jeudi 27 février 2014

"ENDORPHINES ET EXTASE"


Est-ce que les endorphines permettent d'expliquer le bien-être éprouvé en méditation ? Si par une pratique précise on peut fabriquer sa propre morphine à l'intérieur du corps, n'est-ce pas un gage d'autonomie par rapport à toutes sortes de dépendances, depuis la drogue et l'alcool jusqu'à cette dépendance fondamentale qui consiste à rechercher le bonheur à l'extérieur alors qu'il est déjà là, présent en nous ?

Pour aller droit au fait, on peut dire d'emblée que les endorphines ne sont pas la nouvelle panacée universelle, et qu'on n'en fera pas les "pilules de l'extase" que certains attendent peut-être; mais que leur découverte dans notre organisme depuis une quinzaine d'années ouvre de nouvelles perspectives sur le lien corps-esprit, avec des conséquences indirectes sur la compréhension du mode d'action de la méditation.

Qu'entend-on par endorphines ? Ce sont des peptides, c'est-à-dire de courtes chaînes d'acides aminés; on les qualifie d' "opioïdes" car ils ont une action similaire à celle de l'opium et de la morphine. Ils ont été découverts par J. Hugues en 1975. Ils sont fabriqués au niveau de l'hypophyse et localement a la jonction entre les neurones; ils peuvent, au moins pour la bêta-endorphine, passer dans la circulation générale et être dosés. On trouve des récepteurs à endorphines également dans la peau, les intestins, le cþur et d'autres organes. Pour savoir si une action physiologique, par exemple une anesthésie, est médiatisée par les endorphines, on administre au sujet un antagoniste des morphiniques, en général la Naloxone. Si l'anesthésie cesse, cela signifie qu'elle était due aux endorphines. On a montré ainsi que l'anesthésie par acupuncture était médiatisée en partie par les endorphines. On a également prouvé le rôle des endorphines dans de multiples situations, la situation typique étant l'effort positif à pleine capacité.

Parmi les quatre cent trente articles sur les endorphines dont j'ai pu voir la liste à la Bibliothèque Centrale de l'École de Médecine à Paris, je n'en ai trouvé aucun qui parle nommément de méditation, ce sujet d'étude n'étant guère prioritaire dans les équipes de recherche. Cependant, une étude du Dr Levine de l'université de Californie peut être reliée indirectement à la méditation: Levine a montré que les endorphines médiatisaient l'effet placebo, c'est-à-dire que les patients qui suppriment leur propre douleur en croyant avoir reçu un médicament efficace le font par l'intermédiaire des endorphines. Si on leur administre de la Naloxone, I'effet placebo est supprimé et les patients souffrent de nouveau. L'effet placebo est un exemple particulier d'auto-suggestion qui est une méthode qu'on peut relier sans difficulté à de nombreuses sortes de méditation, même si ces dernières ne sont pas réductibles exclusivement à une auto-suggestion. De plus, il y a un rapport entre la concentration du prana, ce flux d'énergie que l'on concentre spontanément ou systématiquement dans certaines parties du corps, et la stimulation par aiguilles d'acupuncture; or, nous avons vu que l'action de celle-ci se fait en partie par l'intermédiaire des endorphines. Il n'est donc pas absurde de parler du lien entre méditation et endorphines, bien que nous ne puissions que souhaiter en avoir une confirmation expérimentale directe dans un avenir proche. Pour décrire plus précisément l'action des endorphines sur le corps, prenons le cas de la bêta-endorphine qui est sécrétée en cas d'exercice sportif pratiqué à 80% ou plus de la capacité maximale du sujet.

La sécrétion des endorphines est maximum en une minute, et semble influencée, en plus de l'effort, par des facteurs psychologiques. Elle dure en plateau pendant quinze minutes pour s'effacer en quarante-cinq minutes. Les endorphines semblent avoir pour fonction de donner une euphorie, un oubli de la douleur qui permet de se surpasser soi-même. On les a impliquées dans l'euphorie du combat qui permet à quelqu'un dont le bras, par exemple, vient d'être arraché après un obus, de continuer à tirer de l'autre bras. Elles favorisent la résistance au froid et sont certainement en cause dans les exploits des yogis qui vivent à peine vêtus dans le grand Himalaya. Elles sont augmentées pendant l'accouchement pour permettre à la mère de faire face aux douleurs. Les femmes qui ont eu l'habitude de l'exercice sportif pendant leur grossesse, c'est-à-dire qui ont l'habitude de produire leurs propres endorphines, en ont un taux supérieur dans le sang au moment de l'accouchement et supportent mieux les contractions que les femmes qui n'ont pas fait d'exercice.

Les endorphines augmentent la glycémie et la palatabilité, c'est-à-dire le plaisir pris à manger les aliments. Ces deux éléments contribuent sans doute à la sensation globale d'euphorie. Fait intéressant pour les méditants: les endorphines sont à leur maximum à six heures du matin; l'expérience de méditation risque donc d'être plus gratifiante à cette heure-là, pour peu qu'on ait suffisamment dormi auparavant, et les douleurs dues à l'immobilité de la posture risquent d'être mieux supportées. Les endorphines, par ailleurs, sont diminuées chez les arthritiques. Or, les effets de la pensée positive pour favoriser la guérison de l'arthrite sont connus. En rapprochant ces deux faits, il n'est pas interdit de penser que les endorphines sont un neuro transmetteur en cause dans l'amélioration, voire la guérison, de l'arthrite. Il ne faut cependant pas faire des endorphines une substance miracle. Elles inhibent le rythme des hormones sexuelles et peuvent induire un retard de la venue des règles et de la puberté chez des adolescentes qui pratiquent un sport intensivement. De plus, elles provoquent une inhibition des défenses immunitaires quand elles sont en quantité abondantes dans le sang, par exemple dans la demi-heure qui suit l'effort; elle peuvent aussi faire oublier ses propres limites et donner lieu à des accidents.


L'arrêt du mental: endorphines, drogue et extase

Les endorphines sont des opiacés: ceux-ci ont des propriétés de "stupéfiants". Par ailleurs, le mot "stupéfaction" revient souvent dans le vocabulaire des mystiques. En commun, il y a un arrêt du mental. De même, l'ivresse, l'intoxication peuvent être divines. Les souris, particulièrement Omar Khayyam, ont poussé assez loin l'analogie. L'alcool donne une certaine sensibilité et permet d'avoir une conscience relativement détachée du corps.

Par ailleurs, on sait que, par une succession de réactions biologiques, I'alcool en vient à agir sur les mêmes récepteurs que les endorphines. Cela est à rapprocher du fait que chez les alcooliques les endorphines sont basses: elles n'ont plus besoin d'être synthétisées puisque l'alcool prend leur place. Ce bas niveau pourrait expliquer le caractère pénible, douloureux de l'état de manque chez l'alcoolique, qui n'est pas sans rappeler l'état de manque chez l'héroïnomane. Les opiacés provoquent la stupéfaction, l'arrêt du mental entre autres par le blocage des sensations douloureuses; celles-ci sont à la base d'une agitation constante du mental ordinaire, qui se défend en permanence contre telle ou telle petite gêne ou douleur. De plus, ils paralysent la motricité intestinale qui est probablement reliée à la sensation de mal-être quand elle est accélérée (diarrhée, stress) et à une sensation de bien-être quand elle est diminuée ou ralentie. Le véritable arrêt du mental n'est pas seulement un arrêt du bavardage et de l'imagerie intérieure: il est lié à un arrêt du mouvement interne des sensations ce qui pour les yogis, correspond au samadhi. Cet arrêt provoque un bonheur intense, bien au-delà des bonheurs habituels; même un arrêt partiel du mental procure une expérience de bonheur hors de l'ordinaire.

Quand on envisage les choses dans une perspective suffisamment large, il est erroné de dire que l'extase est une forme d'expérience de drogue sublimée. C'est plutôt le contraire: le drogué dévie de l'expérience du soi dont il a eu un reflet à travers la prise de toxiques; le bonheur qu'il en a éprouvé fait qu'il cherche à le retrouver par tous les moyens, même s'il doit au bout du compte le payer très cher.

A l'inverse de la drogue, les débuts de la méditation sont difficiles; ils demandent une discipline pour apprivoiser son mental, son attention. Il faut payer le prix au début, mais après, le fait de n'avoir même qu'un avant-goût de l'expérience de l'arrêt du mental est suffisant pour récompenser ses efforts et donner envie de continuer. Les témoignages traditionnels convergent autour de cette expérience: au début des Yoga sutras de Patanjali, la définition du yoga est célèbre: citta-nirodha, l'arrêt du mental. Nisargadatta Maharaj parle même d'abandonner le sentiment de "je suis", et compare concrètement le samadhi à de l'eau bouillie qui repose: non seulement elle est immobile, mais les germes des désirs égoïstes qui existaient en elle ont été tués. Il dit par ailleurs: «La Connaissance n'a pas besoin de paix et de quiétude, car elle est en elle-même paix et quiétude. Dans ce principe de la quiétude fondamentale, sans dualité, il n'y a pas de changement, quel que soit le moment.»

Dans le bouddhisme, le terme nirvana- cessation-parle de lui-même; ceux qui ont tant soit peu d'expérience spirituelle comprendront tout le potentiel positif de liberté et de bonheur intérieur qu'évoque ce terme. Le zen est fondé sur mu-la vacuité. Maître Eckhart exprime cette expérience d'arrêt du mental de diverses manières, entre autres lors d'un sermon sur la Béatitude de la pauvreté: «Ici, dans cette pauvreté (de ne rien posséder), l'homme retrouve l'être éternel qu'il a été, qu'il est maintenant et qu'il demeurera à jamais.»

Chez les Pères du désert et dans le monachisme grec, I'hésychia-la quiétude- tient la première place, qu'il nous suffise de quelques citations pour le faire sentir. Saint Nil recommande de «s'attacher au chef de file de tous les travaux, l'hésychia, qui montre la contemplation des vertus, douée d'yeux multiples»... Le moine doit avoir «soif de l'hésychia déifiante».Pour lui, le silence est une panacée: «Il n'est pas de souci qui ne puisse être vaincu par le silence. A Dieu lui-même, le silence t'unira...» «Beaucoup de gens courent, pour trouver, mais il n'en est pas un qui trouve, si ce n'est celui qui tient le silence continuellement. »

Il ne faut pas confondre cette grande expérience avec un stade intermédiaire de méditation associé à un plaisir intense; c'est un encouragement, mais il peut donner lieu à une sorte d'accoutumance et on doit être prêt à le dépasser pour aller plus loin. Ramakrishna disait à ses disciples, qui étaient tellement fascinés par lui qu'ils ne pouvaient s'empêcher de revenir tous les jours à heure fixe le visiter: «Vous êtes comme ces paons auxquels on donne quotidiennement et à la même heure une pilule d'opium. On peut être sûr qu'au bout de quelque temps, ils seront obligés de venir au rendez-vous.»

C'est le rôle du Maître spirituel de communiquer une expérience de joie hors de l'ordinaire qui donne au disciple l'envie d'aller plus loin dans sa propre pratique. Dans une étude faite durant les années 70 aux Etats-Unis, sur deux mille sujets s'étant mis à pratiquer la méditation pendant deux ans, les pourcentages de consommateurs de drogue ont diminué significativement. Au début, 80% des sujets prenaient de la marijuana, au bout de deux ans, ce taux était descendu à 20%. Pour le LSD, le pourcentage L'intoxiqués passait de 60% à 5% et pour les amphétamines, de 35% à 5%. Le fait qu'on puisse se mettre bien par soi-même sans l'aide d'aucun produit extérieur me semble important à dire et à redire du point de vue médical comme du point de vue spirituel et ce, surtout pour un public français, quand on sait que nous battons les records de consommation de vin et de tranquillisants par habitant...


