mardi 30 décembre 2014

(PRESQUE) TOUT SAVOIR SUR LA GLANDE PINEALE


L’épiphyse neurale (aussi appelée « glande pinéale ») est aussi petite qu’un pois et de la forme d’une pomme de pin, d’où elle tire son nom (du latin « pinea » qui veut dire « pin »). Cette glande fut l’avant-dernière des glandes endocrines dont la fonction fut identifiée.

L’épiphyse est la première glande à être formée dans les fœtus. Elle se distingue à 3 semaines. Elle se trouve au centre géométrique du cerveau, creuse et remplit d’un fluide contenant des cristaux d’apatite.

L’épiphyse est souvent associée à des spéculations tant physiologiques que métaphysiques. Elle tiendrait par ailleurs un rôle supposé central dans la pensée du fait de sa position dans l’encéphale.

La plus célèbre de ces théories est sans doute celle du philosophe français René Descartes, qui désigna la glande pinéale comme le « siège » de l’âme. Pour justifier cette hypothèse, Descartes se basait sur le fait que l’épiphyse aurait été l’unique organe de la tête à n’être pas conjugué. C’est-à-dire ne se présentant pas sous une forme de paire d’organes symétriques situés de part et d’autre du plan sagittal.

Aujourd’hui, les études histologiques ont montré qu’elle est bien un organe conjugué. Mais les deux hémisphères qui la constituent sont presque fusionnés.



 La position de l’épiphyse (glande pinéale) dans le cerveau humain

 
Épiphyse et chimie dans le corps humain

Nonobstant le fait que ses fonctions soient particulièrement discutées, il n’y a toutefois plus de doute concernant son rôle tant au niveau de la régulation de ce que l’on appelle les cycles circadiens (cycles vitaux dont principalement le sommeil), qu’au niveau du contrôle des activités sexuelles et de la reproduction.

À partir de la sérotonine (hormone impliquée dans diverses pathologies psychiatriques telles que stress, anxiété, phobies, dépression), l’épiphyse sécrète la mélatonine. Elle joue donc, par l’intermédiaire de cette hormone, un rôle central dans la régulation des rythmes biologiques (veille/sommeil et saisonniers).

Julius Axelrod a, par de nombreuses expériences, découvert le rôle de la mélatonine et de la glande pinéale sur le cycle du sommeil et les autres rythmes circadiens. En temps normal, la mélatonine est sécrétée la nuit uniquement (pic de sécrétion à 5 heures du matin chez l’humain, et en moyenne, car sa production est inhibée par la lumière).

Au sein de ce qu’on appelle le système photoneuroendocrine, l’épiphyse ne joue donc qu’un rôle de transduction qui convertit le rythme imposé par le noyau suprachiasmatique en message hormonal endocrinien, via la sécrétion de l’hormone mélatonine. L’épiphyse étant localisée en dehors de la barrière hématoencéphalique, la mélatonine va donc se distribuer dans l’ensemble du corps (nous verrons également que cette localisation la rend sensible à la calcification).

La production de mélatonine a lieu principalement pendant la nuit, lors des phases de sommeil (y compris chez les espèces nocturnes). La synthèse de la mélatonine se fait en quatre étapes enzymatiques dans l’épiphyse à partir de l’acide aminé essentiel tryptophane, en passant par une étape de synthèse de la sérotonine.




Par ailleurs, l’épiphyse joue un rôle dans la régulation du développement sexuel par le fait que la mélatonine aurait un effet antigonadotrope qui inhibe l’apparition des caractères sexuels secondaires.

La baisse de production de mélatonine à la puberté correspondrait donc à une levée de cette inhibition. Cela expliquerait le fait qu’un dysfonctionnement de l’épiphyse peut se manifester par une puberté précoce (développement accéléré des organes sexuels et du squelette).

Dans l’espèce humaine, l’épiphyse croît en volume jusqu’à l’âge d’un à deux ans puis se stabilise. Mais sa masse augmente à partir de la puberté. En effet, il se produit souvent une calcification de cette glande chez l’adulte qui est associée à la baisse de production de mélatonine.

La glande pinéale est un œil véritable chez certains lézards tel que le sphénodon. Connu pour posséder un troisième œil, dit « œil pariétal » ou « œil pinéal ». Il possède un cristallin, une cornée, une rétine à photorécepteurs de type bâtonnet et une connexion nerveuse (dégénérée) avec le cerveau. Ces observations suggèrent qu’il s’agisse d’un œil véritable. Cet œil pinéal n’est visible que chez les petits, qui présentent une partie translucide au centre du sommet du crâne. Après 4 à 6 mois, elle se couvre d’écailles opaques et de pigments.

Le rôle de ce troisième œil est inconnu, mais il pourrait être utilisé pour absorber les ultraviolets dans le but de synthétiser de la vitamine D, comme pour déterminer le rythme nycthéméral et aider à la thermorégulation. De tous les tétrapodes actuels, le sphénodon est celui chez qui l’œil pinéal est le plus développé.

Autre hypothèse : il a été démontré que, chez la salamandre, le complexe pinéal est utilisé pour percevoir la lumière polarisée, et détermine ainsi la position du soleil même s’il y a un couvert nuageux, aidant ainsi à la navigation.

Enfin chez les oiseaux, la glande pinéale située juste sous la surface du crâne capterait une partie de l’intensité lumineuse extérieure et permettrait ainsi d’ajuster le rythme circadien.


L’approche scientifique

Sergio Felipe de OliveiraLe neurochirurgien Sergio Felipe de Oliveira est titulaire d’un magistère en sciences de la faculté de médecine de l’université de São Paulo. Il est également directeur de la clinique « Pineal Mind » de São Paulo. Il a étudié la physique durant quatre ans à l’université de São Paulo, au sein de laquelle il a travaillé sur les théories des champs d’ADN.

Pour sa thèse de doctorat de l’université de São Paulo, le Dr Sergio Felipe de Oliveira a fait des recherches sur les cristaux de l’épiphyse au moyen de la diffraction des rayons X. Ce travail lui a permis de vérifier qu’elle donnait lieu à la formation de structures organisées.

L’hypothèse du Dr Sergio Felipe de Oliveira est que : « la glande pinéale est un organe semblable à un téléphone portable, qui capte les ondes du spectre électromagnétique. »

John P. Rose, de l’université d’Oxford, affirme que l’être humain est un être biologique, psychologique et spirituel.

 D’après le théorème de Gödel, un système ne peut pas être capable d’exprimer une conscience de lui-même, notre corps ne peut pas être autoconscient, la conscience doit donc être extérieure à celui-ci. Notre corps ne peut pas produire sa propre conscience. Dès lors, la conscience doit provenir de l’extérieur.

    « La pensée s’incline sur le trapèze du cerveau. La pensée est installée dans le cerveau, et le cerveau est l’instrument de la personne, qu’est l’esprit. » Machado de Assis dans – Œuvres posthumes

Plus proches de nous, ces propos rappellent les interrogations de Jean Jaurès dans sa thèse de quatre cent vingt-neuf pages intitulée « De la Réalité au monde sensible », qu’il présenta en 1891, à la Faculté des lettres de Paris : « Mon corps est mon corps, mais il n’est pas moi. Or, s’il n’est pas moi, et qu’il est pourtant uni à moi, mêlé à moi, la situation où je me trouve est équivoque et fausse. D’un côté, cette matière unie à l’esprit est pour lui une servante et une amie; de l’autre côté, elle est une étrangère. Dans quel état contradictoire et incertain va être le monde fait de matière et d’esprit ? »

Des cristaux d’apatite

L’étude par la diffraction des rayons X a donc permis au docteur De Oliveira de découvrir l’existence des cristaux d’apatite (la tomographie par ordinateur et la résonance magnétique furent également utilisées).

L’apatite est un minéral que l’on trouve aussi dans la nature sous la forme de pierres taillées. Des recherches montrent que ce cristal réagit aux champs électromagnétiques. Dans l’épipyse, on a pu observer qu’une microcirculation sanguine maintenait métaboliquement les cristaux réceptifs.


 
                                                             Cristaux d’apatite

Ces cristaux donnent à la glande une structure semblable à celle d’une caisse de résonance : l’apatite comporte de nombreux électrons (charge négative) à sa superficie : ils repoussent le champ magnétique. Lorsqu’un champ magnétique s’approche de la glande, il touche l’un des cristaux qui ricoche sur un autre, et ainsi de suite. Jusqu’à ce que le champ soit fait prisonnier et fasse résonner tous les cristaux de l’épiphyse.

Sergio Felipe de Oliveira a disséqué divers cadavres et a pu vérifier qu’aucune épiphyse n’est semblable à une autre. Il en a coupé une au milieu, l’a soumis au microscope électronique et a pu vérifier qu’il y a diverses structures couvertes par des enveloppes formées de tissu conjonctif.
 

Ainsi, le Dr Sergio Felipe de Oliveira, en fracturant un cristal d’apatite, s’est aperçu qu’il présentait des lamelles concentriques, à l’image d’un oignon, avec un modèle ressemblant à celui d’un tronc d’arbre. Plus on est âgé, plus on a de fines lamelles. Ce n’est donc pas la quantité de cristaux d’apatite qui indique l’âge, mais le nombre de lamelles qu’un cristal possède.

                                      Grossissement des cristaux d’apatite au microscope

Plus une personne dispose de cristaux, plus elle aura de possibilités de capter les ondes électromagnétiques.
Personne ne peut augmenter ou diminuer cette concentration de cristaux. C’est là une caractéristique biologique, au même titre que la couleur des yeux ou des cheveux.

Nous sommes donc tous dotés de différentes quantités de cristaux d’apatite. Et bien que nous n’ayons aucun pouvoir pour en augmenter la quantité, il nous est cependant possible d’en stimuler fortement le fonctionnement. Par exemple, en améliorant ses qualités de réception par la réduction de sa calcification.

Épiphyse et calcification

La calcification est l’accumulation de cristaux de phosphate de calcium dans diverses parties du corps. C’est un processus naturel causé par les nanobactéries qui forment de minuscules coquilles de phosphate de calcium autour d’eux, essentiellement pour se protéger du système immunitaire.

De par sa position dans le cerveau, l’épiphyse n’est pas protégée par la barrière hématoencéphalique. Elle reçoit donc plus de sang que tous les autres organes à l’exception des reins. Comme elle n’est pas protégée du flux sanguin, elle accumule des dépôts de minéraux qui s’attachent aux cristaux qui la constituent.

Ainsi, on constate que chez la plupart des êtres humains l’épiphyse est fortement calcifiée. Tant et si bien qu’elle apparait comme un morceau de calcium lors d’une IRM.




Vue IRM d’une glande pinéale calcifiée – 40% des gens normaux à l’âge de 20 ans et généralement moins de 1 cm de diamètre

 

Comme l’épiphyse contient des cellules photosensibles (qui perçoivent la lumière et qui déclenchent la production de mélatonine) leur propriété de piézoluminescence ne peut plus s’exercer. La sécrétion de mélatonine étant réduite, les effets de la calcification peuvent être la dépression, l’anxiété, la boulimie/anorexie, la schizophrénie et d’autres formes de troubles.

