiques et d'enseignements spirituels, etc.

On peut aussi être déçu par la méditation parce qu'on a une fausse attente vis-à-vis d'elle: attente d'expériences extraordinaires à l'occasion de stages de week-end, etc. Une méditation réelle est comme une sorte de bain quotidien, elle est un soleil qui fait mûrir différents fruits, chacun en son temps. Elle amène à distinguer, à l'intérieur même du champ mental, la partie qui est observée de la partie qui observe, et à renforcer celle-ci. En ce sens, on peut dire en reprenant la jolie expression de Robert Dumel: «Consacrer du temps à la méditation et au Yoga, c'est consacrer le temps».

Il ne faut pas croire qu'enseigner des formes simples de méditation aux patients soit le seul moyen de faire une thérapie spirituelle. Le thérapeute, pour peu qu'il ait lui-même une expérience spirituelle, trouvera des milliers de façons de la faire pressentir au patient, par un geste, un sourire, un silence, une histoire racontée au moment juste, ou une conversation directement centrée sur les questions religieuses, si souvent occultées en psychothérapie. Ceci dit, ce n'est pas parce qu'un thérapeute s'intéresse à la spiritualité qu'il doit devenir une sorte de gourou local; il vaut mieux qu'il soit capable de passer la main, et de suggérer à son patient divers groupes traditionnels compétents dans leur domaine, afin que celui-là puisse continuer son itinéraire.

La recherche sur la méditation est peut-être la plus féconde de la psychologie transpersonnelle. Quand on regarde les thèmes des articles dans le Journal of Transpersonal Psychology, un thème de plus en plus abordé au fils des années est celui de la méditation.


Peut-on objectiver le corps énergétique ?

Le congrès du Corps Energétique s'est déroulé en mars à Paris. C'est le troisième du genre par l'AIEV et le Dr Bercot. Ce dernier est un ex-chirurgien cardiaque, chercheur à l'INSERM, qui s'est passionné pour l'étude du corps énergétique et son utilisation en thérapie. Le congrès lui-même a donné de l'importance aux stages expérientiels destinés à faire prendre conscience du corps énergétique de multiples façons. Du point de vue de la recherche théorique, un chercheur en biologie moléculaire et génétique de l'INSERM a fait remarquer qu'il existait maintenant une jeune génération de scientifiques ouverts au fait d'entamer des protocoles de recherche inspirés par des hypothèses spiritualistes.

Evidemment, ils nécessitent des fonds, comme pour tout travail; de plus, le premier problème à résoudre en ce qui concerne le corps énergétique, c'est de trouver des moyens de l'objectiver scientifiquement. A partir de là, de multiples protocoles d'investigation peuvent être conclus. Evidemment, la difficulté dans l'étude du corps énergétique ou subtil, c'est justement qu'il est subtil, et éminemment variable selon l'état de la personne. Cette variabilité extrême rend délicates les élaborations trop précises sur les chakras ou sur l'énergétique en acupuncture. C'est sans doute pour cela que dans les voies de méditation qui s'intéressent à l'évolution globale du pratiquant, on conseille d'observer les phénomènes énergétiques: en développant cette position d'observateur long terme, on ne risque pas d'être emporté d'un côté ou d'un autre, ni de se tromper, car on maintient la supériorité de la conscience sur les tourbillons et les tempêtes des eaux énergétiques.

En Inde, des auteurs comme Gopi Krishna ou plus récemment B.S. Goel ont décrit en grand détail leurs expériences de Kundalini. Les livres de Gopi Krishna ont été récupérés un peu facilement par la vague hippie; qui a vu dans la Kundalini (l'énergie lovée à la base de la colonne vertébrale et pouvant s'élever par elle) un moyen bon marché de faire un «trip»érotico-mystique. Et pourtant, la Kundalini est déjà évoquée indirectement dans les Upanishads, et elle représente une part importante de l'enseignement de l'Inde médiévale. Ce que dit cet enseignement, en substance, c'est que l'énergie vitale de base peut et doit être sublimée, qu'il y a des techniques de méditation qui vont dans ce sens, et que la classification en sept chakras permet un premier repérage dans le foisonnement des expériences énergétiques. Dans la pensée indienne, la Kundalini est une déesse qui octroie moksha, la libération, si on la sert de manière désintéressée. Il est difficile dans ce contexte de l'utiliser comme auxiliaire d'un protocole thérapeutique. Les résultats peuvent être bons chez le patient, mais plus mitigés chez le thérapeute qui risque d'être victime de l'énergie qu'il a éveillée comme une sorte de golem.


Le yoga qui soigne


Un congrès de Yoga-thérapie s'est aussi tenu en mai, organisé par le Dr Lionel Coudron et l'association «Médecine et Yoga». Il fait partie d'une série de congrès qui se sont déroulés en Inde à Bénarès et Bangalore, ainsi qu'en Italie. Il a réuni deux cent cinquante personnes venant de dix-sept pays. Il s'est conclu par la rédaction de la déclaration d'Annecy en faveur d'une médecine balistique. Cette déclaration a été élaborée avec l'aide d'un conseiller juridique au Parlement Européen, et a été envoyée aux ministres de la Santé du monde entier.

Du point de vue français déjà, ce congrès a permis de prendre conscience de la manière dont le yoga pénétrait tranquillement les institutions publiques. Il y avait par exemple deux infirmières psychiatriques de Montpellier qui étaient venues avec leurs frais pris en charge par la formation permanente de leur institution. Le Dr Irampur, professeur à la faculté de médecine naturelle de Bobigny, a parlé de son expérience de création de vingt-cinq groupes de yoga pour traiter les alcooliques. A son sens, et il parle avec plus de vingt années de recul, les pratiques corporelles et les groupes d'anciens buveurs (style Alcooliques Anonymes) sont les deux moyens d'avoir un réel traitement de fond de la dépendance alcoolique, loin devant les traitements médicamenteux. L'alcool est réellement un fléau social, avec trente-six millions de consommateurs et cinq millions de dépendants. En plus de la cirrhose, il faut noter que 50 % des alcooliques dépendants meurent de cancers. On reproche parfois au yoga d'être loin des préoccupations de la société au sens large; mais l'alcoolisme est un champ où il peut avoir une action d'une importance décisive. Chacun cherche le bonheur; les alcooliques et les toxicomanes le cherchent dans une substance extérieure à eux-mêmes; le yogi le cherche à l'intérieur. La possibilité d'expérience de bonheur intérieur intense est le meilleur encouragement à l'abandon de la consommation de substances. Dans ce sens, le Pr Curtis du service de psychiatrie de l'université de Columbia a rendu systématique la pratique du yoga chez les patients en cure de désintoxication.

Pour tirer un réel bénéfice du yoga, il faut éviter de dissiper l'énergie éveillée par la pratique. Quels peuvent être les facteurs de dissipation, de «fuite» d'énergie ? J'ai été amené à réfléchir là-dessus en rencontrant récemment trois professeurs de yoga qui avaient été ou étaient victimes de dépression. Cette question de fuite d'énergie est aussi importante pour des gens qui se trouvent en position de thérapeute. J'en parle de manière générale dans mon livre Le maître et le thérapeute, mais je vais essayer d'évoquer ici les points qui me semblent les plus importants:

Le ressentiment envers celui ou ceux qui vous ont enseigné ce que vous savez: les brouilles entre enseignants et élèves sont courantes dans le milieu du yoga et contribuent à créer une sorte de contradiction interne au niveau de la pratique quotidienne.

Sur l'autre versant de la relation d'aide, l'attachement aux élèves peut être un facteur de fuite d'énergie, soit qu'on ait besoin d'eux au point de vue financier, soit surtout au point de vue subtil, pour par exemple étayer une image de soi chancelante, etc.

Dans la séance de yoga, il y a des moments où à la fois professeur et élève sont en état de conscience modifiée. Ce sont des moments à hauts risques, bien qu'ils soient également intéressants d'un autre point de vue.

Le fait de trop materner les élèves, de les toucher, peut tout à fait créer une déperdition énergétique, et le fait que les élèves aiment cela ne change rien au phénomène.

L'enseignement du yoga est basé sur la pensée positive: il n'y a pas de mal à cela - il existe tant d'occasions de pensée négative dans la vie courante que la séance de yoga et sa pensée positive devient une source importante de réconfort pour les élèves. Cependant, la pensée positive ne doit pas remplacer la pensée tout court, et souhaiter arriver au but ne doit pas faire croire qu'on y est déjà parvenu. Cela serait en contradiction avec le bon sens, ainsi qu'avec un précepte fondamental du yoga: la vérité (satya). Le risque est de développer une double personnalité, alors qu'une spiritualité authentique recherche l'unité ainsi que la spontanéité.

Une dernière idée fausse est responsable de bien des pertes d'énergie: on croit qu'il faut être en position d'enseignant ou de thérapeute pour pouvoir aider spirituellement les autres; mais la spiritualité peut se transmettre d'une multitude de manières, la première restant l'exemple. De plus, les gens qu'on doit aider viennent croiser votre chemin spontanément.


Les paradoxes de la relaxation thérapeutique


L'IFERT, sous la direction des Drs Wintrebert et Ehrlich, a enfin organisé au CNIT (La Défense) un congrès de relaxation thérapeutique qui a rassemblé plus de deux cent cinquante personnes. J'ai un faible pour cette discipline, car le travail qu'elle amène à faire sur le corps et l'imaginaire court-circuite le mental habituel beaucoup mieux que les thérapies verbales et permet d'introduire concrètement un début de travail spirituel en thérapeutique tout en restant accepté par le milieu médical.

