vendredi 18 mai 2012

"L'ETRANGE CAS D'AUGUSTIN LESAGE"

Image censurée
(représentant Nefertiti et akhénaton)

(Revue Psi International. No3. Janvier-Février 1978)

Né au sein d’une très vieille famille de mineurs, enrichi des seules connaissances que prodigue l’École Primaire, enfin mineur lui-même, voué au labeur ingrat et dangereux dans les entrailles de la terre, Augustin Lesage (1876 -1954) s’est brusquement révélé, par sa médiumnité tout aussi inattendue que bouleversante dans sa richesse, un peintre sur qui les plus grands savants se sont penchés, ainsi que les plus grands artistes, les plus grands psychologues, troublés par son génie et par l’énigme que posait à la science ce prodigieux talent, brillant comme un défi à la vie extrêmement humble et difficile que menait cet ouvrier et à la formation intellectuelle absolument rudimentaire qu’il avait reçue…

Il vécut pourtant sans orgueil, mineur, peintre, guérisseur même, il traversa le temps avec la même humilité, la même bonté, le même amour de tous les hommes. En 1911, une voix avait dit à Lesage qui travaillait seul, couché dans une petite galerie écartée de la mine : « Un jour, tu seras peintre… ». Depuis, le mineur devint la main qui exécute, obéissant aux guides invisibles qui concevaient par lui les chefs-d’œuvre qui sont exposés, maintenant, un peu partout dans le monde.

Une voix dans le boyau de la mine

Mais laissons à Augustin Lesage lui-même le soin de nous narrer, dans les détails, les bouleversantes péripéties qui le conduisirent à l’épanouissement d’une médiumnité artistique sans précédent.

« Je travaillais, couché dans un petit boyau de 50 cm donnant sur une galerie éloignée du mouvement de la mine. Dans le silence, il n’y avait pour moi que le bruit de ma pioche. Quand tout à coup, j’entends une voix, une voix très nette, dire : UN JOUR, TU SERAS PEINTRE !

« Je regardais de tous côtés pour voir de qui venait cette voix. Personne n’était là. J’étais bien seul. Je fus stupéfait et effrayé.

« Remonté de la mine, je ne dis rien à personne, ni à mes amis, ni à mes enfants, ni à ma femme. Je craignais qu’on me prenne pour un fou, un halluciné.

« Peu de jours après, également dans la mine et travaillant seul, la voix se fait encore entendre. Personne n’était autour de moi, cette fois encore.

Je fus épouvanté. Je gardais cet événement secret, et je fus très inquiet… »

Puis Augustin Lesage communiqua avec l’invisible par des séances spirites.

« Le premier esprit qui s’est communiqué à moi a été celui de ma sœur Marie, morte à trois ans. Elle signait les messages et les dessins.

« Après quelques séances faites ainsi, il arriva que, dans une séance, ma main s’arrêta brusquement. Je dis à mes camarades, « ma main ne veut plus marcher, le crayon ne veut plus rien faire. »

« Et ma main se mit à écrire ce message :

« Aujourd’hui il n’est plus question de dessin mais de peinture. Sois sans crainte, suis bien mes conseils. Oui, un jour tu seras peintre et tes œuvres seront soumises à la science. Tu trouveras cela ridicule dans les débuts. C’est nous qui tracerons par ta main. Ne cherche pas à comprendre. Surtout suis bien nos conseils. Tout d’abord, nous allons te donner par l’écriture les noms des pinceaux et des couleurs que tu iras chercher chez M. Poriche, à Lillers. Tu trouveras chez lui tout ce qu’il te faudra. »

Allais-je badigeonner ou peindre ?

« Alors, je reçus de mes guides les noms des couleurs : blanc d’argent, vert Véronèse, etc… pinceaux n° 1, 2, etc…

« Vous voyez ça ! Bon gré, mal gré, voilà qu’il me fallait aller chercher des couleurs et je n’avais jamais vu un tube de couleur !

« M. Poriche, personnalité de Lillers, directeur de journal, imprimeur, vendait aussi des pinceaux et des couleurs.

« Je partis seul à Lillers ; mon ami Lecomte ne voulait pas m’accompagner tellement il était honteux. Moi aussi j’étais honteux quand je suis entré chez M. Poriche. Je lui dis :

« Pardon Monsieur, je viens pour avoir des tubes de couleurs.

- Vous êtes de la région ?

- Oui.

- Vous êtes peintre ?

- Pas trop.

- Vous êtes amateur ? Qu’est-ce que vous allez faire ?

- Je ne sais pas.

- Un paysage ?

- Oh ! je ne sais pas.

« Je ne pouvais pas dire que c’était les esprits qui allaient me faire travailler ! je ne savais pas quoi dire. Je ne pensais même plus à regarder la feuille de papier sur laquelle étaient écrits les numéros des pinceaux et les noms des couleurs, tellement j’étais émotionné !

« M. Poriche, voyant mon embarras, mit une quantité de tubes et de pinceaux sur la table :

- Voilà des tubes de couleurs et des pinceaux, dit-il, choisissez ce que vous voulez. »

« Je regardai sans voir, tout ému. Je laissai aller ma main, elle prit douze à quinze tubes, et des pinceaux, guidée par l’esprit.

« Vous êtes peintre ? C’est assez drôle » continua M. Poriche. « On ne pourrait pas aller vous voir, car je peins moi aussi ? »

« Attendez toujours un moment », lui répondis-je.

« Je ne savais pas ce que j’allais faire. Allais-je badigeonner ou peindre ? Je ne pouvais pas inviter un monsieur à venir me voir sans savoir ce qui allait se passer ! »

… Et Augustin Lesage réalise des chefs-d’œuvre. Les expositions se succèdent… C’est le triomphe dans les milieux artistiques de la Capitale.


 « Du 6 avril au 10 mai 1927, je m’installai donc à l’I.M.I. (Institut Métapsychique International) à Paris, et sous le contrôle constant du docteur Osty je peignis une toile de 2 m sur 1,50 m, en travaillant régulièrement le matin de 7 heures à 11 heures, et le soir de 14 heures à 18 heures. Un procès-verbal fut dressé et dûment légalisé par le commissaire du 17e arrondissement.

« Lors de mon retour à Burbure, je reçus un accueil triomphal. Une réception officielle avait été organisée en mon honneur, avec le Maire et ceux des villes voisines, le sous-préfet de Béthune et de nombreuses notabilités. J’étais à la fois ému et confus de tant d’honneur que je ne méritais pas, puisque, je vous le répète, c’est ma main qui fait tout le travail, guidée par l’invisible. Moi, je n’y suis pour rien.

« C’est en 1928 que mes guides résolurent de me faire tenter la grande épreuve pour un peintre : le Salon des Artistes Français. J’y fus admis à l’unanimité des membres du jury.

« Je fus admis au salon pendant 5 années consécutives, pour devenir sociétaire en 1932. Mes guides m’avaient fait atteindre le rang le plus élevé auquel un peintre peut accéder, moi, le mineur qui n’avait rien appris, moi qui ne me recommandais d’aucune école ! »

Et Lesage, très attiré par ce pays, fait un voyage en Égypte :

Choc dans la vallée des reines

« … Mais surtout je veux raconter ce qui m’est arrivé dans la vallée des Reines et qui m’a fortement impressionné : Deux ans auparavant, dans cette vallée, on avait mis à jour un petit village. L’archéologue nous a conté qu’au temps de Ramsès II, sous la XVIIIe dynastie, environ 1500 ans avant notre ère, ce petit village avait été habité par 700 ou 800 ouvriers, spécialistes des travaux funéraires. Ils étaient employés à tailler des pierres, à tracer des plans, à peindre des fresques et à sculpter des statues. Ces ouvriers étaient précieux car les Égyptiens attachaient plus d’importance à leur demeure éternelle qu’aux maisons qu’ils habitaient durant leur vie et lui avaient moins besoin, selon eux, d’être richement décorées, puisque la vie est si courte.

« Un de ces ouvriers s’appelait Mena. On a retrouvé son tombeau personnel, un tombeau plein d’inscriptions et des scènes qui renseignent sur ce que fut sa vie. C’est ainsi que l’on a appris son nom.

« Or, pendant le temps qu’il ne travaillait pas dans la vallée des Reines aux tombeaux officiels, Mena avait obtenu le droit de travailler à son propre tombeau, un peu à l’écart du village. Nous visitâmes ce petit tombeau qui pouvait contenir une vingtaine de sarcophages et, tout à coup, j’aperçus sur un mur une grande fresque bien peinte, bien conservée, et dans cette fresque je reconnus la scène de la moisson égyptienne que j’avais faite dans ma dernière toile à Burbure, avant de partir. Une émotion puissante et complexe s’empara de moi, et j’aurais bien du mal à en donner une idée exacte. Il me sembla tout à coup, à être si près de cette petite scène encore intacte, à la voir si semblable à celle que j’avais faite moi-même, il me sembla que j’en étais aussi l’auteur.

« Il s’établit entre la peinture et moi une indéfinissable correspondance, comme si je ne pouvais plus discerner si je venais de la peintre ou seulement de la retrouver. J’aurais voulu rester dans ce tombeau, devant ce mur émouvant, devant cette fresque presque vivante. Je me sentais immobilisé, à la fois soutenu et écrasé par la surprise. Et la joie, une joie immense m’envahissait, comme la joie d’un exilé qui retrouve son village… ».