Les causes de la calcification
 

La calcification de l’épiphyse est causée principalement par le fluorure de calcium qui circule dans notre sang. La glande pinéale contient la plus grande concentration de fluorure dans le corps.
Le fluorure (tout simplement le fluor) vient essentiellement des dentifrices, de l’eau du robinet et des médicaments psychotropes.



Dans notre histoire récente, c’est dans les camps de concentration de l’Allemagne nazie que, pour la toute première fois, de l’eau potable a été fluorée. Du fluorure de sodium était ajouté à l’eau afin de rendre les prisonniers stériles et de maintenir des comportements dociles. (Source : The Crime and Punishment of I.G. Farben – Le crime et la sentence de I.G. Farben de Joseph Borkin).

    « La fluoration de l’eau peut être un suicide national lent ou une liquidation nationale rapide. C’est de la folie criminelle. Une trahison ! » E.H. BRONNER, Ingénieur chimiste, Los Angeles.

L’importance de la lumière dans le fonctionnement de l’épiphyse

Il a été démontré que, de par sa structure cristalline, l’épiphyse capte un large panel des vibrations du spectre électromagnétique. Et quel que soit son rôle dans la réception des signaux, ce n’est pas elle qui décode mais le cortex frontal cérébral (auquel elle est reliée via le diencéphale et le thalamus). Sans cette interaction, les informations ne pourraient pas être comprises.

Nous avons vu que l’épiphyse est activée par la lumière et qu’elle contrôle les différents biorythmes du corps. Elle travaille en harmonie avec l’hypothalamus qui dirige la soif, la faim, les désirs sexuels et l’horloge circadienne. La lumière du soleil est donc extrêmement importante pour l’épiphyse. Elle est captée et « digérée » par les yeux et la peau. De là à lier le troisième œil au symbolisme du soleil (représenté dans de nombreuses civilisations) il n’y a qu’un pas.

Pour l’annecdote, dans les années 70, la NASA aurait conduit une série d’observations et de tests sur des sujets humains pratiquant une visualisation directe de la lumière solaire plusieurs minutes ps jours. http://charbelmaklouf.wordpress.com/2013/06/08/nasa-confirms-super-human-abilities-gained-through-sungazing/

Les représentations religieuses et ésotériques

D’après certains scientifiques plus ou moins taxés de mysticisme (de Jeremy Hayward à Albert Einstein) tout, absolument tout n’est qu’une expérience de conscience. Or, dans de nombreuses cultures, cette conscience serait perçue à travers le troisième œil, l’épiphyse.

Pour de nombreux courants spirituels et religieux, l’épiphyse est considérée depuis des millénaires comme un pont vers une dimension au-delà du monde matériel. On y retrouve fréquemment la symbolique du cône de pin représentant la glande pinéale. En voici quelques exemples …

Dans le christianisme

Au Vatican, on trouve par exemple cette magnifique pomme de pin montée sur une colonne. La place porte même son nom « Cour de la Pina). Il y aurait de quoi se poser des questions très légitimes quant à sa présence au cœur de notre civilisation occidentale.




Place de la pomme de pin au Vatican

 
Dans l’hindouisme

Plus orientale, dans la mythologie védique du Yoga, l’épiphyse est associée, tantôt au chakra Ajna ou 3e œil (au centre du front), tantôt au Sahasrara ou chakra de la couronne, situé au sommet du crâne. Elle est le principal organe du corps, puisque possédant deux chakras responsables d’un développement de type extraphysique : la conscience.


D’ailleurs, pour avoir la même structure de base de nos organes visuels (nous l’avons abordé avec l’exemple du sphénodon) l’épiphyse est parfois aussi appelée « le troisième œil atrophié ». Dans la vision ancestrale des hindous, elle est une porte d’entrée vers le monde spirituel au travers de l’hypothalamus et une porte de sortie qu’est le cône qui va de l’épiphyse au lobe frontal.



Tableau « Femme Indienne » par Fructoso

 
Chez les sumériens

L’image nous montre le dieu ailé sumérien Enki avec un cône de pin dans la main. Empreinte de sceau-cylindre de la période d’Akkad représentant le dieu Ea sous sa forme courante. Chez les sumériens, l’épiphyse est considérée comme étant un organe possédant des fonctions transcendantales.



Représentation du Dieu Enki

Chez les égyptiens

Osiris, premier souverain de la terre d’Égypte, avec l’aide de Thot, maître suprême de l’arithmétique, de la parole et des scribes, initie les Égyptiens à l’écriture, à la science et à la magie. À l’opposé, son frère Seth, incarnation du mal, est jaloux et hait Osiris en raison de l’affection que tous lui portent. Seth tue Osiris puis s’en prend à son fils posthume Horus.

Au cours d’un combat, Seth arrache l’œil gauche d’Horus, le coupe en six morceaux et le jette dans le Nil. À l’aide d’un filet, Thot récupère les morceaux, mais il en manque un ! Thot le rajoute et rend à Horus son intégrité vitale. La somme des fractions de l’oudjat ne fait que 63/64 ; le 1/64 manquant est le liant magique ajouté par Thot pour permettre à l’œil de fonctionner. L’épiphyse ?




 
                                        Comparaison entre l’épiphyse et l’œil d’Horus

L’œil d’Horus a également été divisé en six composantes de base, chacune représentant un sens différent, l’odorat, le toucher, le goût, l’ouïe, la vue et la pensée (le thalamus étant la partie du cerveau humain qui traduit tous les signaux entrants à partir de nos sens).

Dans l’imagerie de l’Égypte antique, l’Œil Oudjat est un symbole protecteur représentant l’Œil du dieu faucon Horus. En translittération de l’écriture hiéroglyphique, irt signifie « œil » et wḏȝ, le verbe signifiant « se préserver » ou le mot « protection  ». Irt oudjat, ou plus communément oudjat en transcription signifie donc « œil préservé », l’Œil d’Horus en l’occurrence.

Les égyptologues considèrent généralement que la figuration de l’Œil Oudjat est un hybride d’œil humain et d’œil de faucon : elle combine des parties de l’œil humain, conjonctive, pupille et sourcil, avec vraisemblablement les taches en dessous de l’œil du faucon (deux marques colorées caractéristiques du faucon pèlerin).

Les Égyptiens l’utilisaient l’oudjat pour indiquer les fractions du hékat, unité de mesure de capacité qui servait pour les céréales, les agrumes et les liquides (un hékat valait environ 4,785 litres). C’est dans la légende des dieux Osiris et Horus qu’il faut chercher l’origine vraisemblable de cette curieuse notation.




Le caducée se compose en son centre par le canal central sushumna terminé par une pomme de pin


Chez les spirites

Depuis Allan Kardec, au XIXe siècle, la doctrine brésilienne spirite s’attache à s’expliquer à ce propos. Dans l’ouvrage spirite « Missionnaires de la lumière » dictée par l’esprit André Luiz, au travers de la psychographie du médium Francisco Candido Xavier, l’épiphyse est décrite comme étant la glande de la vie spirituelle et mentale.

Pour la doctrine spirite, l’épiphyse est un organe de haute expression pour le corps éthéré. Elle préside aux phénomènes nerveux de l’émotivité, due à son ascendance sur tout le système endocrinien, et joue un rôle fondamental dans le domaine sexuel.

Dans ce même ouvrage, André Luiz décrit aussi que l’épiphyse est liée à la pensée spirituelle au travers des principes électromagnétiques du champ vital, que la science formelle ne peut pas encore identifier, commandant les forces du subconscient sous la détermination directe de la volonté.

En conclusion

L’épiphyse joue un rôle central dans les phases du sommeil, de la reproduction, voir du bien être. Elle est constituée de cristaux d’apatite. Ces cristaux vibrent en fonction des ondes électromagnétiques captées.

L’épiphyse est stimulée par certaines longueurs d’onde de la lumière : de la lumière réfléchie comme de la lumière directe. Ceci, sur une très large palette du spectre, bien au-delà du seul spectre visible.

Les cristaux constituant les lamelles de l’épiphyse, de part nos modes de vie, sont sujets à la calcification. Cette calcification est réversible (il faudrait écrire un autre article à ce sujet) et l’activité de l’épiphyse semble stimulable (méditation, observation directe de lumière solaire …).

Si l’épiphyse coordonne le rythme, alors elle est confrontée au temps cyclique. Elle est donc l’unique organe du corps directement relié à la quatrième dimension : l’espace-temps.

Dans un très grand nombres de courant spirituels et religieux, l’épiphyse serait capable de détecter des dimensions invisibles aux yeux ordinaires. Pour certains philosophes et mystiques, elle serait le siège de la conscience, de l’âme.

Elle pourrait être lié aux phénomènes tels que la clairvoyance (voyance d’événements non encore advenus), la télépathie (communication au moyen de la pensée) et la capacité d’entrer en contact avec d’autres dimensions (médiumnité).



temple d'Angkor Wat au Cambodge

Notes:

La glande pinéale ou épiphyse est une petite glande endocrine de l'épithalamus du cerveau des vertébrés. À partir de la sérotonine, elle sécrète la mélatonine et joue donc, par l'intermédiaire de cette hormone, un rôle central dans la régulation des rythmes biologiques (veille/sommeil et saisonniers). Connue depuis au moins l'époque de Galien (au IIe siècle ap. J.-C.), la glande pinéale était baptisée kornarion (littéralement : pignon de pin).

On trouve la sérotonine dans le cerveau (où elle joue le rôle de neurotransmetteur ou de neuromédiateur) et dans le système digestif. Elle est impliquée dans la régulation de fonctions telles que la thermorégulation, les comportements alimentaires et sexuels, le cycle veille-sommeil, la douleur, l'anxiété ou le contrôle moteur. La sérotonine de la mère joue un rôle important dans le développement de l'embryon. Un déséquilibre de sérotonine expliquerait 50 % des cas de mort subite du nourrisson.

La pratique régulière de l'activité physique augmente la sécrétion naturelle de sérotonine

L'exposition à la lumière du jour ou la luminothérapie évitent la transformation de la sérotonine en mélatonine

La mélatonine ou N-acétyl-5-méthoxytryptamine, souvent dénommée hormone du sommeil, est surtout connue comme étant l'hormone centrale de régulation des rythmes chronobiologiques en étant synthétisée surtout la nuit. Elle régule de nombreuses sécrétions hormonales, chez l'humain et chez tous les mammifères. Cette neurohormone est synthétisée à partir d'un neurotransmetteur, la sérotonine, qui dérive elle-même du tryptophane. Elle est sécrétée par la glande pinéale (dans le cerveau) en réponse à l'absence de lumière.