La multiplicité des tables rondes, seize réparties dans des salles différentes en une journée, était preuve de la vitalité du sujet. Je pense que ceux qui enseignent la relaxation auraient intérêt à réfléchir sur les bases théoriques de la méditation. Ils trouveraient là un fondement éprouvé par le temps à leurs pratiques: il n'y a pas eu besoin d'attendre le XXe siècle pour savoir relaxer son bras droit ou observer son souffle; il y eut des gens, avant nous, qui ont passé bien plus de temps que nous à ces exercices, même s'ils n'ont pas exprimé les résultats de leurs expériences dans le langage de la psychologie occidentale. Si la relaxation ne s'intéresse pas sérieusement à ces bases orientales, elle risque de rechercher des supports théoriques dans la psychanalyse, et de se trouver par là même intellectualisée, et alourdie des complications idéologiques qui opposent chapelles et sous-chapelles dans ce domaine-là. Peut-être que dans la rencontre, la psychanalyse y gagnerait en acquérant une dimension corporelle qui lui manque cruellement, mais je pense que la relaxation y perdrait sa spécificité qui est d'aller directement du corps à l'image mentale en réduisant au minimum l'intermédiaire verbal et tous ses dangers de constructions et déviations intellectualisantes.

Bien que la relaxation thérapeutique veuille se tenir au cadre médical dont elle est issue, elle fait preuve d'une certaine ouverture: par exemple pour laisser la place, lors de la séance plénière de clôture de ce congrès, à une intervention sur relaxation et méditation. Après les nombreuses communications sur les applications spécialisées de la relaxation, ce sujet pouvait représenter une sorte de tentative de synthèse. La relaxation en elle-même pourrait être définie, comme l'a fait le Pr Pélicier, ex-chef du service de psychiatrie à l'hôpital Necker et président du congrès, comme une recherche de sagesse dans le cadre des thérapies.

La présence des pays de l'Est dans au moins deux de ces congrès est le signe d'une ouverture de ce côté-là. Je suis moi-même allé récemment donner des séminaires de yoga et de psychologie transpersonnelle en Europe de l'Est. En Pologne, j'ai trouvé des psychologues jeunes, ouverts à la psychologie humaniste; dans un des groupes où j'ai été invité, ils ont introduit la méditation matin et soir durant leurs semaines de formation. En Russie, à Saint-Pétersbourg, j'ai rencontré un éditeur qui avait publié un livre de yogathérapie en trois volumes: en quelques mois, il a vendu en tout un million d'exemplaires.

Visiblement, il y a une recherche intense de sens de la part de toute une partie de la population; espérons que les contraintes économiques et les changements politiques ne vont pas étouffer l'oiseau dans l'oeuf...

Par le Dr Jacques VIGNE

http://jacquesvigne.com/JV/jv8.htm


lundi 20 janvier 2014

"NAISSANCE ET CROISSANCE DE L'AME"


Lorsqu'un être humain vient au monde, la particule du Divin dans le cœur est toujours neuve et impersonnelle. Elle appartient à Dieu, bien que prisonnière de l'obscurité matérielle. Elle fait partie de l'héritage "génétique" en quelque sorte du corps animique, comme le corps physique qui possède deux yeux, un nez, une bouche et tout son héritage génétique.

La plupart du temps aucun être personnalisé ne s'articule autour de cette particule, si ce n'est une ambiance spirituelle de fond nouvelle et unique pour chacun ; et qui doit normalement orienter l'individu vers une aspiration et une évolution qui lui est propre et originale. Mais bien sûr cela n'arrive que très rarement car l'aspiration est étouffée sous tous les conditionnements de l'existence.

Tout aussi rarement cette ambiance de fond peut porter en elle une programmation spirituelle placée là directement par le Divin, ou prélevée en Lui, si cette personne doit avoir une destinée particulière. C'est à dire que l'âme peut porter à ce moment là une supraconscience divine déjà en partie formée.

Encore plus rarement, en plus de toutes ces possibilités, des êtres spirituels, humain ou non, peuvent aussi placer autour de la particule divine différents types de supraconsciences absolues liées à leurs propres réalisations ou nature d'être. Mais il y a une limite à ce phénomène et à la quantité de ce que l'âme peut porter à la naissance, c'est pour cela qu'en général ce transfert, s'il peut commencer dans le ventre maternel, peut se poursuivre aussi tout au long de la vie.

Voilà pour ce qui est de la nature spirituelle.

Les êtres des plans intermédiaires ou inférieurs peuvent aussi agir de la sorte par des transferts de leur propre nature, sauf qu'à ce moment là les transferts se situent au sein du corps subtil ou du corps astral, et qu'ils sont obligés d'attendre une certaine maturité psychologique ou astrale de l'individu dans la distorsion pour réaliser cela. Car l'esprit du bébé est trop pur pour être possédé ou influencé dès la naissance.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous sommes à la fois des êtres spirituels particuliers, issus directement du Divin et avec un parfum unique s'incarnant en ce monde, et à la fois des êtres spirituels en devenir et en construction. Car comme le corps physique qui doit atteindre sa maturité au cours de la croissance, notre nature spirituelle a aussi son enfance et doit croître afin de vaincre toutes les limitations de ce monde.

Jean-Michel Jutge (dimanche 27 novembre 2011)


http://lumieredesorigines.blogspot.fr/search?updated-min=2011-01-01T00:00:00-08:00&updated-max=2012-01-01T00:00:00-08:00&max-results=25


"LA MANIFESTATION CHRISTIQUE"


La Lumière de Grâce, bien que de nature christique, n’est qu’un rayon particulier de la manifestation christique en général, qui n’est elle-même qu’un rayon particulier de la manifestation divine dans sa globalité. Cela n’en altère pas moins sa magnificence et son caractère absolu, qui nous donne un accès direct à l’Ineffable et son infini qui à travers elle peut manifester sa grâce de manière éternellement neuve.

Une des particularités de ce rayon est qu’il fut le premier absolu à s’être manifesté à l’homme, vers le début du Néolithique, lui offrant une âme et les vertus créatrices qui l’accompagnent. Cette période connue sous le nom de l’Eden a tout de même durée près de 2000 ans. Puis la chute laissa dans l’homme un grand vide existentiel, doublé d’un souvenir atavique d’un âge d’or. L’âme s’atrophia, jusqu’à ne plus subsister que la particule divine, dernier vestige d’une grandeur spirituelle perdue.

La chute se perpétua au fil des siècles et des millénaires, quelques grands prophètes et avatars la freinèrent, Krishna, Elie, Bouddha, Zaratoustra, parmi les plus connus, jusqu’à Jésus qui inversa la tendance à travers la manifestation de ce que l’on appelle le Christ Solaire, un autre rayon de la manifestation christique.

Si la crucifixion fut un crime contre un prophète de Dieu, elle permit néanmoins par la résurrection l’ouverture d’une porte qui donne un accès direct vers la manifestation du Christ Solaire. Mais je ne développerai pas cet aspect ici. Parler de la manifestation christique et de ses différentes formes, de sa nature et de son rôle dans le cosmos serait trop long.


Je resterai donc sur le sujet de la Lumière de Grâce.

Bien qu’il soit actif dans tout l’univers, à notre époque ce rayon particulier a été réactivé pour la planète et est de nouveau accessible à l’humanité. De ce fait il va chercher au fond du cœur ce vestige de l’Eden qui est la particule divine en tant que Christ Intérieur, pour l’éveiller et mettre de nouveau en marche le déploiement de l’âme directement sous l'inspiration du Créateur.

Mais il va beaucoup plus loin car il vise également à plus ou moins long terme à éveiller le Christ Planétaire. Et parce qu’il est un processus cosmique et universel, le processus de la Lumière de Grâce fédère aussi les autres processus divins ou christiques en œuvre sur la planète et tisse les liens qui existent entre toutes les manifestations divines. Car Dieu ne sépare pas, il unifie constamment son œuvre. Mais c’est une œuvre qui se fait au sein du chaos et de la limite que présente la manifestation, et à ce titre elle peut revêtir à travers chacun une forme plus ou moins différente.

Jean-Michel Jutge (18 septembre 2011)

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"AUGUSTIN LESAGE UN PEINTRE...MINEUR"


Par Djohar Si Ahmed

Cet article est un extrait du livre de Djohar Si Ahmed, Comment penser le paranormal (L’Harmattan, 2006, pp. 230-233) qui porte sur un célèbre artiste médiumnique.

Dix ans environ après l’odyssée de Desmoulin, se situe une autre aventure, tout aussi singulière, celle d’Augustin Lesage, mineur, comme il est de tradition familiale, à Ferfay dans le Nord de la France. Vie de labeur, sans ou presque sans apport culturel ou intellectuel extérieur.
C’est alors qu’il est seul au fond de la mine, un jour de 1911, qu’il entend une voix lui annoncer « un jour tu seras peintre ». On imagine la frayeur que lui cause une telle voix et surtout une telle annonce.
Une dizaine de mois plus tard, il entend par « hasard » un de ses camarades parler de communication avec les esprits. Les voix entendues au fond de la mine prennent tout à coup un sens : et si c’étaient les esprits qui lui avaient parlé ? Voilà donc Lesage, sa femme, son ami Ambroise Lecomte et sa femme, ainsi qu’un autre mineur, autour d’un guéridon qui promeut très vite, Lesage médium. A la séance suivante, sa main saisie de tremblements veut impérieusement écrire ce message que je ne peux oublier [1] :

    Aujourd’hui nous sommes heureux de nous communiquer à vous. Les voix que tu as entendues sont une réalité. Un jour tu seras peintre. Ecoute bien nos conseils, et tu verras qu’un jour tout se réalisera, tel que nous le disons. Prends à la lettre ce que nous te disons et ta mission s’accomplira.