Comment peignait Augustin Lesage

Laissons Augustin Lesage nous parler lui-même des conditions de réalisations de ses toiles :

« Jamais il ne m’est arrivé, avant de peindre une toile, d’avoir une idée de ce qu’elle serait. Jamais je n’ai eu une vision d’ensemble d’un tableau à n’importe quel endroit où j’en étais de son exécution. Un tableau se fait détail par détail sans que rien ne m’en vienne préalablement dans l’esprit. Mes guides m’ont dit : « Ne cherche pas à savoir ce que tu fais. » Je m’abandonne à leur impulsion. Je trace les lignes qu’ils me font tracer. Je prends les tubes de couleur qu’ils me font prendre, et je fais les mélanges qu’ils me font faire sans savoir quelle teinte va se produire. C’est comme au hasard que je prends les pinceaux. Même mes yeux vont où il faut, indépendamment de moi. C’est incroyable, je le sais, mais c’est ainsi. Je suis à la disposition de mes guides comme un enfant. Une faute peut quelquefois se faire dans la symétrie sur un détail d’un côté de la toile, je n’en ai aucune conscience puisque je ne compare pas. Alors mon guide me fait reculer un peu, il conduit mon regard sur l’endroit en faute, je reviens au tableau et ma main avec précision répare l’erreur. Mais cela est bien rare, parce qu’il ne m’arrive presque jamais d’avoir à faire une retouche. Qu’on regarde mes tableaux, on n’en trouvera pas. Quand je commence une toile, croyez-moi, je ne sais pas ce que ma main va peindre. A aucun moment je ne sais ce qui va suivre. Et j’ignore à quel endroit de la toile le tableau sera terminé. Des fois, d’après ce qui reste de toile nue, je crois qu’il y en a encore pour beaucoup de jours ; mais ma main prend le crayon et trace une ligne, c’est, me dit un message par ma main écrit, l’endroit où il faut couper la toile. Le travail est fini.

« En dehors des moments où je peins, je pense très souvent à ce que j’ai fait ; et jamais je n’imagine ce que je vais faire. J’ai toujours le désir de peindre, parce que j’y trouve beaucoup de plaisir, mais je sais bien que je ne puis rien peindre si je ne me mets pas sous l’influence des Esprits.

Quand je travaille, j’ai l’impression d’être dans une autre ambiance que celle ordinaire. Si je suis dans la solitude, que j’aime tant, j’entre dans une sorte d’extase. On dirait que tout vibre autour de moi. J’entends des cloches, un carillon harmonieux, tantôt loin, tantôt près ; cela dure pendant tout le temps que je peins. Mais cette délicieuse musique de cloches n’a lieu que dans le silence, elle s’arrête dès qu’un bruit se fait : une porte qui se ferme, une conversation qui arrive à mon oreille l’interrompent.

« Des fois, mes guides arrêtent tout d’un coup ma main qui peint ; ils lui font prendre un crayon et écrire un message m’apportant des conseils sur ce que je fais… »

Augustin Lesage face aux critiques d’art

Il est inhabituel de voir un medium soumis au jugement des critiques d’art. Pourtant, la qualité des peintures dictées par les « esprits » au mineur sans instruction est telle qu’elles ont été exposées, en même temps que celles de peintres avertis, dans divers salons, et jugées par les mêmes critiques, d’un œil professionnel.

Lors de son voyage au Maroc en 1947, Lesage peignit quelques toiles devant un public de médecins, psychiatres, journalistes, professeurs, peintres, magistrats qui, dans un procès-verbal, témoignèrent de son étonnante façon de peindre (document extrait de R. Tocquet, Les pouvoirs mystérieux de l’homme, éditions PSI INTERNATIONAL).

« Pour rompre la monotonie d’une longue promenade à travers les salles de peintures du Grand Palais, les amateurs d’art se récréent en mettant en face de chaque tableau le nom du novateur dont, consciemment ou non, l’auteur a subi l’influence. Les critiques d’art arrivent ainsi à ramener les milliers d’exposants à une vingtaine de chefs d’école d’Angelies de Fiesole à Picasso, dont le génie s’édulcorant peu à peu aux mains des suiveurs est devenu la cause involontaire de répétitions banales ou d’odieux pastiches.

« Devant la toile d’Augustin Lesage (Artistes Français n° 4.703), le critique s’arrête, interdit, son érudition est vaine. On ne peut, en effet, apparenter cette œuvre à aucune autre, la ranger dans une tendance, la cataloguer dans un genre défini. « Beaucoup de spectateurs, séduits par l’aspect archaïque de certains ornements ou trompés par l’absence de modèle, ont cru y trouver une réminiscence d’art oriental ancien. A l’analyse, on s’aperçoit que c’est là. une impression née de vagues souvenirs visuels et ne résistant pas à une certaine connaissance ethnologique. On pourrait trouver également une ressemblance avec quelques motifs de notre modern-style si en faveur en 1900. En réalité c’est une œuvre qui n’a pas sa pareille dans aucune école et dont l’originalité s’affirme pleine et entière. « Ce qui frappe tout d’abord le spectateur devant le tableau de Lesage, c’est la profusion, la richesse prodigieuse, l’originalité des ornements et la minutie presque acrobatique du détail. Mais il ne faut pas s’arrêter à cette habileté, et il suffit de se reculer un peu pour se rendre compte que la composition d’ensemble est impeccable, les coloris sont harmonieux et les masses s’équilibrent parfaitement. « Ce chef-d’œuvre de patience, cette miniature d’une finesse unique en son genre se révèle à l’examen d’ensemble un grand tableau admirablement composé dont peu à peu le charme vous envahit, charme étrange, inquiétant, qui, si vous le laissez agir, fera paraître à vos yeux éblouis une immense et merveilleuse construction architecturale conçue dans on ne sait quelle lointaine planète ? C’est un temple avec ses voûtes, ses colonnades, le détail de ses galeries et de ses frises. C’est la façade d’un hallucinant palais des Mille et une Nuits qu’on aurait entièrement terminée et posée sur le sol et qui, peu à peu et d’un seul bloc, s’élèverait lentement vers le ciel ! Où est l’auteur mystérieux de cet angoissant palais, quel est le génial architecte de ce temple inconnu ? »

JEAN BOOS


 Toile d’inspiration égyptienne et assyrienne qui, d’après Lesage, se rapporterait aux mystères de l’initiation.
« Avant de pénétrer dans son exposition, on repasse mentalement toutes les formes des diverses manifestations picturales et on se dit : je vais voir l’une ou l’autre de ces catégories. On entre, on s’arrête stupéfait par l’impression première. A la minute, d’un coup d’aile, vous êtes emporté. Hors de l’époque présente, vous semblez contempler les civilisations lointaines la Chine, l’Inde, la Perse ; vous reculez toujours dans le temps.

Vous êtes au sein même des vieilles civilisations égyptiennes, chaldéennes, assyriennes, crétoises, grecques, hébraïques, phéniciennes, etc., tout défile et l’intensité d’impression s’impose presque à notre insu. C’est une grandiose symphonie qui aurait pour thème des civilisations vieilles de plus de vingt mille ans ! L’histoire symbolique défile devant les yeux étonnés. Émouvant plus qu’un cinéma — qui est une chose mécanique — le défilé des toiles fait plus.

Il vous découvre l’âme égyptienne, chaldéenne, syrienne même. On se demande si ce peintre modeste en veston sac ou chapeau melon, n’est pas un artiste contemporain de la grande pyramide de Chéops, comme A. Lesage n’est pas éloigné de le croire lui-même. C’est si vrai que sur l’une de ses toiles, vous pouvez voir la reproduction exacte, si exacte qu’elle semble en être une reproduction photographique, de la figure de Ramsès II jeune, agenouillé et offrant de ses deux mains tendues une offrande aux dieux et dont la statue originale est au Caire. Sur la même toile on reconnaît le pharaon Chéphren, puis frappant de ressemblance l’image du pharaon Amenemaït III ; il faut se borner, car rois, peuples, animaux, oiseaux carnassiers défilent et revivent sous le pinceau de Lesage.

Il y aurait encore beaucoup de rapprochements à faire sur l’attitude de personnages de moindre importance, sur la stylisation d’oiseaux (même courbure de bec, même décoration du plumage, que dans les frises égyptiennes), sur l’interprétation des plantes et sur l’extraordinaire habileté dans l’expression des têtes d’animaux, lions, tigres, etc. En résumé, c’est une vaste épopée des civilisations anciennes, une suite d’histoire des religions. Que penser alors de cet homme qui n’est pas un érudit — qui n’a jamais étudié l’histoire — qui n’a qu’une instruction modeste ? A-t-il donc la mémoire d’une vie antérieure ? Regardons encore : tout à coup, dans l’ensemble le plus heureux de décorations serrées, s’encadre un dieu Bouddha, majestueusement accroupi, habilement encadré dans des rosaces, des ovales, des fleurettes ou un animal sacré, ou une scène biblique ou chrétienne (on a reconnu avec une exactitude parfaite la Sainte Catherine du Vatican de Michel-Ange, etc.). Il faut se restreindre. Les toiles de Lesage sont un monde, si vaste que leur description ne peut se contenir dans les étroites colonnes d’un article et que leur analyse complète ferait la matière de plusieurs volumes.