Voir:   http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_11/i_11_p/i_11_p_hor/i_11_p_hor.html

   

mardi 16 décembre 2014

"JEREMY RIFKIN : VERS UNE GENERATION DU PARTAGE"


Visionnaire, conseiller de grands chefs d’Etat, Jeremy Rifkin prévoit un profond changement économique. Signe de l’émergence d’une conscience globale ?

Spécialiste des prospectives économiques et scientifiques, Jeremy Rifkin est un penseur incontournable de notre temps. Le magazine politique américain National Journal l’a classé dans sa liste des 150 personnes les plus influentes sur la politique américaine. Il a conseillé la Commission européenne et le Parlement européen, le Premier ministre espagnol M. Zapatero – alors que celui-ci était président de l’Union européenne –, la chancelière allemande Mme Merkel, le Premier ministre portugais M. Sòcrates et le Premier ministre slovène M. Janša – lors de leurs présidences respectives du Conseil de l’Europe. Jeremy Rifkin a accepté de partager avec nous sa vision du profond changement de conscience dont nous faisons actuellement l’expérience.



Lorsque nous analysons les données économiques et écologiques, il est difficile de garder espoir. Est-il possible de préserver l’espérance ?


J. R : Je pense que notre culture moderne est construite sur une profonde incompréhension de la nature humaine. Pour le dire simplement, nous voyons l’être humain comme un monstre prédateur, brutal, compétitif, cherchant l’autonomie, l’indépendance et la satisfaction personnelle. Ces idées ont pris forme il y a plus de 200 ans durant l’âge des Lumières, au début de l’ère du marché. John Locke, un philosophe anglais précurseur des Lumières, a ainsi avancé que les enfants naissent comme des pages blanches, en précisant tout de même qu’ils ont une prédisposition pour l’acquisition de la propriété.
Adam Smith, un économiste écossais, a poursuivi en disant que les enfants arrivent au monde avec le besoin d’être autonome et de satisfaire leurs intérêts personnels. Jeremy Bentham, autre philosophe anglais, a ensuite affirmé que les bébés naissent avec pour seul but de satisfaire leurs désirs et que nous sommes des créatures utilitaires. Charles Darwin a déclaré que la préoccupation principale des créatures sur terre est de se reproduire afin de survivre. Enfin, Sigmund Freud a insisté sur le fait que les bébés sont animés d’un appétit sexuel insatiable et que nous passons notre vie essayer de satisfaire notre libido. Est-ce réellement ce que nous voyons lorsque nous regardons un bébé ? Si vraiment nous sommes tout cela, alors oui, il est difficile d’espérer. Il n’y a aucune chance pour que 7 milliards d’individus rationnels, calculateurs, détachés, cherchant à satisfaire leurs intérêts personnels et matériels, se rassemblent en une famille globale et comprennent que nous vivons en symbiose avec nos compagnons des autres espèces. Cependant, pour les recherches actuelles, notamment en neurobiologie et en développement de l’enfant, nous sommes en réalité une espèce empathique et sociale. Nous cherchons la communication, la compagnie, le partage.



Que permet cette redécouverte de l’empathie ?


J. R : L’empathie nous permet de ressentir ce que vit l’autre comme si nous étions nous-mêmes en train d’en faire l’expérience. Lorsque nous sommes dans l’empathie, nous nous situons à la fois dans une conscience de la mort et dans une célébration de la vie. Quand je suis en empathie avec vous, je comprends que vous êtes fragile, mortelle, que la vie n’est pas toujours facile et je vous montre de la compassion et de la solidarité. L’empathie nous fait comprendre que nous sommes tous dans le même bateau.
Si l’être humain est câblé pour l’empathie, n’est-il pas possible d’étendre cette empathie à l’entièreté de la race humaine ? Pouvons-nous même la prolonger à notre famille évolutive, c’est-à-dire à toutes les espèces vivant sur cette planète ? Parce que si nous arrivons à créer une conscience globale – que je préfère appeler conscience biosphérique –, nous pourrons peut-être nous en sortir. Mais si nous ne pouvons pas développer cette conscience biosphérique, je ne vois pas comment nous allons faire face aux changements climatiques actuels et à leurs conséquences. Nous sommes actuellement au cœur d’une sixième extinction de masse, la sixième en 450 millions d’années. Il nous faut urgemment prendre conscience de l’énormité de notre situation.



Ainsi, l’esprit humain pourrait évoluer vers une conscience biosphérique ?


J. R : Oui, la conscience d’un homme de la préhistoire ou d’un homme de l’époque médiévale n’est pas la même que celle de nos contemporains. Les historiens nous parlent d’une série d’événements marquants, souvent dramatiques. Cependant, il existe une autre histoire, que souvent nous ne voyons pas. Hegel, le philosophe allemand, disait : « Les périodes de bonheur sont pour l’histoire des pages vides. » Or, ces pages vides sont autant d’occasions de changements de conscience – qui étendent notre capacité d’empathie à des familles de plus en plus larges. Cette évolution de la conscience est liée aux changements de régime énergétique, de logistique des transports et des communications. Lorsque nous accédons à de nouvelles sources d’énergie, nous développons de nouvelles infrastructures et arrivons à gérer des organisations de plus en plus vastes et complexes. Nous étendons en quelque sorte notre système nerveux à l’extérieur de nous et ce, de plus en plus loin. Cela change notre orientation spacio temporelle, et donc, notre conscience. Nous créons des civilisations qui rassemblent de plus en plus de personnes et élargissons la « famille » avec laquelle nous sommes en empathie.



Auriez-vous un exemple ?


J. R : Pendant 93 % du temps passé sur cette planète, les hommes ont été des chasseurs-cueilleurs. Nos sources énergétiques dépendaient des plantes, des animaux et des capacités du corps humain. Ces sociétés ont créé le langage pour s’organiser socialement. Elles avaient une conscience mythologique. Leur capacité d’empathie s’étendait aux liens du sang. L’émergence des grandes civilisations hydrauliques qui ont développé l’agriculture centralisée, a élargi nos consciences. Regardons Sumer en Mésopotamie, nous sommes passés de petites tribus à des civilisations regroupant des milliers de personnes capables de gérer des stocks de céréales. Pour cela, il a fallu construire des canaux, des routes, une forme de vie urbaine et l’écriture cunéiforme. Ce qui est fascinant, c’est que partout où nous voyons apparaître de grandes civilisations hydrauliques, au Moyen-Orient, dans le Nord de l’Inde, en Chine, au Mexique, nous voyons également émerger une forme d’écriture – qui permet d’étendre notre capacité de gestion. Nous constatons aussi que toutes les grandes religions naissent à ce moment-là. Nous passons ainsi d’une conscience mythologique à une conscience théologique. Notre capacité empathique s’étend de nouveau : nous passons des liens du sang aux liens religieux.



Que se passe-t-il actuellement ?


J. R : La première révolution industrielle, basée sur l’essor des moteurs à vapeur consommant du charbon, a lieu au XIXe siècle. L’impression commence à produire des livres et des journaux en masse, parallèlement à l’avènement du télégraphe et à la construction de vastes réseaux ferroviaires. Notre empathie s’étend de nouveau. Nous passons d’une conscience théologique à une conscience idéologique. Au XXe siècle, deuxième révolution industrielle. Le téléphone devient le système de gestion d’un nouveau régime énergétique basé sur le pétrole et le moteur à combustion. L’empathie s’étend de nouveau à une conscience psychologique. Pouvons-nous passer à la prochaine étape qui serait la conscience biosphérique ? Je pense que nous sommes déjà en chemin, bien qu’il y ait encore des obstacles possibles.



Quels sont les facteurs de l’apparition d’une conscience biosphérique ?


J. R : 40 % de la race humaine est connectée à Internet, rapidement nous arriverons à presque 100 %. Internet et les ordinateurs personnels provoquent une transformation profonde de nos habitudes de communication. Non seulement, actuellement, 3 milliards d’individus sont connectés au même réseau, mais de surcroît ces nouvelles technologies ne sont plus centralisées, hiérarchisées et basées sur la propriété privée. Elles sont distributives, collaboratives et basées sur l’accès libre. Cela veut dire qu’à l’heure actuelle, des milliards de personnes peuvent prendre un petit objet dans leurs mains et l’envoyer aux milliards d’autres personnes connectées d’une manière distributive. C’est un changement considérable qui constitue la base d’une troisième révolution industrielle, en cours actuellement.

Vous parlez dans vos ouvrages de l’émergence de cette troisième révolution industrielle et d’une nouvelle société du coût marginal zéro. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?


J. R : Je suis enseignant à la Warthon School, la plus vieille école de commerce des Etats-Unis. Le discours principal y est qu’il faut continuellement intégrer de nouvelles technologies pour augmenter la productivité et réduire le coût marginal. Cela permet d’offrir des biens et des services de moins en moins chers. Le coût marginal, c’est le coût de production d’une unité supplémentaire – d’un bien ou d’un service – après que les coûts fixes ont été payés. Par exemple, une fois que vous avez un morceau de musique digitalisé, en vendre une unité de plus ne coûte rien en termes de production. Cela devient un produit à coût marginal zéro. Ce qui est très étonnant, c’est que personne n’a vu le paradoxe auquel cette recherche du coût marginal zéro nous mène. Et pourtant, nous y sommes déjà à très grande échelle.


Pour commencer, nous avons des centaines de millions de jeunes qui partagent sur Internet leur musique, leurs vidéos, leur littérature à un coût marginal presque nul en utilisant une économie de partage. Ils court-circuitent les droits d’auteur et toute l’industrie des médias : musique, télévision, cinéma, presse et édition. Nous voyons aussi maintenant apparaître pléthore de cours en ligne, animés par les meilleurs professeurs et donnant accès à des diplômes académiques, à un coût marginal proche de zéro. Les mêmes cursus à l’université coûtent des milliers de dollars. De plus, avec l’avènement de l’intelligence artificielle, nous avons des logiciels, certains libres, qui peuvent non seulement assurer des performances administratives basiques mais aussi produire des analyses de données pertinentes – normalement fournies par des experts. Tous ces biens et ces services deviennent, pour ainsi dire, accessibles et gratuits.



Le partage serait alors la nouvelle valeur émergente ?


J. R : Nous avons tous lu Sa majesté des mouches. Nous avons tous pensé que le partage n’était pas viable. Regardons mieux. Sur Internet, les nouvelles générations pensent en termes de partage et de collaboration. Prenons Wikipédia : qui aurait pensé que cela marcherait ? La réalité, c’est que des millions de gens passent beaucoup de temps à contribuer de leur savoir à ce bien commun. Ils s’autorégulent en vérifiant ce qui a été mis en ligne, si bien que nous avons un produit final gratuit et de qualité. C’est du crowd sourcing – de la production collaborative de masse. YouTube, Linux et tous les logiciels libres en sont d’autres exemples frappants. Apparemment, toute une génération n’a rien d’autre à faire après l’école que d’inventer de nouvelles façons de partager les choses gratuitement. Et vous ne pouvez pas vous battre contre des millions d’adolescents qui se dédient à cela.