Des messages lui parviennent, messages qui lui enjoignent d’aller à la ville voisine acheter pinceaux, toiles et couleurs. Lesage obtempère et ramène chez lui le matériel acheté selon les indications des esprits, notamment une toile de 3 m sur 3, qu’il a bien du mal à transporter. Et il se met à peindre, bien qu’il n’ait jamais touché un pinceau ou une toile. Lorsqu’il revient de la mine, harassé de fatigue, le simple fait de s’installer devant son chevalet en fait disparaître toute trace. Il peut alors peindre pendant des heures.
Les esprits [2] se montrent particulièrement complaisants à son égard, dans l’assistance technique et picturale : préparation et mélange des couleurs choix des pinceaux, et bien sûr guident son pinceau dans d’époustouflantes compositions abstraites, toujours symétriques, par rapport à un axe vertical.
Le style de Lesage est unique. Il ne s’inscrit dans aucune filiation et pourtant il est immédiatement reconnaissable. Après les tâtonnements du début, son style restera le même jusqu’à la fin de sa vie. Sa peinture atteste non seulement d’un souci du détail mais aussi d’un sens remarquable de la composition d’ensemble. Il peint par petites surfaces, procédant de proche en proche, sans prendre de recul par rapport à la totalité de sa toile. Ses tableaux parfaitement symétriques peuvent être regardés de prés comme de loin :

    A l’Institut Métapsychique où elle a été exposée, (...) la première toile de Lesage a été admirée par tous les visiteurs, parmi lesquels une quarantaine d’artistes peintres. L’un de ces derniers me disait (...) : combien il est étrange que ce mineur soit arrivé à cette forme d’art (...) : si l’on donnait à n’importe quel peintre une toile de 9 m² à couvrir de peinture à sa guise, il adapterait inévitablement l’ampleur de sa composition à l’étendue de sa toile ; pour une plus grande surface il concevrait de grands sujets, quel que fût le genre de sa peinture. Or Lesage s’est comporté en miniaturiste avec une sorte d’inconscience du temps à passer et de la difficulté. Il a peint (...) des sujets faits d’éléments décoratifs minuscules, qui gagneraient à être regardés à la loupe au lieu d’y disparaître. Cette œuvre est une profusion de beautés. Qu’un ouvrier sans pratique de la peinture ait été capable de la faire, c’est vraiment extraordinaire [3].

Que représentent ces œuvres de Lesage ? Rien qui puisse être défini. Ni abstrait, ni vraiment figuratif, des formes géométriques évoquant des temples égyptiens, des images kaléidoscopiques, des frises « Art déco ». Formes souvent belles, d’exécution minutieuses, toujours symétriques entre le côté gauche et le côté droit. Parmi ces formes géométriques et comme « serties » en elles, des personnages bibliques, mythologiques complètement « plaqués » dans des attitudes hiératiques, sans aucune expression discernable.
L’œuvre de Lesage, aussi réussie soit-elle, se présente comme une peinture schizophrénique avec toutes ses caractéristiques : remplissage de toute la surface, pas de vide, maniérisme, géométrisation, sans distinction du dedans et du dehors, mélange dans un même tableau de motifs de l’Égypte ancienne et des personnages inspirés de l’iconographie chrétienne.
Quant au spectateur médusé par la prouesse technique que représente la réalisation de tels tableaux, il ne peut guère trouver sa place, ni accrocher la moindre identification, face à ces efflorescences psychotiques. Ces dernières coexistant chez Lesage, avec une personnalité parfaitement adaptée aux exigences de la vie sociale, familiale et professionnelle.
En 1921, Jean Meyer (fondateur de l’IMI) ayant eu vent des réalisations de Lesage, lui rend visite avec Pascal Forthuny. A la suite de quoi Augustin Lesage est invité à Paris, où Jean Meyer organise pour lui des expositions. Il quittera définitivement la mine en juillet 1923 pour se consacrer à sa peinture, avec le soutien matériel et moral de Jean Meyer.
Invité par Osty à l’IMI et sous son contrôle, il exécutera publiquement entre le 6 avril et le 10 mai 1927 une toile [4] de 3 m sur 2 m 50 !

    Je sais bien que je ne puis rien peindre si je ne me mets pas sous l’influence des Esprits. Quand je travaille, j’ai l’impression d’être dans une autre ambiance que celle ordinaire. Si je suis dans la solitude, j’entre dans une sorte d’extase. On dirait que tout vibre autour de moi. J’entends des cloches, un carillon harmonieux, tantôt loin, tantôt près, cela dure pendant tout le temps que je peins [5]

Dans Eléments pour une psychanalyse de l’œuvre d’A. Lesage, M.F. Lecomte-Edmond, analysant sa biographie, les des témoignages disponibles et l’impression que lui laissent ses œuvres, écrit au sujet de sa problématique :

    Cliniquement Lesage est un délirant mystique, dont la fantasmagorie est heureusement endiguée par des mécanismes de défense obsessionnels. Identifié à sa sœur Marie (...), Augustin Lesage est inconsciemment devenu peintre pour exorciser une angoisse de mort, remplir le vide mortifère et s’assurer de l’immortalité. Bien entendu cela n’explique ni ne réduit son talent. Cela rend seulement compte de processus pulsionnels qui en ont suscité l’éclosion [6].

A dix ans de distance et dans deux milieux fort différents, des similitudes troublantes apparaissent entre Lesage et Desmoulin :
-   Leurs carrières de peintre médiumnique débutent par une rencontre avec le spiritisme (voix et écriture automatique),
-   Une totale croyance dans l’intervention des esprits (Vieux maître, Instituteur, Astarté pour Desmoulin et sa sœur Marie, Léonard de Vinci, Marius de Tyane pour Lesage), croyance donc en l’exogénéité du principe dictant, selon la formule de Breton,
-   Une grande similitude dans les propos des esprits, à la fois guide et instance maternelle : « Tu seras un grand peintre, tu réaliseras une grande oeuvre » sont des injonctions retrouvées chez chacun d’eux,
-   Desmoulin et Lesage ont connu une phase au cours de laquelle ils ont exercé (sur injonction des esprits) une activité de guérisseur,
-   Tous deux enfin ont trouvé dans cette aventure spirito-picturale, l’équivalent d’une thérapie ; à l’égard d’un deuil impossible chez Desmoulin, à l’égard d’angoisses de mort inconscientes chez Lesage, et probablement d’une problématique psychotique qui ne s’est jamais cliniquement révélée :

    En anticipant sa mort avec le commerce avec les défunts, Lesage est parvenu à donner une vie symbolique à un destin de sous-homme. Ses croyances spirites se sont vérifiées au-delà de toutes ses espérances, puisque son œuvre lui survit à l’instar d’un périsprit, mais plus énigmatique encore, plus imprévisible et combien plus inventive [7].

Dans les cas de Lesage, de Desmoulin et probablement dans beaucoup d’autres (Victorien Sardou, Hugo d’Alési), une énigme demeure que ne pourront résoudre ni les interprétations psychanalytiques, ni les interprétations sociologiques, économiques ou contextuelles (vogue du spiritisme). Pourquoi et comment ces personnes ont pu ou ont su trouver cette voie singulière d’expression qui sans aide extérieure, hormis celle des « esprits », leur a permis de sortir de leur condition d’endeuillé, d’enfermement intérieur, de leur souffrance, pour accéder à une vie que rien dans les conditions initiales, ne pouvait laisser envisager ?
Quel est cet autre ingrédient qui, au-delà de la psychose, au-delà du deuil, au-delà des séparations précoces, au-delà des conditions socio-économiques et culturelles, vient alchimiser, transmuter de façon exemplaire, le destin banal de ces individus ?

[1] E. Osty : "A. Lesage, peintre sans avoir appris" in Revue_Metapsychique, N° 1, 1928. Récit fait à Osty en mai 1927 par Lesage lui-même p. 2-3.

[2] A la question « Quels sont vos guides ? Lesage répond : « Pour les premiers messages et les premiers dessins (..), c’est ma sœur Marie. Ensuite à partir de la peinture à l’huile, ce fut Léonard de Vinci. Depuis 1925, c’est Marius de Tyane » in Osty, op. cité, p. 7.

[3] E. Osty opus cité, p.11.

[4] La plupart de ses toiles (225 répertoriées), sont exposées au Musée de Béthune.

[5] J.L Victor, A. Lesage ou le Pinceau des dieux, Editions Reyne de Coupe, 1996, p. 38.

[6] In Augustin Lesage, 1876-1954, Rétrospective, Paris, Philippe Sers -Vilo, 1988, p. 83.