Recherche en physiologie et expérience traditionnelle

Si un fait d'expérience traditionnelle est corroboré par la recherche en physiologie, tant mieux. Cela pourra aider des débutants qui n'ont foi que dans la science à s'intéresser au savoir traditionnel. Mais ne nous faisons pas d'illusion: le principe de base de la tradition est l'expérience personnelle, on peut difficilement échapper à cette loi. Ainsi, il n'y aura pas de miracle tant que les gens ne se mettront pas à pratiquer, même si on réussit à prouver scientifiquement que la méditation fait produire des endorphines euphorisantes en plus des effets anti-stress déjà connus. C'est archiprouvé scientifiquement que le tabac et l'alcool sont nuisibles pris en excès, mais combien de gens font semblant de ne pas le savoir pour continuer à s'intoxiquer ! Même si nous réussissions à fabriquer à partir des endorphines des pilules-miracle, des "euphories", cela ne changerait rien au problème de base: pour quelles raisons allons-nous mal, quel est le pourquoi et le comment de notre souffrance, comment peut-on agir sur ses causes ? Les processus de conscience qui mènent aux expériences de méditation sont au fond plus importants que les expériences elles-mêmes: celles-ci passent, mais ce qu'on a compris pour y arriver reste. L'éveil se fait en nous-même et par nous-même: par exemple, c'est encore par nous-même que nous pouvons le mieux trouver un antidote à un neuro-peptide dont l'action est fort répandue chez les méditants, surtout tôt le matin et tard le soir: "l'endormine" !... Il serait excessif de faire des endorphines une sorte de véhicule tout puissant de la pensée positive, même si on réussit à confirmer le lien entre les deux. Certes, les Simonton guérissent des cancers en faisant visualiser aux patients des leucocytes mangeurs de cellules malignes, pourquoi, alors, ne pas se servir des endorphines pour concrétiser une pensée positive ? Tant mieux si cela marche, mais il faut savoir qu'on reste au niveau d'un truc de visualisation et que les réalités neurochimiques sont plus complexes et plus contradictoires que cela. Du point de vue du yoga, les phénomènes neurophysiologiques sont seulement des corrélatifs, des conséquences de ce qui se passe à un autre niveau. Nous sommes inconsciemment héritiers de la pensée mécaniste des chimistes du XIXe siècle. La vie,

l'esprit se réduiraient à un ensemble de réactions chimiques; mais en cette fin du XXe siècle revient au premier plan, par de multiples voies, la notion que l'homme est relié à ce qui l'entoure, au pouvoir cosmique, au "champ unifié" pourrait-on dire pour ne pas rentrer dans trop de particularités culturelles. Le fait d'être dans une situation de stress intense et d'avoir soudain une force insoupçonnée pour la dépasser est pour le yogi le signe de l'intervention d'un pouvoir "autre"-qu'on l'appelle pouvoir de l'Autre ou Kundalini, qu'on le fasse venir d'en haut ou d'en bas, peu importe. Le fait de savoir ou de ne pas savoir que ce phénomène peut être corrélé à tel ou tel neuromédiateur n'empêche pas de le comprendre et de l'utiliser. En Inde, on trouve de nombreux exemples de gurus qui mettent intentionnellement leurs disciples dans des situations extrêmes pour déclencher chez eux l'éveil d'une énergie dormante. Dans le zen, le rythme soutenu et prolongé des sesshins permet également ce dépassement de soi-même. Dans le monachisme chrétien, on peut rapprocher de ce processus l'ascèse du staretz Silouane du Mont-Athos: «Se tenir en enfer et ne pas désespérer.» Le risque de telles méthodes fortes, si elles sont mal indiquées, est de créer un dégoût que même le souvenir d'une éventuelle euphorie des endorphines ne réussira pas à dissiper. Pour donner un autre exemple de la prudence nécessaire dans le rapprochement d'éléments de recherche scientifique et d'expériences traditionnelles, on peut parler du lien entre méditation et hémisphère droit, lien qui n'est en fait que partiellement justifié. C'est ce que montre un article de J.B Earle qui avait fait à l'époque une synthèse d'une centaine de publications sur le sujet. L'idée de départ était logique: la méditation cherchant à inhiber le mental verbal, rationnel (hémisphère gauche) et à stimuler les capacités intuitives (hémisphère droit) on devrait observer une certaine prédominance droite, au moins pendant et juste après la méditation. Certes, I'hémisphère droit est physiologiquement lié à l'attention soutenue et à la production d'images mentales. On constate qu'il est stimulé chez les débutants en méditation alors que l'hémisphère gauche est inhibé. Cela correspond sans doute au fait que le débutant s'efforce de faire taire le bavardage mental et se trouve envahi par un afflux d'images mentales qu'il ne réussit pas encore à contrôler. Mais quand le méditant progresse, ce n'est plus l'excitation de l'hémisphère droit qui est caractéristique, mais une plus grande synchronicité intra et inter-hémisphérique des ondes enregistrées à l'électro-encéphalographie. Ces ondes sont en phase, ce qui est probablement relié à un glissement de l'activité principale du cerveau du cortex vers les régions sub-corticales; le ressenti du sujet serait alors un sentiment d'unité, de «vacuité de la conscience». Nous en revenons à cette expérience fondamentale de l'au-delà du mental, ou de son arrêt, ce qui a une signification analogue. Témoin, cette histoire zen, pour terminer:

Un jour que le maître Yao-shan Wei-yen était assis tranquillement les jambes croisées, un moine vint et lui dit:

«A quoi pensez-vous dans l'immobilité ? -Je pense à ce qui est au-delà de la pensée.

-Comment faites-vous pour penser ce qui est au-delà de la pensée ?

-En ne pensant pas.»
 Par le Dr Jacques VIGNE


http://www.anandamayi.org/devotees/jv/jv10.htm

mardi 25 février 2014

"KUNDALINI ET EVOLUTION" 1

 KUNDALINI; LE RECIT DE JEAN-MICHEL JUTGE

Je vous propose ici, avec l'accord de Jean-Michel Jutge, le récit de son expérience d'éveil de la kundalini, processus complexe qui ne peut, à mon sens être décrit que par une personne l'ayant elle-même expérimenté

Ces textes vont inévitablement susciter des questionnements: aussi, Jean-Michel se tient prêt à y répondre.N'hésitez donc pas à poser vos questions dans les commentaires du texte..






Kundalini et évolution
Par Jean-Michel Jutge
(Copyright 1999  - 2014)



 Je vous propose d’aborder par une série d’articles différents aspects du développement de cette force que l’on appelle la kundalini, et ses liens avec le yoga et la spiritualité en générale.

L’éveil de la kundalini est un aspect très précis du développement de l’énergie, quelle qu’elle soit. Celle-ci emprunte dans ce développement et dans un mouvement ascendant le système des chakras et des nadis, deux termes qui sont originaires de l’Inde. Pour simplifier, disons que les chakras sont les centres qu’elle active lors de son développement, et les nadis les circuits subtils qu’elle emprunte. Les chakras et les nadis trouvent leur équivalent sur tous les plans de la nature humaine et de la création, du plus physique au plus subtil. Nous reviendrons plus tard sur cet aspect des choses pour une description plus complète de ce système.

Pour le sujet qui nous occupe on a pu lire et entendre ici et là, même émanant d’auteurs reconnus et compétents en leur domaine, toutes sortes de choses. Et beaucoup ont tendance à traduire le phénomène de la kundalini en fonction de leur expérience en propre. Comme nous le verrons il s’agit d’un phénomène vaste et complexe qui ne peut se traduire en quelques mots, furent-ils justes, ni en un type d’expérience, ou une forme d’éveil.

Car le phénomène de la kundalini n’appartient à aucune tradition ou culture, aucune époque ou religion, aucun système de pensée, science ou philosophie, mais peut tout à fait s’éveiller dans n’importe lequel de ces cadres si l’approche est adéquate. L’être humain étant terriblement encombré, spirituellement parlant, l’esprit humain et ses créations ne trouvent que très rarement la créativité et l’alignement nécessaires pour permettre un tel éveil. Toutefois, il se trouve que certains aspects du yoga, notamment du hatha yoga, peuvent jouer le rôle de catalyseur dans ce développement. Mais bien entendu, la technique seule ne suffit pas, car alors le phénomène aurait déjà été exploré et conquis par tous ceux ayant quelque peu approfondi ces techniques. Il n’y a donc pas de recette pour celui qui veut faire ce travail, et l’on peut alors se demander quel peut être le véritable élément déclencheur.

Mon but n’est pas ici de vous permettre d’éveiller cette force mais plutôt de faire comprendre ce qu’elle est ou n’est pas et les liens qui pourraient la rattacher ou non au yoga car c’est souvent à travers cette approche qu’on en entend parler. Car si le yoga et le processus de la kundalini peuvent être quelque part rattachés, la kundalini en tant que force de vie et d’évolution transcende en elle-même toutes les techniques ou systèmes tentant de l’approcher. Elle appartient à l’humain et l’humanité et non à une quelconque tradition ou mode de pensée. Toutefois, faisons la part des choses. Nous parlons ici d’une certaine forme de la kundalini. Comme je l’expliquerai dans d’autres articles, en tant que processus d’énergie, ces formes sont multiples ; mais parmi toutes ces formes certaines appartiennent à l’humain en tant qu’espèce et permettent de le placer en contact avec sa propre Divinité ou essence primordiale indépendamment de toute influence ou orientation n’appartenant pas à l’être humain. Ainsi, les aspects passant par exemple par les divinités aztèques, hindouistes, tantriques, de l’antique Egypte ou d’autres puissances occultes, n’appartiennent pas à l’humain mais à d’autres mondes et, si leurs kundalinis en propres nous relient à la conscience de ces entités en nous faisant vivre de profondes expériences, de grandes béatitudes ou en nous offrant de grands pouvoirs, elles ne permettent pas de toucher l’essence Divine propre à l’homme se trouvant au-delà de ces plans, qualitativement parlant. Il n’y a donc pas d’amalgame à faire entre les différents types d’expériences rattachés aux différents types de kundalini. Pour celui n’ayant développé qu’un seul processus, voire aucun, tout ceci peut paraître bien compliqué et l’on peut se demander la nécessité de souligner ce fait. Tous ceux parlant de la kundalini ne parleraient donc pas de la même chose ? Ceci nous amène une autre question, la kundalini pourquoi et pourquoi faire ? Pour répondre à cette question, il faut replacer l’homme dans son contexte universel et voir les raisons même de la création.

Examinons tout d’abord la structure même de développement de l’univers. On peut, bien entendu ne pas partager les points de vue de l’auteur. Toutefois, je tiens à préciser que cette vision des choses procède d’une profonde perception du réel et non de quelconques spéculations.