« Ainsi se présente sous nos yeux une œuvre dont l’éclosion plonge en plein dans le surnaturel et le mystère, exécutée par un simple qui aurait pu acquérir une fortune, dont le désintéressement est absolu, qui n’est point venu vendre ses toiles et qui va regagner sa petite demeure de mineur composée seulement de deux pièces, dans lesquelles écloront bientôt de nouveaux chefs-d’œuvre. »

H. COULON

À sa mort le 21 février 1954, il laisse près de 800 toiles réparties en collections privées, et publiques dont :
La Collection de l'art brut de Lausanne (dont la fameuse première toile, visible en permanence et acquise en 1963)
La Collection de l’Aracine – Musée d'Art moderne Lille Métropole
Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris (dont une toile en dépôt aux Abattoirs de Toulouse)
L'USFIPES (Union scientifique francophone pour l'investigation psychique et l'étude de la survivance) de Paris
L'Institut métapsychique international de Paris

http://www.revue3emillenaire.com/blog/letrange-cas-de-lesage-par-jean-louis-victor/

mercredi 16 mai 2012

"LES LUMINEUSES LECONS D'ALEXANDRA DAVID-NEEL"


Ce sont les Himalayas qu’avait choisis pour patrie Alexandra David-Néel. Première Européenne à pénétrer à Lhassa en 1923, elle n’a eu de cesse de célébrer les croyances, les légendes, les beautés de ce Tibet qu’elle connaissait mieux que personne. Son exploit fut le couronnement de luttes multiples.

Alexandra David-Néel possède cet art de lutter avec l’éternité, sans négliger pour autant ses combats avec le quotidien. Cette Mère Courage qui nous enseigne à ne jamais s’avouer vaincu n’exige, pour prix de sa victoire, qu’un peu de lumière. Lumière à laquelle elle aspire ardemment, lumière qu’elle s’en ira chercher dans les Himalayas tibétains et qu’elle trouvera dans ses Himalayas intérieurs.

Sa vie est une exemplaire leçon de vie. Et pourtant, elle n’a commencé à vivre selon ses désirs les plus secrets qu’à quarante-trois ans, quand à Tunis, le 9 août 1911, elle s’embarque sur le Ville de Naples pour s’en aller en Asie. Elle est parfaitement consciente d’accomplir enfin son destin, incarnant, sans le savoir, l’un des aphorismes de Natalie Barney : "La vie la plus belle est celle que l’on passe à se créer soi-même, non à procréer". Alexandra David est née le 24 octobre 1868 dans la banlieue parisienne, à Saint-Mandé. Racontant volontiers qu’elle a su courir avant de savoir marcher, Alexandra, à cinq ans, s’enfuit au bois de Vincennes. Ramenée par un gardien au poste de police, elle refuse de dire ses nom et prénom. C’est une précoce indomptable.

À quinze ans, elle parcourt à pied la côte belge. À dix-huit ans, elle traverse le Saint-Gothard, toujours à pied, avec, dans sa poche, les Maximes d’Épictète. Elle en apprend certaines par coeur, comme « Il est dur de vivre sous le joug de la nécessité, mais il n’y a nulle nécessité d’y vivre ». Sa conduite annonce celle des hippies, et de ces innombrables jeunes gens qui, dans les années soixante, et particulièrement autour de mai 68, ont quitté leur famille pour s’en aller de par le vaste monde.

Une anarchiste mystique
Quand elle retourne à Bruxelles pour y retrouver ses parents qui s’y sont installés, elle se lie d’amitié avec Élysée Reclus, géographe et théoricien de l’anarchisme. Au contact d’Élisée, Alexandra découvre qu’elle est, avant tout, un cerveau. Le coeur, le sexe, s’ils existent pour elle, et certains de ses proches en douteront, n’ont plus qu’à se taire et à obéir.

À vingt ans, Alexandra David écrit son premier essai, Pour la vie. Elle n’y fait pas mystère de son anarchie et y proclame : « L’obéissance, c’est la mort ». Le monde semble appartenir à l’impétueuse Alexandra qui séjourne à Londres pour y apprendre l’anglais, puis à Paris pour y apprendre le sanscrit. À la bibliothèque du musée Guimet, elle passe des journées entières à déchiffrer la bible des bouddhistes, le Dhammapada. Elle met en pratique son enseignement majeur : « Soyez à vous-même votre propre lumière. »

En 1891, sa marraine en mourant laisse à Alexandra une petite somme. Elle emploie ce cadeau du ciel à connaître d’autres cieux, ceux dont elle rêve depuis toujours, là-bas, en cette Asie qui l’attire irrésistiblement, ce qui fait dire à son père : « Ma fille a la peau blanche, mais elle a l’âme jaune. » Elle passe quelque dix-huit mois à Ceylan et en Inde. C’est à Bénarés qu’elle rencontre son premier maître, le swami Bashkarananda. De Bashkarananda, Alexandra reçoit un enseignement qui peut se résumer en une seule phrase : « L’impermanence est la loi universelle ».

Alexandra David doit gagner sa vie, ses parents n’étant plus en mesure de subvenir à ses besoins. Elle se lance dans le journalisme, sans succès, et dans le chant, avec beaucoup plus de succès. Dotée d’une jolie voix de soprano, elle triomphe, en 1895, à l’opéra d’Hanoi, dans le rôle de Carmen. Elle triomphe aussi, en 1900, à l’opéra de Tunis. C’est à Tunis, en 1904, qu’elle épouse l’ingénieur Philippe Néel. La mésentente dans le couple est immédiate. « Quand je te parle de philosophie, tu ne m’écoutes pas, tu en profites pour me caresser les jambes », reproche Alexandra à son époux. À « ces plaisirs que l’on nomme, à la légère, physiques », Alexandra préfère les purs plaisirs de l’esprit. Elle est bouddhiste, mais aussi théosophe, rose-croix, franc-maçonne.

Le grand départ vers l’Asie
Face à leur insoluble mésentente, Philippe Néel propose à Alexandra de se sacrifier et de lui offrir « quelque lointain voyage ». Mme Néel accepte allégrement sacrifice et voyage. Elle s’en ira en Asie pour six mois. . . qui dureront treize ans ! Ce sont les plus belles années de la vie d’Alexandra qui commencent. Elle vit en Asie, elle y voyage, elle y étudie. Elle prend l’habitude de tout raconter à son mari dans les lettres qui formeront son sublime Journal de voyage.

Au commencement de 1912, Alexandra revêt la robe ocre des renonçants. Ce costume sera pour cette solitaire comme une armure sacrée qui constituera sa meilleure protection pour traverser l’Inde, puis le Sikkim où elle rencontre son deuxième maître, encore plus important que le premier, le gomchen de Lachen, autrement dit, le supérieur du monastère de Lachen. De l’automne 1914 à l’été 1916, Alexandra se retire dans une grotte des Himalayas, voisine de celle où le gomchen s’est également retiré. Elle y apprendra, entre autres, le toumo, pratique respiratoire qui n’a rien de magique, elle insiste là-dessus, et qui permet d’avoir chaud quand il fait froid en stimulant son feu intérieur. Le gomchen, a compris qu’Alexandra transmettrait au monde entier les trésors spirituels du Tibet jusque là ignorés, et pressenti qu’elle serait là pour témoigner de ce Tibet qui allait disparaître dans les tourments que l’on sait.

De son maître, Alexandra reçoit cette consécration : « Vous avez vu l’ultime et le suprême. Après quoi, il n’y a plus rien ». Il la baptise : Lampe de sagesse.

Comme récompense de ses efforts, Alexandra s’offre une escapade au proche Tibet qui « l’ensorcelle » aussitôt. Pour une fois, elle n’est plus seule, elle a engagé à son service un Sikkimais de quatorze ans, Yongden, qui pendant quarante ans sera son cuisinier, son blanchisseur, son secrétaire.

Le gomchen, qu’Alexandra quitte en septembre 1916, baptise Yongden, Océan de compassion. La Lampe de sagesse met en application sa devise : « Marche comme ton coeur te mène et selon le regard de tes yeux ». Elle entraîne Yongden dans de nouvelles pérégrinations au Japon, en Corée, en Chine. La Lampe et l’Océan finissent par s’arrêter aux Marches tibétaines, dans la province de l’Amdo, au monastère de Kum Bum où ils séjournent de juillet 1918 à février 1921. Ils participent aux offices, étudient, traduisent, engrangent d’inestimables connaissances. Le 21 février, départ de Kum Bum dont on a épuisé les austères délices. C’est, pour Alexandra, la traversée des déserts qui commence. De 1921 à 1923, elle erre dans les déserts d’herbe et de neige avec un seul but : atteindre Lhassa. Par trois fois, elle essaie de rejoindre Lhassa. Par trois fois, elle est reconnue et reconduite à la frontière. Cette intraitable ne s’avoue jamais vaincue et réussit une quatrième fois, déguisée en mendiante, et faisant passer Yongden pour son fils, en décembre 1923. Le 28 janvier 1924, elle écrit à Philippe : « Je suis arrivée à Lhassa, réduite à l’état de squelette ». Et d’ajouter, triomphante : « que l’on ne me parle plus de la faiblesse des femmes ». Elle pourra bientôt savourer son triomphe en France et le succès mondial de son Voyage d’une parisienne à Lhassa, succès qui assure son indépendance financière. En mai 1928, Alexandra choisit de s’installer à Digne où elle achète une vaste propriété qu’elle appelle Samten Dzong, ce qui veut dire, en tibétain, Forteresse de la méditation. Elle s’y enferme avec Yongden en février 1929. Elle y reçoit quelques jours par an Philippe Néel, qui a discrètement refait sa vie.

Les années trente sont pour Mme David-Néel des années de consécration. Elle est fêtée, adulée. Les livres qu’elle publie comme Au pays des brigands-gentilhommes ou comme Mystiques et Magiciens du Tibet connaissent un égal succès. Tout cela comblerait n’importe qui, sauf l’insatiable Alexandra qui en janvier 1937 - elle entre dans sa soixante-neuvième année - s’en retourne en Chine, accompagnée de l’indispensable Yongden, pour y étudier. . . le taoïsme ancien ! Elle n’ignore pas que règne en Chine une guerre civile qui va se doubler d’un conflit sino-japonais. Et elle n’arrive que pour fuir l’invasion japonaise en une incroyable odyssée qui la conduit jusqu’aux portes de son cher Tibet, dans son bien-aimé pays de Kham, à Tatsienlou, bourgade perdue dans les montagnes où elle échoue en juillet 1938. Elle n’en repartira qu’à la fin de 1944, menant, selon son habitude, une vie d’études et de méditation.