[7] Michel Thévoz, Art, psychose et médiumnité, Paris, La Différence, 1990, p. 162.


http://www.metapsychique.org/Augustin-Lesage-un-peintre-mineur.html



dimanche 19 janvier 2014

"LES 3 KUNDALINIS ET LE NOUVEAU DEVENIR HUMAIN"


"Ouvre les yeux et considère-toi : l’être humain est fait à l’image, et par le pouvoir du Dieu-Trinité.
Contemple ton homme intérieur, et tu le verras distinctement et clairement. [Jacob Boehme]

par François Favre

(publié dans la revue 3ème millénaire - 2003)

Depuis un siècle et demi environ, des chercheurs venus de tous les horizons s’intéressent au phénomène de la Kundalini et à son rôle dans l’évolution humaine. Son étude, tant sur le plan ésotérique que scientifique, a suscité nombre d'opinions contradictoires et le plus souvent divergentes : Mme Blavatsky, qui a introduit le concept en Occident vers 1875, la nomme « puissance électrique » et la décrit comme la véritable source des états de conscience supérieurs ; Jung voit dans cette force primordiale et universelle, associée traditionnellement à la sexualité, le fondement d’une « énergétique de l’âme » conduisant à la réalisation du Soi, au moyen de l’individuation ; S. Grof, influencé par les enseignements de Swami Muktananda, considère son activation comme un puissant catalyseur d’éveil spirituel et de développement psychique ; K. Ring comme Gopi Krishna ou A. Bailey, attribuent à cette énergie à la fois vitale et destructrice le pouvoir d’accélérer l’évolution non seulement de la conscience personnelle d’un individu, mais celle de toute la race humaine ; Gurdjieff, à l’inverse des théosophes, nie son caractère « libérateur » (tout comme J. Krishnamurti, Vimala Thakar ou Ramana Maharshi) et affirme de manière provocatrice que « Kundalini est une force qui a été introduite dans les hommes pour les maintenir dans leur état actuel », situation qu’il compare à celle induite par le sommeil hypnotique ou l'ensorcellement.

Pour expliquer ces oppositions concernant le rôle de la Kundalini dans le développement humain, nous proposerons l’hypothèse suivante : il existe dans le corps trois centres dans lesquels cette Force divine, dont le déploiement a produit tous les grands sages et tous les génies de l’Histoire, peut agir afin d’éveiller l’homme à sa véritable vocation de « Fils divin » : le bassin, le cœur, et la tête ; à chaque source correspond une méthode d’éveil particulière ou « énergétique » ;  l’existence d’au moins trois énergétiques différentes explique le phénomène de la « guerre des Maîtres » (Ramana Maharshi, Sri Aurobindo et Osho Rajneesh, par exemple, ne transmettent pas la même réalisation et appartiennent à des « familles énergétiques » distinctes). Nous allons maintenant étudier successivement ces trois méthodes d’Eveil singulières, qui visent chacune à la formation d’un « homme nouveau » et auxquelles nous donnerons le nom d’ « initiation tantrique » (kundalini du bassin), d’ « initiation supramentale » (kundalini de la tête), et d’ « initiation christique » (kundalini du cœur). Nous nous attacherons plus particulièrement à la description de cette dernière, qui demeure largement inconnue des chercheurs occidentaux, et nous tenterons de mettre en évidence le fait que l’Occident possède son propre ésotérisme, un ésotérisme christique, ainsi qu’une méthode d’initiation spécifique (le transfigurisme), parfaitement adaptée à la structure physiologique et mentale de l’homme occidental, et totalement indépendante des chemins et des systèmes anciens enseignés dans les religions orientales.

Le yoga de la Force ascendante

Originellement, le mot Kundalini appartient au lexique technique de l’ésotérisme indien et désigne l’énergie ophidienne lovée à la base de la colonne vertébrale. Les auteurs indiens lui donnent le nom de Shakti et voient en elle la véritable source de l’énergie universelle, du feu cosmique. Cette fantastique énergie, que la plupart des cultures connaissent depuis toujours et honorent sous la forme du serpent (en Inde, la Kundalini-Shakti est représentée sous la forme d’un serpent femelle ; on la dénomme aussi « Puissance du serpent »), possède deux aspects : l’un manifeste l’existence ordinaire, l’autre nous conduit à la Vérité suprême ; dirigée vers l’extérieur, elle nous permet d’explorer le monde qui nous entoure ; éveillée dans le centre de la base où elle demeure, la « Mère divine » nous révèle le monde intérieur, le monde spirituel.

La meilleure description que nous possédions de ce processus d’éveil spécifique nous est fournie par la philosophie du yoga, et plus particulièrement du hatha yoga. Hatha en sanscrit est composé de deux mots, ha et tha, signifiant le soleil et la lune. Ces deux astres sont ici utilisés symboliquement pour représenter les deux courants nerveux circulant du côté droit et du côté gauche de la colonne vertébrale, à l’intérieur des deux nadis ou canaux subtils de pingala et ida. Le premier, masculin, créateur, est rouge et brille comme le soleil ; le second, féminin, réceptif, est jaune et diffuse une lumière semblable à celle de la lune. Leur fonction est d’assurer la circulation du prana (« souffle inspiré » ; fluide cosmique ou supracosmique) dans le corps. Quant à la nadi centrale autour de laquelle s’entrelacent les deux autres à la façon des deux serpents du caducée, elle porte le nom de sushumna et est désignée par les ésotéristes indiens comme la « rivière du Paradis » ; de couleur blanche, elle a l’éclat du diamant. Pingala et ida se croisent six fois sur la sushumna et chacun de ces points de rencontre est appelé « chakra » (il existe encore un septième chakra, distinct des six autres et relié à la pinéale). Ces « roues de feu » sont localisées respectivement à la hauteur  du sacrum, du nombril, du plexus solaire, du cœur, de la gorge, du front, et au sommet du crâne. Elles tournent plus ou moins vite mais toutes dans le même sens (de gauche à droite chez l’homme spirituel, de droite à gauche chez l’homme naturel) ; la philosophie orientale symbolise ces deux mouvements de rotation par la double swastika, dont l’une, dextrogyre, représente la « roue de la vie »  et l’autre, sénestrogyre,  la « roue de la mort » (= croix gammée).

La véritable fonction d’Ida et de Pingala est de conduire jusqu’à la base de l’épine dorsale les différentes énergies libérées par la maîtrise du souffle, afin d’ « exciter » la force de Kundalini qui gît là, à moitié inconsciente (les textes la représentent comme endormie au fond d’une caverne où brûle un feu à demi éteint ; l’essentiel des pratiques yoguiques consiste à souffler sur ce feu afin de le raviver). Sortant de sa léthargie, la Kundalini « se dresse en sifflant » et commence son ascension à travers la sushumna (à la manière d’un « serpent qu’agace le bâton du charmeur », dit une Upanishad) ; au cours de sa montée, elle perce les différents chakras qu’elle rencontre sur son chemin et s’unit finalement au sommet de la tête à l’Esprit universel, qui vient à sa rencontre.

 Il convient de noter que ce type de « processus kundalinien » apparaît clairement non seulement dans la littérature indienne, d’inspiration yogique et tantrique, mais aussi dans le bouddhisme tibétain, le taoïsme, l’occultisme occidental ou  le néo-occultisme du Nouvel Age, et qu’il est généralement basé sur l’utilisation de la magie sexuelle à des fins d’ « expansion de conscience » ou de « développement personnel ».  Comme nous allons le voir maintenant, cette interprétation classique du processus de la libération a été contestée à notre époque par différents enseignants spirituels, dont Sri Aurobindo (1872-1950) et Jan van Rijckenborgh (1896-1968). Le premier, d’origine indienne, basa son yoga intégral sur l’éveil de la kundalini de la tête ; le second, d’origine hollandaise, enracinait sa pratique spirituelle sur l’éveil du Cœur, de la kundalini du cœur (en ce sens, il est proche de quelqu’un comme Ramana Maharshi), se situant dans la lignée des grands gnostiques occidentaux comme Paul de Tarse, Mani, Jacob Boehme ou les cathares.

Le yoga de la Force descendante

Aurobindo partait du principe que l’humanité était entrée depuis le début du XXì siècle dans une nouvelle phase de mutation, qui rendait caduque les anciennes méthodes d’initiation basée sur l’éveil de la kundalini dans le sacrum. Selon lui, l’ouverture des chakras, qui détermine la spiritualisation de l’homme, doit maintenant s’opérer à notre époque non plus de bas en haut  (yoga de la Force ascendante) mais de haut en bas (yoga de la Force descendante). Une fois « réveillée », la force de Shiva, située au-dessus de la tête, pénètre dans le système humain par la porte de la pinéale, descend dans le canal central de la moelle épinière (sushumna) et perce, lentement et doucement, les différents chakras pour s’unir finalement avec la Mère divine, la Kundalini-Shakti, qui s’élève du bas de la colonne vertébrale à sa rencontre. L’un des avantages de cette méthode est que les centres énergétiques situés dans le bassin, vitaux et subconscients, ne s’ouvrent qu’en dernier (à l’inverse du processus tantrique), parfois même longtemps après qu’ils aient été « percés », évitant ainsi au candidat d’être confronté trop rapidement avec les forces chaotiques et sauvages de la Nature (c’est la raison pour laquelle les yogas traditionnels exigent absolument la présence d’un Maître protecteur, pour éviter à l’adepte de sombrer dans la folie ou l’autodestruction). Le but du processus révolutionnaire envisagé par Sri Aurobindo n’est donc pas seulement de « monter »  pour parvenir à la libération de la conscience hors de la matière, mais au contraire de « descendre »  pour transformer la Vie et la Matière jusque dans ses constituants les plus intimes (spiritualisation de la Nature)1.

Transfiguration

Van Rijckenborgh, de son côté, récuse les deux approches précédentes comme partielles et incomplètes et propose dans son enseignement une troisième voie, une troisième  énergétique, qui unit et fusionne les deux visions précédentes. Elle mobilise trois kundalinis et non deux comme dans les autres formes de yogas, lesquelles excluent, de fait et structurellement, le pôle du cœur situé actuellement en dehors du système du « feu du serpent ». Selon le gnostique hollandais, « redresser le cœur », c’est-à-dire éveiller la kundalini dans le « sanctuaire » du cœur et replacer le centre du sentiment dans l’axe de celui de la tête et du bassin, représente la première tâche pour celui qui désire suivre le chemin  de « l’initiation christique ».