Au départ, il n’y a que le Créateur, cette extraordinaire force d’intelligence, d’énergie, de puissance créatrice que nul être humain ne pourra jamais appréhender dans toute sa plénitude. Cette force divine est Dieu, Allah, Paramatman, peu importe le nom qui lui est donné, et elle ne peut être représentée. Mais dire « au départ » est impropre, car cette puissance se situe hors du temps et de l’espace. Ses qualités sont liberté, individualité, créativité, amour et expression, et forment une unité, l’homme étant la seule créature dans les différents mondes partageant ainsi ces qualités avec le Créateur Lui-Même. Cette puissance n’est pas statique, elle est profondément évolutive, et l’évolution est une caractéristique même de la créativité et de l’amour. Hors de Dieu, il n’y a rien, et c’est précisément à partir de ce rien qu’est né notre univers. Comment expliquer cela ? Prenons l’exemple de la tasse : c’est le vide de la tasse qui lui donne toute sa fonctionnalité. Sans ce vide, nous ne pourrions y mettre de liquides et l’utiliser pour boire, mais ce vide n’est pas la tasse, il n’a pas d’existence propre, seule la tasse existe, pourtant toute la tasse s‘est organisé autour de son absence, de ce vide, pour devenir un objet fonctionnel avec son individualité propre. Quelque chose de nouveau est née de cette rencontre entre quelque chose qui existe, la tasse, et quelque chose qui n’existe pas, le vide. Le Créateur a fait de même en organisant le rien, le néant, il a construit l’univers sur sa propre inexistence et ceci a donné le temps, l’espace, la matière, les mondes intermédiaires etc... Ainsi, dans cette création, il y a ce qui vient de Dieu, ce qui est réel, qui a une existence concrète, et ce qui vient du vide, du chaos autour duquel le Créateur s’est organisé. Nous voyons donc que ce chaos fait partie de la nature même de la création, et cette création n’est pas achevée, le chaos continu d’être organisé de manière toujours plus parfaite, ce qui constitue l’évolution. Mais chaque fois que nous donnons une réalité à ce chaos, nous nous illusionnons, nous donnons une existence à quelque chose qui n’en a pas. C’est ainsi que par exemple, nous opposons le jour et la nuit, alors que seul le jour a une existence concrète, le noir n’étant que l’absence et le retrait de la lumière. Le noir n’a pas d’existence propre et la conscience ne lui en donne une que par comparaison avec la lumière. Mais si nous considérons le noir comme un phénomène propre, nous nous illusionnons. Seule la lumière vient de Dieu. De la même manière, nous opposons l’homme et la femme, le chaud et le froid, le moi et le reste etc. Chaque fois que l’homme donne une réalité concrète à ce qui n’est que l’absence du réel, il devient arbitraire et rentre dans le mensonge. Toute la création est donc tendue vers un schéma d’évolution où l’influence de Dieu est réelle, certes, mais où le pouvoir divin est encore insuffisant, du fait de l’existence d’une grande part de chaos d’où il reste absent. Si Dieu était totalement présent sur cette terre et dans le cœur des hommes cela se verrait. La réalisation divine n’est donc pas quelque chose de déjà accompli qu’il faille atteindre mais quelque chose à construire. Sinon cela nous opposerait fatalement à ce but en nous plaçant dans son contraire, ce qui nierait le principe d’évolution lui-même. La réalisation divine est un potentiel en phase d’évolution infinie. Ainsi, l’homme a peu d’âme s’il ne fait rien pour la développer, celle-ci n’existant que potentiellement. De la même manière nous pouvons collaborer au plan créateur et permettre à celui-ci de se développer plus, parce que justement tout en étant organisé autour du chaos nous acceptons une part de Dieu ; et de ce fait, nous pouvons servir de pont entre lui et sa création. Le développement de la kundalini est la reconstruction de ce pont, et tous les aspects de l’être humain, même s’ils ne sont pas parfaits, se trouvent alors reliés les uns aux autres, de l’aspect matériel le plus grossier à l’aspect divin le plus subtil. L’essence divine dans cet éveil ne doit pas être prise pour Dieu lui-même mais pour sa composante dans l’homme. Elle en possède les mêmes qualités mais de manière infiniment plus limitée. Toutefois, ces qualités peuvent rentrer en expansion infinie, ce qui est le propre de la joie de la découverte, de la relation à l’inconnu. Cette expansion est alors mouvement d’incarnation, où le créateur, en union avec la créature pénètre alors son univers à travers un amour et un parfum de créativité unique, et propre à l’individu porteur de cette union.

Vu sous ce jour, la véritable question à se poser n’est donc pas comment est-il possible d’éveiller sa kundalini, mais plutôt suis-je prêt à transcender ma nature humaine pour permettre à la force d’évolution de l’univers, la force créatrice, de passer par moi. Suis-je prêt à accepter toutes les implications de cela quelles qu’elles puissent être sachant que l’individualité participe alors elle-même de sa propre évolution, de celle de l’univers et de l’humanité. Le simple fait de répondre par l’affirmative, et avec sincérité, à cette question implique un alignement dans la conscience du moi vers les lois divines de la créativité. La grâce peut alors s’exprimer et l’éveil de l’Etre devenir effectif, que celui-ci passe ou non par l’éveil de la kundalini. En cela consiste l’élément indispensable à toute approche, en dehors de tout dogme et religion, de système de pensée et philosophie, tel un mouvement d’auto révélation, libre de toute forme d’influence venant du monde visible ou invisible.

mercredi 19 février 2014

"POUR RETROUVER LA VRAIE SANTE, DONNEZ A VOTRE VIE UN SENS"


Dr Thierry Janssen

par Patrice van Eersel

Fluidité, Confiance et Cohérence sont les trois clés de la santé que les guérisseurs enseignent aux médecins modernes en quête de sens. Thierry Janssen, chirurgien réputé, a voulu tout quitter pour traverser une initiation où la thérapie d'avant-garde renoue avec les savoirs humains les plus anciens.

Urologue réputé, primé « meilleur chirurgien de Belgique » – on venait de toute l'Europe se faire opérer par lui –, Thierry Janssen abandonne brusquement sa carrière, en 1998, à l'âge de 36 ans, quand il réalise que la médecine occidentale est inhumaine, notamment parce que sourde à la quête de sens qui se cache derrière bon nombre de nos maladies. Après différentes aventures (il a notamment été directeur général d'Armani France !), il retrouve sa vocation de soignant, grâce à une formation de guérisseur aux États-Unis. Devenu psychothérapeute, il publie plusieurs livres, dont le plus important, La solution intérieure , a connu un sort étrange en France : alors que les publics belge, suisse et québécois lui faisaient aussitôt bon accueil, les Français sont restés réticents pendant six mois... avant de brusquement découvrir cet ouvrage de qualité, où nous est proposée une synthèse majeure entre les innombrables médecines du corps, des émotions et de la psyché, d'Occident, mais aussi d'Orient.

CLES : L'idée que notre esprit peut guérir notre corps est-elle aujourd'hui scientifiquement prouvée ?

Thierry Janssen : Oui, mais c'est la moitié d'une vérité. Nous savons désormais que toute réalité est information, que l'être humain sait traiter l'information de façon symbolique, par le langage, la pensée, la volonté, et que cela agit sur ses mécanismes physiologiques. Mais instantanément, ces derniers agissent en retour sur l'esprit. L'esprit agit sur le corps et le corps agit sur l'esprit, c'est inséparable. Avoir des pensées positives peut m'aider à réparer mes cellules, mais pratiquer la respiration méditative peut m'aider à clarifier ma pensée. Voilà pourquoi j'ai bâti mon livre, La solution intérieure, en trois parties : 1°) Une médecine de l'esprit pour soigner le corps, 2°) Une médecine du corps pour soigner l'esprit, 3°) Une médecine de l'énergie, car le concept d'énergie est celui qui permet de faire un lien entre ces deux pôles. Un être humain, c'est une globalité : de la pensée, des croyances, des émotions, un corps. Comprendre la pleine santé, c'est avoir l'ambition d'aborder cette globalité.

Le grand Linus Pauling, prix Nobel de chimie et prix Nobel de la paix, disait : « La vie, ce ne sont pas les molécules, mais les liens entre les molécules. » La vie, c'est l'interaction qui existe entre vous et moi, à l'instant même. Indépendamment de tout lien, nous ne sommes pas vivants. La médecine doit urgemment retrouver le lien, et cela ne se fera qu'en travaillant de manière transdisciplinaire. Hélas, même la psycho-neuro-immuno-endocrinologie, qui est une approche scientifique rigoureuse, n'est pas enseignée aux étudiants d'aujourd'hui – chacune de ces disciplines continue d'évoluer séparément. Certes, les choses changent doucement... J'ai ainsi pu créer pour l'université de Bruxelles un cycle de séminaires destinés aux médecins, intitulé « Aider nos patients à se guérir », dont l'aspect holistique de l'être humain constitue l'axe.

Il aura paradoxalement fallu descendre jusqu'aux molécules pour que les neurologues, les endocrinologues et les immunologistes s'aperçoivent qu'ils travaillaient en fait sur les mêmes processus et qu'une personne formait un seul système.

Cette lapalissade devrait nous pousser à la modestie.

Denys Noble, prof de génétique d'Oxford, dit : « Il va falloir beaucoup d'humilité aux généticiens, parce qu'en l'an 2000, on a cru qu'en décryptant tout le génome, on avait la clé générale de l'être humain et qu'en manipulant un gène, on pouvait supprimer une maladie ; mais on s'est vite aperçu qu'en touchant un seul gène, on en déréglait vingt autres et que tout ça était beaucoup plus subtil qu'on ne l'avait cru. » On a démonté le puzzle, maintenant il va falloir le remonter et l'entreprise s'avère infiniment plus complexe ! Les généticiens ont isolé les gènes les uns des autres, sans se soucier de tous les liens qu'ils coupaient ainsi. Comme si nos gènes étaient des corps morts, alors qu'ils vibrent ! C'est là que la dimension « énergétique » entre en jeu, avec les apports essentiels des médecines indienne et chinoise () : ce qu'on appelle énergie dans ce contexte, c'est justement le continuum entre le physique, l'émotionnel, le psychique. Heureusement, on commence à s'en rendre compte, par exemple à l'Unesco, où l'on m'a invité à participer à la création d'un Département de recherche sur la médecine énergétique et quantique. Ou bien à l'OMS où, dès le départ, on a eu l'intuition de définir la santé comme « un état de bien être à la fois psychique, physique et social » : si l'une de ces trois conditions vient à manquer, vous tombez dans la pathologie.

Diriez-vous que, dans le processus de guérison, l'essentiel vient du dedans de la personne ?

C'est tellement évident. Mais les médecins occidentaux vivent dans un paradigme où l'on est convaincu que seules les solutions extérieures, c'est-à-dire les leurs, pourront guérir le patient : leur chimiothérapie, leurs actes, leurs méthodes. Et malheureusement, quand leurs molécules ne marchent pas, ils n'y croient plus, oubliant qu'ils ont juste négligé de mobiliser l'immense potentiel des solutions intérieures. La médecine d'Occident coupe tous les liens : coupée elle-même de la nature, elle coupe l'individu en morceaux. Mais elle coupe aussi le médecin de ses patients, n'enseignant pas l'empathie aux étudiants, qu'elle jette dans la vie active inconscients des transferts et des contre-transferts qu'ils vont avoir à traverser – un siècle après que Freud ait découvert ces processus fondamentaux, c'est d'un obscurantisme grave ! Attention, loin de moi l'idée que l'individu saurait se guérir uniquement par lui-même. Mais aujourd'hui, on essaye absolument de nous convaincre de l'inverse : l'être humain ne pourrait se guérir qu'au moyen d'une gigantesque logistique extérieure. La vérité est juste au milieu. Et je dis à mes confrères « aidons nos patients à SE guérir. » Ça nous ôte un peu de pouvoir, mais nous donne un rôle tellement plus beau ! Aucune des solutions intérieures ne représente la panacée, mais elles interviennent forcément dans toute guérison. Et parfois, elles suffisent. Elles peuvent jaillir des profondeurs de nous-mêmes, comme elles peuvent émerger de la rencontre avec autrui. C'est toute l'histoire de l'effet placebo.