Ce phénomène semble toutefois ne concerner que les produits et les biens « virtuels ».


J. R : Les autres secteurs industriels pensent en effet qu’il y a une limite infranchissable à cette révolution qui leur évitera d’être touchés : celle de la matérialité. Mais ce qu’ils ne réalisent pas, c’est qu’avec l’Internet des objets, l’Internet des énergies et les sites de partage de services et de biens tels qu’Airbnb ou BlaBlaCar, ce phénomène est en train de se répandre de manière massive. Toutes les industries seront finalement affectées. Prenons l’Internet des objets : avec des imprimantes 3D, il est maintenant possible d’accéder à des logiciels libres de droits et d’imprimer des objets en recyclant des matériaux comme du plastique, du papier ou du métal. Une première voiture imprimée en 3D vient d’être produite. Le président Obama veut que chaque école ait une imprimante 3D dans les années à venir. Le phénomène va faire boule de neige. Cela veut dire que des millions de jeunes vont produire un nombre incalculable d’objets utiles et devenir des « pro-sommateurs » – des consommateurs devenus des producteurs contributifs. Cela aura un impact économique considérable.



Qu’est-ce que l’Internet des énergies ?


J. R : Nos nouvelles technologies permettent un nouveau régime énergétique : l’énergie distribuée. Les énergies distribuées sont plus connues sous le terme d’énergies renouvelables : le solaire, l’éolien, la géothermie, etc. Nous les appelons « distribuées » car contrairement aux énergies fossiles que nous utilisons actuellement et qui ne sont accessibles que dans certains endroits du globe, elles sont disponibles sur chaque centimètre carré de la planète. Tout le monde peut les produire et les distribuer à un coût marginal proche de zéro, une fois que l’équipement est rentabilisé. Le soleil, le vent, la terre, la mer, la biomasse, n’envoient pas de factures. Plus besoin de stratégies militaires colossales pour les sécuriser ni d’énormes investissements en capitaux pour les produire et de les amener jusque chez vous. Ainsi, les bâtiments vont devenir des sources d’énergie. Bouygues a construit à Paris un bâtiment qui produit tellement d’énergie par lui-même qu’il en renvoie dans le réseau de distribution.
Nous avons aussi de nouveaux moyens de stockage de ces énergies. Pendant des années, les gouvernements ont dit qu’il n’est pas sérieux de gérer une économie mondiale avec des énergies renouvelables. Mais aujourd’hui, nous pouvons utiliser notre infrastructure pour créer un Internet de l’énergie – c’est à dire échanger de l’énergie à travers les continents. Cela va produire un changement de régime énergétique colossal. 35 % de l’électricité allemande proviendra bientôt de sources renouvelables. En l’espace de 5 ans, nous avons vu toutes sortes de petites structures collaboratives, qui partagent leur énergie et fonctionnent démocratiquement, mettre à mal les 4 ou 5 grosses entreprises énergétiques allemandes. Qui aurait imaginé cela ? Les choses vont vite, très vite.



Nous serions donc en présence de nouveaux moyens d’extension de notre empathie ?


J. R : Quand les premiers astronautes d’Apollo ont envoyé les quelques photos amateurs de la planète Terre, celles-ci ont fait la couverture de tous les grands journaux. Pour la première fois, l’espèce humaine voyait son monde de l’extérieur. En 2010, en 30 minutes, l’information du tremblement de terre à Haïti était sur Twitter. En l’espace d’une heure, les images étaient sur YouTube. En moins de 2 heures des millions de personnes dans le monde entier étaient mobilisées dans un élan empathique considérable. Sur différents continents les nations se rassemblent pour former des unions. En France, vous êtes au cœur de l’Union européenne. Mais cela se passe aussi en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud.
Tous ces phénomènes sont le signe de l’émergence d’une capacité d’empathie biosphérique. Les êtres humains commencent à vraiment comprendre, de manière très concrète, que nous sommes tous sur la même planète, que nous faisons partie d’une même biosphère et qu’il est intelligent de partager et de collaborer. Surtout, nous avons une nouvelle génération qui pense et fonctionne de manière systémique. Ces jeunes de 13 ou 14 ans veulent savoir d’où vient le morceau de viande dans leur assiette. Ils commencent à comprendre qu’il vient peut-être d’un endroit sur terre où la forêt tropicale a été rasée pour le produire. Ils remettent en question les habitudes de leurs parents en leur demandant pourquoi la télévision est tout le temps allumée même quand personne ne la regarde, pourquoi ils utilisent tant d’eau, pourquoi ils ont deux voitures. Autre changement énorme : ces jeunes gens ne se soucient plus d’être propriétaires. Ce qu’ils veulent maintenant, c’est avoir accès à des services et des biens. C’est la notion d’accès qui devient centrale, plus celle de propriété. Les gens de ma génération étaient loin de penser ainsi.



Est-ce la fin du capitalisme ?


J. R : Non, je le dis très clairement au début de mon dernier livre. Le capitalisme ne va pas disparaître. Nous ne pourrons pas nous passer de certaines de ses structures hiérarchisées et verticales. Par exemple, la première révolution industrielle a nécessité d’énormes investissements pour construire l’infrastructure du réseau ferroviaire, des routes, etc. Nous avons dû créer des sociétés actionnaires de manière à rassembler des fonds colossaux et des moyens sous un même toit, avec une gestion centralisée. Nous aurons certainement toujours besoin de ces modes capitalistes pour construire les grosses infrastructures. Cependant, le capitalisme va devoir cohabiter avec un nouveau système appelé économie du partage, basé sur les « communaux collaboratifs ». Nous allons donc vers un système économique hybride dans lequel des milliards de personnes vont s’engager dans des aspects sociaux de la vie au travers de millions d’organisations autogérées.



Cela vous permet-il d’avoir de l’espérance ?


J. R : Je ne suis pas naïf, j’ai été sur terre trop longtemps pour cela. Je pense que l’histoire est instable et que nous ne pouvons pas réellement anticiper le futur. Il peut y avoir des catastrophes naturelles, des dirigeants corrompus, nous pouvons continuer d’être aveuglés par nos intérêts personnels. Nous vivons dans un monde imparfait et je suis contre les idéaux de perfection. En revanche, je perçois qu’un mouvement est déjà en marche et pourrait bien nous mener vers une conscience biosphérique. Donc je participe en rassemblant toutes les données que nous avons, en les recadrant dans une image globale. Car une fois que nous pouvons conceptualiser ce qui se passe, il devient plus facile d’accompagner le mouvement. La seule façon de réduire notre empreinte écologique sur la planète est de produire une société à coût marginal zéro et de partager nos biens et nos services. Nous avons donc la possibilité actuellement de choisir des chemins plus empathiques et démocratiques. Si vous avez un plan B, dites-le moi. La bonne nouvelle, c’est que nous commençons à avoir une génération qui pourra peut-être gérer les changements climatiques avec une conscience biosphérique.

Stéphane Allix


INRESS





 

dimanche 9 novembre 2014

"LA SOLITUDE ET L'INTROSPECTION"



Avons-nous besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes ?

Introduction

La vie humaine laisse peu de place à la solitude : nous sommes sans cesse accaparés par les préoccupations qu'entraînent les obligations sociales et la présence des autres, et de ce fait constamment détournés de nous-mêmes. La solitude, dans la mesure où nulle parole et nul regard extérieur ne viennent y requérir notre attention, serait alors ce moment privilégié où, dans le recueillement, nous pourrions enfin nous retrouver. Certes, on peut fort bien être seul et penser à tout autre chose qu'à soi ; il n'en reste pas moins que la solitude, en nous isolant du bruit et de la fureur du monde, facilite par là même le retour à soi – retour dont elle serait, pour ainsi dire, la condition nécessaire, quoique non suffisante. « Retourne à toi-même, car c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité », affirmait saint Augustin : l'absence d'autrui est un moment nécessaire à la connaissance de soi. Je suis en effet, pour reprendre une autre formulation augustinienne, tout à la fois « le plus proche et le plus éloigné de moi-même » : seul à savoir qui je suis, j'ai pourtant à le découvrir, précisément dans le recueillement et l'introspection.
Cependant, autre chose est de dire que nous n'avons peut-être pas besoin d'autrui pour parvenir à la connaissance de soi, autre chose de soutenir que la solitude est nécessaire à la prise de conscience de soi : car enfin, avoir conscience de sa propre existence, exister et savoir que l'on existe, ce n'est pas la même chose que savoir qui l'on est, c'est-à-dire se connaître soi-même. Peut-être alors est-ce dans l'absence des autres qu'on parvient à la connaissance de soi mais, pour autant, n'avons-nous pas besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes ? En d'autres termes, puis-je avoir conscience de ma propre existence dans la solitude, voire le solipsisme ?

Telle est, en tout cas, la position de Descartes : si, dans ma quête d'une vérité indubitable, je m'isole du monde et suspends jusqu'à ma croyance en son existence, c'est bien dans un acte solitaire qu'est rendue possible la pure présence de soi à soi, dans l'intuition du « je pense » dont la possibilité fonde toutes les autres. Davantage même, cet acte est solipsiste : il ne s'agit pas seulement de dire que je n'ai pas besoin d'autrui pour prendre conscience de moi, il faut soutenir que je n'ai besoin de rien d'autre que de moi-même, et pas plus d'autrui que du monde. Pour autant, cela signifie-t-il qu'autrui soit absent de la solitude où je me pense ? Que dans l'isolement où je peux choisir de me retirer il soit de fait physiquement absent, cela ne signifie point qu'il ne hante pas le dialogue intérieur que je me tiens silencieusement à moi-même : n'est-ce pas encore, en effet, dans le langage de la communauté que « je pense », et me pense, dans ce langage autrement dit que je parviens à la certitude de ma propre existence ? Au reste, est-il bien certain que la conscience soit, comme le pose Descartes, une substance capable de se saisir d'elle-même indépendamment de tout le reste ? Puis-je prendre conscience de moi, quand bien même le monde devrait être tenu pour une vaine chimère qui n'aurait pas plus de réalité que « les illusions de mes songes » ? À moins qu'il ne nous faille admettre que ce monde, tel que le travail humain l'a modifié, nous offre un miroir indispensable à la conscience de soi. Mais, dans ce cas, une telle prise de conscience ne saurait se faire sans autrui, impliqué comme en filigrane dans un monde que je n'ai pas modifié tout seul et par mes seules forces.