En quoi consiste cette méthode de délivrance particulière que Van Rijckenborgh nomme « Transfiguration » et définit comme : « intervertir les personnalités terrestre et céleste », ce qui implique d’abord l’éveil de cette personnalité céleste par un changement fondamental du penser, puis du désir (corps astral) et enfin une maîtrise des éthers (corps éthérique comme matrice d’un nouveau corps physique) ?2

Pour la décrire dans son essence, prenons d'abord une image classique, celle de la métamorphose de la chenille en papillon, utilisée par de nombreuses fraternités gnostiques (en particulier, les cathares) pour exprimer le mystère de la « Grande Transformation «. Une chenille se protège de l’extérieur en s’enfermant dans un cocon ou en s’enterrant. Elle se fige en une sorte de petite momie, la chrysalide (chrysos : l’or) qui curieusement prend très vite l’apparence extérieure du futur papillon. Pendant plusieurs mois rien ne se passe, tout au moins en apparence ; puis un jour, un miracle étonnant se produit : une nouvelle créature ailée émerge du cocon en déchirant l’enveloppe rigide de la chrysalide, déploie ses ailes et s’envole. La chrysalide, l’enveloppe extérieure, avait l’air complètement inerte, comme morte. Pourtant, à l’intérieur, des changements remarquables avaient lieu. Ceux-ci peuvent être décrit de la manière suivante : la chenille et le papillon n’évoluant pas dans les mêmes espaces et ne se nourrissant pas de la même manière (une chenille mâche des feuilles, un papillon boit du nectar liquide), une transformation structurelle est nécessaire, de nouveaux organes doivent être constitués. Ceux de la chenille se dissolvent, se transforment en fluides et il ne reste plus que 7 ganglions, qui rappellent analogiquement les 7 chakras du corps astral chez l’homme ; et c’est à partir de cette matière apparemment informe mais vibrante de vie, d’informations et de conscience, de cette « tourbe alchimique «, que se forment les ailes, les yeux, les muscles et le cerveau du futur papillon. Jusqu’à la réalisation finale qui voit le papillon s’extraire de sa gangue grossière, tous les changements qui s’opèrent dans la chrysalide doivent demeurer secrets et invisibles au regard de l’observateur extérieur, afin que protégé dans la coquille qu’elle s’est fabriquée, la « nouvelle créature » puisse accomplir dans les meilleures conditions cette métamorphose, qui absorbe tout son temps et son énergie vitale.

Le mystère du microcosme

Cette métaphore empruntée au règne animal s’applique parfaitement et totalement à l’homme engagé dans le processus de « transfiguration »,  que les Evangiles canoniques et apocryphes nous  relatent. Le terme « endoura », dont parle la gnose cathare, désigne le processus d’abolition ou d’annihilation de l’égo, par lequel s’opère le remplacement de l’homme naturel par l’homme spirituel. Le mot « transfiguration » se rapporte à l’épisode évangélique précédant la montée au Golgotha (littéralement, le mont du crâne), où le Christ apparaît à ses plus proches disciples dans son « vêtement de lumière » et leur dévoile sa véritable nature. D’où la parole :

« Celui qui acceptera de perdre sa vie pour Moi [par ce processus d’abolition de l’égo], la conservera [par la transfiguration]. »

Il s’agit là de processus complexes et subtils qui doivent s’accomplir dans le « microcosme « humain. La notion de « microcosme » (petit monde) est commune à toutes les grandes traditions spirituelles, qui voient dans le composé humain une synthèse de l’univers, un « reflet fidèle de point en point des cieux et de la terre », selon la formule manichéenne.  Selon les enseignements de Van Rijckenborgh, le microcosme peut être décrit comme une sphère de conscience, multidimensionnelle, dans laquelle est gravée l’image de l’univers entier. C’est l’Homme Primordial, l’Homme parfait, l’Homme solaire, par lequel la Divinité inconnaissable se rend sensible. Au centre de cette sphère, qui est comparable à la chrysalide ou au cocon  de notre exemple précédent, brûle une étincelle du Feu divin. C’est le principe central, propulseur, du microcosme, la « monade », qui contient cachée en son sein le plan de développement de l’homme total. Tout ce qui est de l’Esprit Universel se transmet à l’étincelle divine et par là au microcosme tout entier (c’est ainsi que s’accomplit le véritable devenir de la Création et de la créature).

Le mystère de l'Esprit


La monade ou « roue flamboyante de la Vie » a deux pôles. Le premier se trouve au centre du microcosme, à peu près à la hauteur du cœur. C’est le pôle féminin, négatif, récepteur et générateur : l’Âme, la Mère, symbolisée dans les textes alchimiques par la Lune. L’autre pôle, en liaison avec la glande pinéale, se situe au-dessus de la tête, on pourrait dire à la périphérie de la roue de feu : c’est le pôle masculin, positif, créateur et dominateur : l’Esprit, le Père, représenté par le Soleil dans les différentes mythologies. L’aspect-Père et l’aspect-Mère, l’aspect masculin et l’aspect féminin, l’Esprit et l’Âme nous sont donc très proches dans le microcosme, « plus près que les pieds et les mains », déclare Jacob Boehme, « plus proche que la veine jugulaire », dit le Coran des musulmans. C’est à ce mystère de la monade, de l'Esprit en nous, que fait allusion un ancien texte gnostique, attribué à Simon le Magicien : « En chaque être humain réside une puissance infinie qui est à l’origine de l’univers. Cette énergie extraordinaire existe sous deux formes : l’une active, l’autre potentielle. Elle demeure en chacun sous une forme latente ». Ou encore : « Il y a en en chacun [un pouvoir divin] qui existe à l’état latent… Pouvoir unique qui se divise au-dessus et au-dessous… qui est mère de soi-même, père de soi-même… qui est source du cercle entier de l’existence. »

Selon les indications transmises par Van Rijckenborgh, le processus de rétablissement de la liaison, aujourd’hui brisée, entre les deux pôles de la monade dans les sanctuaires du cœur et de la tête (c’est là le sens vrai de la notion de « chute ») s’accomplit en trois phases, en « trois temps « selon la parole christique : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai ». Et l’auteur de l’Evangile de Jean juge nécessaire de préciser « il parlait du temple de son corps « (Jean 2, 19-21). La première phase de ce Grand-Œuvre alchimique concerne la renaissance spirituelle, l’entrée de l’Esprit dans le microcosme, la seconde se rapporte à la renaissance de l’âme, à la nouvelle radiation de conscience qui prend forme dans le système du feu du serpent (le double système nerveux formé par les deux cordons du sympathique et l’axe cérébro-spinal), et la troisième a trait à la renaissance de l’être tout entier (transfiguration).

La naissance de la Lumière


Une ancienne légende chinoise veut que Lao-Tseu, après avoir quitté la Chine pour l’Occident, se soit métamorphosé en une grenade qu’avala, alors, la mère de Mani, Maryam (Marie). Celle-ci se retrouva enceinte et engendra le « Bouddha de Lumière «, Mani. Le récit relate que l’enfant « sortit en fendant la poitrine de sa mère «, fait qui est confirmé par un autre texte manichéen (Compendium) où il est dit que le jeune prophète est né du « sein « de sa mère, et non de son ventre. Ce principe de la « naissance immaculée » se retrouve dans la plupart des grandes traditions religieuses : les disciples du Bouddha font naître leur maître du flanc de sa mère, alors que Jésus, le futur Christ, ou Krishna, sont engendrés de manière miraculeuse d’une Vierge et viennent au jour dans une grotte.

Ces différents récits mythiques attirent ici notre attention sur le fait suivant : pour les gnostiques, d’inspiration « christique », la naissance spirituelle s’accomplit toujours dans la « grotte » du cœur, à partir d’une force pure, non naturelle, « vierge » (= Marie ou Maya), car c’est là que siège l’étincelle divine, la flamme de la monade dans le  microcosme (c’est la grande différence avec les autres énergétiques qui trouvent leur origine soit dans le sacrum, soit dans la tête). Une question se pose ici : comment le premier pôle de la monade, le rayonnement du microcosme, c’est-à-dire la force de rayonnement du noyau divin de l’Ame (Marie), va-t-il pouvoir trouver accès au cœur humain ? Ce processus de réconciliation entre Dieu (la monade) et l’homme peut être à nouveau réalisé grâce à l’existence dans notre corps de ce merveilleux « organe » réflecteur, situé au sommet du ventricule droit du cœur, que Van Rijckenborgh nomme à la suite des rose-croix classiques, « rose du cœur » ou « atome christique », et que la tradition ésotérique désigne comme le « miroir des Mystères ». Sa tâche est de permettre aux activités de l’éternité de percer dans le temps, dans la créature temporelle que nous sommes, nous, hommes terrestres et mortels. Le rayonnement du noyau du microcosme, le rayonnement du premier pôle de la monade, doit pouvoir se relier à l’atome réflecteur de notre cœur ; alors, il peut être dit que la « rose » du microcosme s’unit à la « rose du cœur ». Ainsi naît dans et autour du cœur, un seul foyer puissant d’attouchement divin.

Lorsque la force de la Rose, de l'Esprit, peut pénétrer dans le cœur, elle influence par son activité rayonnante le thymus, glande à sécrétion interne située derrière le sternum, qui joue un rôle important dans les processus physiologiques de croissance, de défense et de régénérescence : celle-ci réagit à ce premier choc de lumière, à cette vibration nouvelle, et libère dans le sang une hormone, porteuse de nouvelles « valeurs éthériques », qui est transmise au sanctuaire de la tête par la circulation céphalique. Ainsi, une première relation s’établit entre le cœur et la tête, et des pensées nouvelles, différentes, se forment dans le champ de respiration (aura) du candidat. L'une des manifestations les plus remarquables de cette nouvelle activité de pensée, alimentée par la source du cœur, est la création et la vivification de « l'image de l'Homme immortel » (le Jumeau, le Double, l’Ange), esquisse du futur « Homme de lumière » qui se développe en dehors de la conscience ordinaire et irradie silencieusement.