Une fin de vie dynamique
En 1946, c’est le grand retour à Digne où Alexandra devient un monument à la fois local et national, une Notre-Dame du Tibet que l’on consulte chaque fois qu’une tragédie éclate en Asie, et Dieu sait s’il y’en a... Elle est infatigable et ne s’arrêtera d’écrire que pendant les trois mois qui suivront la mort subite de Yongden, en 1951. Mais Alexandra est visiblement aimée des dieux puisque, après Philippe, après Yongden, ils mettent sur son chemin son troisième ange gardien, Marie-Madeleine Peyronnet.

En 1968, Alexandra se résigne à ce que la célébration de son centenaire tourne à l’événement. En 1969, cette centenaire pleine d’avenir, elle a trois livres en chantier, fait, au printemps, renouveler son passeport puisqu’elle a envie de retourner en Chine. « Partons, et j’aviserai », déclare-t-elle à Marie-Madeleine Peyronnet. Le 8 septembre de cette même année, Alexandra connaît son dernier départ et entre dans le repos éternel. Et encore, rien ne prouve que pour Alexandra la mort soit un repos éternel, elle qui a été successivement tant de personnages, anarchiste, bourgeoise, bouddhiste, cantatrice, orientaliste, exploratrice, journaliste, écrivain.

Vivre plusieurs vies en une seule, tout en restant fidèle à son unité intérieure, telle est sa lumineuse leçon. Alexandra part en laissant cet ultime message : « Tout est vain, mes amis, sauf une chose : la bonté. »

Jean Chalon


Bibliographie:

"Mystiques et magiciens du Tibet" (pocket)
"Au pays des brigands gentillshommes"(pocket)
"Le Bouddhisme du Bouddha"(pocket)
"La puissance du néant"(pocket)
"Le sortilège du mystère"(pocket)
"Sous une nuée d'orages"(pocket)
"L'Inde où j'ai vécu"(pocket)
"Magie d'amour et magie noire"(pocket)
"Voyage d'une parisienne à Lhassa"(pocket)
"La vie surhumaine de Guésar de Ling"(pocket)
"Immortalité et réincarnation"(pocket)
"Journal de voyage 1"(pocket)
"Journal de voyage 2"(pocket)
"Le lama aux cinq sagesses"(pocket)
"La lampe de sagesse"(pocket)

"Grand Tibet, Vaste Chine" regroupe 5 livres dont Voyage d’une Parisienne à Lhassa et "Le vieux Tibet face a la Chine nouvelle"(éd. Pion). 
"Voyages et aventures de l’esprit"(éditions Albin Michel). 
"Le Lumineux Destin d’Alexandra David-Néel" Jean Chalon (éditions Perrin et Pocket).


http://www.cles.com/itineraires/article/les-lumineuses-lecons-d-alexandra

dimanche 13 mai 2012

"TANTRA"


Entretien avec Daniel Odier

Dans Tantra, l’initiation d’un Occidental à l’amour absolu, Daniel Odier racontait sa rencontre et son initiation au tantrisme cachemirien auprès d’une yogini indienne, Devî. Depuis trois ans, il transmet les enseignements de l’école Pratyabhijnâ de la « Reconnaissance spontanée » du Soi.



Daniel Odier

Nouvelles Clés : Tradition indienne d’origine lointaine, voie spirituelle toujours d’actualité, système de pratiques énergétiques et sexuelles : dès que l’on parle de tantrisme, en Occident, la confusion règne... À la lumière de votre expérience, qu’est-ce que le tantrisme ?

Daniel Odier : Le tantra est, pour moi, une voie millénaire et absolue en laquelle chacun est « reconnu » comme ayant en son propre cœur les attributs de la divinité (« Reconnaissance spontanée » : c’est le sens du mot Pratyabhijnâ, l’école dont j’ai reçu la transmission de mon maître cachemirien, la yogini Devî). Le Soi est Shiva, la conscience porte en elle l’essence du divin. La voie consiste à reconnaître cette essence en soi, par l’enseignement ou de manière spontanée.

N. C. : Rien à voir, donc, avec les pratiques ou thérapies sexuelles qui ne cessent de se multiplier sous le nom de « Tantra » ?

D. O. : Pour moi, il n’y a pas de tantra sans transmission et sans lignée qui remonte à la source, et toute la confusion vient de là. Les lignées du « néo-tantra » ne remontent pas en deçà de leurs initiateurs, elles ont une trentaine d’années. Depuis toujours, le mot « tantra » a fasciné, et les écoles les plus étranges s’en sont réclamées. Il y a eu des sectes qui promulguaient le meurtre rituel, comme les fameux Thugs, dont l’origine remonte au Moyen-Âge et qui se transformèrent en guérilleros contre les colons anglais, mais aussi d’autres sectes pour lesquelles le cannibalisme ou la violence contre les brahmanes faisaient acquérir des mérites spirituels... La force du tantra, c’est qu’il balaye toutes les déviances apparues depuis un ou deux millénaires. Les déviances contemporaines sont très « soft » et mineures, en importance si ce n’est en nombre, et si naïves qu’elles se sont toutes accrochées à la sexualité, qui est vraiment le miroir aux alouettes contemporain. Mais on peut comprendre ce désir de transformer une voie millénaire d’une profondeur et d’une subtilité incomparables en « prêt à jouir » spirituel : c’est notre tendance générale actuelle. Elle vient simplement de l’ignorance et de l’absence de filiation. Ceux qui prétendent l’enseigner n’ont même pas eu accès à la partie « sexuelle » des enseignements auxquels ils se croient rattachés, et qui dans la tradition n’est enseignée que de manière exceptionnelle. Elle n’est d’ailleurs absolument pas indispensable, et on peut parcourir toute la voie traditionnelle sans qu’elle ait lieu.Il y a donc un leurre total. Les thérapies sexuelles telles qu’elles sont apparues dans les années soixante ont leur valeur propre, leurs connaissances profondes des mécanismes sexuels et de leurs techniques. Elles n’ont pas besoin du passeport mystique. Pourquoi leur accoler le mot « tantra » ?

N. C. : D’où vient, pourtant, que le tantrisme véhicule une image à ce point associée à la sexualité ?

D. O. : La sexualité du tantrika, c’est le rapport de toute la sensorialité avec le monde. C’est le frémissement (spanda) qui naît lorsque le désir se satisfait de sa propre incandescence en ayant abandonné toute idée d’atteindre un être ou un objet. Il y a alors complétude. Un être qui a besoin de l’autre pour masquer son incomplétude, ou pour la nourrir, ne connaît que des « rapports sexuels », une tentative illusoire d’achèvement qui tient du cannibalisme mutuel et porte en lui de la violence, du désespoir et une certaine forme de désillusion, de beauté tragique, qui est d’ailleurs l’une des matières premières de l’art. Pour celui qui est sur la voie tantrique, l’union sexuelle peut être une manière de jeu merveilleux qui commence à être vécu, par instants de grâce, comme une expérience directe, sans que la pensée différenciatrice s’impose. C’est un jeu passionné sur un terrain accidenté où l’aspirant touche aux limites de son abandon, au surgissement de la pensée, au blocage de la spontanéité, au manque de confiance qu’il peut avoir quant à la sagesse de son propre corps. Lorsque cela peut être vécu de cette manière, c’est une ascèse, car on s’aperçoit très vite de nos limitations, de nos projections, de notre solitude que nous cherchons à masquer au lieu de la vivre. Aller au fond de sa solitude, c’est voir qu’elle est une construction mentale et la faire éclore dans l’expérience non-duelle. Ces jeux nous aident à frôler l’essence des choses et, lorsque la paix profonde de la yogini accomplie touche la paix profonde du yogin, se révèle la puissance de la Shakti qu’on appelle Kundalini. À cet instant, il n’y a pas de dualité, pas de début, pas de fin, pas de « rapport », mais un frémissement qui, comme l’amour, ne saurait naître, atteindre son acmé puis disparaître. Lorsqu’il y a sexualité, il n’y a plus d’espace-temps. Il ne s’agit pas de transcender le désir mais, au contraire, de le porter à une telle incandescence qu’il inclut « l’autre » dans son propre frémissement.

N. C. : On parle souvent de « voie de la main droite » et « voie de la main gauche ». Qu’en est-il de cette distinction ?

D. O. : Dans les réunions tantriques, au Cachemire, les adeptes qui pratiquent le rituel sexuel sont placés à la gauche du maître, les autres à sa droite. Comme ils sont assis en cercle, il y a un moment où la gauche n’est plus différente de la droite... Par extension, ceux qui pratiquent les trois M, c’est à dire consomment de la viande (mâmsa) à l’occasion, de l’alcool (madya) ou des substances hallucinogènes, et pratiquent l’union sexuelle (maithuna) sont considérés comme pratiquants de la main gauche. Mais, plus généralement, on peut dire qu’un maître authentique pratique avec l’intégralité de ce qui est, et que, même sans avoir reçu de transmission sexuelle, on peut être considéré comme pratiquant de la main gauche lorsque les sentiments violents sont intégrés à la voie. Même le maître le plus doux sera, à l’occasion, un maître de la main gauche, lorsqu’il faudra que le disciple affronte sa peur fondamentale. Fondamentalement, ce sont des divisions d’universitaires puritains qui se servent de cette dualité pour condamner la voie de la main gauche. Ces divisions ne correspondent pas à la réalité.