I. La prise de conscience de soi est un acte solipsiste


Dans le « cours ordinaire de la vie », comme le remarquait Descartes, je suis requis par la nécessité d'agir et d'œuvrer : il me faut travailler pour assurer ma propre survie. Simplement, il me serait impossible, par mes seules forces, de subvenir à tous mes besoins : aussi mon travail m'intègre-t-il d'emblée à une communauté d'échanges où chacun s'unit aux autres pour que tous prospèrent. Je dois donc, pour mon propre bien-être, me conformer aux usages de la communauté à laquelle j'appartiens. La vie quotidienne laisse de ce fait peu ou pas de place à la solitude. Et même lorsque je suis seul, c'est encore à la vie en commun que je pense, c'est-à-dire à mon travail, à mes obligations sociales, à mon attitude vis-à-vis des autres autant qu'à leur attitude envers moi. Ainsi, ce qui d'abord et le plus souvent fait l'objet de toute mon attention, c'est l'utilité pour la vie. C'est pourquoi j'admets bien souvent comme indubitables des opinions en fait fort incertaines : peu m'importe qu'elles soient fondées en vérité, pourvu qu'elles soient efficaces, pourvu qu'elles me permettent d'agir mieux ou plus vite. Alors, que justement la solitude n'ait pas sa place dans mon existence quotidienne, c'est précisément ce qui en fait une situation propice à la recherche de la vérité : en m'éloignant des trépidations du monde, en m'isolant d'autrui et de tout ce qui fait l'objet de ma préoccupation quotidienne, elle m'offre la possibilité de la méditation, elle me permet de suspendre pour un moment mon action, de ne plus me préoccuper de ce qui est utile, pour m'enquérir de la validité des opinions que je tenais jusqu'alors pour vraies. Le but de Descartes dans sa méditation solitaire n'est en effet pas de parvenir, par une sorte d'introspection, à une connaissance de soi, mais bien de rechercher un fondement indubitable qui permettrait de rebâtir solidement l'édifice du savoir. Mais comment distinguer une opinion peut-être fausse d'un savoir véritable ? La seule solution, c'est de rejeter comme faux tout ce qui n'est pas absolument indubitable. Aussi, le doute, poussé jusqu'à l'exagération, doit-il devenir notre méthode. Or les sens pas plus que les raisonnements ne sont infaillibles : ils sont également sujets à l'erreur. Le problème, c'est que je ne sais par définition jamais que je me trompe lorsque je suis en train de me tromper, sans quoi je me corrigerais de moi-même. Ainsi, il est tout à fait possible que mes sens et ma raison m'égarent plus souvent que je ne le crois. La prudence me recommande donc, si je recherche l'indubitable, de tenir pour nulles et non avenues la connaissance sensible aussi bien que la connaissance rationnelle. Allons plus loin : rien ne me prouve que le monde extérieur n'est pas une vaine chimère issue de l'illusion de mes songes ; et me voilà contraint de suspendre ma croyance en l'existence du monde. Au terme du doute méthodique, les données sensorielles, les raisonnements, et finalement tout ce qui nous est « jamais entré en l'esprit », se retrouvent mis en suspens : la seule chose, finalement, qui soit absolument certaine, c'est ma propre existence en tant que « chose qui pense ». Car enfin, il se peut fort bien que tout ce que je pense soit faux, mais pour se tromper, il faut être : j'existe nécessairement au moins comme « substance pensante ». Ainsi, au cœur même du doute le plus radical, je prends conscience de ma propre existence dans un acte intuitif d'une évidence absolue. Et cette pure présence de soi à soi s'accomplit sans qu'il soit nécessaire pour ce faire qu'autrui ou le monde existent. Quand bien même l'altérité ne serait qu'illusion, il n'en resterait pas moins absolument certain que je suis, moi qui pense et qui doute. Ce n'est pas seulement dans la solitude que s'effectue la prise de conscience de soi, mais bien dans le solipsisme. Il ne s'agit pas de dire que c'est quand autrui est absent que je peux prendre conscience de moi, mais bien d'affirmer que je n'ai besoin ni d'autrui, ni même du monde extérieur pour parvenir à la certitude de ma propre existence. Nous mesurons mieux à présent le sens de la thèse cartésienne : la conscience est une substance qui n'a besoin de rien d'autre qu'elle-même pour être. Et quand bien même la suite des Méditations métaphysiques nous montrera-t-elle que nous ne pouvons nous en tenir à ce solipsisme, il n'en reste pas moins que je puis, selon Descartes, prendre conscience de moi sans qu'aucune altérité ne me soit nécessaire. Deux questions cependant se posent : d'une part, n'est-ce pas encore dans le langage de la communauté que le « je » cartésien pense et se pense lui-même ? Si autrui n'est pas là au moment de mes méditations, si je peux aller jusqu'à y douter de son existence, il n'en reste pas moins qu'il est encore présent, à même ma pensée, par la langue dans laquelle elle s'exprime, langue que je n'ai pas inventée tout seul et qui implique nécessairement l'altérité, en sorte qu'autrui serait encore présent comme en filigrane au cœur même de la solitude la plus absolue. Mais alors, la prise de conscience de soi, loin d'exclure la présence d'autrui, ne semble-t-elle pas bien plutôt la supposer comme sa condition de possibilité ? D'autre part, la prise de conscience de ma propre existence se fait dans un acte non pas simplement solitaire, mais bel et bien solipsiste. Dans le doute hyperbolique, ce qui est dénié à l'altérité, ce n'est pas la présence, c'est l'être (pour avoir conscience de moi, je n'ai pas plus besoin d'autrui que du monde). Mais la conscience est-elle pure présence à soi indépendante de toute altérité ? Ne nous faudra-t-il pas dire, tout au contraire, que je ne peux avoir conscience de moi qu'en ayant conscience d'autre chose que moi. En d'autres termes, que j'ai besoin d'un monde dans lequel autrui est toujours déjà présent pour prendre conscience de ma propre existence ?

II. La prise de conscience de soi est nécessairement immédiate


Comme l'a montré Jean Piaget, le très jeune enfant ne fait pas la différence entre sa mère et lui. Le nourrisson n'a pas conscience de sa propre existence : il n'a pas conscience d'être séparé et distinct du corps maternel, car la relation qui les unit (par exemple l'allaitement) est d'ordre fusionnel. Ce qui va permettre peu à peu à l'enfant de se constituer comme sujet distinct, c'est d'abord l'expérience de la frustration qui suit le sevrage : l'enfant désire téter et la mère refuse. Il ne suffit plus d'avoir un désir pour que celui-ci soit immédiatement satisfait : c'est donc que celui qui désire et celui qui peut satisfaire sont deux personnes distinctes. L'enfant n'est cependant pas encore capable, à cet âge, d'avoir une pleine conscience de son individualité : comme le dit Kant, être conscient de soi suppose la possibilité de pouvoir se penser soi-même, et non pas simplement de se sentir. Le nourrisson qu'on sèvre commence à sentir qu'il est distinct de sa mère, mais il lui reste encore à le penser. Or, pouvoir se penser soi-même, c'est bien être capable de dire « je », être capable, pour reprendre l'expression kantienne, de « posséder le Je dans sa représentation » : avoir conscience de sa propre existence, c'est être capable de se dédoubler pour se contempler et se penser (je me pense, je pense et je sais que c'est moi qui pense). Or l'enfant qui commence à parler n'en est précisément pas capable : il commence par se désigner lui-même à la troisième personne. Il faut qu'autrui le désigne à lui-même et le fasse exister comme un individu pour qu'ensuite seulement il puisse dire : moi, je. Ainsi, la prise de conscience de ma propre existence individuelle ne peut avoir lieu sans autrui : un enfant qui aurait été coupé de ses semblables ne pourrait parvenir seul à la conscience de lui-même.
Il ne suffit pas cependant de dire qu'autrui me permet de me constituer comme sujet distinct : toute prise de conscience de soi s'effectue dans et par le langage, lequel implique nécessairement l'altérité. Nous pensons dans une langue : le langage ne fait pas qu'exprimer une pensée qui serait pré-linguistique. Pour pouvoir penser, il faut pouvoir parler. Autant dire que la possibilité de se penser (la possibilité, en d'autres termes, de prendre conscience de sa propre existence) requiert comme sa condition préalable la possession d'une langue. Or, comme nous l'a montré Rousseau, ce qui caractérise le langage humain, c'est qu'il est acquis et non inné, conventionnel et non naturel : je ne possède pas ma langue en naissant, je ne la parle que parce qu'on me l'a apprise. Ainsi donc, parce qu'il est une pensée, le cogito lui-même requiert une langue pour pouvoir être pensé. Et ce langage lui-même, parce qu'il m'a été inculqué par d'autres hommes, implique nécessairement l'altérité. Le doute lui-même se déroule dans une langue impliquant l'existence d'autrui : que je le veuille ou non, autrui hante toujours la solitude où je me pense parce que j'ai besoin de lui pour pouvoir penser. Nous comprenons alors la difficulté qu'il y a à faire de la conscience une pure présence de soi à soi indépendante de toute altérité, ainsi que le concevait Descartes : pour pouvoir prendre conscience de soi, il faut nécessairement la médiation d'autrui, qui va m'apprendre la langue dans laquelle je vais pouvoir me penser, mais aussi la médiation de l'altérité du monde lui-même, et c'est ce que va nous montrer Hegel. Avoir conscience, en effet, c'est toujours avoir conscience d'un objet qui n'est pas soi. Comment alors puis-je avoir conscience de moi-même ? En identifiant l'objet dont j'ai conscience à moi-même. Tel est du moins le sens de l'affirmation hégélienne selon laquelle prendre conscience de soi, c'est poser un objet extérieur à soi et le reconnaître comme étant soi-même : c'est ce que je fais, tout simplement, lorsque je contemple dans un miroir une image qui n'est pas moi et que j'identifie à moi (acte dont les animaux, qui nous donnent à comprendre ce qu'est une vie inconsciente d'elle-même, sont tous incapables). Mais qu'est-ce qui va me permettre d'identifier un objet extérieur comme étant moi-même ? Tel est justement le rôle du travail : la nature que je contemple n'est pas moi et existe hors de moi. Mais, précisément, le travail humain a aménagé cette nature, il y a apposé sa marque, il l'a cultivée et humanisée. La nature que j'ai sous les yeux ne m'est plus étrangère parce qu'elle a été travaillée par l'homme. Ce que j'y vois, c'est le résultat de l'action humaine. Aussi la nature m'offre-t-elle un miroir grandeur nature dans lequel je peux me contempler : par le travail, j'identifie la nature qui n'est pas moi à moi-même. Privez la conscience de monde, même en hypothèse, même en pensée, et c'est la possibilité de cette identification que vous détruisez : la prise de conscience de soi implique nécessairement le miroir du monde. Or ce monde, je ne suis pas le seul à l'avoir modifié : ce que me révèle ce monde que je contemple, ce n'est pas simplement la trace de mon action, mais celle de tous les hommes passés et présents. Je ne suis pas le premier à avoir modifié le monde par mon travail, et je ne suis pas le seul : le champ que je perçois a été défriché par quelqu'un d'autre que moi, l'église construite en d'autres temps par des hommes qui ne sont plus, et qui pourtant existent encore, d'une certaine façon, à travers elle.