Mais, dès que cette image commence à prendre forme dans le champ aural, un conflit violent naît et se développe dans la personnalité humaine : le moi supérieur, Lucifer-Satan en nous, s'efforce, comme Hérode dans l'Evangile, de tuer “ l'enfant divin ”, de détruire dans l'œuf la forme embryonnaire appelée à la vie par le pouvoir magique de l'imagination créatrice (c'est l'épisode du Massacre des innocents). Ce moi supérieur ou « être aural »  selon van Rijckenborgh peut être décrit comme un champ magnétique septuple et conscient, entourant l’étincelle d’Esprit et la  personnalité. La voûte étoilée s’y projette et il possède 12 centres de force en correspondance avec les 12 constellations zodiacales. Ces douze forces du ciel microcosmique, où est inscrit le résultat des incarnations antérieures du microcosme, sont encore reliés à la personnalité par l'intermédiaire des 12 paires de nerfs crâniens dans le sanctuaire de la tête, et déterminent la qualité de l'âme, le type, le caractère, et le comportement de chacun. Seul le cœur par la présence de la Rose échappe à cette emprise totalitaire de la conscience karmique, ainsi que les deux cordons du sympathique, à droite et gauche de la colonne vertébrale, qui fonctionnent de manière automatique et sont insensibles à la volonté-moi (à la différence du système cérébro-spinal). Par cette rapide description, nous comprenons que toute perturbation induite par la force gnostique dans la personnalité est instantanément captée et transmise à l'être aural, et inversement. Ce premier enflammement du sanctuaire de la tête marque donc le début d’une lutte très particulière qui bouleverse en profondeur le système magnétique aural et annonce sa prochaine disparition, car un « nouveau ciel », un nouveau firmament de douze forces, et une « nouvelle terre », une nouvelle personnalité, doivent apparaître dans le microcosme régénéré (c'est à ce fait spirituel incontestable que Jean fait allusion lorsqu'il dit à la fin de l'Apocalypse : « Et je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre »).

Involution

Si le candidat résiste aux pressions exercées par l’être aural sur sa conscience, et si  cette orientation du cœur et de la tête sur le « Tout Autre » peut être maintenue suffisamment longtemps, la force-lumière, libérée par la monade et reflétée par l’atome primordial, se concentre dans l’espace libre derrière l’os frontal, entre les deux arcades sourcilières. La voie du sommet lui étant fermée, en raison de la domination exercée par l'être aural sur le cerveau, et l'axe de la moelle épinière lui étant interdit parce qu'il est l'instrument de la volonté personnelle et de la conscience-moi ordinaire, la force-lumière gnostique n'a d'autre choix que de descendre le long du cordon droit du sympathique (pingala) jusqu'au plexus sacré. Ce processus d'involution s'accomplit en cinq étapes et correspond pour le candidat à « cinq épreuves », à « cinq grands combats », se rapportant à la neutralisation du mouvement désordonné des chakras et à la maîtrise des forces qui s'y rattachent.

Le premier chakra touché est, nous l’avons vu, celui du front : sa réorientation et sa nouvelle polarisation engendre une première rénovation des trois pouvoirs de la conscience : désir, pensée et vouloir.

Le feu de la kundalini du cœur influence ensuite le chakra de la gorge, qui est relié au larynx et à la thyroïde, et modifie l’assimilation des forces naturelles captées par la respiration. L’une des conséquences résultant de ce processus est le renouvellement du langage, l’apparition du vrai pouvoir de la parole, que les Anciens symbolisaient par l’épée à double tranchant. A travers le larynx, situé entre la tête et le cœur, l’état réel de nos pensées et de nos sentiments se révélera, et un nouveau son se fera entendre.

Le troisième chakra, dont l’activité est modifiée par la descente du feu gnostique, est celui du cœur. Le conflit incessant entre la tête et le cœur, entre le sentiment et la raison, est la principale cause des désordres que constatons en nous et hors de nous. Parvenir à la pureté du cœur, à la maîtrise des passions, ouvrir l’organe du sentiment à la véritable foi, à la pitié et à la compassion, est la clé du nouveau devenir humain et l’unique voie possible « pour sortir de la barbarie des idées » (E. Morin). Toutefois, ce « redressement du cœur » n’a rien à voir avec une simple modification des sentiments, ni avec un refoulement des désirs ou une émotion mystique suscitée par une expérience transpersonnelle. La Lumière divine ne pénètre que dans un sanctuaire du cœur apte à la recevoir. C’est pourquoi le chevalier spirituel qui a pu extraire l’épée de la pierre et a démontré par des actes concrets la pureté de ses intentions, reçoit ici pour mission de réaliser ce que la Langue Sacrée appelle la « fonte du Graal ». Selon Van Rijckenborgh, les trois circuits des plexus nerveux du larynx, des poumons, et du cœur, reliés aux différents chakras, forment anatomiquement une esquisse de la coupe sacrée3 : le pied du calice repose dans l’orifice cardiaque, la tige se dresse dans les poumons, et la partie haute correspond au larynx4. La construction envisagée ici n’est donc pas purement symbolique, mais correspond à une tâche bien réelle, qui consiste à rétablir organiquement l’unité entre les sanctuaires de la tête et du cœur, afin que l’Esprit universel puisse se manifester dans l’âme humaine.

Si le feu gnostique peut franchir la porte du cœur, après avoir façonné le vase sacré dans le plus pur cristal éthérique et que celui-ci démontre qu’il est capable de supporter le contact du feu céleste, une nouvelle purification a lieu, qui concerne les fonctions du métabolisme, et en particulier le système foie-rate, l’estomac, le pancréas, les reins, les glandes surrénales. Pénétrant toujours plus profondément dans les « Ténèbres » du système humain, la vibration gnostique atteint les centres nerveux vitaux régissant les organes d’assimilation et d’épuration, et leur restitue la capacité de capter, stocker, transformer, et rayonner la lumière spirituelle. C’est à ce processus  de « manducation », consistant littéralement à « manger la lumière », qu’a trait l’épisode évangélique de la Cène (voir aussi le mythe élaboré par Mani). Lorsqu’il est dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps » et « Buvez à cette coupe », notre attention est dirigée sur le fait que la force spirituelle (le breuvage divin), attirée et concentrée par la tête et le cœur, peut désormais influencer durablement les centres de conscience inférieurs, « là où demeure Satan/Lucifer » (Apocalypse 2 : 13), et se répandre dans tout le système nerveux (les 12 paires de nerfs crâniens, les 12 disciples). Ce phénomène de  rétention de la force-lumière gnostique a pour principal effet de modifier la sécrétion interne des organes sexuels et de provoquer une réorientation totale de la force créatrice. C’est ainsi que l’homme naît véritablement de Dieu, qu’il est régénéré « non par une semence corruptible [comme c’est le cas dans l’initiation tantrique, l’occultisme ou le mysticisme5] mais par une semence incorruptible » (1 Pierre 1 : 22-23), celle de la rose du cœur (c’est l’Eros de Platon).

Quand les chakras du plexus solaire et du nombril sont conquis, le courant christique pénètre jusqu’au sacrum, où siège le « serpent lové », la fameuse Kundalini-Shakti des ésotéristes indiens. C'est là, à la base de la colonne vertébrale, au « pôle sud « du système cérébro-spinal, qu'a lieu le combat contre le Dragon, gardien des Enfers, contre « le serpent ancien qui est le diable et Satan » (Apocalypse 20 : 2) ; c’est ici, au fondement même du système humain, que se livre la « Grande Guerre » contre les forces du passé, du karma accumulé au cours des incarnations successives du microcosme, et les « esprits de l’air », les puissances invisibles qui règnent dans le domaine des morts (sphère réflectrice). Nous comprenons par cette description que l’initiation christique diffère fondamentalement des autres méthodes,  occultes, mystiques et magiques, qui prennent pour point de départ l’éveil de la kundalini du bassin non purifiée, et s’efforcent de la faire monter vers le sommet de la tête, afin d’élargir le champ de la conscience et de dissoudre le Moi. Contrairement à ce que croient beaucoup de chercheurs, victimes d’eux-mêmes et des enseignants en qui ils placent inconsidérément leur confiance, ce type de pratiques n’aboutit en définitive qu’à un renforcement de la liaison avec l’être aural et à un adombrement de la conscience.

Evolution et révolution

Lorsque le mélange et la fusion des deux Feux peut être réalisée, au terme d'un processus de purification long et difficile (pensons ici aux différentes phases du Grand Œuvre alchimique), que l'âme nouvelle est totalement libérée du passé et de ses influences, nous voyons le courant de force-lumière remonter par le cordon gauche du sympathique (ida) et revenir à son point de départ, derrière l’os frontal, entre les deux arcades sourcilières. Un nouveau feu du serpent, formé par les deux cordons du sympathique, se dresse au centre du microcosme ; une âme nouvelle, la merveilleuse fleur d’or, rayonne du milieu du front vers l’extérieur ; le sens de rotation inversé des chakras (mouvement dextrogyre) témoigne de sa « conversion » aux valeurs de la Vie nouvelle.