Le placebo ! Voilà longtemps qu'on y croyait sans y croire. N'est-on pas en train de décrypter enfin son mystère, notamment grâce aux nouvelles techniques d'imagerie corticale ?

La sémantique de l'effet placebo était mal posée. Quand, en 1955, à Harvard, Henry Beecher sort son étude – où il montre que 30% des gens qui prennent un anti-douleur placebo, c'est à dire en fait un grain de sucre, répondent bien et n'ont plus mal –, on se situe encore dans une vision dichotomique de l'être humain, avec un corps et un esprit scindés. La réaction immédiate fut que l'on douta de la réalité des douleurs traitées en disant : « C'était donc des douleurs imaginaires. » Mais les malades imaginaires, ça n'a rien à voir avec l'effet placebo : ça existe, ce sont des hypocondriaques, qui ont mal un peu partout et transforment la moindre gêne en catastrophe, parce qu'ils sont anxieux. L'effet placebo, lui, traite des malades présentant de vrais symptômes et Bitcher le montre déjà – par exemple des douleurs post-opératoires bien réelles, que la pilule de sucre réussit mystérieusement à éliminer. Aujourd'hui, nous savons que cela n'a rien à voir avec une simulation ou un fantasme. Grâce aux nouvelles imageries du cerveau, on a compris que le placebo agissait réellement sur le circuit de gestion de la douleur, car les aires cérébrales impliquées dans les réponses placebo sont les mêmes que quand l'organisme répond à des produits anti-douleur – et on a pu montrer que pour un très grand nombre de médicaments, le produit avait, en plus de son action objective, un effet placebo supplémentaire.

Qui y est sensible ? Bitcher avait établi que 30% des patients répondaient au placebo. Dans les études actuelles, ce pourcentage monte souvent à 70% et certains chercheurs estiment qu'en réalité, l'effet placebo joue sur tout le monde.

L'effet lui-même ne dépend-il pas de la confiance que le patient fait à son soignant ?

Bien sûr ! De quoi parlons-nous ? D'un effet dû à la conviction du patient qu'on va le soigner efficacement. Or, cette autosuggestion dépend en grande partie de la façon dont le traitement lui a été prescrit, donc du soignant. C'est l'interaction thérapeutique qui influence toute cette mobilisation de la pensée, des émotions positives, des mécanismes réparateurs du corps. De plus en plus d'éléments alimentent une théorie du placebo, qui permet de comprendre qu'il agit de deux façons : 1°) générale, 2°) spécifique. D'abord, un patient qui prend un médicament en placebo, convaincu qu'il aura l'effet promis, stimule déjà en lui, involontairement, la genèse et l'auto-entretien d'émotions positives, avec activation du cortex préfrontal gauche et stimulation du système nerveux parasympathique – celui qui régit le relâchement du corps et la mise en route des mécanismes réparateurs du corps, avec stimulation de l'immunité cellulaire, notamment les fameuses natural killer cells (NK), espèce de gendarmes qui patrouillent dans le corps entier pour essayer de trouver des cellules cancéreuses. Ça, c'est l'effet général, dû au fait que l'on croit que ça va marcher, sans même y penser. C'est la cascade des réactions psycho-neuro-endocrino-immunologiques positives.

À l'inverse d'ailleurs, si l'on annonce au patient une mauvaise nouvelle, si on lui dit par exemple que son médicament est un poison, on va provoquer un effet nocebo, c'est à dire une cascade de réactions psycho-neuro-endocrino-immunologiques négatives : convaincu d'avoir avalé un poison (même si c'est faux), le patient va stimuler son système d'alarme, c'est-à-dire cette fois son système nerveux sympathique, avec stress, augmentation des taux de cortisol et d'adrénaline, accélération cardiaque et danger d'épuisement du système immunitaire. Le système d'alarme (sympathique) est vital pour combattre ou fuir, mais s'il perdure, ou s'il est trop violent, il nous fragilise et peut aller jusqu'à nous tuer (c'est le coup des gens qui meurent d'émotion devant leur écran de télévision parce que leur équipe vient de perdre). Une étude citée par David Servan-Schreiber dans Psychologies, montre que les personnes âgées, en maison de retraite, ne développent toutes sortes de troubles que si elles captent des messages négatifs par rapport au grand âge. Si ces personnes sont à l'abri de ces messages, elles ne vivent pas du tout les mêmes problèmes. Reprenons donc la pensée du Pr Robert Hahn, qui enseigne l'anthropologie à Harvard et qui, depuis 1997, met en garde la presse, écrite et télévisée, contre les messages négatifs qu'elle diffuse en toute inconscience. Hahn explique que ces messages agissent comme des sortilèges jetés sur la population.


De ce point de vue, nous demeurons pareils aux humains préhistoriques, qui pouvaient mourir parce qu'une « parole magique mortelle » leur avait été adressée. Je parle dans mon livre de l'histoire aborigène rapportée par le Dr Lambert, ami du physiologiste Walter Canon (éminence scientifique des années trente, qui, avant Henri Laborit, a parlé de l'alternative fuite/combat, de l'homéostasie, etc). Ces chercheurs étaient interpellés par le fait que les peuples d'Australie ou de Nouvelle Calédonie étaient capables de se tuer par de simples mots. Certes, c'était « dans la tête », mais leurs corps mouraient vraiment ! Or, rien n'a changé. En tant qu'humain, nous sommes sujets aux phénomènes de suggestion et de prescription symbolique beaucoup plus que nous le pensons.

C'est une question grave, qu'il ne faut pas prendre à la légère. Depuis quelque temps, on voit des thérapeutes faire état de la possibilité d'une « lecture symbolique du corps et des maladies ». Bravo, mais attention ! À mon avis, beaucoup manquent de rigueur et de recul. Certains ont même quelque chose de fanatique, tendant à enfermer les patients dans des systèmes « sorciers » de croyances culpabilisantes. Tel conflit, tel trauma, telle parole agressive provoqueraient forcément un cancer, ou un autre mal mortel, dont vous ne pourriez guérir qu'en remontant à la source du problème, etc. Beaucoup de gens sont séduits, tant ils sont assoiffés de sens. Dans certains cas, ça marche, parce qu'un « effet sorcier » placebo peut évidemment jouer. Mais souvent, je constate que ça jette des sorts négatifs. Les gens se sentent prisonniers de situations sur lesquelles ils ne peuvent pas grand-chose et ça les enfonce plus que ça ne les aide. Et ces thérapeutes ne se rendent pas compte qu'ils peuvent devenir carrément dangereux – en toute bonne foi ! Un conseil : ne vous contentez pas des présentations orales, lisez les textes, vérifiez leur cohérence de fond. Il faut du discernement. Ce sont des questions où l'on ne peut pas, sous prétexte de « tisser des liens » entre tout et n'importe quoi, se permettre la moindre discontinuité logique.


On a donc vu le placebo (ou nocebo) général. Et qu'appelez-vous « placebo spécifique » ?

À côté de la cascade de réactions involontaires dont nous venons de parler, notre pensée cognitive rationnelle peut entrer en jeu (« je sais que ce médicament va me faire du bien »), provoquant une émotion (« je me sens déjà mieux »), qui va elle-même avoir un effet physique (« je constate que l'inflammation de ma gorge s'est atténuée »). Autrement dit, la pensée positive volontaire, à la façon de la méthode Coué, trouve là son explication : nous pouvons décider d'aller mieux, et cela a des chances de fonctionner.

Notre compréhension de l'effet placebo nous ouvre-t-elle de nouvelles perspectives ?

Fantastiques ! Malheureusement, dans les hôpitaux universitaires, on travaille beaucoup avec les laboratoires pharmaceutiques, dont la principale préoccupation est justement de « repérer l'effet placebo » et de « l'éliminer » des recherches - comme si c'était un empêcheur de soigner en paix, alors que c'est un allié ! C'est qu'il s'agit de prouver la toute-puissance de la molécule, donc de la société pharmaceutique qui va s'enrichir dessus. On comprend la logique, mais elle est devenue mortelle. Ce besoin de tout contrôler nous vient du XVII° siècle. C'est Descartes, c'est Locke : l'homme se situe en dehors de la nature, que sa mission est de contrôler, et la raison peut nier le corps. L'épistémologue Isabelle Stengers et l'ethnopsychiatre Tobie Nathan m'ont dit un jour : « Finalement, l'effet placebo, c'est la blessure narcissique des médecins, ça leur renvoie qu'il n'y a pas qu'eux qui guérissent et ça leur est insupportable ! »

Cela dit, on peut aussi voir le verre à moitié plein ! En réalité, je suis un homme heureux. L'université de Bruxelles et l'Université de Louvain m'invitent à donner des cours sur les liens corps-esprit, c'est incroyable ! Quand je fais une conférence à Bruxelles, il y a plus de mille personnes par salle, avec au moins deux cents médecins chaque fois. Je reçois du courrier de partout. Même de France, qui est tout de même le pays le plus conservateur d'Europe !


Vraiment ?

Le Pr Didier Sicart, qui préside en France le Comité d'éthique de la biologie, vient de m'écrire en me disant : « Vous avez fait un livre de ponts, un livre horizontal, et dans notre culture, c'est bien, car nous enseignons de manière beaucoup trop verticale. » Mais il termine en disant : « Tout ce que vous dites est rigoureusement exact. J'ai juste un peu peur que tout ça reste une utopie. » Je lui ai répondu : « Mais enfin, vous faites justement partie des gens qui peuvent faire changer les choses ! Si vous ne pouvez rien faire, alors qui ? » Comme dit une phrase de Borgès, que j'ai reprise en conclusion de mon livre : « L'utopie n'est visible qu'à l'œil intérieur. » En réalité, je pense que sans spiritualité, dans la médecine comme dans toute la société, le XXI° siècle ne sera pas ! Je n'entends pas le mot spiritualité au sens religieux, mais plutôt comme un désir de comprendre le monde intérieur : comment ça fonctionne ? Quelles causes produisent quels effets au-dedans de nous ? Sans une vraie réflexion et une vraie respiritualisation de la société, y compris dans la médecine, on n'arrivera jamais à faire évoluer la conscience humaine ! Alors, la peur du Pr Didier Sicart n'aura plus lieu d'être : pour l'œil intérieur, l'utopie devient une réalité sans problème.

Vous y allez quand même fort ! Pratiquer une médecine transdisciplinaire n'est déjà pas évident ; alors, réclamer qu'elle soit spirituelle, c'est beaucoup demander !


C'est la remarque que j'entends le plus en France ! Quand je donne mes conférences en Belgique ou en Suisse, cette question ne se pose jamais. En France, je vois à l'évidence un énorme problème de culpabilité. Beaucoup de gens me disent par exemple : « Si vous mettez en évidence un lien aussi fort entre corps et esprit, alors on deviendra coupable de tomber malade ! » Cette culpabilité typiquement hexagonale, je me sens obligé de la recadrer chaque fois, en disant : « Voyons, il ne s'agit pas de culpabilité, mais de responsabilité. Personne n'est coupable de tomber malade, mais rendons-nous compte que nous mettons parfois en place certaines causes, dans nos comportements, et dans nos manières de penser, qui créent des conséquences favorisant la maladie. Reprenons donc notre responsabilité, c'est-à-dire étymologiquement notre “habilité à répondre” ».