Conclusion

J'ai besoin, pour avoir conscience de moi, qu'autrui me reconnaisse comme une personne distincte, besoin qu'il m'apprenne le langage dans lequel je pourrai par la suite me penser, besoin également de son travail pour me reconnaître dans le miroir du monde. C'est pourquoi Heidegger affirmait qu'être au monde, c'est toujours être avec autrui : l'altérité se trouve nécessairement impliquée autant dans le monde que je contemple que dans le langage que je parle. Elle est donc nécessaire, et même doublement, à toute prise de conscience de soi par soi. Ce qui, finalement, nous amène à dire que nous avons besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes, c'est donc bien que l'existence consciente d'elle-même exclut radicalement la possibilité d'une solitude dont tout rapport à l'altérité serait absent. Peut-être l'isolement, en me mettant à l'écart du bruit du monde, engendre-t-il un climat propice à la réflexion. Mais si l'isolement, quand il se prolonge, m'oppresse et me pèse, c'est justement parce qu'une existence consciente d'elle-même a besoin de l'altérité ; c'est parce que je mène une existence consciente d'elle-même que l'isolement peut m'être pénible : si je n'avais pas besoin des autres, si ma conscience était effectivement une substance indépendante de tout et pouvant se suffire à elle-même, être seul ne me pèserait pas.

http://www.lemonde.fr/revision-du-bac/annales-bac/philosophie-terminale/avons-nous-besoin-d-autrui-pour-avoir-conscience-de-nous-memes_t-irde99.html



mardi 10 juin 2014

"LES LECONS DE VIE DU TAO"


Le tao. Un petit mot mystérieux en forme de sésame pour une vie plus équilibrée, nous assurent ses adeptes. Née en Chine, cette voie spirituelle séduit de plus en plus en Occident, sans doute parce qu’elle répond avec simplicité et modernité à nos aspirations existentielles.

Flavia Mazelin-Salvi


Un tirage de Yi-king, une référence au yin et au yang, des mouvements de tai-chi-chuan ou de qi gong, une séance d’acupuncture, une maxime du Tao-tö-king (de Lao-tseu (Gallimard, “Folio”, 2002)). Le fil rouge qui relie ces éléments disparates ? La Chine, évidemment, et le tao plus précisément. Une voie spirituelle remontant au Ve siècle avant notre ère et qui, depuis plusieurs mois, connaît un regain d’intérêt fasciné. Témoin, le succès populaire de la superbe exposition « La voie du tao, un autre chemin de l’être », qui s’est tenue cette année de mars à juillet au Grand Palais, à Paris, ainsi que le nombre croissant de publications consacrées au taoïsme. Si ce courant spirituel, à la fois philosophie et art de vivre, séduit tant les Occidentaux, c’est qu’il entre en résonance avec nos aspirations existentielles, même si nous n’en avons pas toujours conscience. Vivre plus en phase avec sa nature profonde et la nature elle-même, savoir équilibrer ses désirs et ses besoins, faire la paix en soi et autour de soi… Tel est le but du tao, basé sur la recherche de l’équilibre et de l’action juste. Dans le Taotö-king, pièce maîtresse de la philosophie taoïste, on trouve quatre-vingt-un préceptes enseignant autant l’art de gouverner que celui de se nourrir ou de gagner en sagesse. Tous sont traversés par une affirmation forte et paradoxale : il faut s’installer dans le non-agir pour vivre pleinement sa vie.

Mais gare aux interprétations erronées. « On prend trop souvent l’expression taoïste “agir par le non-agir” pour une incitation au laxisme, prévient Cyrille J.-D. Javary, auteur des Trois Sagesses chinoises, taoïsme, confucianisme, bouddhisme (Albin Michel, 2010). Il s’agit en vérité d’être dans l’action juste, celle qui se fait sans forcer, mais non sans effort. » Comme en témoignent les lents mouvements du tai-chi-chuan ou du qi gong, basés sur une gestion centrée de l’énergie vitale.


Une conscience des rythmes du vivant


Patrice Levallois, l’un des créateurs du Jeu du tao de la santé et du mieux-être avec Patrice Van Eersel, Sylvain Michelet et Daniel Boublil (Albin Michel- Taovillage, 2009). (Voir aussi le site taovillage.com), trouve dans l’esprit de ce courant deux principes qui l’accompagnent et éclairent sa route depuis des années : « Le premier est qu’en vivant simplement ici et maintenant, comme nous y invite la voie du tao, je prends conscience que la joie et l’amour sont à l’intérieur de moi et que je n’ai pas d’effort à faire pour accéder à eux. Second enseignement : la vie, comme notre nature, est foncièrement duelle, elle est faite de yin comme de yang. À nous de ne pas transformer l’opposition qui enrichit en affrontement qui détruit. »

Même interprétation chez Diane Dreher, chercheuse au Spirituality and Health Institute de Californie, aux États-Unis : « Il nous ramène en douceur à la sagesse de la nature et de ses rythmes, et nous aide à découvrir la richesse de notre propre nature, l’alternance des marées, les phases de la lune, la succession des saisons de notre vie », écrit-elle dans Dix Leçons pour être forte et sereine, le tao de la femme de Diane Dreher (Payot, 2010). Se laisser porter par le courant de la vie, s’ouvrir et sourire à sa beauté… Ce n’est pas un hasard si les adeptes du tao résument souvent son enseignement en deux mots : sérénité et simplicité.


Dompter ses dragons intérieurs


Pour trouver la paix et l’harmonie en soi et autour de soi, mieux vaut, selon le tao, être à la fois souple, mesuré et déterminé. Didier Gonin, auteur de Réussir sa vie avec le tao (Albin Michel, 2007), nous propose quatre expériences à tenter pour un quotidien plus serein.


Agir dans l'eau

« L’homme du bien suprême est comme l’eau » Tao-tö-king, chapitre 8.
L’eau est, dans le tao, le symbole de la « bonté agissante », la parfaite illustration de la passivité active. Symbolisée par le yin, elle nous enseigne que, dans les situations de conflit ou d’impasse, les passages en force, les affrontements brutaux sont souvent aussi vains que grands consommateurs d’énergie vitale. Ils affaiblissent l’être tout en lui donnant l’illusion du contrôle et de la puissance. Agir comme l’eau signifie faire le calme en soi et analyser le problème sous toutes ses facettes de manière à contourner l’obstacle. Cela peut être suspendre momentanément l’action, avoir recours à des outils et à des cheminements inhabituels, ou encore faire marche arrière et s’interroger sur le bien-fondé de son objectif ou de sa stratégie. C’est ainsi que l’eau, calme et entêtée, se fraye son chemin et atteint son but sans efforts superflus.


Etre un exemple

« Le sage embrasse l’Un, devenant un modèle, il ne s’exhibe point et du coup resplendit » Tao-tö-king, chapitre 22.
« Embrasser l’Un » veut dire cesser de vivre dans la division et réunir, en soi et en conscience, les oppositions naturelles : yin et yang, agir et non-agir, ombre et lumière… Une fois unifié, dans l’acceptation mais non dans la complaisance de sa dualité, il ne s’égare plus et ne juge plus. Ainsi, les autres, apaisés par sa paix, confiants dans ses paroles (il fait ce qu’il dit) et réconfortés par sa bienveillance (il n’accuse pas les autres des faiblesses qu’il sait être aussi les siennes), non seulement ne l’agressent pas, mais recherchent sa compagnie et donnent le meilleur d’eux-mêmes. Pour le tao, le sage n’est pas le surhumain, mais l’humain pleinement conscient de sa nature, de ses forces et de ses faiblesses, et qui essaie de faire cohabiter en équilibre ses deux polarités.


Entretenir le feu sacré


« Réduire son moi et brider ses désirs » Tao-tö-king, chapitre 9
Le feu sacré est une métaphore du vivant, du qi, c’est-à-dire de l’énergie vitale. Toute la pratique taoïste – méditation, respiration, nutrition… – considère que l’équilibre est à la fois la fin et les moyens pour vivre une vie juste et noble. L’homme se perd dans les excès, il se consume et éteint ainsi le feu sacré dont il est le dépositaire. Repérer ses excès, matériels, relationnels et émotionnels, puis les ramener à un niveau qui ne consomme pas plus d’énergie que nécessaire est le préalable indispensable pour tous ceux qui désirent vivre longtemps et sereinement. Réduire le moi, c’est le ramener à sa juste proportion dans la chaîne du vivant, ne pas faire passer son ego devant tout et tous, et prendre en considération le moi d’autrui comme on prend soin du sien, avec mesure, respect et bienveillance.


Désapprendre

« Suivre la voie, c’est de jour en jour décroître » Tao-tö-king, chapitre 48.
Nettoyer son esprit, c’est le débarrasser des idées reçues, des certitudes, en les passant régulièrement au tamis du questionnement sans complaisance. L’encombrement de l’esprit est semblable à l’encombrement des maisons : quelles croyances nous sont vraiment utiles, lesquelles pourrions-nous jeter ? Quelles vérités imposons-nous aux autres ? Quels changements refusons-nous ? Ne pas rester figé, s’exposer au changement, s’inscrire dans la dynamique cyclique de la nature nous permet de nous débarrasser de nos peurs et d’expérimenter notre potentiel de vie sans restriction ni discrimination. Désapprendre l’ancien pour s’ouvrir au nouveau, tel est le sens de cette invitation paradoxale.
« La voie du tao a rendu mon coeur plus accueillant »



Questions à Gérard Guasch, médecin psychosomaticien et analyste reichien

Passionné par les thérapies énergétiques, Gérard Guasch s’est initié très jeune à la médecine chinoise (acupuncture) et au taoïsme. Disciple de maître Tian Chen Yang, il appartient à la vingt-cinquième génération du courant taoïste « La porte du dragon » (Long Men). Il est engagé depuis plus de trente ans dans cette voie, qu’il enseigne dans le cadre de cercles taoïstes baptisés « Le tao du coeur ». Et l'auteur de Vivre l’énergie du tao, traditions et pratiques (Presses du Châtelet, 2010) et, avec Anne-Marie Filliozat, d’Aide-toi, ton corps t’aidera (Albin Michel, 2006).


Psychologies : Qu’est-ce que le tao a changé dans votre vie ?


G.G. : Sans doute moins de jugements, sur moi et sur les autres, et plus de bienveillance et de simplicité. Le tao m’a aussi incité à prendre davantage soin de mon équilibre et de mon harmonie intérieurs, à jouir pleinement de ce qui « est » au lieu d’en vouloir toujours plus, à ralentir au lieu de courir. S’abandonner au tao, c’est pour moi apprendre à faire le vide dans son coeur pour qu’il soit toujours accueillant. J’ai le sentiment d’avoir retrouvé, au fil du temps, mon regard d’enfant, confiant et émerveillé.


Comment intégrez-vous le tao à votre pratique ?