Enfin, c'est la percée vers la pinéale, le chakra-couronne : la troisième source de Kundalini s'ouvre, et la lumière spirituelle embrase le système cérébro-spinal, expulsant ainsi de sa demeure l'ancien moi, le feu-serpent naturel. A cet instant, pingala, ida et sushumna s’unissent et se fondent en une tri-unité parfaite ; un nouveau corps de lumière, glorieux, se forme, constitué d’éthers purs en provenance de la Surnature.  Le triple temple de l’Origine est maintenant reconstitué grâce à la force de Kundalini et un nouveau « fils des Serpents » fait son apparition dans le monde. Conscient du prodige de l’unification qui s’est accompli en lui, il peut, comme le Christ-Jésus, témoigner de ce fait : « Le Père et moi sommes un ; Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier. »

1. Ce processus est décrit explicitement par Satprem dans son livre : Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience, (Buchet/Chastel, 1970), p. 67-68 ; 46-47.

2. Concernant une description détaillée de ce processus, voir les ouvrages suivants de J. van Rijckenborgh : Un homme nouveau vient ; La Gnose des temps présents ; La Gnose universelle ; Réveil. Ces différents ouvrages sont distribués en France par les Editions du Septénaire, et sont disponibles à l’adresse suivante : rue Tourtel Frères, 54116 Tantonville ; tel : 03 83 52 46 17 ; fax : 03 83 52 53 22 ; e-mail : editions.Septenaire@wanadoo.fr

3. Les plexus, répartis dans le corps en sept groupes de sept, sont des enchevêtrements de filets nerveux formant des sortes de nœuds ou ganglions, en relation avec les chakras et les glandes à sécrétion interne. Du fait qu’ils ne peuvent être observés par les sens ordinaires ou au microscope, aucun manuel d’anatomie classique ne les mentionne.

4. Cf. La Gnose universelle, p. 138.

5. Voir ici le témoignage de Gopi Krishna, dans Kundalini – Autobiographie d’un éveil, J’ai Lu, coll. Aventure secrète.



vendredi 17 janvier 2014

"LE BON SENS SPIRITUEL"



"Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée "
[René Descartes]

par Michael & Sylvain


Ce que nous apprend cette citation d'un des plus éminents psychologues du 20 ème siècle nous amène à considérer notre rapport entre la complexité mentale et le bon sens (nous verrons que nous nuançons bon sens commun et bon sens spirituel.) Albert Ellis n'explique pas ici que les patients ou les gens à qui l'on s'adresse ne disposent pas de l'intelligence nécessaire, pas du tout. Il dévoile par là que les vérités les plus profondes peuvent être dites avec un langage simple (et non simpliste), afin d'aller à l'essentiel de ce qu'elles souhaitent transmettre. Il est un dogme des plus desséchants de notre ère moderne qui se caractérise par la complexification intellectuelle, commandement qui dicte que tout ce qui n'est pas enrobé dans un savoir livresque conséquent, serti de formules verbales alambiquées ou d'équations mathématiques sophistiquées serait une vérité de bas échelon. Nous avons tendance à nous laisser subjuguer par de beaux discours, par des explications très compliquées (en apparence), nous semblons conditionnés à croire que plus l'explication est complexe, plus elle est proche de la vérité, même quand cette explication mène à un raisonnement erroné – ce qui est souvent le cas.

Voyons voir ce qu'il en est réellement. Les maîtres spirituels depuis des millénaires se lèvent contre les tergiversations du mental qui tourne en boucle en se perdant dans l'intellectualisme à outrance, se séparant de l'expérience directe intuitive qui n'a pas besoin des mots pour se manifester. Même dans ce site on emploie des termes qui peuvent paraître curieux, mais c'est parce que nous sommes dans le verbal, et que nous en avons encore besoin pour le moment, afin de transmettre nos idées (en attendant un développement du pur ressenti sous forme de télépathie) mais nous souhaitons simplifier au maximum, pour proposer l'essentiel. C'est une tache qui nous parait très importante. L'humain a inventé tant de mots, il s'est crée tant de protection mentale pour s'éviter le lâcher prise qu'implique l'expérience directe. Nous ne voulons pas ensevelir les gens sous des tonnes de mots qui sonnent bien, qui glorifient l'ego et nous éloigne de notre vraie nature, qui est simplicité, spontanéité et joie de vivre. Quel ennui que ces discussions où chacun se valorise en énonçant les plus belles théories avec les plus beaux mots et ne ressent plus l'énergie du jour qui se lève. Nous n'avons rien contre les intellectuels, nous apprécions aussi les mots et leur créativité. L'art d'écrire est un véhicule de l'esprit formidable (note du correcteur : à qui le dis-tu frérot ») . Mais ce qui m'intéresse ici est d'offrir une compréhension concernant l'approche directe du sens. Permettre à n'importe qui de s'ancrer dans des vérités toutes simples, mais essentielles à la vie humaine.

"Rendez les explications aussi simples que possible, mais sans simplification.”
[Albert Einstein]

Le bon sens, qu'est-ce que sait au juste ?

On peut le définir comme une notion objective émanant d'un constat d'évidence, expérimenté et éprouvé au quotidien par un nombre important d'individus. Bon, je vous l'accorde ce n'est que ma définition, on va essayer de faire avec pour cette fois si vous le voulez bien. Dans le "Discours de la méthode" Descartes fait du bon sens « la chose du monde la mieux partagée ». Tout le monde a du bon sens. Je me souviens étant petit avoir vu des mamies sur leur banc, ne parlant que de cela « Un peu de bon sens quand même ! » disaient t-elle. Je les aimais bien, elles étaient si mignonnes là sur leur banc, regardant la vie se dérouler devant leurs yeux fatigués. Elles avaient du bon sens, quand elles donnaient à manger aux pigeons, elles avaient du bon sens quand elles invitaient les petits enfants de l'immeuble, peu importe leur couleur de peau, à manger des gâteaux savoureux. Elles avaient du bon sens, quand elles disaient : « Bah, toutes ces différences c'est n'importe quoi, si tu me coupes la peau et que tu coupes la peau à l'autre, il y a le même sang qui en sort, donc on est pareil. » Et bien, même si elles n'avaient jamais abordé l'anthropologie structurale ou la logique tétravalente, elles possédaient l'essentiel d'une compréhension profonde de la vie. Le bon sens, celui qui parle au coeur. Je ne parle pas ici du bon sens commun conformiste, banalité du bistrot. Comme tout ce qui est humain le bon sens peut se situer sur des plans de conscience différents. Ici c'est le bon sens du cœur dont je fais mention. La simplicité qui amène à l'essentiel.

« Un moine demanda un jour à un vieillard :
"Quelles est la Voie ?". Le vieil homme répondit :
"Notre bon sens est l'unique Voie ". »
[Adage Zen]

Alors ce bon sens comment peut-on l'exprimer dans le domaine de la spiritualité ?

Et bien il peut s'exprimer dans la simplicité, l'innocence du cœur et de l'esprit. On a tous en tête le sage avec sa pipe au bec qui rie de tout et parle simplement, avec des mots légers qui nous vont droit au cœur. Sans employer de tournure de phrase compliquées, de concepts théoriques lourds d'intellectualisme. Avec un vocabulaire même limité il arrive à évoquer l'illimité, voila la force du bon sens spirituel (certains grands éveillés étaient même analphabètes.) Mais ce langage si criant de vérité n'est pas toujours accessible à notre mental qui se gargarise de complexité jusqu'à se prendre les pieds dedans et faire chuter le pèlerin dans sa quête. C'est un peu le serpent qui se mord la queue. Alors voila, pourquoi a t-on inventé le savoir intellectualo-spirituel que l'on rencontre aussi dans la plupart des ouvrages modernes ? Ce savoir a son utilité. Il est un pont  si je puis dire entre l'intellectualisme complexe du mental-ego et la simplicité toute nue du sage éveillé. Ce savoir utilise les codes du mental pour l'amener vers le non-mental. Donc cela a un sens lorsque l'on est à une extrémité du chemin et de la sorte il est respectable. Prenons un exemple : si une personne croit fermement aux théories du racisme, le simple bon sens spirituel qui dit « le même sens coule dans les veines de tous les hommes » ne suffira évidemment pas à la faire changer d'avis. Dans ce cas, la souffrance et les croyances sont si profondément ancrées que le travail thérapeutique doit passer par une intellectualisation et une conceptualisation préalable, mais pour en revenir au final à l'affirmation de base, celle du bon sens. On pourrait aussi prendre comme exemple un joueur compulsif : lui dire « arrête de jouer car tu perds de l'argent » est vain, voire blessant. Il faut d'abord reconnecter tous les fils qui ont fait que ce bon sens fondamental a été perdu. Notre chance, en revanche, grâce au bon sens, est de pouvoir comprendre quasi-instantanément l'illogisme dans l'absolu de certains comportements qui nous entourent

Il nous est possible de passer à autre chose ensuite, parce que le mental-ego a tendance, s'il ne passe pas à l'étape suivante, à s'approprier ce savoir intellectualo-spirituel et à l'utiliser au même titre que toute possession, l'accumuler, s'en gaver et l'utiliser pour affirmer son hégémonie, ce qui donne des chefs de sectes (je n'emploie pas le mot gourou, car à la base ce mot se traduit simplement par « maître » en sanscrit). C'est à ce stade que le roc peut être fendu, que la coupe peut être vidée, pour se libérer même de ce savoir verbalo-spirituel, aller au-delà du mental. Voila pourquoi bien souvent une personne qui ne vit que de « puissance » intellectuelle se trouve désarmée, toute nue, devant le sage qui rigole comme un enfant en disant des vérités si naturelles (simpliste pour l'intello.) On dit bien que l'homme du commun a les yeux de l'adulte et la conscience de l'enfant et que le sage a les yeux de l'enfant et la conscience de l'adulte. Ce qui est tout à fait différent, car les yeux de l'adulte jugent, sont sérieux, graves, mais derrière la conscience de l'enfant reste puérile, déchirée par les frustrations, les blessures du moi. Tandis que le sage avec les yeux de l'enfant regarde la vie sans cesse émerveillé, avec des yeux rond comme des billes, lumineux de gaieté. La conscience d'adulte chez le sage est celle de l'être qui a appréhendé toutes les facettes de l'existence humaine, est ressorti de nombreuses morts psycho-spirituelles et en a percé la compréhension.