N. C. : Vous-même, vous avez reçu cette initiation à maithuna. Vous l’évoquez dans votre livre. La transmettez-vous ?

D. O. : Je ne me sens pas encore la capacité de la transmettre, car je sais ce qu’elle est en réalité. Les vrais chercheurs n’aspirent pas à l’union sexuelle avec celui qu’ils suivent, mais à la conscience du Soi. Je les respecte. Lorsqu’il n’y a ni tabous, ni puritanisme, ni soif de pouvoir, ni prétention à être un maître, ni limite, il n’y a pas de passage à l’acte, tout n’est qu’harmonie, grâce et spontanéité.

N. C. : Quel est le rôle du maître, dans la tradition tantrique ?

D. O. : Dans un sens profond, le maître n’est que le miroir de notre propre liberté fondamentale. Il n’est jamais un intercesseur, il n’a rien à nous donner, nous avons tout en nous. On dit qu’une sadhana commence lorsque le disciple comprend qu’il n’est pas différent du maître. Il n’y a donc jamais d’allégeance. On peut dire que les maîtres tantriques sont là pour faire éclater le syndrome de soumission. Un maître nous pousse à l’examen, à la critique, à la vigilance, à l’irrespect, au non-conformisme, d’autant plus qu’il accepte et montre que le travail est incessant, même pour lui. Aucun maître tantrique ne devrait d’ailleurs se présenter comme un maître, puisqu’il n’a rien à transmettre. Tout est déjà présent chez le disciple. Ce qui se manifeste dans ce rapport, c’est de l’amour sans objet qui dissipe simplement les brumes et les opacités qui nous faisaient croire que quelqu’un allait nous libérer. On se met à l’écho de la spontanéité de celui qui nous accompagne dans cette reconnaissance, pour nous faire goûter à la liberté d’être.

N. C. : Quelles sont les qualités requises pour suivre cette voie ?

D. O. : L’incandescence, la passion, l’acceptation intégrale de ce qui constitue l’être humain, l’ombre et la lumière. L’allergie aux groupes, aux préceptes, à l’obéissance, à la purification, aux croyances de toutes sortes, à tout attrait New Age. Le doute par rapport au maître, l’absence de doute par rapport à ses propres capacités. Le simple désir de ne rien être d’autre qu’un être ordinaire jouissant de l’intégralité de ses capacités au sein d’une société telle qu’elle est. Il n’y a pas de place, dans le tantrisme, pour le surhomme détenteur de secrets et de pouvoirs extraordinaires ; donc pas de place pour le rêve romantique du sacré. Rien que la réalité intégrale.

N. C. : Pas de place, non plus, pour cet autre rêve romantique d’une relation amoureuse « épanouie », « sacralisée » par la pratique tantrique ?

D. O. : Encore une fois, nous avons affaire à un fantasme d’Occidental. La sexualité est, dans l’égalité avec toute autre manifestation de la sensorialité, un lieu de Conscience. D’ailleurs, dans les pratiques du Vijnânabhairava tantra, sur cent-vingt ou cent-trente pratiques, il n’y en a que trois qui concernent maithuna. C’est dire à quel point la sexualité, dans le sens où nous l’entendons habituellement, est intégrée au tout. Pratiquement, il y a un abandon au souffle profond, qui fait qu’il n’y a plus de différence entre maître et disciple. À ce point, l’identité se fête par la Grande Union. Alors, l’orgasme n’a plus besoin de la détente de l’éjaculation, car le tantrika a intégré l’énergie féminine. L’idéal tantrique est celui de l’intégration de la dualité homme-femme dans la plénitude. Shiva est souvent représenté comme un hermaphrodite. Il est capital de bien comprendre qu’on ne dévoile pas la Conscience à coups d’exercices énergétiques, d’agitation, de gesticulations, de danses pseudo-chamaniques et autres friandises du « faire », mais par la lente et douce émergence de l’amour sans objet, qui attend paisiblement que nous cessions de poursuivre l’inatteignable.

N. C. : En quoi la sâdhana du tantrisme peut-elle convenir aux Occidentaux ?

D. O. : Le tantrikâ considère qu’entrer dans la voie, c’est accepter son corps, sa sensorialité, ses émotions et ses pensées comme le lieu même de l’éveil. Mais il considère également que ce noyau de conscience incandescent est sous-jacent à toute manifestation de l’univers. Tout n’est que conscience, pour lui. Sa pratique est donc de laisser affleurer la conscience dans tous les mouvements de la vie, afin que la conscience intérieure et la conscience extérieure s’unifient dans leur réalité commune, et que cesse la perception fallacieuse de la dualité. Cette non-séparation du tantrikâ et de l’univers me paraît merveilleusement adaptée à tous ceux qui sont insatisfaits par les dogmes, les croyances et l’assujettissement à une autorité religieuse. Pourtant, c’est une voie difficile, car elle passe par l’abandon de tous les points d’ancrage et nous, les Occidentaux, en avons beaucoup. Ce n’est surtout pas une voie de facilité, et nous aimons la facilité ; nous aimons tout ce qui nous détourne de notre solitude. C’est une voie théoriquement simple mais pratiquement ardue, parce que non fantasmatique, fondée uniquement sur la Réalité au sein de la société, sans aucune échappatoire, sans possibilité de fuite dans le merveilleux, le rituel, la magie, les vies antérieures, les autres mondes, la métaphysique.

N. C. : Nombre de ceux qui cherchent une voie spirituelle sont motivés par un manque, un vide qu’ils disent ressentir dans leur vie. Ils espèrent un soulagement.

D. O. : La vie est insupportable tant qu’on ne la vit pas. La pratique n’est rien d’autre que la présence à la réalité. Lorsqu’on est présent, la lumière et la joie se dégagent de la banalité même, donc n’importe quelle perception, n’importe quelle émotion, n’importe quelle pensée, n’importe quelle action nous réveille à notre propre plénitude. C’est ce que nous appelons « l’inversion du support ». La vie ne change pas : c’est notre regard qui se modifie.

N. C. : Qu’est-ce que la pratique tantrique a changé dans votre vie ?

D. O. : Je suis passé de l’absence et de l’automatisme généralisé à la présence progressive, donc à la sensibilité toujours plus profonde de ce qui est là, spatial, étincelant, entrecoupé de moments d’absence qui sont considérés comme des préludes au rejaillissement de la Conscience. La culpabilité s’est graduellement éteinte et la spontanéité s’est accrue. Lorsqu’il y a ouverture, je peux accepter mon trouble ou mon absence.

L’émerveillement devant la réalité croît de jour en jour, les contacts sensoriels sont de plus en plus fins, si bien que tout fait entrer en frémissement. Les émotions ne sont plus antagonistes à la voie mais, libérées, elles deviennent au contraire son véhicule. La libre circulation des choses est de moins en moins bloquée par le mental, et la joie jaillit spontanément. L’action est plus immédiate, plus limpide. Il y a plus de lenteur, de grâce, de non-réactivité. La conscience des blocages est rapide, et l’auto-libération des phénomènes plus habituelle.

N. C. : Et dans la relation amoureuse ?

D. O. : Dans la relation amoureuse, ou dans la relation à « l’autre », cet « autre » disparaît en nous comme nous disparaissons en lui, dans le même mouvement. Il n’y a donc plus de projections. Reste l’amour, non de quelque chose ou de quelqu’un, mais l’amour tout court. Disons, plus simplement, qu’il y a une reconnaissance presque constante d’être en vie.

Maithuna, le rituel d’union sexuelle

L’initiation telle que je l’ai reçue est celle du frémissement de tous les sens, qui retournent ainsi à leur demeure qu’est la Conscience. Pour le tantrika, il n’y a pas de différence entre un rapport sexuel génital et le rapport sensoriel que nous entretenons avec la réalité qui nous entoure. Pour lui, l’activité ne mène pas à la Conscience : elle en procède, et y retourne, après s’être unie à l’objet. Rien ne vient de l’extérieur. La Conscience coule telle une source vers le monde, le touche profondément, en son noyau incandescent et frémissant, et revient à la Conscience dans une circulation continue. Maithuna est la reconnaissance que cette liberté est déjà atteinte par l’aspirant, et que le fruit du yoga est mûr. En aucun cas ce n’est un rituel dans le sens d’un acte magique qui permettrait de goûter à un état de plénitude qui nous ferait défaut. Pour prétendre à l’initiation, il faut avoir réalisé que le désir ne saurait se satisfaire d’un objet, et que l’incandescence est ce qui demeure quand le désir de quelque chose est consumé. Le samâdhi frémissant et continu est la porte étroite d’accès à maithuna, car l’union symbolise l’union préalable du tantrika et de l’univers. Beaucoup de maîtres la donnent d’ailleurs par le regard, le rêve lucide, le contact non génital, la voix ou l’esprit.

SELECTION DE LIVRES:

Le tantrisme en général :
La Fantaisie des dieux et l’aventure humaine, Alain Daniélou éd. Le Rocher (1985).

Intelligent, passionné et engagé, une superbe et partiale introduction à l’universet l’esprit du tantrisme.

Tantrisme. Doctrine, pratique, art, rituel... Pierre Feuga, éd. Dangles (1994).

Par un regard extérieur, un panorama fourni sur l’univers et les techniques du tantrisme.

Le Yoga tantrique, Julius Evola, éd. Fayard (1971).

Quoiqu’un peu daté, une exellente et très personnelle introduction au monde de formes cosmiques et psychologiques que traite le tantrisme.