Et puis, il y a ce conflit spiritualité/laïcité mal digérée... Un médecin de Perpignan m'a dit un jour, d'un ton offusqué : « Mais, monsieur, l'Ordre des médecins ne nous autoriserait pas, en France, à parler de spiritualité avec votre liberté ! » Je lui ai répondu : « Si vous le faisiez, vous ne feriez rien de mal : vous réfléchiriez juste à ce qu'est un être humain et à la façon de lui redonner sa grandeur. » Nous avons un cerveau qui gère tout le physique de notre corps, c'est le reptilien, siège des réactions de défense, réglages de température, système immunitaire, inflammatoire, réparateur, etc. Nous avons aussi un cerveau plus évolué, mammifère, qui traduit l'information physique en émotions – emovere, en latin, veut dire « mettre en mouvement », le corps, mais aussi la pensée... créant ainsi un sentiment dans notre troisième couche corticale, le cerveau cognitif, siège de la pensée, que nous partageons avec les grands primates et les cétacés. Eh bien, quand on est capable de créer un lien fluide entre ces trois niveaux, physique, émotionnel et intellectuel, j'estime que l'on entre dans une quatrième dimension, qui est la dimension spirituelle. Spirituel au sens de « compréhension du fonctionnement de l'esprit », cet esprit étant, dans l'expérience humaine, à la fois physique, émotionnel et intellectuel.

Vous utilisez ces mots dans le sens où l'anthropologue Gregory Bateson parlait d'une «écologie de l'esprit »....


Et je ne trouve pas cette démarche déraisonnable. Dans le contexte écologique actuel, où l'on se rend compte qu'une machination est en branle, avec sa logique folle, qui risque de nous emmener dans des difficultés planétaires à vitesse accélérée, il faut avoir un minimum de jugeote, pour rectifier le tir et changer de paradigme. Nous ne faisons là que reprendre ce que des pionniers ont dit dès les années 60. Vous citez Bateson, repensons en effet à tous ces chercheurs, souvent des exilés allemands ou autrichiens, qui sont allés créer en Amérique les écoles de Palo Alto, les instituts d'Esalen, etc. Tous ces gens, souvent des psy qui avaient quitté Freud, ont commencé à voir l'être humain d'une autre manière, pas seulement d'un point de vue mental, en oubliant le corps, mais en utilisant toutes les portes qui mènent au cœur de l'individu.


C'est dans cette Amérique-là que vous avez suivi une formation de guérisseur, pendant quatre ans, après avoir abandonné une brillante carrière de chirurgien en Belgique, où l'on vous avait choisi, par exemple, pour opérer le roi. Étonnant parcours !

Un matin de janvier 1998, je suis arrivé à l'hôpital, où je venais décrocher un poste de chef de clinique, au département de cancérologie de l'Université de Bruxelles. Ma secrétaire m'a parlé et soudain, j'ai eu l'impression qu'elle était martienne. C'était si impersonnel, mécanique, déshumanisé ! Je me suis enfermé dans mon bureau, affolé par la perspective de devoir passer ma vie dans ce monde-là. J'ai pris mon stylo et, en cinq minutes, j'ai écrit ma lettre de démission au recteur de la faculté, lui demandant de pardonner ma soudaine, mais radicale prise de conscience. À 11 heures du matin, j'étais dehors avec l'impression de naître une seconde fois. Je suis ainsi, quand j'ai pris conscience de quelque chose, je suis obligé de le mettre en pratique illico. Je ne supporte pas de ne pas être cohérent. Si j'étais resté dans cet hôpital, je serais tombé gravement malade.

Après, j'ai vécu différentes aventures rocambolesques (comme de me retrouver directeur général de la filiale française d'Armani, le grand couturier de Milan, puis vendeur dans une boulangerie...), mais ma vocation de thérapeute a refait surface et j'ai abouti à une grande envie : partir aux États-Unis, étudier dans l'école de la fameuse Barbara Brennan, pour comprendre comment fonctionnent les guérisseurs, donc le processus de guérison.

Des guérisseurs ! Vous n'aviez pas peur de passer pour un farfelu ?

Non, parce que c'était un laboratoire de recherche incroyable, avec mille étudiants venus du monde entier, des médecins occidentaux comme moi, mais aussi des lamas tibétains, des guérisseurs des contrées les plus reculées, des gens formidablement étranges, mais pris dans un cadre structuré, l'école étant reconnue officiellement, ce qui me rassurait malgré tout. La solidité de mon background scientifique s'alliait enfin avec mon envie d'explorer des zones inconnues. Cela dit, j'avoue que, durant ces quatre ans de formation, j'ai plusieurs fois failli abandonner, parce que l'apprentissage du métier de guérisseur demande un énorme lâcher prise, notamment par rapport à l'habitude de certitude dans laquelle est formé tout médecin occidental. Ce qu'on me demandait de travailler, ici, c'était ma qualité de présence, par exemple en pratiquant le taï chi et le qi gong, et d'autres outils que l'on mettait à notre disposition. Ma thèse finale s'est intitulée « Guérir par la présence »...


S'agit-il de cette dimension dont parle l'haptonomie, par exemple en Espagne, où des accoucheurs ont appris que leur simple présence (passive !) dans la pièce pouvait accroître les douleurs de l'enfantement, contrairement à celle des sages-femmes, et que cette présence pouvait se travailler, au point de renverser la tendance et de devenir bénéfique chez les accoucheurs conscients de ces dimensions ?


Voilà ! La qualité de présence peut aussi se montrer par des exercices de cohérence cardiaque. Certaines expériences montrent que quand votre champ électro-magnétique change, cela modifie aussi les fréquences cérébrales de votre interlocuteur. Nous sommes tous bel et bien dans une sorte de « reliance vibratoire » ! Nous le vivons sans le savoir, mais des études commencent à le montrer. Bref, dans cette Barbara Brennan School of Healing, au contact des guérisseurs, j'ai appris ceci : pour que la santé puisse habiter un être, il lui faut développer trois choses : de la fluidité, de la confiance, de la cohérence. La fluidité, c'est le lâcher prise, c'est la vie : nous sommes à 75% de l'eau et la rigidité nous tue. La confiance, c'est avoir foi en soi, en l'autre, en la vie, en la guérison. Quant à la cohérence, elle signifie que je dois essayer à tout moment de savoir ce que je pense vraiment au fond de moi et m'axer dessus. Suis-je guidé par mes peurs ? En ce cas, je dois tâcher de les dissoudre, la défense n'est jamais une bonne voie. La cohérence, c'est dire ce que je pense et faire ce que je dis, c'est-à-dire adhérer pleinement à ce que je crois – si je crois que cette pilule va me guérir, que ce marabout va me soigner, ça va marcher. Les guérisseurs m'ont appris à aider les gens à réinstaurer ces trois dimensions en eux. Le drame de l'homme occidental, c'est qu'il veut tout prouver et de ne plus rien croire. Du coup, il ne guérit plus dans sa globalité, physique, psychique et sociale.

Mais la cohérence vous interdit précisément de faire semblant de croire ! Il vous a donc fallu réussir à hisser votre foi au niveau de votre raison de médecin, de scientifique ?

Barbara Brennan est une guérisseuse new-age : elle croit vraiment qu'elle voit objectivement le « Bouddha bleu de la médecine », qu'elle est entourée de guides, d'archanges, enfin toute la panoplie ! Je pense que ça la met dans un état de cohérence intense. Si le patient en face d'elle entre dans cette cohérence, ça lui permet de retrouver sa fluidité, sa confiance et sa propre cohérence... Il n'est pas faux que, dans l'ombre de ces gens, il y a un désir de toute puissance. De ce point de vue, ils sont typiquement occidentaux. C'est avec cet orgueil que les religions du Livre ont colonisé le monde. À partir du moment où vous vous dites en contact avec une vérité révélée extérieure, qui est l'Éternel, ou le Fils de Dieu, ou l'Esprit d'Allah, vous vous permettez de dire : « J'ai la Vérité et vous devez me croire ! » Barbara Brennan est un peu comme ça. C'est aussi pour ça que, plus d'une fois, j'ai eu envie de quitter son école... Le problème, c'est que chaque fois que je commençais à douter de ce que je faisais, mon efficacité chutait à pic. Je restais un thérapeute honnête, mais je perdais cette qualité de présence qui permet de débloquer des problèmes parfois de façon ahurissante. Je me suis donc demandé comment continuer à adhérer à l'essence de ce qu'on m'apprenait, sans passer par le folklore de ces gens. Ou plutôt : comment m'en remettre à mon propre folklore, à mes mots, à ma culture ? Moi, ma culture est scientifique et je sais qu'au fond de moi, ma quête est là : je vais devoir mener une recherche de fond, scientifique, sur la confiance, la fluidité et la cohérence. Et j'espère qu'à 60 ans, je serai un guérisseur qui ne publiera plus rien, mais qui aura réintégré sa culture dans son acte de guérison.

Entre la fluidité, la confiance et la cohérence, c'est le troisième terme qui revient le plus souvent dans votre bouche...


J'accompagne beaucoup de patients dans le cancer. Je me rends compte qu'il y a toujours chez eux quelque chose qui a quitté la cohérence. On peut les aider énormément, au cours de leur maladie, en les aidant à retrouver du sens, à savoir ce qu'ils veulent vraiment dans la vie, à le dire, à l'assumer et, du coup, parfois, à ressortir de la maladie, qui aura joué le rôle d'un catalyseur de changement. Cela dit, la confiance, c'est-à-dire la foi, est aussi importante que la cohérence. Le patient doit y croire, mais le médecin aussi ! Essentielle est la façon dont il annonce les choses à ses patients. Trop de médecins ne réalisent pas l'impact qu'a leur moindre parole. On me rapportait récemment le cas d'une femme soignée pour un cancer, qui attend anxieusement ses résultats et à qui son médecin dit : « C'est pas mal, la tumeur a disparu. » Elle s'étonne : « Pas mal ? Vous voulez dire que c'est génial, non ? » Et lui : « Soyons prudent, madame, on n'est jamais à l'abri d'une récidive. » Le lendemain, cette femme avait 39° de fièvre, avec chute brutale de son immunité. J'ai interpellé le cancérologue, que je connais, sur cette réponse irresponsable. Il m'a rétorqué : « Comment veux-tu que j'aie de l'espoir, ma femme est morte du même cancer ! » J'étais furieux : « Alors change de métier ! Si toi-même, tu ne crois pas à la possibilité de guérison de tes patients, comment veux-tu qu'eux y croient ?! » La croyance en la guérison est indispensable pour guérir. Nous avons besoin de « médecins guérisseurs » qui croient à quelque chose de puissant.

Dr Thierry Janssen


http://www.cles.com/debats-entretiens/article/pour-retrouver-la-vraie-sante-donnez-votre-vie-un-sens


lundi 17 février 2014

"ZEN ET MEDECINE CHINOISE TRADITIONNELLE"



On considère ordinairement que la souffrance résulte de la maladie, mais du point de vue du Zen comme de la médecine chinoise, elle peut aussi en être la cause.

Par Michel Champeau

Guérir l’esprit ?

Un des aspects les plus intéressants en médecine chinoise traditionnelle réside dans l’étude des relations entre le corps et l’esprit. Maître Deshimaru parlait souvent de l’unité du corps esprit en zazen.

En chinois, le caractère shen désigne à la fois l’esprit et l’énergie. C’est cette énergie, lorsqu’elle manifeste la vitalité, qui se traduira dans l’apparence par de l’« éclat ». Par exemple, un regard vivace, plein de vitalité, mais aussi un beau légume bien frais. Cela peut s’appliquer à tout ce qui est vivant.

Le caractère xin peut être le coeur mais aussi - et là on est tout à fait au coeur du sujet -, en médecine chinoise, la pensée, l’esprit, et cela inclut tout ce qui est d’ordre sentimental et émotionnel.