G.G. : Essentiellement dans ma façon d’être, par la présence et l’écoute, par l’intérêt constant que je porte aux manifestations énergétiques chez l’autre, mais également par l’usage de pratiques que je transmets à mes patients pour qu’ils deviennent acteurs de leur bien-être, des méthodes de respiration ou des techniques de contrôle de l’éjaculation, par exemple. J’utilise aussi l’acupuncture et d’autres approches traditionnelles pour équilibrer les énergies qui alimentent le corps et l’esprit. Car, dans le tao, une bonne santé, c’est une circulation harmonieuse du qi, l’énergie vitale.

Le taoïsme est aussi une spiritualité, comment la vivez-vous ?

G.G. : Pour le tao, nous sommes les filles et fils de la terre et du ciel, et nous devons maintenir en nous l’équilibre énergétique de ces deux pôles, le yin (non-agir) et le yang (agir). Pour cela, je médite deux fois par jour, je pratique le qi gong et, dans la journée, je me mets autant que possible en « attitude méditative ». Chaque mois, nous méditons entre amis, les séminaires que j’anime sont une occasion de méditer en groupe. Je célèbre aussi des rituels d’offrande à l’occasion d’un changement de saison, d’une naissance ou d’un événement spécial, ce sont des moments propices pour honorer la vie et la source de vie qu’est le tao. Enfin, je lis et relis les textes classiques qui m’aident à ne pas perdre de vue mon objectif : cultiver le tao, c’est-à-dire l’amour de la vie, et le manifester dans mon quotidien.


A lire

La Voie et sa vertu de Lao-tseu. Textes chinois présentés par François Houang et Pierre Leyris (Seuil, “Points sagesse”, 1979). Un peu de sagesse dans un monde de brutes du Barefoot Doctor. Les conseils d’un adepte occidental pour « calmer » le quotidien (Marabout, “Psychologie”, 2009).



http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Pratiques-spirituelles/Articles-et-Dossiers/Les-lecons-de-vie-du-tao





Le Tao et le Maître Lao-Tseu



"TAO: LA VOIE DU BON SENS"


Privilégier l’être au paraître, écouter sa nature profonde, s’accorder à l’univers… L’enseignement de Lao Tseu n’a jamais été si moderne. Quelques principes simples pour vivre sereinement.

Pascale Senk


Tao… trois lettres pour dire l’axe central de l’univers, « d’où tout part et où tout revient ». Trois lettres pour une philosophie orientale qui va bien à notre époque. Certains d’entre nous la pratiquent peut-être sans le savoir, car cette doctrine ancestrale donne des clés pour vivre dans l’énergie, la prospérité et l’authentique. Moins connue que le bouddhisme, souvent confondue avec le zen, le tao nous indique « ce qui marche » pour favoriser la vie. « Il émousse ce qui tranche, démêle les nœuds, discerne dans la lumière, assemble ce qui, poussière, se disperse », écrivait son fondateur Lao Tseu. Le sinologue Cyrille Javary est plus direct : « Tao veut dire “voie”, mais on pourrait presque le traduire par “machin”, explique-t-il. Avec lui, les Chinois ont inventé le pragmatisme souriant. » Voici huit principes du tao. A utiliser sans modération.


Rechercher l’essence, fuir l’apparence


Les leçons de vie du tao  Si cette voie spirituelle séduit de plus en plus en Occident, c'est sans doute parce qu’elle répond avec simplicité et modernité à nos aspirations existentielles (...).

« Celui qui ne perd pas sa racine peut durer », Lao Tseu

Les taoïstes ont recherché la véritable nature des choses, une démarche qui invite à aller au-delà des apparences. Ainsi, en plein mois de novembre, les Chinois voient déjà le printemps. Ils savent qu’il faut retourner la terre pour préparer les futures floraisons. Le tao privilégie l’être au paraître. « Un taoïste aujourd’hui recherche la simplicité en tout. Aux meubles alambiqués, il préfère la beauté d’un bois brut, explique Gérard Edde, auteur du Chemin du tao (La Table ronde). Aux vêtements synthétiques, la pureté du coton. »


Savoir que l’on est relié au monde et que les rythmes du monde sont en soi...


« Grand est le ciel, grande est la Terre, grand, l’être » « Tao Te King », 25

Le tao offre la vision d’un monde holistique, car il part de l’existence d’un flux d’énergie commun, le « ch’i », qui baigne aussi bien le soleil, les planètes que chaque être humain. « Tout homme, parce qu’il se sait en interaction avec toute chose vivante, se sent donc à sa place dans l’univers », explique Galya Ortega, spécialiste du massage taoïste. Cette conscience du ch’i est à la base de nombreuses techniques aujourd’hui très prisées : le feng shui, qui cherche à harmoniser le ch’i d’une habitation avec l’énergie des personnes qui y vivent, ou l’acupuncture, qui travaille sur les points énergétiques du corps afin d’accorder le « climat intérieur » de chaque individu avec la saison qui arrive, et prévenir ainsi les maladies.


En toute chose, reconnaître la danse du yin et du yang


« Le yin est ce qui a envie de devenir yang, et le yang, ce qui a envie de devenir yin », Cyrille Javary

Vivre le tao, c’est avoir conscience de ces deux énergies contraires, nées du vide primordial et qui se relaient sans cesse : le yang – qui correspond à la dureté, la masculinité, l’action, l’être, la lumière – succède au yin, qui incarne le féminin, la douceur, la passivité, les ténèbres, le non-être, la nuit. Dans toute situation, l’une de ces forces succédera à l’autre. Aussi, pour trouver l’harmonie, on recherchera sans cesse le point d’équilibre entre les deux. En cuisine, on élaborera des menus qui associent aliments yin (sucre, fruits, légumes verts, etc.) et yang (viande, œufs, fruits de mer, etc.). Dans la vie quotidienne, on alternera des temps de repos (yin) et d’action (yang), de retour à soi (yin) et d’extériorisation (yang). « Et le tao nous rappelle que se retirer, attitude très yin, peut aussi être une stratégie puissante, car c’est ce qui permet de restaurer l’énergie yang », affirme Cyrille Javary. Parfois donc, reculer, c’est progresser.


S’accorder aux cycles


« Les quatre saisons changent et se transforment continuellement l’une en l’autre. C’est ainsi qu’elles peuvent accomplir la durée du temps » « Yi King », hexagramme 32

Toute chose vivante est soumise à des cycles de destruction et de régénération. Les événements n’échappent pas à cette loi de la mutation : chaque aventure de la vie a ses propres temps d’action et d’immobilisation. La thérapeute américaine Diane Dreher, auteur de The Tao of Womanhood (Quill, New York) affirme que « la sagesse, c’est de savoir reconnaître la fin d’un cycle, de ne pas se battre contre l’incontournable et de savoir quand bouger ». Dans la journée, par exemple, à quelle heure nous sentons-nous au top de notre énergie ? A quel moment décline-t-elle ? Selon Diane Dreher, nous sommes plongés dans la confusion quand nous avons négligé de repérer à quel moment de son cycle en est telle ou telle relation affective ou situation professionnelle qui nous pose problème. Le tao peut alors se faire réconfortant puisqu’il nous chuchote à l’oreille : « Il n’y a qu’une chose qui ne change pas, c’est que tout change tout le temps. »


Résoudre les oppositions


« Sous la pluie, voir le soleil brillant. Dans les flammes, boire à la source fraîche », Anonyme

Pour nous cartésiens, qui pensons en termes de bien ou mal, noir ou blanc, le tao permet de délier les conflits cornéliens qui nous emprisonnent. « Le un se divise toujours en deux » : toute situation se déliera à un moment en une situation yin et une situation yang, rien dans la vie n’est univoque. Le tao nous propose donc de pratiquer la double vision. William Martin, auteur d’un bréviaire taoïste à l’usage des parents d’aujourd’hui (Parents’s Tao Te King - Marlowe and Company, New York), invite à prendre en compte cette dialectique des antagonismes dans l’éducation d’un enfant : « Si vous voulez que vos enfants soient généreux, vous devez d’abord les autoriser à être égoïstes. Si vous voulez qu’ils soient disciplinés, vous devez d’abord les laisser être spontanés. […] Une qualité ne peut être pleinement apprise sans la pleine compréhension de son opposé. »


S’asseoir et oublier


« Le sage rejette toute influence et demeure centré » « Tao Te King », 12

L’un des écrivains taoïstes les plus créatifs, Doctor Barefoot, se définit comme un « guerrier spirituel » (Guerrier urbain, manuel de survie spirituelle - J’ai lu). Individualiste, il méprise la politique car il sait que le travail intérieur prime sur tout et que pour agir en accord avec le tao, il faut d’abord être à l’écoute de sa nature profonde. « N’oubliez jamais : tout ce que vous voyez à la télévision, tout ce que vous lisez sur le Net, dans la presse ou dans les livres, tout ce que vous entendez à la radio, tout (y compris mon guide) est la pensée d’un autre. » Pour lui comme pour les ermites du VIe siècle avant J-C, la sagesse vient de l’intuition intérieure. Pour contacter celle-ci, une seule voie : entrer dans le silence intérieur et méditer. « C’est la “voie de l’eau”, explique Gérard Edde. On ne médite pas pour gagner plus de sagesse ou de sérénité mais, au contraire, on s’assoit pour perdre chaque jour quelque chose : une idée erronée, un mauvais comportement, une émotion conflictuelle… et ainsi rejoindre l’unité primordiale. »


Vivre l’acte sexuel comme un puissant échange énergétique

« Pendant l’amour, l’homme prend le yin qui lui manque et la femme, le yang dont elle a besoin », Gérard Edde


Aujourd’hui, le « tao sexuel » apparaît comme une invitation à l’extase perpétuelle. En réalité, si les ermites du VIe siècle avant J-C ont mis au point ces techniques sophistiquées d’union sexuelle – qu’ils pratiquaient avec des prostituées et suivant un calendrier très précis –, c’était avant tout pour purifier leur énergie vitale. Rien de romantique donc, dans cette pratique qui, comme le qi gong ou la méditation, a pour but essentiel de favoriser l’union avec le tao : « La maîtrise et la rigueur nécessaires aux amants étaient liées à leur manque de passion amoureuse », analyse Gérard Edde. L’acte sexuel est vécu comme un puissant moment d’échange énergétique, ayant à ce titre des répercussions sur toute la vie : « Lorsque votre énergie sexuelle circule librement dans tout le corps (et pas seulement dans les parties génitales), vous vous sentez plus élevé spirituellement et davantage connecté à vos impulsions », déclare Doctor Barefoot.


Apprendre à « nourrir la vie »

« Les hommes d’autrefois respiraient profondément jusqu’aux talons », Tchouang Tseu

Les premiers taoïstes, qui affirmaient leur désir d’atteindre l’immortalité, ont mis au point des centaines de techniques de régénération interne. Ces pratiques millénaires n’ont pas bougé d’un pouce. Vivre dans le tao, à notre époque, revient encore à prendre conscience de l’énergie vitale qui est en soi et à la faire fructifier grâce à ces techniques raffinées : taï-chi, qi gong (les « gymnastiques de santé »), massages taoïstes, médecine chinoise préventive, acupuncture, respiration énergétique, etc. Aujourd’hui, les cours permettant de s’initier fourmillent. Mais n’oublions pas le défi essentiel sur lequel elles ont été conçues : chacun doit savoir se régénérer, et devenir ainsi de plus en plus autonome. A chacun son tao, donc.