Quelques points de vue de l’intérieur :
Tantra, l’initiation d’un Occidental à l’amour absolu, Daniel Odier, éd. J.-C. Lattès (1996).

Récit d’une initiation dans les montagnes himalayennes.

Tantra Yoga, le tantra de la « connaissance suprême », Daniel Odier, éd. Albin Michel (1998).

Traduction et commentaires hautement poétiques du Vijnanabhaïrava Tantra, l’un des textes fondateurs de l’école pratyabhijna du tantrisme shivaïste cachemirien.

Les Crocodiles ne pensent pas ! Reflet du tantrisme cachemirien, Éric Barret,éd. de Mortagne (1994).

L’Eau ne coule pas, yoga de la non-dualité, Éric Barret, éd. Le Relié (1995).

Aperçu sur l’art d’écouter auquel se livre la démarche directe du yoga tantrique.


SUR L'ICONOGRAPHIE :

Tantra Asana et Tantra Art, Ajit Mookerjee, éd. Le Soleil noir.

Kali, la force au féminin, Ajit Mookerjee, éd. Thames et Hudson (1995).

La Voie tantrique, Madhu Khanna et Ajit Mookerjee, éd. Le Seuil (1978).

La sculpture érotique indoue, Alain Daniélou, éd. Buchet Chastel (1975).

Mythes et Dieux de l’Inde, le polythéisme indou, Alain Daniélou,éd. Le Rocher et Champs/Flammarion (1994).

L’une des meilleures études de la mythologie et de l’iconographie indiennes.


TEXTES SPECIALISES :

La Puissance du serpent, Arthur Avalon (Sir John Woodroffe), éd. Dervy, (1985).

Une sérieuse introduction au tantrisme par l’un des ses premiers traducteurs et introducteurs en Occident.

La Doctrine secrète de la déesse Tripura, traduction et présentation de Michel Hulin, éd. Fayard, (1979).

Pour comprendre l’aspect intellectuel du tantrisme, un ouvrage à la fois sérieux et...accessible.

Aghora, la voie de la main gauche, Robert E. Svoboda, éd. du Relié (1985).

La Lumière sur les Tantra, traduit et commenté par Lilian Silburn et André Padoux, éd. De Broccart (1998).

Très beau texte du tantrisme cachemirien.

La Kundalini, l’énergie des profondeurs, Lilian Silburn, éd. Les Deux Océans (1993).

Par la grande spécialiste du tantrisme, à la fois professeur au Collège de Frande et disciple d’un maître tantrique cachemirien, la plus sérieuse étude sur le kundalini yoga, d’après les textes shivaïstes non-dualistes du Cachemire.

Le Cœur de la Yogini, André Padoux, Institut de civilisation indienne (1994).

Un superbe texte du tantrisme du sud de l’Inde.

La Légende immémoriale du dieu Shiva, présentée et annotée par Tara Michaël, éd. Gallimard/Unesco (1991).

Le Shiva-purâna, un texte appartenant à la tradition vedantique, mais comportant de nombreux éléments tantriques.


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vendredi 4 mai 2012

"L'ÉVEIL DE LA CONSCIENCE"


La chose la plus importante à réaliser est la suivante: votre vie a une raison d'être intérieure et une raison d'être extérieure. La raison d'être intérieure est primordiale et concerne l'Être. La raison d'être extérieure est secondaire et concerne le faire… Celles-ci sont si entremêlées qu'il est presque impossible de parler de l'une sans parler de l'autre.

Votre raison d'être profonde, c'est de vous éveiller. Aussi simple que ça ! C'est la raison d'être que tous les humains de cette planète ont en commun puisque c'est la raison d'être de l'humanité. Cette raison d'être fait essentiellement partie de la raison d'être du Grand Tout, de l'univers et de son intelligence. Quant à votre raison d'être extérieure, elle peut changer avec le temps et varier beaucoup d'une personne à l'autre. Trouver sa raison d'être profonde et se syntoniser sur elle est ce qui nous permet de manifester notre raison d'être concrète. Sans cette syntonisation, vous pouvez certes accomplir un certain nombre de choses par l'effort, la détermination, la combativité, le travail acharné ou la ruse. Mais, aucune joie n'émane de ces accomplissements, qui finissent invariablement par la souffrance sous une forme ou une autre.

L’éveil

L’éveil est un basculement de la conscience, au cours duquel la pensée et la conscience se dissocient. Chez la plupart des gens, ce basculement ne se manifeste pas sous la forme d'un événement mais d'un processus. Même les rares êtres qui connaissent un éveil soudain et puissant, apparemment irréversible, passent eux aussi par un processus au cours duquel le nouvel état de conscience se met en place graduellement et transforme tout ce qu'ils font, pour ainsi finir par faire intégralement partie de leur vie.

Dans cet état, au lieu d'être perdu dans vos pensées, vous vous reconnaissez comme étant la présence qui se trouve justement derrière les pensées. Ces dernières cessent d'être une activité autonome prenant possession de vous et régentant votre vie. Dans cet état, c'est au contraire la présence qui prend possession de la pensée. Alors, au lieu de contrôler votre vie, la pensée devient la servante de la présence. Cette présence est en fait le lien conscient que vous entretenez avec l'intelligence universelle. Cette Présence est conscience sans pensée.

Le déclenchement du processus d'éveil est un état de grâce que l'on ne peut provoquer ni mériter, et auquel on ne peut se préparer. Aucune démarche logique n'y mène, même si le mental aimerait bien qu'il en soit ainsi. Point besoin d'en devenir digne auparavant, car il se peut que cet état arrive au pécheur avant d'arriver au saint, mais pas nécessairement… Il n'y a rien que vous puissiez faire pour provoquer l'éveil. En fait, tout ce que vous ferez émanera de l'ego qui veut rajouter l'éveil à sa panoplie et en faire sa possession la plus prisée. De ce fait, il se gonflera encore plus et se donnera davantage d'importance. Au lieu de vous éveiller, vous ne faites qu'ajouter le concept d'éveil au mental ou à l'image mentale que vous avez d'une personne éveillée ou illuminée. Vivre ainsi en fonction de l'image que vous avez de vous ou que les autres ont de vous, c'est vivre faussement. C'est un autre rôle que l'ego adopte.

Alors, s'il n'y a rien que vous puissiez faire pour l'illumination, que cela ce soit déjà produit ou bien pas encore, comment peut-elle être votre raison d'être première dans la vie ? Le terme raison d’être ne sous-entend-il pas que vous avez droit au chapitre ?

Le premier moment d'illumination, le premier aperçu de conscience sans pensée se produit par la grâce, sans que vous fassiez quoi que ce soit… Pour certaines personnes, c'est la lecture de ce livre qui déclenchera le processus d'éveil. Pour d'autres, la lecture de ce livre viendra révéler que ce processus a déjà commencé en eux et l'accélérera. Une autre fonction de ce livre est d'aider les gens à reconnaître l'ego en eux chaque fois qu'ils essaient de reprendre le contrôle et de repousser la conscience. Chez certaines autres personnes, l'éveil se produit quand elles prennent soudainement conscience du genre de pensées qui leur viennent habituellement, en particulier des pensées négatives récurrentes auxquelles elles se sont identifiées toute leur vie. Soudain, une présence est consciente de la pensée, mais n'en fait plus partie.

Quel est le lien entre présence et pensée? La présence est l'espace dans lequel les pensées existent lorsque l'espace est devenu conscient de lui-même.

Lorsque vous avez votre premier aperçu de conscience ou de Présence, vous le savez immédiatement. Ce n'est plus un concept mental. Vous pouvez alors faire le choix conscient d'être présent plutôt que de donner libre cours à des pensées inutiles. Vous pouvez inviter la Présence dans votre vie, lui faire de la place, car la grâce de l'éveil fait appel à la prise de responsabilité. Certes, vous pouvez faire comme si rien ne s'était passé. Ou bien, vous pouvez en réaliser la signification et la considérer comme la chose la plus importante pouvant vous arriver. Alors, accueillir cette conscience émergente et la faire briller en ce monde devient la raison d'être principale de votre vie.

" Je veux connaître l'esprit de Dieu, disait Einstein. Le reste n'est que détail. " Qu'est l'esprit de Dieu ? La conscience. Que veut dire " connaître l'esprit de Dieu "? Être conscient. Conscient de quoi? Des détails externes, de tout ce qui se produit concrètement, de votre raison d'être extérieure. Alors, pendant que vous attendez que quelque chose de significatif se produise dans votre vie, vous ne réalisez peut-être pas que la chose la plus significative pouvant arriver à un être humain s'est déjà produite en vous, que le processus de dissociation de la pensée et de la conscience est déjà entamé.

Nombreux sont ceux se trouvant aux premières étapes de ce processus à ne plus être certains de leur raison d'être sur le plan concret. Ce qui mène le monde n'a plus d'emprise sur eux. En voyant si clairement la folie de la civilisation, ils se sentent en marge de la culture dans laquelle ils vivent. Certains ont l'impression de vivre dans un no man's land situé entre deux mondes. Ils ne sont plus menés par l'ego, mais la conscience en herbe n'est pas totalement intégrée dans leur vie. Les raisons d'être intérieure et extérieure ne se sont pas encore harmonisées.

Dialogue sur la raison d'être intérieure

… Une chose est vraie pour vous quand elle entre en résonance avec votre être le plus profond et l'exprime, quand elle s'aligne sur votre raison d'être intérieure. C'est la raison pour laquelle je dirige toujours l'attention des gens sur leur raison d'être première, celle qui est intérieure.