Xin shen : le coeur-esprit, l’esprit qui siège dans le coeur. Les Anciens considéraient que le coeur était le siège de ces fonctions où se mêlent intimement l’intellect et l’affectif. N’est-ce pas une des données fondamentales de notre condition, que la civilisation chinoise avait eu la sagesse de reconnaître en des temps anciens ? (Cette sagesse semble malheureusement très délaissée dans la Chine d’aujourd’hui.) En médecine, le coeur est aussi le « maître de la pensée et des émotions ». Ce qui implique directement qu’il peut aussi bien en être affecté.

Si le coeur est directement concerné, en tant qu’organe central, par tout ce qui émane de la conscience ou de l’esprit il n’est cependant pas le seul. Chacun des cinq zang’, ou organes principaux, « organes maîtres » de nature yin, détient des composants de notre psychisme.(Les cinq zang foie, coeur, rate, poumons reins.)

Pour en rester au niveau des émotions, des relations sont établies entre celles-ci, regroupées par similitude en cinq grandes familles, et les cinq zang.

C’est ainsi que sont en quelque sorte codifiées les relations entre le corps et l’esprit en médecine chinoise traditionnelle. Cela peut sembler un peu schématique au premier abord, mais on peut aussi trouver dans cette base d’analyse un grand nombre d’informations parfois difficiles à décrypter. Et il faut également pour s’en sortir faire appel à sa sensibilité, à une compréhension intime pour laquelle zazen peut apporter énormément.

Par exemple : la pensée, la réflexion, les soucis, les pensées réminiscentes ou obsessionnelles, mais aussi le surmenage intellectuel, le manque de sommeil.... avec dans tout cela une composante d’excès, peuvent affecter la rate. Et lorsqu’on parle de rate, il s’agit d’un grand ensemble de fonctions physiologiques dont certains aspects seulement peuvent être concernés, selon les cas. Car chaque individu réagit selon ses particularités, sa constitution, selon son état à un moment donné. Cela pourra se manifester extérieurement par des signes sensibles, palpables (les pouls), ou visibles, qu’il est possible d’identifier. Mais attention, un seul indice ne sera jamais suffisant, et il faudra toujours remonter à l’origine pour trouver une explication cohérente à tout un ensemble de symptômes qui peuvent parfois revêtir une apparence contradictoire.

Ces relations entre différentes fonctions psychiques, les émotions, le coeur-esprit d’une part le corps physique, l’équilibre des organes internes et les fonctions qui leur sont propres d’autre part, sont évidemment réciproques. Une énergie trop faible au niveau de la rate pourra par exemple entraîner des problèmes de mémoire.

Dans le langage imagé du Zen, notre mental est comparé à un singe, animal agile mais agité et imprévisible. La médecine chinoise compare le coeur-esprit à un cheval. Il vaut mieux le surveiller de près car il peut facilement s’emporter, partir au galop. Et si c’est le cas, alors il est très difficile de l’arrêter. Le coeur est parmi les cinq zang celui dont l’aspect yang est proportionnellement le plus fort. Il est concerné par toutes les émotions.

La joie étant le type d’émotions plus particulièrement rattachées au coeur, la disposition idéal du point de vue de la médecin chinoise consisterait à être aisément satisfait, et à connaître une joie douce et harmonieuse… Sympa ?!

Quelles que soient les émotions qui nous traversent, elles devraient toujours rester modérées, tout pouvant affecter notre équilibre, voire aller vers la pathologie. Dans tout les actes quotidiens, aucune énergie ne devrait être déployée inconsidérément, rien au delà du strict nécessaire.

Une joie excessive ou une attitude trop fréquente qui induit cette émotion, conduit à un excès d’énergie yang au niveau du coeur. On peut alors observer de l’agitation, une difficulté à s’endormir, un pouls rapide, une langue rouge, ou bien d’autres signes encore... A un niveau pathologique, on parle de « feu du coeur ».

Voici un passage du premier livre du Nei Jing Su Wen, dont les premières traces historiques se rencontrent dans les Annales des Han (1siècle avant notre ère) : « Les Sages de la haute antiquité apprenaient à chacun à éviter à temps " les perversions d’épuisement et les vents pirates ", et à maintenir, par le calme et la concentration, leur souffle naturel dans la docilité, à bien contenir leur esprit à l’intérieur de telle sorte que les maladies soient sans prise. Grâce à la restriction des appétits et à la contention des velléités, le coeur demeure paisible et sans émoi, le corps travaille sans s’épuiser, le souffle suit un cours régulier et chacun d’eux est satisfait. » (Traduction A. Husson.)

Oubliée dans la Chine moderne, la posture de zazen n’est pas inconnue de la médecine chinoise traditionnelle, qui la classe dans le qi gong internes. Par opposition aux qi gong externes, ceux-là sont sans mouvements et censés occasionner un travail interne sur l’énergie. C’est pourquoi ils sont souvent agrémentés de visualisations des flux énergétiques. Mais le professeur Leung (un de la vieille école) recommandait de laisser tomber ces visualisations, précisément pour ne pas solliciter le mental et le laisser au contraire se mettre au repos le plus complet. Tout en apaisant le coeur et les émotions, par l’effet du souffle et de la posture, l’énergie vitale se régénère.

Alors, qu’est-ce que la santé ? Pourrait-on la définir à partir de ces éléments ? Y a-t-il un point de vue zen sur cette question ?

Tout le monde souhaiterait vivre longtemps, heureux, avec une bonne énergie, sans connaître la maladie, mais en même temps le réflexe le plus répandu serait aussi de bien en profiter, de connaître tous les plaisirs de la vie ; on est prêt à se « défoncer au boulot » pour gagner beaucoup, réussir... et griller la chandelle par les deux bouts. Bref, on voudrait tout avoir.

Sensei enseignait de se donner sans réserve pour un véritable idéal, au-delà de notre ego. La longévité, la santé, n’est plus alors un but en soi. Pourtant et cela c’est seulement la pratique qui peut le confirmer zazen est l’équilibre, le retour à la condition normale du corps et de l’esprit, disait Sensei. Mais zazen est aussi au-delà de la santé et ne peut compter la recherche de nos satisfactions personnelles. « S’oublier soi-même », « rejeter le corps et l’esprit »…

Si la santé n 'est pas en soi un objectif suffisant, elle est cependant nécessaire, pour pouvoir continuer. Cela aussi, Sensei l’a toujours dit. On se souvient à ce propos, des « nouveaux préceptes » qu’il voulait enseigner, peu de temps avant de nous quitter. Parmi ceux-ci, il y avait : « Travailler pendant la journée et dormir la nuit. » L’idée est très simple, n’est-ce pas ? Très yin-yang aussi.

La médecine chinoise traditionnelle est pour une large part fondée sur l’expérience. L’expérience de données accumulées et complétées sur plusieurs millénaires, mais aussi l’expérience humaine, l’expérience de la vie, ici et maintenant fondée sur des qualités de sensibilité et d’intuition. Sur bien des points, l’expérience de zazen peut aider à comprendre et à approfondir des assertions de la médecine chinoise comme celles se rapportant aux relations du coeur, du mental et des fonctions physiologiques dont on a un peu parlé.

Sans une expérience de toutes les dimensions de l’existence, incluant la référence de zazen, il n’y aurait là qu’une liste interminable de connaissances sans grand intérêt.

Sur la question de la santé, une comparaison du Zen et de la médecine chinoise traditionnelle serait du type : racine = pratique, branches = connaissances.

On peut en faire le petit schéma de la page précédente (pourquoi pas ?), et ça donne une belle posture. Zazen est une racine dans notre vie. C’est la pratique qu’il faut réactualiser constamment. C’est la plus haute dimension de notre existence. Pour continuer zazen, il faut se maintenir en bonne santé. La médecine a pour préoccupation la santé. Ce sont des connaissances intéressantes et utiles. Elles peuvent fournir des moyens d’analyse pour une compréhension de nos mécanismes intimes, de notre équilibre, de nos déséquilibres.

Ces connaissances peuvent évidemment aboutir à des méthodes thérapeutiques dont la plus connue est l’acupuncture. Il y a aussi la pharmacopée, les massages, la diététique. Mais cela soulève un autre problème. Si on se pose la question de définir la santé et si on la conçoit en termes de soins et de guérison, alors il faudrait aussi définir la maladie.

En chinois moderne, biao signifie exactement : détail, et manifestation extérieure. Ben, c’est la racine, la fondation, la base, l’origine.

Dans - un diagnostic en médecine chinoise, il faut toujours bien distinguer les manifestations d’un déséquilibre ou d’une pathologie, et sa racine, son origine profonde. C’est biao et ben.

Qu’est-ce que la racine ? La véritable cause de nos problèmes et de nos maladies ? Si on va réellement au fond des choses, comment peut-on éluder l’expérience de la vie et ce que nous apporte zazen ? La compassion était un des aspects majeurs de l’enseignement de Maître Deshimaru. Comprendre le karma. Le karma inclut tout : nos données héréditaires, être né à tel endroit de la planète, à telle époque, dans un milieu social et familial donné. Puis notre propre expérience, à commencer par notre enfance. La médecine chinoise, dans ses fondements philosophiques et jusque dans son étude de la physiologie, inclut et distingue toujours ce qui relève de l’inné et de l’acquis.

A moins qu’il ne s’agisse que d’un petit bobo passager, la maladie, comme la vieillesse et la mort, est une des données incontournables de notre condition.

On considère ordinairement que la souffrance résulte de la maladie, mais du point de vue du Zen comme de la médecine chinoise, elle peut aussi en être la cause. C’est dans une analyse de tels processus que réside l’apport des connaissances en médecine chinoise, avec entre autres les relations émotions-organes-manifestations symptomatiques. Ainsi, 80 pour cent des maladies seraient d’origine dite émotionnelle.

Guérir l’esprit, disait Sensei.

Plus la société devient sélective et exigeante, plus les individus peuvent se sentir facilement défavorisés. L’hérédité intervient toujours pour tous, et parfois de façon très handicapante. La souffrance fait partie de la vie, elle est partout, en chacun de nous. A un moment ou à un autre, le karmaa se manifeste. Chacun porte son fardeau.

Pour le bouddhisme et pour le Zen, l’illusion, l’illusion de l’ego est la cause de toute souffrance. Si, dans les phénomènes de notre existence, on recherche la véritable racine de la souffrance, la cause la plus profonde des maladies, on ne peut pas éviter d’en revenir au karma.

En définitive, ces causes-là, ni l’acupuncture ni aucune médecine ne peuvent les guérir.

Et nous-mêmes, qu’est-ce qu’on y peut ?

Seulement zazen.


Michel Champeau

Zen - Bulletin de l’Association Zen Internationale
Association Zen Internationale
175, rue de Tolbiac - 75013 Paris
Tél. : 01 53 80 19 19 - Fax : 01 53 80 14 33

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http://www.buddhaline.net/Zen-et-medecine-chinoise

"LES MEDECINES NATURELLES CONTRE LE STRESS"


Le stress est la seconde nature de l’homme moderne. Celui-ci aurait donc tout intérêt à consommer les vitamines, minéraux et autres compléments nutritionnels que ce stress dépense en quantité.

Par Alexandre Koehler

Qu’est-ce que le stress ?

Le stress, en soi, n’a rien de mauvais. Il n’est que la réponse de l’organisme aux sollicitations perçues. C’est un mécanisme d’adaptation tout à fait normal visant, en fait, “ à mettre à la disposition du corps l’énergie nécessaire pour faire face à l’agression ”.

Par contre, lorsque le stress dépasse son objectif et s’emballe, épuisant nos réserves vitales dans des réactions disproportionnées, il devient évidemment pathologique.