Confucius remis en question

Le taoïsme est un courant philosophique né dans le sud de la Chine au VIe siècle avant J-C. La doctrine de Confucius avait alors le monopole en matière de pensée. Concernant aussi bien les mœurs que la politique, cet ordre établi du « bien pensant » fut remis en question par Lao Tseu (Vieille Oreille longue). Ancien conseiller de la cour royale, celui-ci refusa de cautionner plus longtemps le pouvoir impérial qu’il jugeait décadent, quitta la société et entreprit un voyage au cours duquel il écrivit le “Tao Te King” (“Le Livre de la voie et de la vertu”). Ce texte fondateur déroulant les préceptes clés de la philosophie taoïste est un recueil de maximes, d’aphorismes et de dictons, divisé en quatre-vingt-un chapitres. Les deux autres pères du taoïsme sont Tchouang Tseu et Lie Yukou.


Témoignage : « Grâce au tao, je ne me sens jamais découragée »


Pascale, 49 ans
« C’est dans un cours de médecine chinoise que j’ai entendu parler du tao pour la première fois. J’ai plongé dans cette philosophie de vie avec soulagement et plaisir. Elevée dans un pensionnat suisse catholique, je vivais dans la culpabilité. Le tao m’a appris le sens des responsabilités. Je sais grâce à lui que tout (les êtres, les situations, les lieux, etc.) est objet de mutation permanente.

Par exemple, si j’ai un problème, je n’oublie jamais que « le moins désagréable » succède toujours au « désagréable ». Aussi, je me décourage rarement. Et cela va aussi dans l’autre sens : une situation heureuse, elle non plus, ne dure pas. Le tao m’a également appris la force du “non-agir”. Il y a des moments où je suis en rétraction. Il vaut mieux pour moi ne pas bouger.

Avant j’étais impatiente. Aujourd’hui, j’attends que le cycle s’accomplisse. Enfin, j’ai découvert ce qui me ressource en profondeur et à tous les niveaux de mon être : la nature. Chaque matin, je vais dans mon jardin et ainsi, je me sens reliée à l’univers. Il ne m’en faut pas plus que ça. »



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lundi 9 juin 2014

"LE SAMÂDHI"


J’ai parlé d’une naissance pour décrire le nouvel état dans lequel je me trouvais après l’éveil de Kundalini, et j’ai vraiment eu l’impression de devoir tout réapprendre avec un nouveau regard. Ainsi, je me rappelle par exemple m’être retrouvé un stylo à la main, et avoir eu un instant d’hésitation, ne sachant comment écrire. Et lorsque les mots se sont enchaînés, avoir fait cet acte de manière neuve, le découvrir au fur et à mesure qu’il s’affirmait. 

Ceci s’est confirmé pour beaucoup de choses, et la manière dont j’abordais l’existence se faisait avec une conscience inversée, comme si j’avais toujours vécu dans le miroir, et que tout s’était remis à l’endroit. Auparavant je ne voyais du monde que ce que ma conscience me renvoyait, celle-ci s’interposant entre lui et la vision que j’en avais. Mais là, la conscience restait derrière, et par cette nouvelle situation, semblait s’être inversée, ma perception étant directe. Ainsi la conscience ne m’apparaît-elle plus que comme un miroir sur lequel s’accumule l’image de nos expériences, et reflétant le présent, celui-ci se reconnaissant dans celle-là. Mais n’est-ce pas le miroir qui est inversé ? J’ai parfois l’impression de vivre au sein d’une humanité qui prend les choses à l’envers.

Pendant un peu plus d’une année, je dus tout réapprendre, et je vivais une succession d’expériences et d’états que je ne contrôlais pas toujours mais qui rendirent difficile la vie dans laquelle je m’étais engagé jusque-là. Une année d’études où j’étais ballotté entre la découverte d’un monde et d’un univers fascinants et la nécessité d’accomplir un retour vers les tâches qu’exigeaient mes études, les travaux à l’hôpital la matinée, les cours dans les amphithéâtres l’après-midi, les travaux d’études dans ma petite chambre d’université le soir, ce qui m’occupait à peu près douze heures par jour, et des états de samãdhi qui saisissaient chaque occasion pour se manifester.

Chaque état de samãdhi était une percée à travers la conscience me faisant percevoir la réalité au-delà des apparences sensorielles. J’avais beaucoup de mal, surtout au début à me concentrer sur mes leçons qui m’obligeaient à mémoriser systématiquement des pages et des livres d’anatomie, de physiologie, etc… D’ailleurs, dès que je me concentrais sur quelque chose, l’esprit s’absorbait, et cela a duré longtemps, aussi longtemps qu’il y eût une terre inconnue et nécessaire à explorer. Imaginez que vous ouvrez votre cahier, vous commencez à lire, à essayer de mémoriser, et sans vous avertir, les mots grossissent, ondulent, et vous vous retrouvez happé dans quelque dimension de l’esprit, n’ayant plus qu’un lien ténu avec votre table de travail, jusqu’à ce que vous reveniez tranquillement pour poursuivre votre leçon, avec un esprit plus vaste, certes, ou une compréhension accrue de l’univers ou de votre nature mais sans avoir pu avancer d’un pouce sur cette tâche des plus ardues qui est celle d’accumuler des informations.

Ou bien vous soignez un malade, lui massant une plaie, et votre esprit entrant en union avec sa souffrance, n’ayant plus de barrière, vos énergies se transfèrent tout naturellement vers cet être qui en a grand besoin, vous laissant tellement vide qu’il vous faut vous enfuir pour récupérer. Je mettais deux fois plus de temps à réaliser les choses. Mais quelles merveilles de voir ces « anges » que sont les êtres humains, avec leur aura, leur conscience, leur être. Tout cela m’apparaissait dans toute sa splendeur, et chaque individu était un univers à lui tout seul qui méritait mon attention et mon intérêt.

Ainsi, les envolées de l’esprit me faisaient découvrir le monde sous un tout autre aspect. Je pénétrais dans les pierres et les éléments de la nature, goûtant leurs essences jusqu’à en devenir parfois ivre, ou bien je plongeais dans les profondeurs de moi-même découvrant des espaces de paix, de plénitude, ou des dimensions que je ne soupçonnais pas. Au bout d’une année d’études supplémentaire, je dus me rendre à l’évidence que je ne pourrai jamais exercer cette profession, de par les contraintes qu’elle m’imposait. J’avais autre chose à faire : il me fallait enseigner le yoga et rendre accessible à l’être humain toutes ces merveilles.

Je voudrais expliquer ici ce que sont ces états d’absorption dans les choses que la science du yoga nomme samãdhi. S’ils étaient nombreux et fréquents dans la période qui a suivi l’éveil de la Kundalini, ils se sont, avec le temps espacés de plus en plus pour réapparaître par la suite périodiquement mais toujours sous de nouvelles formes. Tout d’abord comprenons la nature du samãdhi. La Kundalini dans son éveil complet est un samãdhi, c’est-à-dire la percée de l’esprit, qui, quittant son emprisonnement au fond de la matière (le corps), des instincts (le vital) et de la conscience (le moi), trouve sa liberté en reprenant contact avec notre nature divine profonde. Mais à travers cette percée ne seront transformés chez l’individu que les aspects de celui-ci faisant obstacle à cette percée.

Ce qui veut dire qu’un éveil de Kundalini ne constitue en rien un état de perfection, tout au plus un instrument supplémentaire nous permettant de réaliser celle-ci pour le peu que nous voulions nous perfectionner, c’est-à-dire accomplir totalement notre vocation et notre nature divine. La Kundalini est donc une brèche dans le chaos et l’obscurité humaine à travers laquelle nous pouvons avoir accès à la réalité, la plus haute étant ici celle de notre réalité divine. Chaque fois que nous empruntons cette brèche, cela l’agrandit et se traduit par un état de samãdhi c’est-à-dire une perception des choses dans la nature même des choses perçues sans que la conscience ou tout autre forme de conditionnement intervienne, à travers la simple présence de l’esprit et de l’être.  Plus la brèche s’agrandit, plus le voile du conditionnement disparaît, laissant de plus en plus souvent l’esprit dans un état de vacuité qui est samãdhi naturel ou rien ne fait obstacle entre le profond et la périphérie.


Un deuxième fait vient se rajouter à ce mécanisme. Lorsque l’esprit se rend compte de cette double nature, de son état de liberté dans la vacuité et des limites de celle-ci constituant donc les limites de la brèche, il n’a de cesse de faire reculer celles-ci, entrant en samãdhi sur la conscience elle-même, vecteur de ses limites et du conditionnement. Commence alors un lent processus d’intégration, ou de désintégration de la conscience, se transformant alors en Supra-conscience qui est à l’être ce que la conscience ordinaire est à l’ego.

D’autres états succèdent à celui-ci ; mais nous pouvons penser qu’une personne ayant éveillé sa Kundalini mais n’ayant pas réalisé la nature illusoire de la conscience posséderait cette double ambiguïté : celle d’avoir un esprit libre tout en continuant à vivre sur ce que la conscience nous renvoie, sachant au fond de soi où est la réalité, mais la conscience doutant de celle-ci s’attachant à ses propres mécanismes et croyances avec autant de force qu’elle cherchera à imposer ses vues.

Ceci peut être car l’Être, même réalisé, peut manquer d’intelligence et de force ; mais il lui suffirait de voir l’illusion de cette conscience pour que s’amorce alors ce lent processus. Ainsi, si l’éveil de la Kundalini nous libère de l’autorité extérieure, il ne nous libère pas de notre propre autorité. Je devais réaliser cela quelques années plus tard par un choix de l’intelligence qui fit irrémédiablement tourner l’esprit vers le soi non intégré, pour sa propre fin, laissant les affaires du monde à l’être-présence, choix le plus adéquat pour permettre le développement de cet Être et la fin de cette conscience. Je dois dire que les limites de la conscience individuelle ont vite été atteintes, pour le peu qu’elles aient subsisté, ouvrant l’esprit sur une conscience collective toujours plus vaste et partagée entre plusieurs univers.

Ainsi, le monde m’est apparu par la suite sous quatre états principaux superposés les uns aux autres, ayant autant de réalité perceptible les uns que les autres, et dont je n’ai pu éviter la confrontation, existant dans chacun d’eux ; le monde de la matière que nous connaissons tous, le monde de l’énergie qui prend de multiples aspects, les mondes de la conscience dont font partie la conscience collective de l’humanité mais aussi celle de la nature, etc..., et les expressions divines, plus courantes que l’on ne croit.

 
Extraits de « Lettres aux chercheurs spirituels – Récits autobiographiques » par Jean-Michel Jutge
© 2014 Editions Elliance