Q. Je ne sais pas comment, mais je veux changer ma vie… Je veux faire quelque chose qui fasse une différence dans le monde. Mais si vous me demandez ce que je veux exactement, je dois vous avouer que je ne le sais pas. Pouvez-vous m'aider à trouver ma raison d'être dans la vie?

R. Votre raison d'être, c'est d'être assis ici et de me parler, puisque c'est là où vous êtes et c'est ce que vous faites. Jusqu'au moment où vous ferez autre chose. Alors, cette autre chose deviendra votre raison d'être... Vous n'êtes pas dans votre bureau en ce moment. Alors, ce n'est pas votre raison d'être. Quand vous êtes assis dans votre bureau et vaquez à vos occupations, alors c'est votre raison d'être. Pas pour les trente années à venir, mais dans le moment…

Aussi longtemps que vous serez inconscient de l'être, vous chercherez une signification seulement dans la dimension du faire et du futur, autrement dit dans la dimension du temps. Et toute signification ou satisfaction se transformera en déception à un moment donné et sera invariablement détruite par le temps. La signification que nous trouvons sur ce plan n'est que relativement et temporairement vraie.

Par exemple, si l'éducation de vos enfants donne un sens à votre vie, que se produira-t-il lorsque ceux-ci n'auront plus besoin de vous ou ne vous écouteront plus ? Si le fait d'aider les autres donne un sens à votre vie, vous dépendez des autres plus que de vous pour continuer à donner un sens à votre vie et à vous sentir bien. Si c'est le désir d'exceller, de faire et de réussir qui donne un sens à votre vie, que se passera-t-il si vous ne réussissez jamais ou si votre bonne étoile vous abandonne un jour, comme cela se produira probablement? Il vous faudra alors recourir à vos souvenirs et à votre imagination, compensation bien maigre pour donner un sens à votre vie. "Réussir" dans un domaine quelconque n'a de sens que si des milliers ou des millions de gens ne réussissent pas. Il faut donc que d'autres êtres humains échouent pour que votre vie ait un sens.

Je ne dis pas qu'aider les autres, prendre soin de vos enfants ou viser l'excellence soient des choses sans valeur. Pour bien des gens, ces activités constituent une importante partie de leur raison d'être dans le monde concret. Mais cette raison d'être extérieure est toujours relative, instable et impermanente. Cela ne veut pas dire qu'il faut vous abstenir de vous engager dans ces activités. Cela veut dire que vous devez les harmoniser avec votre raison d'être première et intérieure pour donner un sens plus profond à ce que vous faites.

Si vous ne vous alignez pas sur votre raison d'être première, tout objectif que vous vous donnerez, même si c'est de créer le paradis sur Terre, sera un produit de l'ego et sera détruit par le temps. Tôt ou tard, il mènera à la souffrance. Si vous ne tenez pas compte de votre raison d'être profonde, peu importe ce que vous ferez, même si cela a l'air de nature très spirituelle, l'ego s'immiscera dans le comment et le moyen viendra corrompre la fin... Autrement dit, ce ne sont ni vos activités ni vos objectifs qui sont primordiaux. C'est l'état de conscience dont ils émanent qui l'est. L’accomplissement de votre raison d'être première jette les bases d'une nouvelle réalité, d'une nouvelle Terre. Une fois que les bases sont là, votre raison d'être extérieure prend une forte coloration spirituelle étant donné que vos objectifs et intentions ne font qu'un avec la pulsion évolutive de l'univers.

La dissociation de la pensée et de la conscience, élément central de notre raison d'être, s'effectue quand on élimine le temps. Bien entendu, je ne parle pas ici du temps qui sert à prendre des rendez-vous ou à planifier un voyage. Je ne parle pas du temps-horloge, mais du temps psychologique, cette habitude profondément ancrée du mental à chercher la plénitude de la vie dans le futur, où elle ne peut être trouvée, et d’ignorer le seul point d’accès à cette plénitude : le moment présent…

Q. … Ma peur est de rester pris à faire de petites choses pour le restant de mes jours... De ne pas actualiser mon potentiel.

R. C'est à partir des petites choses que l'on honore et dont on prend soin que les grandes choses naissent. La vie de chacun n'est vraiment faite que de petites choses. La grandeur est une abstraction mentale, le fantasme favori de l'ego. Il y a un paradoxe qui veut qu'honorer les petites choses du moment présent, au lieu de poursuivre l'idée de grandeur, serve de fondation à la grandeur. Le moment présent est toujours petit dans le sens où il est toujours simple. Mais au fond de lui se cache le plus grand des pouvoirs. Le moment présent ressemble à l'atome. Il est une des plus petites choses existant, mais qui détient un pouvoir énorme. C'est seulement lorsque vous vous syntonisez sur le moment présent que vous avez accès à ce pouvoir. Ou, plus justement dit, c'est lui qui a accès à vous, et par vous, au monde…

L’anxiété, le stress et la négativité peuvent vous couper de ce pouvoir. Et l'illusion que vous êtes dissocié de ce pouvoir régissant l'univers tout entier refait surface. De nouveau, vous vous sentez seul, à vous battre contre quelque chose ou à essayer d'accomplir ceci ou cela. Mais pourquoi l'anxiété, le stress et la négativité sont-ils apparus? Parce que vous vous êtes détourné du moment présent. Et pourquoi avez-vous fait cela? Parce que vous avez pensé que quelque chose d'autre était plus important. Vous avez oublié votre raison d'être première. Une petite erreur, une mauvaise interprétation créent un monde de souffrance…

Alors, soyez loyal envers la vie en étant loyal envers votre raison d'être intérieure. Dès que vous devenez présent et, par conséquent, total dans ce que vous faites, vos gestes se dotent d'une force spirituelle. Au début, il n'y aura pas de changement notable dans ce que vous faites. Il y en aura seulement dans le comment. Votre raison d'être première est maintenant de permettre à la conscience de transpirer dans ce que vous faites. Alors que la notion de raison d'être était auparavant toujours associée au futur, une raison d'être plus profonde apparaît qui peut seulement être trouvée dans le présent, par la négation du temps.

Quand vous rencontrez des gens, au travail ou ailleurs, accordez-leur votre attention totale. Vous n'êtes plus principalement là en tant que personne, mais en tant que champ de conscience, de Présence vigilante. La raison qui vous a originellement fait entrer en contact avec l'autre personne (acheter ou vendre quelque chose, demander ou donner des renseignements, etc.) devient secondaire. Le champ de conscience créé entre vous deux devient la principale raison d'être de l'interaction. Cet espace de conscience devient plus important que ce dont vous parlez, plus important que les objets ou les pensées. L’être humain devient plus important que les objets de ce monde. Cela ne veut pas dire que vous négligez ce qui doit être fait sur le plan pratique. En réalité, le faire se déroule non seulement plus facilement, mais plus puissamment lorsque la dimension de l'être est reconnue. Le faire devient ainsi secondaire. L’avènement de ce champ unifié de conscience entre les êtres humains est le facteur le plus essentiel dans les relations sur la nouvelle Terre.

Q. La notion de succès n'est-elle qu'une illusion de l'ego? À quoi pouvons-nous mesurer le véritable succès?

R. Dans le monde, on vous dira que le succès, c'est réaliser un objectif que l'on s'est donné. On vous dira que le succès, c'est gagner, et qu'obtenir la reconnaissance des autres ou d'être prospère sont les ingrédients essentiels de la réussite. Les éléments que je viens de mentionner sont habituellement des dérivés de la réussite, pas la réussite en tant que telle. La notion conventionnelle de succès vise le résultat. Certains disent que le succès est le résultat d'une combinaison de travail acharné et de chance, ou de détermination et de talent, ou d'à-propos et de coïncidence. Bien que ces facteurs puissent être déterminants pour le succès, ils n'en sont pas l'essence. Ce que l'on ne dit pas, parce qu'on ne le sait pas, c'est que vous ne pouvez pas devenir quelqu'un qui réussit, vous pouvez seulement être quelqu'un qui réussit. Ne laissez pas un monde de folie vous dire que la réussite est autre chose qu'un moment présent réussi. Et qu'est-ce que cela? C'est un moment où vous sentez de la qualité dans ce que vous faites, même dans le geste le plus banal. La qualité exige soin et attention, éléments qui viennent avec la conscience. La qualité exige votre Présence.

Disons que vous êtes une personne d'affaires et qu'après deux années de grand stress et d'efforts, vous finissez par lancer un produit ou un service qui se vend bien et qui rapporte. Réussite ? Peut-être dans le sens conventionnel du terme. En réalité, vous passez deux ans à polluer votre corps et la Terre avec une énergie négative, à vous rendre vous et vos proches malheureux, et à avoir un impact sur de nombreux autres inconnus. La supposition inconsciente derrière tout cela est que la réussite est un événement futur et que la fin justifie les moyens. Mais la fin et les moyens ne font qu'un. Et si les moyens ne contribuent pas au bonheur humain, la fin n'y contribuera pas non plus. Le résultat, qui est indissociable des actes qui l'ont engendré, est déjà contaminé par ces actes et créera encore plus de misère. C'est le cycle de la roue karmique, la perpétuation du malheur.

Comme vous le savez déjà, votre raison d'être secondaire ou extérieure se trouve dans la dimension temporelle, alors que votre raison d'être principale est inséparable du moment présent et, par conséquent, exige la négation du temps. Comment les réconcilier ? En réalisant que votre périple de vie se résume finalement au pas que vous faites en ce moment. Il n'y a toujours que ce pas. Vous devez donc lui accorder votre attention totale. Cela ne veut pas dire que vous ne savez pas où vous allez, seulement que ce pas est primordial et la destination secondaire. Et ce qui vous attend à la destination dépend de la qualité de ce pas. Autrement dit, ce qui vous attend à l'avenir dépend de votre état de conscience dans le moment présent.