En général, le bon stress nous pousse à réagir afin de retrouver un équilibre. Par exemple, le froid stimule le mouvement ; et, en bougeant, on se réchauffe. Hélas, il y a de nombreuses occasions, dans l’existence, où l’on ne peut pas bouger, et où le stress, pour cette raison, devient mauvais. Prenons, à ce sujet, un autre exemple : telle jeune femme subit un harcèlement sexuel de la part de son patron mais, étant trop bien éduquée et ne pouvant se permettre de perdre son emploi, elle n’ose pas se plaindre. Dans ce cas, le stress, ne débouchant sur aucune action concrète susceptible de rétablir l’équilibre, va agir d’une manière destructrice sur le psychisme ou même la santé physique de l’individu.

Ainsi, nous sommes tous quotidiennement confrontés à des problèmes vis à vis desquels notre conditionnement et son cortège d’inhibitions s’avèrent impuissants. Et tout le refoulement émotionnel que ces culs-de-sac existentiels entraînent nous rongent intérieurement, plus sûrement qu’un virus. A la longue, vont alors apparaître et s’accentuer : fatigue nerveuse, nervosité, irritabilité, insomnie, déprime et dépression...

A cela, quelle solution ? Sans doute ce fameux lâcher-prise des philosophies extrême-orientales, ou, tout au moins, la pratique d’une relaxation qui nous permette de relativiser notre conditionnement, à défaut de nous en libérer.

Cela dit, l’état du terrain physiologique intervient aussi grandement dans notre capacité à gérer le stress. Hélas, le mode d’alimentation actuel, en déséquilibrant ce terrain, et en favorisant de nombreux dysfonctionnements métaboliques, engendre un mal-être généralisé dans lequel tout stress devient très facilement profondément négatif. C’est alors que l’individu entre dans un véritable cercle vicieux puisque, carencé en nutriments vitaux, il est plus vulnérable au stress ; et constamment stressé, son organisme consomme des quantités astronomiques de vitamines et minéraux divers… car le stress - et ce n’est pas là son moindre défaut - est très, très dépensier !

Diététique anti-stress

Il est malheureusement fréquent de réagir au stress en usant et abusant de sucre, de chocolat, de tabac, de café, d’alcool, quand ce n’est pas de drogues, légales ou illégales. Cette réaction est certainement plus destructive que constructive, et elle aggrave en fait le problème. Mieux vaut donc réduire, ou supprimer, la consommation de toutes ces drogues, et leur préférer une alimentation globalement riche en vitamines et oligo-éléments, car ce sont seulement de ces derniers dont nous manquons lorsque nous sommes incapables de faire face au stress.

Fruits et légumes frais et crus, et céréales complètes biologiques constitueront donc le meilleur rempart, avec quelques compléments nutritionnels, comme la Dolomie, l’EPA ou Biostrath Aliment, contre ce stress envahissant, de la vie moderne.

Phytothérapie

Stress occasionnel : Tisanes de marjolaine, mélisse, oranger, sauge, valériane...

Traitement en profondeur, par les extraits de plantes fraîches (en trois phases) :

1/ Drainage (à choisir selon affections) : Extraits de plantes fraîches de :

- Pissenlit ou artichaut : stimulant et draineur hépatique.

- Bouleau : dépuratif et anti-rhumatismal.

- Verge d’or : diurétique et anti-inflammatoire.

- Griffe du diable : draineur hépatique, anti-rhumatismal et anti-inflammatoire.

2/ Calmants (à choisir selon affections) : Extraits de plantes fraîches de :

- Houblon : calmant, sédatif (agitation, anxiété, insomnie).

- Basilic : tonique, tranquillisant (asthénie, insomnie).

- Mélisse : antispasmodique (nervosité, émotivité, dépression)

- Passiflore : sédatif (anxiété, insomnie, palpitations).

3/ Toniques (à choisir selon affections) : Extraits de plantes fraîches de :

- Avoine : système nerveux.

- Eleuthérocoque : systèmes nerveux et hormonal.

- Thym : système nerveux.

- Sauge : systèmes nerveux et hormonal.

Huiles essentielles de : mandarinier, oranger, lavande, marjolaine, verveine citronnée.

Vitamines et minéraux

Les vitamines

La vitamine C est très consommée par le stress. Il conviendra d’en prendre au moins un gramme et demi par jour en périodes difficiles. Cette vitamine favorisant d’autre part le rééquilibre de la production hormonale, une consommation quotidienne de 300 à 500 grammes par jour devrait être maintenue le reste du temps.

La vitamine B5 participe, quant à elle, à la production d’adrénaline. Cinquante milligrammes par jour correspondent à la dose nécessaire pour remplir cette fonction primordiale dans la gestion du stress.

Les vitamines du groupe B ont une action sur le système nerveux (notamment la B1). Un usage régulier de compléments de ce type, ou de graines germées, de germe de blé et de levure maltée, en assaisonnement culinaire, offrira donc une intelligente alternative aux épices et excitants.

Les minéraux

Le magnésium, tout d’abord, en tant qu’aliment de la cellule nerveuse, réduit les conséquences du stress. On en trouve dans l’amande, le soja en grains, et les céréales complètes biologiques... ou en compléments nutritionnels (300 à 400 mg par jour).

Le potassium, dont la carence favorise l’hypoglycémie - un des grands responsables des troubles nerveux – est un élément essentiel dans la gestion du stress. On le trouvera surtout dans des aliments tels que le soja (ou le tamaris), les abricots secs, la mélasse noire, les haricots blancs, la pêche et la banane séchée.

Le chrome intervient aussi dans le métabolisme des sucres et règle le taux de l’insuline. On le trouve essentiellement dans les céréales complètes, dans la levure alimentaire, et dans le cresson... ou en complément alimentaire (on en prendra alors la valeur de 50 mcg par jour).

Le sélénium agit sur les surrénales et active les défenses organiques. Pour cette raison, on peut le compter parmi les meilleurs agents anti-stress. On le trouve dans les céréales complètes, la levure alimentaire, les graines germées, l’oignon, et l’ananas.

Le zinc, enfin, est certainement le minéral le plus consommé par le stress. On peut bien sûr le trouver dans les céréales complètes, la levure alimentaire, les graines germées et le germe de blé, mais les carences actuelles et nos besoins réels exigent la plupart du temps une complémentation particulièrement énergique en ce domaine. On l’utilisera alors sous forme de complément nutritionnel.

Le sport

Sans qu’il soit ici question de sport de compétition, la pratique sportive, ou tout au moins l’exercice physique, est particulièrement indiqué pour lutter contre le stress. Et ce, à plus d’un titre, puisque non seulement l’exercice stimule la circulation sanguine et la respiration, mais que, d’autre part, le sport redonne le sens du concret, et l’équipe celui du social. Aussi bien chez les enfants que chez les adultes, le sport constitue un excellent moyen de structurer, ou de restructurer, une personnalité.

Les disciplines particulièrement recommandées dans la lutte anti-stress sont : la marche, le footing ou le jogging modéré, le ski de fond et la natation...

Auto-massage biodynamique

Il existe évidemment de nombreuses méthodes de massage, toutes plus séduisantes les unes que les autres, et qui opèrent quelquefois de véritables miracles sur l’homme stressé du 20ème siècle. Nous ne retiendrons, comme exemple, que le massage biodynamique de Gerda Boyessen, qui se distingue par une terminologie pratiquement "diététique".

En effet, pour Gerda Boyessen il s’agit d’aider le corps à intégrer, éliminer et digérer l’énergie inconsciente des stress. Elle considère donc que le corps dispose d’une sorte de mécanisme de "neuro-digestion", capable de dissoudre ce matériel nerveux inconscient.

Freud, déjà, affirmait que lorsqu’on réprime des émotions, celles-ci se déposent, s’inscrivent dans le corps, provoquant névroses, psychoses ou maladies psychosomatiques. La métaphore digestive était née. Il ne restait plus, à Gerda Boyessen, qu’à imaginer une thérapie visant à stimuler ce qu’elle appelle le “ psychopéristaltisme ”, c’est à dire à aider l’organisme, par des massages appropriés, à nettoyer l’armure névrotique.

 Exemple d’exercice : après vous être confortablement installé, posez votre main sur les régions de votre corps habituellement les plus tendues. Ces zones constituent autant de clés déclenchant l’ouverture du psychopéristaltisme. Massez lentement en petits cercles, puis accentuez la pression jusqu’à ce qu’une sensation de douceur et de plaisir s’installe dans vos membres.

La relaxation

Toutes les méthodes traditionnelles sont parfaitement indiquées en cas de stress, du Yoga au Tai Chi, en passant par le Zazen et la méditation...

Sinon, la relaxation occidentale conviendra également, et plus particulièrement la Sophrologie qui présente l’avantage d’être indiquée dans un très large éventail de cas.

 Exemple de protocole de séance de relaxation rapide : Etendez-vous sur le dos, membres légèrement écartés, en respirant profondément. Contractez tous vos muscles en retenant l’air dans vos poumons, durant environ 15 à 20 secondes. Expirez et relâchez toute tension musculaire. Puis, durant une minute, détendez-vous en vous répétant mentalement : “ je suis calme et détendu ” au rythme de votre respiration normale (à l’expir). Soyez très concentré sur ce que vous faites, et reprenez cet exercice de 3 à 7 fois, selon le temps dont vous disposez.

 Musicothérapie : Excepté si vous vous trouvez dans des états de dépression prononcée ou de grande nervosité, les musiques dites “ de détente ”, ou “ de relaxation ”, peuvent vous être d’une grande utilité.

Etant donné qu’il en existe un très grand choix, et que toutes ne sont pas de très bonne qualité, nous nous permettrons donc de vous conseiller quelques auteurs, comme Stephen Halpern, Paul Horn, Paul Sauvanet, William Aura ou Tony Scott…

Quelques conseils psychologiques

John M. Perkins, dans son ouvrage “ Surfez sur votre stress ” (Le Souffle d’Or), prescrit cinq attitudes anti-stress, desquelles chacun peut effectivement s’inspirer librement pour résoudre ses problèmes.

Nous vous livrons ces cinq conseils, dans toute leur simplicité :

1/ Etre celui ou celle que l’on veut être.

2/ Faire la part des choses entre le problème et la solution.

3/ Se concentrer.

4/ Avoir la foi.

5/ Méditer.

Appliqué en technique, cela se décompose comme suit : Trouver une pièce tranquille ; s’installer dans une position confortable ; se détendre (relaxation) ; penser à ce que l’on est ; se concentrer sur son principal problème ; respirer profondément ; se détendre ; et méditer.

Alexandre Koehler


http://www.buddhaline.net/Les-medecines-naturelles-contre-le




"LA DEPRESSION EST UNE OPPORTUNITE"


L’état dépressif est le contraire de la joie de vivre. Pour autant, il ne la fait pas disparaître. Selon le psychanalyste Moussa Nabati, il peut même être l’occasion de sa renaissance.

Bernadette Costa-Prades
Une fois la thérapie terminée, la joie de vivre revient-elle ?

Moussa Nabati : La psychanalyse n’a jamais promis la béatitude, mais elle permet de récupérer l’énergie jusque-là dépensée à lutter contre la dépression, pour la mettre au service de projets nouveaux.C’est la souplesse, le lâcher-prise, la créativité qui reviennent. Ce n’est pas la joie que l’on retrouve en guérissant, mais plutôt la joie d’être en vie, de se sentir vivant. Tant que vous restez dans le combat,vous êtes comme anesthésié,car en voulant faire barrage à la douleur, vous supprimez du même coup les plaisirs ! Quand vous ne l’êtes plus, vous retrouvez la capacité d’accueillir toute la palette des émotions, joie et tristesse comprises. Contrairement à ce que nous souffle notre culture occidentale très manichéenne,qui a du mal à conjuguer les contraires, le bonheur et le malheur ne sont pas antinomiques.