Le sage, le libéré vivant, ne vit que de bon sens spirituel, d'une simplicité qui ferait fondre tous les icebergs de l'intellect. Ici, on est très loin de tous les débats d'idées, politique ou religieux. Il faut vraiment voir à quel point les théologiens (toutes religions confondues) se perdent dans leur savoir livresque, dans des théories sans fin et souvent soporifiques sur la nature de leurs dieux. C'est un exemple d'une utilisation surfaite et piégeuse du mental, qui perd de son intérêt purement « technique » pour s'imposer comme autorité. Personne ne peut déstabiliser par les mots la simplicité d'un être qui ne vit plus par les mots, mais par sa vie toute entière. Citation du Yi-King : « Le sage ne ressent pas le besoin d'influencer les êtres, il pratique l'enseignement sans paroles, c'est par ses actes qu'il transmet, et ainsi les êtres viennent à lui naturellement. » Que dire de plus …

"Les hommes sont devant les idées simples
comme des chauves-souris devant la lumière,
ils sont aveugles."
[Aristote]

Ce bon sens est accessible à tous, sans avoir un bagage culturel immense ou des diplômes en veux-tu, en voila. Justement, ici, ces savoirs sont même un frein à l'expérience directe de la sagesse toute simple. Les maîtres du Dzogchen (enseignement bouddhique ésotérique) estiment que le mental ne devrait servir qu'à la compréhension et à la transmission du savoir spirituel. Le mental accumule tant d'éléments inutiles à la compréhension profonde… Il est perdu sous l'amoncellement de connaissances théoriques et oublie de parler aux arbres, car d'après lui ce n'est pas logique, ou bien ce n'est pas ce que son Dieu lui demande de faire. Si la logique est de se couper de l'essentiel, de l'amour de la vie, de la reconnaissance de tout et de tous comme intrinsèquement liés à son être, alors autant être illogique et irrationnel. Ce n'est pas ce qui est apprécié dans cette société d'aujourd'hui et pour cause. Spontanéité et innocence ne sont pas des attributs qui permettent de s'imposer à l'autre. Bien au contraire, ceci est vu comme une marque de faiblesse pour les egos ampoulés qui ne vivent que de pouvoir. Le sage est vu comme un mou, un faible, qui n'a pas réussi dans la vie, qui est marginal et donc qui effraie les esprits normatifs. Ces bien pensant ont t-ils lus et compris le sens profond de cette stance du Tao To King :

« Dans l'univers, le plus faible vient à bout du plus fort.
Seul ce qui est sans substance peut pénétrer un espace plein.
Par là le Sage reconnaît la vertu du non-agir.
Enseigner sans la parole, entreprendre sans agir. Voilà la vertu.
Cela est difficile à comprendre pour la plupart des hommes.
Là pourtant se trouve la vérité.
Car le plus souple gagnera le plus fort
et rien ne saurait égaler
la puissance du non-dire et du non-faire. »
[Lao Tseu]

De tous temps les sages furent considérés comme des empêcheurs de dominer en rond. Comment atteindre un être qui est comme l'eau, insaisissable, fluide et sans accroches ?

Le bon sens spirituel se résume simplement, en adoptant l'attitude de l'enfant : spontané, joueur, émerveillé et innocent avec la capacité de profondeur et de discernement de l'adulte accompli. Par ce bon sens nous pouvons aller au bout de tous les raisonnements, de toutes les logiques, de toutes les théologies, car il est au-delà du mental et de l'ego. Il vibre à la source et s'abreuve de son élixir de vie. Chose dont le mental-ego est totalement incapable, puisqu'il ne vit que morcelé, dans des normes, des concepts rigides, des dogmes stériles. Cependant il est intéressant de noter que bon sens et intelligence intellectuelle ne sont pas opposés, mais au contraire peuvent être complémentaires quand le mental sert l'intuition et le bon sens et non l'inverse. Einstein par exemple a toujours dit de sa théorie de la relativité (que seulement quelques personnes dans le monde sont capables de comprendre) était le fruit de son intuition sans que les calculs et concepts ne viennent prendre la place principale dans son œuvre, bon nombre de découverte qui firent couler de l'encre pour le mental ont eux une origine non-mentale. Autrement dit, le mental doit rester, au même titre que les religions d'ailleurs, ce qu'il aurait toujours du être : un outil au service de l'âme. Et comme le site Shri Aurobindo : "L'insuffisance de la religion vient de ce qu'elle a confondu l'essentiel (l‘intuition et le bon sens) et l'accessoire (le mental et l'intellectualisme théologique). La vraie religion est la religion spirituelle; c'est une recherche de Dieu, une ouverture de la vie la plus profonde de l'âme au Divin immanent, à l'Omniprésence éternelle. Dogme, culte, code moral sont des aides et des soutiens qu'on peut offrir à l'homme, mais qu'on ne doit pas lui imposer."

La vie est mouvement perpétuel, le bon sens spirituel aussi. Il est flexible, il coule de « sens » , c'est le cas de le dire, le sens, le vrai, celui qui nourrit l'être. Il ne prend pas partie, ne juge pas, il EST, vérité par delà les vérités. Il est non vérité, dans le sens ou il jailli dans l'instant, comme l'eau qui n'est ni salé ni sucré, mais qui a un bon goût et qui surtout est indispensable à la vie. En regardant la vie avec simplicité et innocence, en gardant le discernement de l'adulte conscient de soi et des réalités qui l'entoure, vous trouverez votre chemin naturellement. Ensuite, une fois ce travail bien intégré, vous pourrez accumuler certaines connaissances livresques sur le monde qui sont intéressantes pour votre cheminement, si tant est que vous en ayez besoin. Tout en sachant que celles-ci bien qu'enrichissantes ne sont pas l'essentiel à l'épanouissement de l'être. Krishnamurti disait « on apprend aux gens quoi penser avant de leur apprendre comment penser ». Les pièges du savoir sont nombreux. Le mental-ego a vite fait de s'en goinfrer pour se donner une contenance en s'évitant ainsi de vivre la simplicité du rire aux éclats d'un enfant qui a fait une bonne blague. Dans ce cas, le mental est comme la religion, la drogue, l'alcool, le sexe, les sports extrêmes : un moyen de combler pour éviter l'angoisse de vie et sentir vivace son ego. Il y a tant de grands personnages, avec plein de titres, de connaissances et autres qui ont perdu cette lueur dans le regard. Ils ont fuit dans les livres au lieu de regarder dans le plus beau, eux-mêmes, et dès que l'ont devient spontané avec eux, naturel, ils semblent tout déstabilisés malgré leur grand savoir. Le mental-ego n'aime pas trop la spontanéité, il veut paraître, se protéger de la vie, empêcher les émotions et les pulsions enfouies profondément de remonter. Alors il entasse des livres dans sa tête, il veut tout connaître obsessionnellement pour s'éviter le doute perpétuel du non-savoir. Regardez à quel point les gens de savoir ont horreur de ne pas savoir une chose. Ils semblent comme leur manquer une contenance, comme s'il y avait une fuite dans l'enveloppe de leur ego, leur moi-peau. Voila le problème de l'accumulation du savoir : l'ego a toujours besoin d'accumuler encore et encore, compulsivement, pour combler ses angoisses. Que ce soit de l'argent, des voitures de luxe ou des femmes c'est toujours le même mouvement intérieur, l'accumulation et la possession. Vous, en face avec votre bon sens spirituel, vous n'avez pas besoin d'accumuler pour être, le : « J'ai, donc je suis » n'est pas pour vous, vous jetez un œil dans votre cœur et vous savez intuitivement ce qui est juste, sans équivoque. Votre mental ne sert qu'à traduire cette intention d'Amour dans un monde de matière.

Pour terminer nous dirons que les vérités les plus profondes résident dans les choses les plus simples. Tout ce que le mental-ego considère trop simple, il va vouloir le complexifier, le gonfler, l'étirer pour en faire un bouclier toujours plus large et plus épais. Comme le dit Anne Givaudan : «  ne sortons aucune arme ni même un bouclier, car celui-ci pour protecteur qu'il soit appelle inconsciemment une arme. » C'est dans les petites choses que se trouvent les plus belles émanations de l'âme humaine. L'être qui a su se dépouiller de l'accessoire, de l'artifice, pourra entrevoir ces secrets. L'être qui sait rire avec le cœur, peut vivre la pensée sans en faire un faire valoir. Ainsi il devient impeccable, irréprochable. Comme l'eau qui coule jusqu'à la mer, sa direction est insaisissable.


« En s'adonnant à l'étude, on s'accroît chaque jour.
En se consacrant à la voie, on diminue chaque jour.
Et l'on continue de diminuer jusqu'au jour où l'on cesse d'agir.
N'agissant plus, il n'est rien, désormais, qu'on ne puisse accomplir.
La conduite du royaume revient à qui demeure au-dessus de l'action.
Celui qui lutte pour gagner le royaume ne l'obtient jamais. »

[Lao Tseu]