La réussite, c'est quand le faire est imbibé de la qualité intemporelle de l'être. Si l'être n'infuse pas le faire, si vous n'êtes pas présent, vous vous perdez dans ce que vous faites. Vous vous perdez aussi dans les pensées et dans les réactions aux événements.

Q. Que voulez-vous dire exactement par " vous vous perdez" ?

R. La conscience est l'essence de ce que vous êtes. Quand la conscience (vous) devient complètement identifiée à la pensée et qu'elle oublie par conséquent l'essence de sa nature, elle se perd dans les pensées. Quand elle devient identifiée aux constructions mentales et émotionnelles, entre autres le désir et la peur, principales forces de motivation de l'ego, elle s'y perd. La conscience se perd également quand elle s'identifie aux actions et aux réactions. Chaque pensée, chaque désir, chaque peur ou chaque action contient un faux sentiment de soi qui n'a pas la capacité de ressentir la joie simple de l'être et qui cherche donc le plaisir et parfois même la douleur. Quand on vit ainsi, on vit en oubliant l'être, en oubliant qui on est. Le succès n'est rien d'autre qu'une illusion éphémère. Quoi que vous accomplissiez, vous serez de nouveau malheureux. Ou bien un nouveau problème ou dilemme viendra absorber toute votre attention.

Q. Après avoir réalisé quelle est ma raison d’être profonde, comment dois-je m'y prendre pour découvrir ce que je suis sensé faire sur le plan concret?

R. La raison d'être extérieure varie d'une personne à l'autre et ne dure jamais éternellement. Elle est assujettie au temps et toujours remplacée par une autre raison d'être extérieure. La mesure selon laquelle votre dévouement à votre raison d'être profonde (l'éveil) modifie les circonstances extérieures varie grandement. Pour certaines personnes, il s'agit d'une coupure soudaine ou graduelle avec leur passé : leur travail, leur condition de vie, leurs relations subissent tous une transformation profonde. Certains de ces changements seront effectués par les gens eux-mêmes, non pas suite à un lourd processus de prise de décision, mais plutôt suite à une réalisation soudaine que c'est ce qu'ils doivent faire. La décision se prend pour ainsi dire toute seule. Elle est le produit de la conscience, pas de la réflexion mentale. Vous vous réveillez un matin et vous savez ce que vous devez faire. Alors, avant de découvrir ce qui est juste pour vous sur le plan extérieur, avant de découvrir ce qui fonctionne, ce qui est compatible avec la conscience en éveil, il vous faudra d'abord peut-être découvrir ce qui n'est pas juste, ce qui ne fonctionne plus, ce qui est incompatible avec votre raison d'être profonde.

Des changements se produisent soudainement à l'extérieur de vous. Une rencontre fortuite vous ouvre de nouvelles portes et suscite de l'expansion dans votre vie. Un vieil obstacle disparaît ou un conflit se règle. Soit vos amis vous accompagnent dans cette transformation, soit ils disparaissent de votre vie. Certaines relations se rompent, d'autres s'approfondissent. Soit on vous remercie de vos services, soit vous devenez un agent de changement positif au travail. Soit votre conjoint vous quitte, soit vous atteignez ensemble un nouveau niveau d'intimité. Il est possible que certains changements semblent négatifs en apparence. Mais vous réaliserez bien vite que de l'espace est ménagé dans votre vie pour accueillir la nouveauté.

Il y aura peut-être une période d'insécurité et d'incertitude. Qu'est-ce que je devrais faire? Comme l'ego ne mène plus votre vie, le besoin psychologique de sécurité extérieure, qui est de toute façon illusoire, diminue. Vous pouvez vivre avec l'incertitude, l'apprécier même. Une fois que vous êtes à l'aise avec l'insécurité, d'infinies possibilités s'ouvrent à vous. La peur n'est plus le facteur dominant dans ce que vous faites et elle ne vous empêche plus de passer à l'action pour amorcer le changement. Le philosophe romain Tacite fit observer que " le besoin de sécurité bloque la voie à toute grande et noble entreprise ". Si l'incertitude vous est inacceptable, elle se transformera en peur. Si elle vous est acceptable, elle se transformera en une plus grande vitalité intérieure, en vigilance et en créativité.

Il y a de cela de nombreuses années, à la suite d'une forte intuition, je délaissai complètement ma carrière de professeur, une carrière que bien des gens auraient qualifiée de prometteuse. Je la délaissai pour entrer dans l'incertitude la plus totale. Puis, plusieurs années plus tard, je me retrouvai dans la peau d'un enseignant spirituel. Bien plus tard, quelque chose de similaire se produisit de nouveau. J'eus l'intuition que je devais laisser ma maison en Angleterre et que je devais m'installer sur la côte ouest de l'Amérique du Nord. Je suivis cette intuition même si je n'en connaissais pas la raison. De cette démarche dans l'incertitude naquit Le pouvoir du moment présent, ouvrage dont la plus grande partie fut écrite en Californie et en Colombie-Britannique alors que j'étais sans domicile fixe. Je n'avais quasiment aucun revenu et vivais de mes économies qui fondaient comme neige au soleil. Mais, tout se mit en place en beauté. Mes économies s'épuisèrent au moment où j'étais sur le point de finir la rédaction de mon livre. Par ailleurs, j'achetai un billet de loterie et gagnai 1000 $, ce qui me permit de vivre pendant un autre mois.

Ce n'est cependant pas tout le monde qui passe par des changements extérieurs radicaux. Au contraire, certaines personnes restent exactement là où elles sont et continuent de faire ce qu'elles faisaient auparavant. Pour elles, c'est seulement le comment qui change, pas le quoi. Ce n'est ni la peur ni l'inertie qui les mène. En fait, ce qu'elles font est déjà un outil parfait pour permettre à la conscience d'advenir en ce monde. Elles n'en ont pas besoin d'autre. Elles aussi participent à l'avènement de la nouvelle Terre.

Q. Ne devrait-il pas en être ainsi pour tout le monde? Si l'accomplissement de la raison d’être profonde est de ne faire qu'un avec le moment présent, pourquoi devrait-on sentir le besoin de quitter un travail ou un lieu de vie ?

R. Ne faire qu'un avec ce qui est ne veut pas dire ne plus devoir prendre d'initiative pour changer les choses ni être incapable de passer à l'action. La seule différence, c'est que vous passez à l'action à partir d'un plan plus profond, pas à partir de la peur ou du désir de l'ego. Quand vous alignez ce plan profond sur le moment présent, votre conscience s'ouvre et s'aligne sur le Grand Tout, dont le moment présent fait intégralement partie. Alors, le Tout, la vie dans sa totalité agit par vous.

Qu'entendez-vous par le Grand Tout?

R. D'un côté, le Grand Tout comprend tout ce qui existe. C'est le monde, le cosmos. Toutes les choses faisant partie de l'existence, des microbes aux galaxies en passant par les êtres humains, ne sont pas des entités dissociées. Elles font partie d'un réseau de processus multidimensionnels interconnectés.

Il y a deux raisons pour lesquelles nous ne voyons pas cette unité et que nous voyons tout comme distinct. Une de ces raisons est la perception, qui réduit la réalité à ce qui nous est accessible par le biais limité de nos sens, donc par ce que nous voyons, entendons, sentons, goûtons et touchons. Mais quand nous percevons sans interpréter ni étiqueter, c'est-à-dire sans ajouter de pensée à nos perceptions, nous pouvons en fait sentir le lien profond qui unit tout ce que nous percevons comme étant dissocié.

L’autre raison, plus sérieuse, qui crée l'illusion de division, c'est la pensée compulsive. C'est quand nous sommes pris dans l'incessant flot des pensées compulsives que l'univers se désintègre pour nous et que nous perdons la capacité de sentir ce lien entre tout ce qui existe. La pensée découpe la réalité en fragments inertes. Et c'est à partir d'une réalité fragmentée que les humains posent des gestes extrêmement inintelligents et destructifs.

Cependant, il existe un niveau encore plus profond que ce lien entre toutes choses, un niveau où toutes les choses ne font qu'un. C'est le niveau de la Source, de la vie non manifestée dans son unicité. C'est le niveau de l'intelligence intemporelle qui se manifeste en tant qu'univers se déployant dans le temps.

Le Tout est fait d'existence et d'être, de manifesté et de non manifesté, de monde et de Dieu. Alors, quand vous vous syntonisez sur le Tout, vous devenez une partie consciente de ce lien dans le Tout ainsi que sa raison d'être, qui est l'avènement de la conscience dans ce monde. Quand vous vous syntonisez sur le Tout, il se produit de plus en plus d'événements divers dans votre vie: circonstances spontanées propices, rencontres fortuites, coïncidences, événements synchrones. Carl Jung a qualifié la synchronicité de " principe liant acausal ". Ceci veut dire qu'il n'y a aucun lien causal au niveau de la réalité concrète entre des événements synchrones. Il s'agit plutôt de la manifestation de l'intelligence sous-jacente au monde des apparences et de celle d'un lien profond sous-jacent que le mental ne peut comprendre. Nous pouvons participer consciemment au déploiement de cette intelligence, à l'avènement de la conscience…

Amener une nouvelle dimension dans ce monde en vivant dans une unité consciente avec le Tout et en nous alignant consciemment sur l’intelligence universelle, telles sont notre raison d’être et notre destinée.

Eckhart Tolle

[Extraits de son livre "NOUVELLE TERRE"
ed. Ariane]