Psychologies : Vous affirmez que la dépression est une chance, n'est-ce pas provocateur ?

Moussa Nabati : Oui, j’ai conscience que, dans notre culture hédoniste qui refuse d’en passer par la douleur, c’est un peu dérangeant. Mais mon hypothèse est que la dépression est une opportunité fantastique pour guérir une bonne fois pour toutes de ses blessures du passé. Entendons-nous bien : je ne dis pas que l’on a de la chance de faire une dépression, mais qu’elle peut être une chance…


Par quel mécanisme ?

Moussa Nabati : Contrairement à ce que l’on croit, la dépression n’est pas la conséquence du coup dur qui la déclenche – divorce, chômage,deuil – ici et maintenant. Cette épreuve vient réveiller une douleur non cicatrisée. La dépression à l’âge adulte entre toujours en écho avec une dépression infantile précoce qui vient refaire surface.

Que s’est-il passé dans l’enfance ?

Moussa Nabati : Les déprimés n’en ont pas eu ! Ils n’ont pas été aimés, choyés,soutenus comme ils auraient dû l’être. Or, l’enfant qu’ils étaient s’en est senti coupable, comme tout enfant mal aimé qui s’accuse des maltraitances qu’il subit. Il a refoulé cette culpabilité, a lutté contre sa déception pour continuer à grandir. À l’âge adulte, cette culpabilité va le pousser à s’autopunir en s’interdisant de goûter au bonheur. Il va encore faire passer les désirs d’autrui avant les siens, dans la tentative vaine de démontrer aux autres son « innocence ». Et puis,un beau jour, un abandon, une perte viennent briser toutes ses digues…


Pourtant, certaines personnes font des dépressions sans véritable facteur déclenchant…

Moussa Nabati : C’est vrai, ces personnes ont, apparemment, « tout pour être heureuses ». Mais elles aussi ont mis en place des défenses pour faire barrage à leur souffrance,en se battant pour réussir leur vie de famille, leur vie professionnelle. Paradoxalement, le jour où elles atteignent leur but, elles se retrouvent face à elles-mêmes, à leur douleur masquée par l’énergie dépensée pour ces réussites. Finalement, l’effondrement peut survenir aussi bien quand tout va mal que quand tout va bien,mais la cause reste la même.

Que faut-il, alors, pour que la dépression soit une chance ?

Moussa Nabati : La dépression va permettre de déposer cette arme du déni, qui a été efficace dans l’enfance pour ne pas sombrer, mais qui ne l’est plus. Quand nous tombons en dépression, c’est que nous sommes prêts psychiquement, nous nous sentons assez forts pour y faire face. Pour en faire une chance, il faut que la personne puisse l’accueillir pour ce qu’elle est : un message envoyé par l’inconscient, et non une maladie à éradiquer. Qu’elle accepte de s’occuper d’elle en effectuant un travail d’introspection, en revisitant son passé avec l’aide d’un analyste afin de comprendre ce qui s’est joué dans son enfance.
Mais cela ne fonctionne pas toujours, certains rechutent…

Moussa Nabati : Pour moi, ils n’ont pas fait ce travail analytique en profondeur, ils ont sans doute voulu aller trop vite pour aller mieux. De plus en plus de thérapies proposent de ne pas s’attarder sur son histoire, de regarder l’avenir en adoptant une pensée positive ; mais si l’enfant intérieur n’est pas soigné,la dépression rejaillira. Ce n’est pas en la niant qu’elle s’en va, mais en acceptant de la traverser. J’ajoute que si les médicaments sont une aide momentanée et indispensable pour soulager la souffrance, ils ne doivent pas remplacer l’analyse. Ce serait aussi peu performant que de se contenter d’antalgiques en cas de fracture ! Ne négligeons pas non plus le fait que certains y trouvent beaucoup de bénéfices secondaires : l’entourage s’occupe d’eux, les plaint… Inconsciemment, ils veulent parfois rester inconsolables.


http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Bonheur/Articles-et-Dossiers/Cultivons-notre-joie-de-vivre/La-depression-est-une-opportunite

dimanche 16 février 2014

"LA SECONDE NAISSANCE EST EN FAIT NOTRE TOUTE PREMIERE REALITE"


Thierry Vissac - Revue 3° Millénaire n° 83

Seconde ou première naissance ?
 

On parle de naître à nouveau dans la plupart des traditions spirituelles du monde (1) car ce que nous voyons comme notre première naissance, dans son évidence matérielle, peut conduire à la révélation d’une autre évidence, moins flagrante dans nos sociétés, qui concerne notre nature spirituelle.

Mais la nature spirituelle précède et succède en réalité à la naissance de la chair, c’est donc cette dernière qui pourrait être appelée seconde naissance.

Il s’agit en fait de réaliser que nous ne sommes pas nés à la date et au lieu que nous avons mémorisés et qui ont été transcrits sur nos papiers d’identité.

Notre véritable nature est spirituelle, elle est notre première naissance. Le point de vue des gens « spirituels », mais centrés sur l’incarnation, leur fait observer la réalité dans la chronologie de la venue au monde terrestre : l’homme porte en lui le pressentiment de l’éternité de la Vie , mais ce pressentiment est en réalité une nostalgie, non pas le goût de quelque chose à venir mais de quelque chose d'oublié, enseveli sous les urgences de nos vies personnelles dissociées. Et nous sommes donc nés avant ce corps et ne faisons que nous en souvenir un jour terrestre.

Quand ce « pressentiment » se fait jour, il semble que nous naissions à nouveau, qu’une fraîcheur nouvelle vienne habiter notre être, que notre vraie nature et le sens de notre existence se manifestent avec une telle clarté qu’ils relèguent notre ancienne histoire personnelle à « une autre vie ». La maturité physique et sociale le fait dire sur un certain plan mais la maturité spirituelle est encore plus radicale en ce sens qu’elle fait la distinction entre les agissements personnels fondés sur l’oubli, dans la fuite de soi et du réel et les actions fondées sur la reconnaissance de notre nature véritable et sur l’accueil de toute chose comme expression de l’Intelligence de la Vie. Une tout autre vie.

La naissance de notre nature spirituelle n’est pas produite par les rituels qui n’en sont que des symboles.

Les traditions ont saisi cette bascule radicale pour en faire un rituel (celui des deux fois nés en Inde, de la confirmation catholique etc.) qui, comme tous rituels aujourd’hui, a grandement perdu de son sens premier. S’il n’est pas inutile de marquer symboliquement les passages de la croissance, il est inévitable que la valeur profonde du symbole risque de se dissiper avec le temps au profit de leur forme superficielle.

Les rituels laïques qui invoquent la Constitution ou les droits de l’homme sont d’ailleurs en train de subir le même déclin aujourd’hui que les rituels religieux d’hier.

La pensée ne fait pas notre existence, elle ne peut que la commenter.

Quand nous faisons table rase des formes figées et dépourvues de vie qui occupent nos esprits, nous pouvons renouer plus facilement avec le sens.

Le sens de la naissance première est celui de la vie éternelle. Il n’y a donc pas de naissance. Il n’y a pas de mort.

Mais, dans cette conscience, la « seconde naissance » n’est plus alors perçue comme un événement futur, fruit du mérite ou du hasard, mais comme le substrat de notre « conscience d’exister », avant, pendant et après le corps.

Nous existons avant même d’y penser, nous existons avant même de penser.


La pensée ne fait pas notre existence, elle ne peut, qu’au mieux, la commenter. Quelque part, au fond de chacun, subsiste au moins une trace de cette évidence. La pensée ne marque pas le début de la vie et l’absence de pensée sa fin.

Mais nous avons pourtant tendance à croire (à penser) que notre existence terrestre débute au moment où nous commençons à penser et il n’est pas rare que nos souvenirs remontent d’ailleurs au plus loin à ce moment de notre vie enfantine où notre esprit a commencé à conceptualiser le réel. Ce n’est qu’une coïncidence, car la maturité de l’intellect, qui permet la saisie consciente de la réalité par la pensée et le langage (vers l’extérieur), survient au moment où la conscience a, dans le même temps, la capacité à se retourner sur elle-même (vers l’intérieur) et réaliser sa propre éternité.

Nous avons confondu, faute d’une éducation éclairée, le moment de l’émergence de la pensée avec celui de la vie (la plupart d’entre nous seraient alors nés une première fois autour de trois ou quatre ans) de la même manière que nous avons confondu le moment de l’émergence de notre nature spirituelle avec sa naissance. Ce qui faisait dire de l’être qui s’éveille spirituellement : « il est né une seconde fois ».

Nous sommes pourtant nés de et dans l’Esprit avant même de nous en souvenir ici, tout comme nous sommes bien nés dans la chair avant même d’y penser.

Notre naissance n’est donc pas historiquement là où nous la plaçons et cela nous révèle comment notre perception est faussée et que toute réflexion sur la nature de l’éveil spirituel est une complication mentale à l’origine des quêtes les plus farfelues, quand elles ne sont pas tragiques.

La résurgence de la mémoire

Ce retour de la mémoire qui s’apparente à la découverte de quelque chose de nouveau n’a de neuf que le regard que nous portons sur cet événement de la vie terrestre.

Nous étions, l’instant d’avant, enfermés arbitrairement dans une capsule de chair destinée à disparaître un jour et cherchant de manière désespérée à donner un sens et une cohérence à cette fatalité. Puis, comme si une paupière s’était soulevée sur un regard nouveau, nous réalisons que nous ne sommes limités à cette réalité de l’incarnation que par la pensée. Nous avons réduit notre existence à la pensée, qui la définit, la cadre et la rassure un peu et cette mentalisation du Vivant L’a mis en boite, dépourvu de ses éléments essentiels.

En pensant la vie, nous passons à côté de la possibilité de la vivre.


Nous ne sommes pas vivants de cette manière et c’est tout juste si nous pouvons parler d’une naissance quelconque, même première, tant que nous n’agissons que mécaniquement, portés par les frissons de la peur, les sécurités absurdes du mental et les limites de nos conditionnements. Il n’est pas étonnant alors, au moment où le regard, par une grâce soudaine ou progressive, dans un souffle du vent, ou sur le fil d’une conversation, s’ouvre sur la réalité, que nous soyons pénétrés d’un sentiment revivifiant, semblable au soulagement que procure la cessation soudaine d’une douleur intense en même temps que de la joie que produit un lever de soleil lumineux à la fin d’une nuit noire.

Cette naissance à la vie ne s’inscrit pas dans la chronologie du mental même si nous tentons de le faire pour jouer le jeu du monde et de ses repères.

Nous sommes plutôt comme ces personnes qui tentent de se rappeler un mot, qu’elles disent avoir « sur le bout de la langue », qui le retrouvent soudainement et avec soulagement, réalisant qu’il n’avait jamais été perdu, et comprenant que c’est leur crispation à vouloir le saisir mentalement qui l’empêchait de resurgir librement.

Le mot en question pourrait être Éternité.



(1) La Bible dit que pour connaître le Royaume de Dieu, il faut être « né de nouveau ». Dans la tradition Indienne, pour les castes supérieures, l’adolescence est le moment d’un rite de « seconde naissance » qui rend le jeune homme apte aux rituels de la tradition védique. Cette seconde naissance se référait anciennement à la « naissance spirituelle » qui succède à la première « naissance de la chair » par la mère et le père.


http://www.istenqs.org/Seconde_Naissance.htm